Résultats du jeu-concours
Par VilCoyote le mardi 23 février 2010, 17:36 - General - Lien permanent
Bravo au petit Mathieu P.,
qui a été le premier à répondre (dans le mille, et pourtant il n'y connait rien
à l'économie de la culture) à notre
jeu-concours, et qui gagne un magnifique teckel coupe-courants d'air aux
couleurs du Parti Communiste.
Bon, vous êtes nombreux à avoir compris de quoi il s'agissait. Brève
explication néanmoins.
J'ai trouvé cette question sur le blog de
Scott Sumner :
I often ask the following question to upper level econ or MBA students who
have already taken principles :
Question: A survey shows that on average 100 people go to
the movies when the price is $6 and 300 people go when the price is $9. Does
this violate the laws of supply and demand?
Very, very few can answer this question, especially if you ask for an
explanation. (...) It’s basic S&D. It’s merely asking students what
happens when the demand for movies shifts. I cannot imagine a less
tricky question, or a more straightforward application of the laws of supply
and demand. In the evening hours the demand for movies shifts right. Price
rises.
En fait, l'erreur à ne pas faire est de confondre déplacement sur la
courbe de demande (le prix augmente donc la quantité demandée diminue)
et déplacement de la courbe de demande (la demande augmente donc
le prix augmente). Ici, les préférences des individus changent entre la
séance de l'après-midi, peu prisée et donc à bas prix, et la séance du soir
avec les potes, où les prix sont plus élevés du fait de la forte demande. P'tit
graphique (j'ai représenté une offre très peu élastique du fait du faible coût
marginal de projection d'un film; il est très critiquable, notamment parce que
l'élasticité de la demande ne change pas que ce soit l'après-midi ou le soir,
mais c'est juste pour donner l'idée générale. Tant qu'on y est, j'avais écrit
un autre billet un
peu brouillon sur le sujet) :

Voilà, pas grand-chose à rajouter, c'est comme le dit Sumner basic
S&D. Mais il y en a à
qui ça ne ferait pas de mal.


Commentaires
"Mais alors pourquoi le multiplexe à côté de chez moi propose le MÊME tarif à 16h et à 21h ?" pourrait faire remarquer un étudiant, avant d'ajouter "Parce que son offre est en fait parfaitement élastique ?..."
J'ai bien peur que ce soit 1) une très mauvaise question d'un point de vue pédagogique 2) un très mauvais exemple.
1) La question est mal formulée : le principe de base de la communication est que l'on fait l'hypothèse que toute information pertinente est donnée par notre interlocuteur. Ici ce n'est pas le cas, donc c'est normal et rassurant que les étudiants en question ne savent pas répondre. Mieux toute réponse est potentiellement juste : oui (on a tout à fait le droit de supposer qu'il s'agit des mêmes séances puisque rien n'est précisé), non (on peut donner plein d'autres raisons comme celles qui sont données, mais tout autre est valable vu qu'on n'a pas l'information pertinente), ou on ne peut pas répondre...
2) C'est pas un exemple génial d'un point de vue micro : l'offre en l'occurence est super inelastique (à court terme), est discontinue (en gros on a des paliers, le nombre de sièges par salle), et donc que l'offre est en gros fixe (imaginons une seule salle dans le ciné, de 300 places), de fait l'offre est de 300 donc quand seulement 100 spectateurs on n'est pas dans une situation d'équilibre au sens strict (puisque 6 euros ne permettent pas d'égaliser offre et demande), et qu'il se peut très bien qu'il n'y a pas de prix qui égaliserait cette demande et cette offre.
En plus comme le remarque Moggio, bizarrement c'est pas ce que l'on constate dans la plupart des cinémas où pour l'essentiel la place est au même prix quelle que soit la séance. Donc empiriquement pas très convaincant en plus....
Pour apporter un élément de réponse et/ou d'information à l'étudiant fictif de mon commentaire précédent, voir l'article d'Orbach et Einav (IRLE, 27(2), June 2007) : http://www.stanford.edu/~leinav/pub... repris dans la presse américaine ici (http://www.stanford.edu/~leinav/pre...) et là (http://www.stanford.edu/~leinav/pre...).
Franchement, c'est aussi [insérer un mot péjoratif ici] que je l'imaginais.
Comme dit de façon magistrale par arcop, la question était tellement vague qu'elle en était stupide.
En gros la question était "pourquoi il se passe un truc qui, sous condition de 27 hypothèses, ne devrait pas arriver".
La réponse donnée est "parce que l'hypothèse 18 n'est pas vérifiée, mais c'était pas dans la question"
La vraie réponse est "bah, une des 27 hypothèses n'est pas vérifiée, et puis c'est tout, et comme l'énoncé est vague, ca n'a aucun sens, et est-ce qu'on pourrait plutôt avoir un vrai post intéressant à la place?"
D'ailleurs c'est ce qu'on a vu dans les réponses au post initial, ou on a eu droit à l'énoncé de toutes les hypothèses qui peuvent ne pas être respectées dans une question aussi vague.
En tous les cas, dès que j'ai lu le post initial, ca m'a rappelé les pseudo-énigmes que posaient mes camarades dans mon enfance et qui exaspéraient déjà énormément mon esprit logique.
Vous savez, les "Un matin on trouve un cadavre nu sans trace de violence au milieu d'un champ de blé mur, le blé autour n'est pas dérangé. Que s'est-il passé?" et autres "un automobiliste roule de nuit sans phares sur une route non éclairée. Tout d'un coup, il freine brutalement. Que s'est-il passé?"
Ben, on n'en sait rien, et on s'en fout, donne moi des données sur lesquelles baser un raisonnement et on pourra peut-être répondre autre chose que "il a pu se passer à peu près n'importe quoi, et la question n'a pas d'intérêt"
Désolé pour la critique véhémente et à bientôt sous ces posts très majoritairement intéressants.
À titre d'expérience, j'ai posé la question à ma femme (qui n'est pas économiste). Sa première réaction a été de penser à une différence intrinsèque de capacité des salles. Une fois explicité qu'il s'agissait de la même salle et du même film, elle a immédiatement suggéré que la séance à 6€ était celle au moment où tout le monde travaille.
Cela tend à me faire penser que les hypothèses implicites n'étaient pas si compliquées à inférer de la question, et que celle-ci était assez facile si on réfléchissait deux secondes au schéma tarifaire des cinémas. Et c'est peut-être cela que pointe le plus efficacement cet exercice : la propension des étudiants à considérer les exercices comme de simples jeux mentaux, et non comme des exemples d'application du raisonnement économique à des situations réelles simplifiées.
Face à cette situation, l'économètre cherche ce qu'il appelle des instruments, c'est à dire simplement d'autres déterminants de l'investissement que l'intérêt, et d'autres déterminants de l'intérêt que l'investissement. Ainsi, si un autre déterminant de l'investissement le pousse à croître, alors on observera une hausse du taux d'intérêt en réaction. Si un autre déterminant du taux d'intérêt le pousse à diminuer, alors on observera une hausse de l'investissement en réaction. La relation empirique peut être croissante ou décroissante. Le tout est de savoir, lorsque l'équilibre change, sur laquelle des deux variables a porté le choc initial. Et s'il vous semble logique, veuillez croire que c'est là un raisonnement qui n'est pas nécessairement compris de tous les étudiants, et qu'il n'est donc pas si trivial que ça.
pfff... j'ai honte de mon post d'hier.
Mais même en y repensant, JAMAIS je n'aurais pensé à: déplacement SUR la courbe et déplacement DE la courbe.
Le fait est que les biens culturels sont des bien particuliers, prototypiques avec des courbes d'offres et de demandes incommensurables.
Deuzio, j'aurais demandé (si j'avais pas été très fatigué): s'agit-il du même film, à la même séance, dans la même salle (avec une expérience à la Duflo: on projette le film dans le même multiplexe, à la même heure). Si oui, y avait-il le metteur en scène présent dans l'une des salles ou autre chose (repas gratuit, concert?)? Si non, y'a t-il eu bouche à oreille?.. Bref, voilà, quoi...
Mathieu P.:
"Sa première réaction a été de penser à une différence intrinsèque de capacité des salles. Une fois explicité qu'il s'agissait de la même salle et du même film, elle a immédiatement suggéré que la séance à 6€ était celle au moment où tout le monde travaille.
"
"Cela tend à me faire penser que les hypothèses implicites n'étaient pas si compliquées à inférer de la question"
Euh, ben justement, comme tout le monde, ta femme a commencé par dire "euh, séance? lieu? film? taille de l'écran?". C'est donc bien que justement, les hypothèses implicites ETAIENT difficiles à inférer: elle a bien commencé par citer tout un tas de choses qui n'étaient PAS l'hypothèse manquante choisie par l'auteur.
Seulement une fois que tu as clarifié ces points qui n'étaient PAS donnés par l'énoncé mais choisis par toi a-t-elle pu passer à un autre choix d'hypothèse non fondée.
Je trouve que ton exemple valide justement le côté abscons de la question: ta femme a comme tout lemonde énoncé plein de raisons parmi lesquelles n'importe laquelle pouvait être celle retenue par l'auteur, et seul ton choix arbitraire d'hypothèses restrictives a permis, en donnant un réel sens à la question, de donner un réel sens à la réponse.
Au final, la réponse reste "bah, il y a un paramètre qui diffère, et on peut pas savoir lequel" (et effectivement, pas besoin d'être économiste pour le dire :D ).
Après, je suis d'accord avec Antoine B. que le probleme sur lequel ca met le doigt n'est pas du tout absurde.
Je dis juste que la manière de mettre le doigt dessus était particulièrement mal choisie et inefficace: au lieu de faire réfléchir sur le véritable enjeu intellectuel, ca ne poussait qu'à énumérer une liste de paramètres qui font qu'il n'y avait même pas besoin de réfléchir pour répondre à la question telle qu'elle était posée.
Je continue de penser que c'est un très mauvais exemple (et pas seulement pédagogique).
- Il n'y a pas équilibre de l'offre et de la demande dans le cas général (sauf à supposer arbitrairement que la demande par miracle est toujours un multiple du nombre de sièges dans une salle, mais alors on ne la représente pas par une fonction continue).
- Dans ce cas précis, l'offre ne dépend pas que du prix (cas standard tout simple) mais de la demande : j'ouvre ma salle pour telle séance en tant que gérant de salle si j'escompte une demande qui multipliée par le prix sera supérieur à mon coût fixe, ça n'est pas le prix en tant que tel qui détermine mon offre comme c'est le cas dans la loi usuelle de l'offre et de la demande.
@ Antoine B.
Je vois pas très bien en quoi c'est une illustration éclairante des problèmes que l'on a en économétrie (ici on a deux points de données et pas d'autres variables, donc on a juste des données pas utilisables). Maintenant, je dis pas que le problème de l'identification est pas intéressant, je dis que je vois pas comment cet exemple nous éclaire quoi que ce soit là-dessus.
Je ne dis pas non plus que le glissement sur la courbe de demande vs. le glissement de la courbe de demande est pas une question intéressante.
Eh ben, que d'énervement pour une pauv' courbe de demande qui fait trois petits pas chassés à droite...
@Arcop : - oui, ma modélisation du marché du ciné est pourrave, je l'ai même écrit dans le billet, mais ça n'empêche pas que les principes généraux du S&D s'appliquent : ce n'est pas parce qu'il n'existe pas d'équilibre, ie. de prix qui permette de remplir à chaque fois la salle (les séances du matin pourraient être gratuites que les salles resteraient largement vides), qu'une augmentation de la demande ne va pas entraîner une augmentation du prix.
- pour le côté "vérification empirique", vous pouvez considérer le fait qu'il n'y a pas de tarifs réduits aux séances du week-end, là où la demande est la plus forte (remarque d'Emmeline dans le billet que j'ai mis en lien dans celui-ci).
Moi je trouve cette question intéressante, parce que si on dit "quand il y a 100 personnes, le prix est de 6€ et quand il y en a 300, le prix est de 9€", ça paraît tout ce qu'il y a de plus naturel - alors que quand on dit "quand le prix est de 6€ il y a 100 personnes, alors qu'il y en a 300 quand le prix est de 9€", on commence à se prendre la tête pour trouver une explication.
Le commentaire d'Antoine résume bien la chose (normal hein, c'est lui le patron), et j'y ajouterai cette phrase de Sumner :
We should just tell [students] to read something that will explain what economics is all about, something that portrays economists as detectives trying to solve the identification problem, something like Freakonomics.
Si ça rappelle à GregTr les énigmes à la con de ses années collège, j'en suis navré, mais ça fait partie de ce que j'aime dans l'économie.
@arcop : vous ne voyez pas en quoi ça illustre le problème de l'identification ? Vraiment ?
Couplé au commentaire de Moggio, cette "étude de cas" me paraît remarquable sur un plan pédadogique.
La remarque de Summer relative aux réponses de ses étudiants est stupéfiante.