Retraités américains ruinés par la crise
Par Antoine B. le vendredi 30 avril 2010, 23:37 - réflexions ou tentatives - Lien permanent
L'émission envoyé spécial proposait avant-hier un reportage poignant présentant des retraités américains en quête désespérée d'un emploi pour survivre. La raison : les travailleurs américains cotisent pour la retraite en investissant leur épargne en bourse. Or, la crise a fait chuter le cours des actions. Donc certains retraités sont ruinés, condamnés soit à travailler, soit à se contenter d'une pension misérable et de la charité publique pour survivre.
On peut avoir deux lectures de ce reportage.
La première consiste à le prendre pour ce qu'il est : un témoignage. En effet, des gens faibles (car âgés) souffrent, en conséquence de l'argent qu'ils ont perdu lors de la crise financière. De ce point de vue là, le reportage est assez bon. Il fait entrer le téléspectateur en empathie avec la détresse de ces gens.
La seconde consiste à en tirer des enseignements généraux sur la bourse ou sur le système social américain. A cet égard, le reportage m'a paru critiquable, car il ne fournit pas les clés de lecture nécessaires pour passer de l'étude de quelques cas douloureux à une réflexion plus générale. En l'absence de ces clés, le téléspectateur est tenté de généraliser naïvement, en prenant des cas extrêmes pour le cas général : la bourse est un casino, à la moindre crise, des millions de retraités se retrouvent sans rien pour vivre. Il faut dire que le résumé du reportage (sur le site de l'émission) n'incite pas à prendre du recul :
Les fonds de pensions ont perdu près de 2 000 milliards de dollars aux Etats-Unis et des millions d’américains découvrent avec effroi qu’ils vivront plus vieux que leurs économies. A partir de 65 ans et au-delà, ils sont obligés de retrouver du travail, de repartir à zéro pour assurer leurs vieux jours…
Qui est désigné par le ils de la phrase "A partir de 65 ans et
au-delà, ils sont obligés de retrouver du travail (...)" ? Des millions (combien ?) d'américains ? Des millions d'américains de plus de 65
ans ?
Les deux éléments qui manquent à ce reportage sont les suivants : 1) les ordres de grandeur et 2) une comparaison entre ces infortunes particulières et l'évolution du marché dans son ensemble.
Pour le premier point, je n'ai rien entendu dans le reportage qui permette de quantifier le phénomène des retraités ruinés (caveat : j'ai raté les cinq premières minutes...). Le seul élément que j'ai entendu est, après reportage, l'annonce du poids des retraités dans la population américaine, ce qui, convenons-en, n'a guère à voir avec le problème. Ce qu'on aurait eu envie d'entendre, c'est par exemple le pourcentage des retraités américains qui sont passés sous le seuil de pauvreté entre début 2007 et fin 2009. Ou, plus simplement, l'augmentation du nombre de retraités américains postulant pour un emploi sur cette période.
Quant au second point, son absence fait perdre au journaliste l'occasion d'un bel exercice de pédagogie en matière d'investissement. Le graphique suivant représente l'évolution du S&P500 (un des principaux indices boursiers américains) entre 1990 et aujourd'hui.

On l'observe, entre son point culminant en 2007 et le creux du début 2009, la valeur de l'indice a été divisée par deux. On peut donc bien parler de ruine. (Pour être honnête, un graphique similaire a bien été présenté dans le reportage : il était sur l'écran d'un conseiller financier, avec une échelle trompeuse, laissant penser que l'effondrement était bien plus important. Le problème tient surtout au fait qu'il n'était pas commenté). Mais qui donc est concerné par cette ruine ? En fait, uniquement les investisseurs qui ont placé toute leur épargne en bourse au moment du pic, et qui l'ont retirée au creux de la vague. Certainement pas, par conséquent, des retraités qui auraient investi leur argent dans les actions du S&P500 régulièrement pendant leur vie active. Mais, même en admettant que tous ces retraités aient effectivement tout investi au pic et tout revendu au creux, comment se fait-il qu'ils aient pu perdre, comme c'est le cas de certains des protagonistes du reportage, jusqu'à 80% de leurs économie, quand l'indice n'a perdu que 50% de sa valeur ? C'est, à mon sens, sur cette question que les journalistes auraient dû insister, car c'est une question fondamentale. La réponse est simple : si confier ses économies au marché financier est risqué comme le montre le graphique, les investir en bourse en se croyant plus malin que le marché est nettement plus risqué.
Parler d'efficience des marchés financiers dans la conjoncture actuelle suscite bien des rires moqueurs. Mais rappelons que, dans son sens le plus étroit du terme, l'efficience des marchés financiers ne signifie rien d'autre que : you can't beat the market. On a beau chercher, on n'a pas encore trouvé de technique d'investissement permettant, de manière durable, de gagner plus que le marché pris dans son ensemble, pour une prise de risque donnée. Pour un investisseur averse au risque (comme le sont vraisemblablement ces retraités qui comptent sur leur épargne pour vivre), le meilleur moyen d'investir en bourse est d'acheter "le marché", c'est à dire, concrètement, un peu de toutes les actions du S&P 500. Une autre façon d'acheter le marché est de confier son épargne à différents fonds (en France des SICAV ou FCP) dont la politique est de suivre l'évolution du marché financier. Concrètement, nombre d'américains cotisent auprès de fonds de pension, dont la politique est justement prudente et diversifiée. Ce document de l'OCDE, écrit en 2009, donc avant la remonté des cours, indique que les fonds de pension ont bel et bien souffert pendant la crise financière. Mais la perte moyenne en 2008 est de 23% pour les pays développés, 26% pour les USA (le record étant atteint par l'Irlande avec une perte de 37,5%, en raison d'une part des fonds investie en actions plus forte que dans les autres pays). Là encore, on est loin de l'image de retraités américains ayant tout perdu ou presque, et, rappelons-le, c'est un bilan tiré avant la remonté des cours.
Pourquoi faut-il diversifier ses investissements ? L'explication est la suivante. le risque associé à une action a deux composantes : une composante systémique et une composante spécifique. La composante systémique provient de l'effet d'entraînement qu'a le marché dans son ensemble sur chacun des titres qui le composent : quand le cac40 s'effondre, toutes les actions du cac40 ont tendance à s'effondrer. La composante spécifique, c'est le risque inhérent aux aléas de la vie d'une entreprise, indépendamment de la conjoncture. Une entreprise innove avec succès : son action va monter. Une autre perd des parts de marchés : son action va baisser. La diversification ne peut rien contre le risque systémique, mais elle peut faire disparaître le risque spécifique.
Supposons que vous deviez investir 100 euros, et qu'il existe une infinité d'actions"quitte ou double" : pour chacune de ses actions, il faut tirer à pile ou face. Pile, c'est la ruine, face, le doublement de la mise. Si vous placez vos 100 euros dans une seule de ces actions, en moyenne vous ne perdez rien, mais vous avez une chance sur deux d'être ruiné. Si vous placez 50 euros dans une action, 50 dans une autre, vous n'avez plus qu'une chance sur quatre d'être ruiné, une sur quatre de doubler votre mise, une sur deux de garder votre mise. Si vous placez 1 euros dans 100 actions différentes, la probabilité de tout perdre n'est plus que de 0.5^100 ("^" veut dire "puissance"), soit 0,00000000000000000000000000008%. Si vous poursuivez la diversification, par exemple en investissant 1 cent dans 10000 actions différentes, vos gains vont prendre l'allure d'une courbe en cloche centrée autour de 0.
Au-delà de l'intérêt de la diversification, il existe un autre argument favorable au fait d'investir dans le marché dans son ensemble : ça évite le boursicotage, activité hautement déconseillée. Boursicoter, c'est croire que parce que mon quotidien financier annonce de bonnes nouvelles dans le secteur de la distribution, il faut que je vende tout pour acheter massivement des actions du secteur de la distribution. Cette stratégie est vouée à l'échec car les informations sont intégrées si rapidement aux cours, que le temps que vous réagissiez, ceux-ci ont déjà augmenté, vous empêchant de profiter de la bonne nouvelle. Par contre, ça n'empêchera pas votre intermédiaire de récolter une belle commission dans l'opération, à votre détriment bien sûr.
En plus de la diversification, les spécialistes de la finance donnent un second conseil : si le marché vous semble trop risqué malgré la diversification, n'y investissez qu'une part de votre patrimoine, mettez le reste dans des actifs sans risques comme des obligations d'Etat (non grec...), en choisissant des obligations dont la date de remboursement est aussi proche que possible de la date à laquelle vous comptez utiliser votre argent. Un quadragénaire constituant une épargne pour ses lointains vieux jours n'aura peut-être pas grand chose à craindre à investir l'intégralité de ses économie sur les marchés financiers (voire (Coyote Auto Corrector 2.0) plus, en s'endettant pour obtenir un effet levier). En revanche, approchant de la soixantaine, il commencera à vouloir sécuriser son patrimoine, et transfèrera progressivement ses fonds vers des placements obligataires.
Revenons-en à nos retraités en faillite. A la lumière des principes fondamentaux que nous venons de rappeler et de l'évolution du S&P500, on peut penser que ces déshérités sont des gens qui ont été mal conseillés, et qui paient au prix fort leur manque de diversification. On peut également penser qu'ils sont loin d'être représentatifs de l'ensemble des retraités américains.
Doit-on pour autant en conclure qu'ils sont responsables de leur sort, et qu'ils ne sont donc pas à plaindre ? La question posée est celle du paternalisme. Il existe manifestement un conflit entre la liberté de chacun de faire ses propres choix en matière de prise de risque, et le caractère détestable de la situation de ces retraités ruinés qui, s'ils sont vraisemblablement minoritaires, existent bel et bien. C'est le problème de la consistance temporelle : l'État ne peut, de manière crédible, annoncer qu'il ne viendra pas en aide à un vieillard ruiné par de mauvais placements. La tentation est grande, alors, de prendre des risques en se disant qu'en cas d'échec, on bénéficiera de la solidarité nationale. Car si la diversification réduit, dans l'exemple donné plus haut, la probabilité de la ruine, elle réduit de façon symétrique la probabilité de doubler sa mise initiale.
La solution, alors, est de garantir à chacun une retraite minimale, financée par des prélèvements obligatoires, et de laisser aux épargnants la liberté de gérer le reste de leurs économie comme ils l'entendent (quitte à leur proposer des formations sur les vertus de la diversification). Le problème avec cette solution... c'est qu'elle réinvente l'eau chaude ! Même aux Etats Unis, comme les journalistes ne l'ont pas rappelé dans le reportage, il existe un système public de retraites. Le document de l'OCDE mentionné plus haut indique même qu'il est majoritaire, puisque les retraites privées ne représentent chez l'oncle Sam que 45,1% des retraites totales.
D'ailleurs, les pensions publiques n'étaient pas absentes des témoignages du reportage. Notamment, une de ces victimes de la crise se plaignait de ne plus pouvoir compter que sur sa pension de 1500$ mensuels pour son couple. Ça n'est certes pas énorme, et l'on comprend la détresse de celui qui s'attendait à gagner davantage. Mais n'oublions pas que c'est supérieur au seuil de pauvreté américain, qui est de 1214$ pour un couple. On peut donc raconter son histoire d'une façon différente : sachant que, quoi qu'il arrive, le système public de retraites lui garantirait un revenu supérieur au seuil de pauvreté, cet homme a choisi de prendre des risques en bourse. S'il avait gagné, il aurait eu une retraite en or. Il a perdu, il est déçu, mais il bénéficie tout de même de sa pension.
Dit comme ça, forcément, ça rend le récit moins sensationnel, et peut être moins vendeur pour un journaliste. Mais comme dirait Olivier Bouba-Olga, ce n'est pas de l'optimisme : c'est un recadrage.


Commentaires
Petite question un peu subsidiaire (et honte sur moi d'avoir autant négligé mes cours de finance l'an dernier...) : en quoi consiste un effet de levier ? Si j'ai bien compris ce qui est écrit dans l'article de Wikipedia c'est un endettement qui permet d'augmenter le taux de rentabilité d'un investissement par rapport à la situation sans endettement (genre 3% de rentabilité sans endettement on passe à par exemple 4% avec). Suis-je dans le juste ?
En tout cas très bon article (un de plus sur ce blog), qui permet de recadrer un débat public qui n'a de débat que le nom ("la Bourse c'est caca, brulez les banquiers et les traders, rien de tel que les vraies choses comme les pommes de terre de la ferme voisine de Saint-Hilaire-en-Woëvre").
un autre avantage du systeme US, c est qu il ne met pas les jeunes generations a contribution. Si la bourse baisse, les pensions baissent.
en france, si les cotisations retraites baissent (pour cause de chomage ou d absence d augmentation des salaries) on cree des dettes et on augmente les cotisations des actifs.
Pour expliquer pourquoi de nombreux retraites US ont pris des investissements risques pour leur retraite, il faut savoir que pas mal d entre n ont epargnes pour celle ci que peu d annees avant leur depart (cf le taux US d epargne qui est ridicule voire a certain moment negatif). donc pour avoir une retraite importante, il faut un rendement eleve, donc des risques eleves
Meme si je suis sur, que leur courtier ne leur a pas presente les choses comme ca. Plutot "la pierre c est du solide, l immobilier ca ne baisse pas, investissez dans les credits subprime"
Je suis aussi tombé un peu par hasard sur le reportage et l'option du mauvais conseil paraît assez solide. J'ai quand même cru entendre en début de reportage qu'une dame mentionnait une perte de 80% (!!) de son portefeuille... Et que dire de la dame de plus de 65 ans qui revenait mettre ses premiers revenus du travail sur les marchés actions ? Son conseiller (celui qui montrait le beau graphique) avait beau expliquer que "ça finit toujours par remonter" : il aurait peut-être été préférable qu'il lui explique que, à son âge, elle n'avait peut-être plus le temps d'attendre que ça finisse par remonter....
Ne pas oublier quand même les 401K, plans d'épargne-retraite gérés et abondés par les entreprises. J'ignore s'il en était question dans ce reportage d'une émission que je ne regarde plus depuis au moins quinze ans, mais, en l'espèce, la ruine peut s'expliquer par le choix que font les gestionnaires de cette épargne de subordonner les intérêts des épargnants aux leurs, et à ceux de l'entreprise. Et si elle fait faillite, comme Enron ou Lehmann, il n'en reste que des regrets.
On peut, de plus, raisonnablement penser que l'histoire de l'épargnant prudent, faisant ce qu'on lui dit de faire et privilégiant les obligations d'État ne passionne pas les journalistes. J'ai ainsi le souvenir de la lamentable histoire vue à la télé (sur France 2 si je ne m'abuse) d'un quadragénaire, prof de musique si ma mémoire est bonne qui, héritant de 20 000 euros, avait, sur les conseils de sa banquière, tout investi sur la filiale introduite en bourse de deux banques coopératives jouissant de la meilleure des réputations, tout en acceptant de signer le papier que lui tendait la banquière et question et par lequel il reconnaissait avoir pleinement connaissance des risques qu'il prenait. Après la chute de Natixis, évidemment, il ne lui restait plus qu'à jouer la victime innocente ; mais il l'avait bien cherché.
Quant à l'effet de levier, en pratique, ce n'est pas du tout l'enfumage mathématiquement formalisé que pratique Wikipedia, mais une des clauses du contrat-titres qui vous lie à votre intermédiaire. S'il m'est permis d'utiliser un effet de levier de un à dix (j'ai aucune idée à combien ça se monte en réalité, mais je sais que, dans des cas extrêmes, des gens forts peu scrupuleux proposent un rapport de 1 à 500), cela veut dire qu'il me suffit de posséder 1000 euros pour pouvoir en risquer 10 000 : si je gagne et que le produit fait 100 %, j'encaisse 20 000 euros et pas 2000. Si ça fait faillite, je perds 10 000 euros et pas 1000.
A propos de l'effet levier... l'an dernier, j'ai fait mumuse pendant quelques semaines sur le Forex en tradant du pétrole, avec un effet levier de bâtard : je voulais au début acheter pour 3000€ de contrats, mais j'avais mal lu la notice, et j'ai en fait acheté 3000 barils (= en gros 120 000€ de positions, effet levier x400; je crois que la plate-forme de trading proposait jusqu'à 500 de levier)... coup de bol, le cours est monté de 20cts à ce moment là, le temps que je réalise ma bourde, j'ai clôturé la position et encaissé 600€ en 1 minute (si le cours était descendu de 1€, je perdais mes 3000€ de mise). J'ai ensuite joué plus petit, puis arrêté parce que c'est chiant et stressant =)
sur l'effet levier :
Je peux prêter ou emprunter de l'argent à 3%, et le marché rapporte soit -5% (perte), soit 5%, soit 15%, avec une chance sur trois pour chaque issue. La rentabilité moyenne du marché est donc de (-5+5+15)/3=5%.
J'ai 10'000€ à investir. Si je place tout à 3%, je gagne... 3%. Si je place tout sur le marché, je gagne 5% en moyenne. Si je fais 50-50, je gagne 3% (sûrs) sur 5000€, et 5% en moyenne sur 5000€, donc je gagne 400 en moyenne, soit 4%.
L'effet levier consiste à placer en bourse plus que 10000€. Pour ça, je dois emprunter la différence. Par exemple, j'emprunte 10000€ supplémentaires à 3%. Quoi qu'il arrive, je devrai rembourser 10300€. Avec les 10000€ de départ plus les 10000 que j'ai emprunté, j'investis 20000€ en bourse. Trois cas de figure :
* le cas défavorable, la bourse rapporte -5%. Mes 20000€ se sont transformés en 19000€. Après remboursement du prêt, il me reste 19000-10300=8700, soit une perte de 1300/10000=13%
* le cas moyen, la bourse rapporte 5%. Mes 20000€ se sont transformés en 21000€. Après remboursement du prêt, il me reste 21000-10300=10700, soit un gain de 700/10000=7%
* le cas favorable, la bourse rapporte15%. Mes 20000€ se sont transformés en 23000€. Après remboursement du prêt, il me reste 23000-10300=12700, soit un gain de 2700/10000=27%.
Bilan : dans chacun des cas, le taux de rentabilité est égal au double du taux initial moins le taux d'intérêt. Si l'on passe du cas moyen au cas favorable, la rentabilité du marché passe de 5 à 15, donc augmente de 10 points. La rentabilité de mon opération, elle, passe de 7 à 27, soit une augmentation de 20 points : deux fois plus. J'ai un effet levier de 2 (car j'ai investi deux fois plus que ce que j'avais à investir).
@denys : "Ne pas oublier quand même les 401K, plans d'épargne-retraite gérés et abondés par les entreprises."
Exact. Il existe en effet des pousse au crime institutionnels. Un autre exemple, moins grave mais tout aussi absurde, ce sont les incitations fiscales à pratiquer l'intéressement. Une façon d'inciter les salariés à mettre toute leur épargne dans le même panier, sans aucun effet incitatif (problème de passager clandestin : un salarié seul n'a pas d'impact significatif sur la rentabilité de son entreprise). En cas de pépin, les salariés peuvent perdent leur job et leur épargne en plus.
@Vil : Quel aventure :)
Je suis surpris qu'on ne t'ai pas demandé de garantie. en général, l'effet levier est plafonné. en tout cas, 600€ en une minute, t'aurais pu payer ta tournée quand même !
Caveat : je n'ai pas vu le reportage, ce que je dirai ici sera peut être en décalage avec celui ci.
Les fonds de pension classique sont majoritairement value, un poil de growth mais relativement minoritaire mais de toute façon leur equity est relativement réduite ( de 1/4 à 1/3 en général, le reste en fixed income, avec un peu de produits inflations ). Le problème le plus important réside dans les "unfunded pension benefits", à savoir : John doe fait toute sa carrière chez, disons, General Motors. Cela lui donne droit à une retraite de X USD mais GM n'a pas payé de cotisation à un fond et s'est seulement engagé à lui verser cette somme lorsqu'il sera retraité. Si GM fait faillite, John sera un créancier, plutôt privilégié ( passant avant les autres ) mais il n'aura aucune garantie d'obtenir toute la retraite qui lui avait été promise.
Ce sont à ma connaissance les seuls cas de réelle perte sur la retraite, avec quelques fonds n'ayant pas respecté les principes de base de diversification.
Accessoirement les fonds de pensions n'utilisent pas d'effet de levier, ils ont plutôt tendance à détenir longtemps des portefeuilles importants en gestion passive et à améliorer leur rendement en agissant comme prêteur de titre pour des opérations à effet de levier. Ce sont les contreparties les plus courantes pour les opérations de repo.
@aeriscor : oui, c'est le genre de pousse au crime institutionnels que j'évoque dans le commentaire précédent, en suivant celui de Denys. Je ne sais pas si ce mécanisme là est encouragé fiscalement aux USA, mais si c'est le cas, il faut préconiser au contraire une forte taxe pigouvienne pour produire l'incitation inverse.
Concernant la part d'équity (=d'actions, pour les non jargoneux) dans les fonds de pension, le document de l'ocde dont je parle dans l'article mentionne un chiffre de l'ordre de 60% pour les USA.
(je n'ai jamais dit que les fonds de pension avaient un effet levier...)
@AB:
Le graphique S&P500 n'est pas à dividendes réinvestis, ce qui peut poser des problèmes de comparaison.
@Antoine : grave, chui un ouf :) Chte paierai un jus de taureau un jour.
Pas besoin de garantie, les positions étaient clôturées automatiquement dès qu'on atteignait le niveau d'appel de marge...
C'était là : http://www.avafx.com/
Ils annoncent 200 de levier. Je crois pourtant bien avoir acheté 3000 barils... encore un peu et je voyais une colonne de camions Total devant chez moi pour me livrer mon Brent.
@fred : non, ça ne change pas grand chose.
Une retraite n'est elle pas un revenu? En quoi la chute de la Bourse influe t elle sur le revenu? Il me semble que a moins que l'on ne soit obligé de vendre, on continue toujours a toucher des dividendes et des intérêts, qui peuvent bien sur baisser un peu mais pas nécessairement dans la mesure ou le portefeuille est diversifié.
Après tout on continue bien a toucher sa retraite par répartition même lorsque le nombre de cotisants par retraité diminue.
@ Albert : les dividendes et les intérêts (quels intérêts ? ceux des obligations) ont nettement baissé, d'une part.
D'autre part, le principe de la retraite par capitalisation (par opposition à une rente) est que vous investissez vos capitaux dans un fonds *de pension*, qui n'a pas les mêmes caractéristiques d'un fonds commun de placement tel que ceux que nous avons en France : vous lui versez votre épargne, en échange de quoi il vous versera une retraite (variable) toute votre vie, mais vous ni vos héritiers ne récupérerez pas le capital in fine, puisque ledit capital est "mangé" aussi bien que les intérêts dans les versements qui vous sont faits [sinon cela suppose que vous ayez accumulé un capital financier suffisant pour être purement rentier, soit au moins 400 000 euros par tête de pipe].
@Antoine : remarquable billet, que je vais m'empresser de conseiller à ma mère !
Quelle horreur ce blog, j'ai perdu trois ou quatre heures ce week-end parce que j'avais lu l'entrée sur Penguin Diner 2, et voilà que je découvre le commentaire 5 sur les trades sur le Forex. Je vais donc abandonner le chronophage Penguin Diner et me mettre au trading, désormais mes pertes ne se compteront plus en heures mais en dizaines de milliers d'euros.
Mais vous ne m'avez pas fait signer de décharge de responsabilité, à la fin je vous assigne, préparez l'argent de côté vous aurez à m'indemniser.
@Emmeline
Il me semble que ce que vous décrivez est précisément une "rente". Cette situation n'existe que si vous êtes obligé légalement de transformer votre capital en "annuités" a un moment donné. Sans cette obligation, rien ne vous emperche de conserver votre capital et de ne vivre que du cash flow qu'il génère.
Sinon, les retraites par capitalisation sont de deux sortes: A bénefice défini et a contribution définie et le risque de marché n'est pas supporté de la même façon. Vous avez la même différence en répartition.
Dans les deux cas, le bénéfice défini est plus protecteur et ne dépend ni de la Bourse ni de la démographie des cotisants - c'est la retraite des grandes entreprises et des fonctionnaires.
Dans l'autre cas, tout dépend du prix auquel vous avez investi (ou acheté vos points) et du niveau de la Bourse ou de la valeur de vos points au moment de votre départ.
Tout cela pour dire qu'il n'y a pas de différence fondamentale entre la répartition et la capitalisation, mais que votre retraite dépend plus du type de promesse a laquelle elle correspond.
Ben non, Albert, un rentier au sens strict du terme (et au sens usuel aussi, d'ailleurs) est quelqu'un qui vit de ses rentes. Pas de son capital...
Effectivement j'ai grandement manqué de précision, je pensais plutôt aux fonds de certains pays européens, en particuliers suisses, qui sont beaucoup plus prudents que les fonds américains.
Intéressant commentaire ma chère Emmeline. Comment acquiert on une rente sinon avec du capital?
Il m'avait semblé, mais a mon age le gâtisme vous guette, qu'avec le capital on pouvait soit vivre de ses revenus, soit acheter une rente. Dans le premier cas on est un ploutocrate dans le second un rentier.
@ albert : non, dans le premier cas on conserve son propre risque viager et dans le second cas, on l'externalise (on échange un risque viager contre un risque de contrepartie).
Sinon, pour perdre 80%, il suffit d'avoir massivement acheté des actions et surtout obligations Lehman. Ce qui signifie que l'effet diversification n'a pas joué. Notons que c'était par exemple le cas lors de la faillite d'Enron pour ses employés (comme ça je rebondis à la fois sur le billet et l'effet de diversification et les commentaires pour l'épargne d'entreprise).
Et je m'exprime en faveur d'une note méthodo sur comment le S&P 500 est construit (parce que si c'est comme le CAC 40, ça limite assez fortement les baisses)...
J'ai du mal à vous comprendre. Les bons du Trésor perpétuels (j'imagine que c'est ce que vous entendez par "rente") ne sont plus légion comme ils l'étaient au temps de Balzac (et au vôtre ?)- si c'est ce modèle que vous aviez en tête, sachez en tout cas que ce n'est vraiment pas celui du retraité américain typique.
Si ce n'est pas celui-là, et j'incline à le croire puisque vous parlez de "dividendes", de deux choses l'une : soit vous pensiez aux horribles ploutocrates, ceux qui ne sont affectés que par la chute des revenus (dividendes et intérêts) et non pas par celle des stocks (valeur boursière des titres), qui ne constituent pas non plus la majorité des retraités dont il est ici question ; soit vous vous référiez à des gens qui ont acheté des parts de fonds de pension mutuels, lesquels doivent vendre tous les ans une partie de leur stock de titres et sont dès lors sévèrement affectés par la chute des cours, et dans ce cas je crois effectivement que le gâtisme vous (pas "me") guette.
bien