Retrouver une politique monétaire : le cas de l'Argentine
Par Antoine B. le vendredi 28 octobre 2011, 00:54 - réflexions ou tentatives - Lien permanent
Petit suivi de mon billet précédent (et de ses commentaires), dans lequel j'envisage la sortie de la Grèce de l'Euro comme une solution moins mauvaise que d'autres. Je donnerai ici quelques éléments permettant d'appréhender ce qui s'est produit dans un cas relativement comparable : l'abandon en 2002 par l'Argentine de sa caisse d'émission.
Petit rappel très rapide : afin de lutter contre les dérives inflationnistes passées, l'Argentine s'est dotée en 1991 d'un mécanisme monétaire appelé une caisse d'émission (currency board en anglais). Le principe en est simple : la banque centrale argentine avait l'obligation de détenir en réserve un dollar pour chaque peso qu'elle créait. En d'autres termes, il s'agissait du régime de change le plus rigide possible, à l'exception bien sûr de l'union monétaire. L’Argentine n'avait tout simplement pas de possibilité de créer de la monnaie, sauf si ses réserves en dollar augmentaient. Si, au contraire, ses réserves diminuaient, elle se voyait dans l'obligation de détruire des pesos, menant ainsi une politique monétaire restrictive. L'Argentine a expérimenté un douloureux épisode de fuite des capitaux : ses réserves en dollar on commencé à diminuer au début de la décennie 2000 (c'est ce qui arrive lorsque la demande de dollars contre des pesos est supérieure à la demande de pesos contre des dollars). Un processus de prophétie auto-réalisatrice s'est alors enclenché : si l'on pense que les réserves en dollar de la banque centrale vont s'effondrer, alors on anticipe un abandon du système de caisse d'émission et une dévaluation du peso. Dans ce cas, il est rationnel de vouloir changer ses pesos contre des dollars, ce qui accélère la baisse des réserves, jusqu'à provoquer effectivement l'abandon forcé du système. Cet abandon a eu lieu au tout début de l'année 2002.
Il y a deux grandes différences entre l'abandon de sa caisse d'émission par l'Argentine et un hypothétique retour à la drachme de la Grèce : 1) l'argentine n'a pas eu à changer sa monnaie nationale, 2) cet abandon a été douloureusement imposé par une fuite des capitaux.
Mais le point commun entre les deux, c'est que l'Argentine a retrouvé une politique monétaire, comme le ferait la Grèce dans le cas d'un retour à la drachme. C'est pourquoi, mutatis mutandis, l'expérience argentine me semble intéressante à étudier pour anticiper ce que pourraient être les conséquences d'un retour de la drachme. (Toutes les données viennent de la banque mondiale.)
Premier effet de l'abandon, sans surprise, la banque centrale s'est mise à créer de la monnaie :
Et cette création de monnaie s'est traduite par de l'inflation :
Petites remarques concernant l'inflation : d'abord, on observe sur ce graphique que l'argentine connaissait avant la sortie de la caisse d'émission un problème de déflation, dont à peu près tout le monde s'accorde à reconnaître que c'est un problème redoutable. L'Argentine a donc guéri de cette déflation. Ensuite, si elle a troqué sa déflation contre une inflation manifestement trop forte, l'Argentine n'a pas connu d'épisode d'hyper inflation incontrôlable comme dans les années 80. L'inflation était à un chiffre en 2004 et 2005, puis est remontée, et était à nouveau à un chiffre en 2009.
Surtout, cette inflation a eu un effet clairement positif : elle a fait chuté le taux d'intérêt réel :
Comme on l'apprend dans les cours de microéconomie, la baisse du taux d'intérêt réel stimule l'investissement :
Cette hausse de l'investissement se traduit par une augmentation du PIB réel :
Et quand le PIB repart à la hausse, le chômage repart à la baisse :
A en juger par ces données, on en viendrait presque à se demander pourquoi la crise monétaire argentine de 2002 est entrée dans les mémoires comme un dramatique épisode d'effondrement. En réalité, cette impression est légitime, car les effets bénéfiques du retour de la politique monétaire en Argentine se sont fait sentir avec quelques mois de décalage (environ une année, à en juger par ces données, mais on ne peut guère être précis car il s'agit de données annuelles). La caisse d'émission a été abandonnée en début d'année 2002, et 2002 a été la pire année de la crise. Chronologiquement, on a bien assisté à une crise monétaire en premier, puis à la pire année pour l'économie argentine ensuite. A ces faits s'ajoutent des images d'argentins désemparés faisant la queue pour changer leurs pesos contre des dollars et se demandant s'ils devront demain transporter par brouette l'argent leur servant à acheter leur baguette de pain.
J'ajoute également que la dévaluation ne s'est pas bien passée : elle a été trop modérée dans un premier temps, ce qui a suscité des anticipations d'une nouvelle dévaluation, qui s'est effectivement manifestée (je parle de mémoire, les données de la banque mondiale étant annuelles, elles ne permettent pas de reconstituer l'évolution du taux de change mois par mois. Si un lecteur a cette info, elle est bienvenue). On se rappelle que dans ce contexte, le FMI a tardé à apporter son aide à l'argentine, en raison précisément de la faiblesse de la dévaluation initiale. On peut en tirer comme leçon que dans ce genre de situations, mieux vaut avoir de bonnes relations avec les institutions financières internationales.
Mais force est de constater que la situation s'inverse brutalement et favorablement suite à la réappropriation par l'Argentine de sa politique monétaire. Les mauvais chiffres de 2002 apparaissent très clairement, sur les graphiques, comme un prolongement de la tendance des années précédentes, sans accentuation qui serait due à la dévaluation. A contrario, les bons chiffres de 2003 constituent clairement une rupture de trend.
Le sens de ce billet n'est pas de dire qu'en cas d'abandon de l'Euro, la Grèce connaitrait la même évolution. Les situations ne sont pas identiques, et comme le précise Alexandre Delaigue en commentaire du billet précédent, il est beaucoup plus compliqué d'abandonner une monnaie pour en recréer une que de modifier les règles de change d'une monnaie qui, bien que dévaluée, continue d'exister.
Mais à défaut de pouvoir étudier un cas de retrait d'une union monétaire, il n'est pas vain de se faire une idée des conséquences d'une réappropriation de sa politique monétaire par un pays en crise. Et apparemment, elles sont positives.


Commentaires
Il y a quand même quelques bruits disant qu'en Argentine les chiffres officiels de l'inflation sont bidonnés. C'est quand même un pays où quand on veut faire son propre indice, il vous arrive des bricoles.
Pour le côté effondrement, il faut faire une comparaison avec d'autres pays. Un billet d'afoe était assez démonstratif de ce côté. http://fistfulofeuros.net/afoe/gree...
Mais bon, arrivé en décembre 2001, il ne devait pas rester grand chose d'autre à faire. Une dévaluation à la fin des années 90 aurait sans doute permis d'éviter le gros des problèmes.
Pour l'inflation, ok. Mais les estimations non officielles sont de l'ordre de 25%, ce qui reste loin des dérives des années 70-80 (jusqu'à 4 chiffres en 1990). Par ailleurs, sait-on depuis quand les chiffres sont bidonnés ? 8 ou 9 ans après, on peut commencer à considérer que ça relève de la responsabilité de l’État argentin d'éviter les dérives inflationnistes.
En ce qui concerne la comparaison avec le Chili et la Turquie, l'article de afoe n'est franchement pas convaincant. Comparer un pays qui se remet d'une crise monétaire grave avec deux pays qui n'ont pas connu de crise sur la même période et qui on connu de belles performances de croissance pour des raisons qui relèvent de l'accroissement de l'offre, c'est, pour moi, un hors sujet total.
Pour autant que je sache, l'Argentine n'a pas devalue pour un probleme de dette (de memoire 50% du PIB), mais pour un probleme de sous competitivite avec un gouvernement qui refusait de faire les reformes de structure necessaires. L'Argentine est un pays ou le parti au pouvoir est proto-fasciste (corporatiste si vous voulez) avec une grande habitude de faire marcher la planche a billet.
Il fallait donc devaluer, mais cela aurait augmente la dette, alors le gouvernement a fait defaut sur la dette. Il a egalement peso-isé les avoirs en dollars deposés dans les banques Argentines. Il a "renegocié" les contrats en dollar passé avec les entreprises etrangeres qui etait la contre-partie de leurs investissements en dollar.
Recemment il a nationalise les reserves de devise de la banque centrale ainsi que les retraites privées (assurance-vie si vous voulez). Il en a profité pour distribuer des avantages acquis juste avant l'election presidentielle.
Le peso a perdu 60% de sa valeur, l'inflation est de 25% pour 9% officiel et ceux qui contestent sont passible d'amende et de prison.
Comme le gouvernement s'endette en interne a un taux lié a l'inflation, les crediteurs sont lésés puisque le taux servi ne fait que refleter l'inflation officielle.
De plus l'Argentine a recu un don du ciel avec l'explosion du prix des matieres premieres, notamment agricole. Une bonne partie de ce windfall a ete taxé a mort remplissant les coffres de l'Etat.
Le taux de change est soigneusement gere a la baisse afin de maintenir la competitivite des exports. Mais le real Bresilien qui etait sur une pente ascendante, commence a s'affaiblir rendant plus difficle les exports vers le premier debouche de l'Argentine.
Les reformes de structures sont toujours a faire. La fuite des capitaux cette année est estimée a 22 Mds de $.
Maintenant peut etre qu'un economiste peu de dire ce qu'il y a de satisfaisant dans ce scenario. Les Argentins sont plus pauvres qu'ils ne l'etaient en 2001.
Si ce genre de politique etait la solution a l'incontinence fiscale et a la distribution de sucettes sans creation correspondante de richesse, alors l'Argentine serait battue de peu par le Zimbabwe pour etre le pays le plus riche du Monde.
Quand j'entend que la devaluation et l'impression de monnaie sont la solution a la mauvaise gestion, il y a une chose que j'ai du mal a comprendre. La plupart des pays du Club Med (France comprise) ont suivi cette politique de 1945 a 1999. Le cycle est: distribution d'avantages acquis, croissance, devaluation, avantages acquis croissance, devaluation, etc.
Alors pourquoi c'est l'Allemagne qui gagne a la fin?
@Merlin : depuis 2005 que je tiens ce blog, je ne crois pas avoir jamais montré de sympathie particulière pour le populisme macroéconomique (faire des déficits excessifs, et les financer par l'émission de monnaie et donc l'inflation). Je ne crois pas non plus avoir fait preuve de mépris pour les questions concernant l'offre. Si je prends ici cette position, c'est parce que je ne vois pas d'autre issue à une situation dramatique.
Concernant tant la Grèce de 2011 que l'Argentine de 2001, la question des nécessaires réformes structurelles est, à mon humble avis, hors sujet. Ce ne sont pas les structures économiques qui expliquent que ces deux pays se sont mis à produire moins en t qu'en t-2, c'est un problème de demande. Dans les deux cas, il y a eu une contraction de l'activité mondiale, qui a été amplifiée par l'absence de politique monétaire. Il n'existe pas d'école de pensée qui nie qu'une baisse brutale de la demande non-accompagnée d'une politique monétaire accommodante se traduise par une crise grave.
Par exemple, Milton Friedman, peu connu pour son populisme macroéconomique, prétendait que la fed aurait pu mettre fin à la grande dépression en émettant plus de monnaie qu'elle ne l'a fait.
Même l'école des anticipations rationnelles reconnait qu'une contraction non anticipée de la demande a des effets réels (au moins à court terme) et qu'une masse monétaire en baisse non anticipée crée du chômage.
Dans le cas de la Grèce, il y a de bonnes raisons de penser que la mauvaise gestion de l'Etat ait amplifié la crise. Mais elle ne l'a certainement pas créée. L'Etat n'était pas bien géré en 2008, et pourtant l'économie grecque exportait plus et investissait plus en 2008 qu'en 2009.
Les réformes structurelles sont souhaitables, voire même nécessaires, le problème est qu'elles ne changeront rien à la contraction de l'activité.
Quant à savoir qui "gagne" ou qui "perd", la plupart des pays développés ont des banques centrales qui soutiennent l'activité de leur pays quand celle-ci est affectée par des chocs négatifs. L'argentine n'avait pas de politique monétaire en 2001, et la Grèce a une politique monétaire calibrée pour des pays qui ne connaissent pas les mêmes difficultés qu'elle. Après, je n'ai aucune sympathie pour Kichner, ni pour le populiste qui risque de prendre le pouvoir tôt ou tard en Grèce, mais c'est une autre histoire.
Excusez moi, mais la demande c'est aussi la demande exterieure non? Le probleme des reformes structurelles et la competitivite des economies me parait essentiel.
Ce qui caracterise ces deux pays, c'est qu'il s'agit de pays de consommateurs, corporatistes, clientelistes avec une absence d'institutions modernes et qui ont ete en defaut de paiement pour la moitie de leur existence independante. Ils sont entrés l'un dans son currency board, l'autre dans l'euro apres une ultime devaluation, dont les effets au fil du temps se sont estompés. Dans chaque pays, apres le jour J, les taux d'interets ont baissés, il y a eu boom de la consommation appuyé sur l'endettement, et comme ces pays ne produisent rien (surtout la Grece) tout devait etre importé induisant un probleme de plus en plus beant de balance courante.
Le probleme de la Grece a commencé lorsque les preteurs ont refusés de preter. La demande s'effondre je presume parce que le credit s'est asseché et que le revenu n'est pas suffisant pour maintenir la demande interieure.
Et aussi parce que les principales industries Grecques comme le tourisme ont souffert en periode de crise alors qu'elles n'etaient deja pas tres competitives par rapport aux autres pays mediterranéens et notamment la Turquie.
Vous pouvez resoudre ces problemes par la devaluation et la production monetaire, mais si vous ne fixez pas le probleme fondamental de competitivite et de modele economique du pays, vous etes condamné a repeter l'exercice regulierement. Ce que fait l'Argentine actuellement. Le peso est glissant. Mais l'Argentine aujourd'hui est au bout du rouleau. Son gouvernement est en train d'introduire un controle des changes devant l'ampleur de la fuite des capitaux.
Les politiques Grecs, peut etre parce qu'ils ont cru pouvoir bluffer, n'ont pas expliqué a leur peuple que le choix etait simple: soit sortir de l'euro, devaluer la monnaie, faire default sur la dette (qui est regie par la loi Grecques donc c'est facile) perdre 30 ou 40% de la richesse tout de suite soit faire la meme chose sur une periode de 5/10 ans avec l'appui de l'Europe et en effectuant les reformes de structures necessaires pour ne pas recommencer tous les 30 du mois et ensuite pouvoir continuer avec des structures assainies.
Il me semble que nous disons la meme chose, il faut que la Grece trouve le moyen de croitre. Pour cela il me semble que l'UE est pret a soutenir la demande en pretant la ou le privé ne le veut plus. En echange, l'UE reclame les reformes de structure necessaires pour que la Grece ne soit pas un trou sans fond (et un exemple suivi). Quelque soit la maniere dont vous reamorcez la pompe, cela va etre douloureux.
Mais il me semble que la strategie Allemande est de separer le bon grain de l'ivraie avant d'accepter une federalisation de la BCE qui ne pourra fonctionner qu'avec des pays non dysfonctionnels. Autrement dit, les delinquents doivent se soumettre ou se demettre. Cela me parait une maniere correcte, mais risquée (dans la mesure ou non seulement la Grece, mais l'Italie, peuvent se demettre et exiter), de terminer finalement la construction Europeenne.
Lorsque l'Europe sera devenu une federation de pays serieux, la BCE deviendra le preteur de dernier recours et je suis sur que les Allemands accepteront les recettes Friedmanienne. En attendant, ils ont trop peur de l'aléa moral et la maniere dont Grecs et Italiens se refusent a l'inevitable ne peut que les encourager dans leurs petits pas.
October 30, 2011 5:07 pm
Argentines face tighter forex controls
By Jude Webber in Buenos Aires
Argentines, whose favoured mode of saving in a crisis-prone country has been to buy dollars, face tighter foreign exchange controls from Monday designed to clamp down on capital flight, which the government is struggling to contain.
All dollar purchases will now need authorisation from the tax authority and the buyer will have to state what the cash is to be used for. The measure is the latest in a series of moves designed to curb an exodus of dollars, unveiled in the first week after Cristina Fernández won a landslide re-election.
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One banker, who did not want to be identified, said his customers had pulled 500m pesos ($118m, €83m, £73m) out of savings accounts last month, prompting his bank to halt loans this month.
He said the government’s move could backfire and prompt an “enormous shock” in the banking system if people suspect a crisis is brewing and rush to make withdrawals. The dollar purchase regime comes one month short of a decade since Argentines had their bank deposits frozen as the country hurtled towards default on $100bn and a brutal devaluation.
If withdrawals accelerate, bank lending will come under pressure – a disastrous outcome for an economy powered by consumer spending and in which personal loans and credit cards represent a third of Argentine bank lending. Argentines are estimated to have $160bn abroad.
The central bank, which has blown through $1.78bn of reserves this month to defend the exchange rate, plays down talk of panic. But Banco de la Ciudad estimates that Argentines pulled $3.7bn out of the economy in October, the same as in September, and estimates capital flight this year at $22bn – about double the 2010 trade surplus.
The reason why Argentines have been scrambling to buy dollars is because they believe the peso will weaken further from its current level of about 4.23 against the dollar. In the parallel foreign exchange market last week – which the government has been cracking down on by sending tax officers to monitor transactions at bureaux de change – the informal peso touched a historic low of 4.495 per dollar.
Against that backdrop, buying dollars looks attractive. As the banker said: “We all know it will be at 5 by the year-end so the whole world is shorting the peso.”
Meanwhile, in the absence of credible government price statistics inflation is believed to be at 25 per cent. This has fuelled a consumer spending boom as Argentines would rather buy durables now than wait until next year, when they will cost more.
So the real risk is that continued capital flight will force a squeeze on bank loans. “The implications for the Argentine economy are that if banks can’t keep funding LCDs and cars, this whole merry-go-round comes to a stop,” the banker said.
Even though banks are awash in cash – with a system-wide liquidity ratio of 41.3 per cent, according to the central bank’s broadest measure – the banker said his loan book was bigger than his deposits, forcing him to use his liquidity buffer. But with huge outflows of deposits, that was no longer an option.
The government says the new controls will boost transparency and reduce tax evasion but critics say restrictive measures smack of desperation and tend to backfire.
“When they lie about inflation, how can they expect people not to protect themselves by buying dollars?” said Ivan Entel, a film-maker
@Merlin : je suis d'accord sur un point : si l'Argentine voulait conserver à tout prix sa caisse d'émission, alors le prix à payer aurait dû être une baisse généralisée des prix et des salaires. D'une façon très générale, on peut admettre qu'il y a une équivalence entre baisser les salaires et les prix d'un côté, et gonfler la masse monétaire de l'autre (au moins du point de vue du commerce extérieur). A ceci près qu'il est beaucoup plus facile d'avoir une banque centrale qui ajuste sa politique monétaire que de passer son temps à organiser des négociations à la baisse sur les salaires et les prix à chaque fois que la conjoncture l'exige.
Du point de vue du FMI, en 2001, il y avait quelque chose de très rationnel à être réticent à accorder une aide : les réserves en dollar de la banque d'argentine étaient un tonneau des danaïdes. Tant que le peso était surévalué, il était rationnel pour les argentins de changer leurs pesos contre des dollars. Dans ces conditions, en effet, vous pouvez rajouter dans les caisses autant de dollars que vous voulez, ils vont disparaître à vitesse grand V.
Ceci étant dit, la question n'est pas "sachant que vous voulez rester sans politique monétaire, devez-vous accepter des baisses généralisées de prix et de salaire pour restaurer votre balance commerciale ?" (la réponse à cette question est "oui. Hélas, car c'est douloureux et très compliqué").
La question est "vaut-il mieux avoir une politique monétaire ou être confronté à des crises qui obligent à organiser une baisse généralisée des salaires et des prix ?" Moi, je réponds que la politique monétaire, c'est mieux.
Après, si j'étais argentin, j'aurais préféré :
- ne jamais avoir connu de régime autoritaire
- ne jamais avoir connu d'hyper inflation
- ne jamais être obligé d'adopter un régime de caisse d'émission pour enrailler l'hyper inflation
- ne jamais connaître une crise de fuite des capitaux sous régime de caisse d'émission
- ne jamais voir mon gouvernement se faire sermonner comme un mauvais élève par des fonctionnaires du fmi
- connaître un abandon plus doux de la caisse d'émission avec l'assistance des autorités financières internationales
- ne pas avoir à la tête de l'état une dirigeante qui tire comme conclusion de la crise de 2001 que la source de tous les maux de l'argentine est l'idéologie néo-libérale-mondialiste-impérialiste et qui s'attribue le mérite de la reprise, alors que c'est le retour de la politique monétaire qui est l'explication.
- avoir à la tête de l'état une équipe de gens sensés, qui comprennent que les bénéfices que l'ont peut tirer d'une politique monétaire active ne sont qu'à court terme, ne constituent en rien une stratégie de développement, et contiennent un risque de dérives inflationnistes.
- avoir le droit de faire une contre-enquête sur l'indice des prix à la consommation sans risquer d'aller en prison.
Mais je suis un doux rêveur.
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