John Cochrane est rarement convainquant sur les questions macroéconomiques. Il a cependant bien raison de s'indigner de l'équation qui tend à s'imposer dans les discours les plus convenus : 'défaut de l’État grec = sortie de la zone Euro'. L'idée sous-jacente est que la zone Euro est un club d’États vertueux, et que, par conséquent, un État qui ne paie pas ses dettes ne mériterait plus de faire partie du club. Cette idée ne repose sur à peu près rien. On peut tout à fait imaginer que l’État grec fasse défaut purement et simplement, tout en restant dans la zone euro. Un État qui fait défaut ne prend-il pas le risque d'éprouver les pires difficultés à ré-emprunter de quoi financer de futurs déficits ? A l'évidence, mais en quoi cela devrait gêner les autres pays membres ? Les prêteurs savent faire la différence entre les différents États de la zone ! Encore si l'économie grecque pesait lourd au sein de la zone, pourrait-on dire que la fragilité de cet État est de nature à fragiliser l'Euro, mais la dette grecque pèse, rappelons-le une nouvelle fois, bien peu dans le PIB de la zone Euro.

J'ai moi-même, ici, présenté le retour à la drachme comme une option à envisager sérieusement. Mais soyons bien clairs : il ne s'agissait pas de présenter ce retour à la Drachme comme une punition pour la Grèce, mais comme un moyen pour elle de retrouver une politique monétaire. Je ne cachais pas le chaos que provoquerait certainement une éventuelle sortie de l'Euro pendant quelques mois, mais j'invitais à comparer ce chaos avec la situation actuelle, qui ressemble elle-même déjà à un gros chaos.

Si l'on se place du point de vue des autres membres de la zone euro, ils n'ont quasiment rien à gagner à un retour à la Drachme, qui créerait un précédent susceptible de fragiliser la monnaie unique.

Ce qui manque, à mon avis, à l'argument de Cochrane, c'est une indication de ce que gagnerait la Grèce à rester dans la zone Euro. [add 5 juin 14h37 : Cochrane propose que la grece reste dans la zone Euro mais fasse défaut "My favorite solution for Europe is sovereign default and keep the common currency" ] Bien sûr qu'un défaut total soulagerait largement les finances publiques (pas à 100% d'ailleurs, car il faudrait compenser par des dépenses sociales la perte de revenu de certains retraités grecs, dont le patrimoine est en partie investi dans de la dette de leur État). Mais la contrepartie serait une impossibilité quasi totale de connaître des déficits pendant de longues années, et on peine à comprendre ce qui pourrait faire office de stimulus dans un tel scenario : pas de déficit, pas de politique monétaire. Restent les politiques de compétitivité, qui consistent à espérer que tous les prix, et donc tous les salaires baissent suffisamment en Grèce pour stimuler les exportations. Beaucoup de douleur en perspective.