Au nom de la Loi
Par VilCoyote le samedi 20 février 2010, 14:34 - General - Lien permanent
Permettez-moi de vous soumettre la question suivante (elle n'est pas de moi,
je donnerai la source en même temps que la réponse) :
Une étude montre que, lorsque le prix du billet de cinéma est de 6€, 100
personnes vont voir le film - et qu'ils sont 300 à y aller lorsque le prix du
billet est de 9€.
Ceci viole-t-il les lois de l'offre et de la demande ?
Postez vos réponses/explications en commentaire.
(Réponse ici).


Commentaires
Première explication : une discrimination temporelle statique. Le billet à 6€ est en semaine, quand il n'est pas possible pour beaucoup de gens d'aller au cinéma (boulot, enfants à faire garder, etc). Le billet à 9€ est le week-end, quand il est possible de sortir avec les autres. Ceux qui vont au cinéma en semaine ont une élasticité-prix élevée (car ils ont du temps et beaucoup de loisirs, mais peu de moyens), ceux qui vont le week-end une élasticité faible, ce qui explique ce système de prix.
Deuxième explication : une discrimination temporelle dynamique. Le billet est à 6€ lorsqu'il s'agit de lancer le film. Comme le bouche-à-oreille est critique pour le succès d'un film, on subventionne les premiers spectateurs qui vont le voir pour leur prise de risque (ils risquent d'être déçus, alors que les suivants peuvent s'appuyer sur la recommandation des premiers).
ça dépend de savoir si les auteurs de l'étude ont traité le problème de l'endogénéïté de l'offre avec les instruments adéquats. S'ils ne l'ont pas fait, alors on ne peut rien dire à cause du problème classique de l'identification dans les modèles d'offre et de demande. En gros, si il y a plus de monde quand le prix est à 9 euros, c'est peut être bêtement parce que quand la demande augmente, le prix augmente, comme quand la demande de logements augmente, provoquant une flambée des prix.
Tout dépend s'il s'agit d'une relation causale ou d'une simple corrélation.
Si effectivement une variation exogène du prix accroît le nombre d'entrées, je pense à un problème de sélection adverse : la qualité du cinéma est partiellement inobservable, si le prix est faible, on aura tendance à penser qu'il s'agit d'une salle miteuse avec un petit écran et des pop-corns dégueulasses et hors de prix.
En revanche, s'il s'agit de la réaction du prix suite à une variation exogène de la demande, c'est tout à fait logique comme l'a montré Antoine.
On peut également penser, s'il s'agit d'une analyse en cross-section sur tous les cinémas de Paris, la corrélation entre prix et nombre d'entrées reflète peut-être (sûrement) l'influence de facteurs inobservables : localisation, qualité des prestations dans le cinéma, qualité de l'écran... C'est le biais classique de l'hétérogénéité inobservée en cross-section.
Que le disait si bien un groupe Facebook : I love the smell of econometrics in the morning...
N'étant pas économiste pour un sou, je risque de dire une bêtise (et en plus sans les termes adéquats), mais cette question m'intrigue. La loi de l'offre et de la demande suppose que le client cherche à minimiser sa dépense. Parfois il cherche plutôt à maximiser la qualité de ce qu'il achète. Il peut estimer qu'un prix inférieur à ce qu'il évalue être "le prix juste" est suspect, et inversement qu'acheter à un certain prix lui garantit une certaine qualité (ou le fonde à la réclamer). Je ne sais pas si c'est la réponse à votre question, mais c'est en tout cas le genre de critère qui peut m'influencer lors d'achat de matériel informatique par exemple. Et le jour où un ciné me propose une place à 6€ sur Paris, je trouverai ça certainement assez louche.
Est-ce bien la même chose qui est vendue dans les deux cas ou alors les versions 2D et 3D du même film auquel cas il n'y aurait pas de violation des lois de l'offre et de la demande
Le cinéman, bien Giffen ??? :=)
Bon, réponse un peu cynique.
Si : même cinéma, mêmes séances, mêmes jours, mêmes salles, mêmes films, même promo, même siège, même offre de pop-corn, même facilité d'aller aux toilettes, même papier toilette dans les toilettes en question... Alors oui.
Sinon, non. Avec deux interprétations : si c'est que deux séances similaires qui sont comparées (et même avec des paramètres controlés), ça peut très bien être une variation aléatoire (à mon avis, à vu de nez, la différence stat. est fortement significative), mais ça prouve rien, ça donne juste une indication qu'on a peu de chances de se tromper.
Et la deuxième interprétation, on ne peut jamais réfuter la loi de l'offre et de la demande, parce que l'on n'a jamais de situations absolument identiques...
Par contre, il peut y avoir des cas intéressants sur Lille, deux cinémas à 100 m l'un de l'autre aux qualités semblables, projettent souvent les mêmes films, souvent aux mêmes horaires et l'un est moins cher que l'autre, et le moins cher est souvent le moins plein... (et les deux acceptent la même carte illimitée, donc pas d'effet d'entrainement sur les groupes mixtes, cartes et sans cartes) Et cela pose plusieurs questions :
- pourquoi les spectateurs n'apprennent-ils pas que l'autre à côté est moins cher au bout d'un certain temps ? (si c'est un simple problème d'information)
- pourquoi surtout le deuxième cinéma n'augmente pas ces prix pour les séances identiques ?
Tiens je sens une 'field study' à faire...
Comme le dit mon prof, l'économétrie c'est l'avenir.
Je suis donc d'accord avec la phrase de Yannick comme quoi
'Tout dépend s'il s'agit d'une relation causale ou d'une simple corrélation.'
Deux options :
1) les prestations ne sont pas les mêmes (pas le même film, pas le même cinoche, la fille qui vend des bonbons est trop jolie etc.) et alors la loi est respectée.
2) les prestations sont exactement les mêmes et alors ce n'est pas la loi qui est fausse ou pas respectée, c'est juste qu'elle n'est pas applicable parce qu'il ne s'agit pas d'un cas de concurrence pure et parfaite (atomicité du marché, homogénéité des produits, transparence du marché, libre entrée et libre sortie, libre circulation des facteurs de production).
Comme toutes les lois ou théorème, il convient de ne pas oublier les conditions d'application. C'est comme pour la gravité, ça ne fonctionne pas au niveau atomique... peut-on pour autant dire que la loi est fausse ?
@LDB: pas un bien Giffen, plutôt un bien de luxe.
@ Horatio: peut-être que la théorie de la gravité est fausse. La théorie des cordes essaie de résoudre ce genre de problème.
En faisant l'hypothèse que l'étude est bien faite et qu'il s'agit bien d'une causalité (ce qui m'étonnerait un peu quand même) alors ça ne remet pas forcément en cause la théorie de l'O et D. Il faudrait voir peut-être de la théo des jeux derrière avec un signal prix important.
Etonnant tous ces empiristes qui répondent par hétérogénéïté, identification...
Plus simple : le cinéma est un marché très fortement différencié avec une concurrence monopolistique et forte segmentation du marché. Si 100 personnes vont à l'action école voir un Godard à 5 euros et 5 000 dans la même journée à l'UGC Odéon pour voir Avatar à 9 euros, ça n'étonnera personne, il me semble. Il ne s'agit juste pas des mêmes produits!
J'allais dire en gros la même chose que Markss, mais citant Lucien Karpik : le cinéma, ça rentre typiquement dans l'économie des singularités, où l'on recherche le "bon" film. Dès lors, il n'est pas étonnant que que les prix pour des produits non commensurables soient différents.
@Horatio : La loi de l'offre et de la demande (en tout cas pour le côté demande) est pas un théorème. C'est plutôt une régularité empirique constatée. On peut avoir dans un modèle standard très simple des effets revenus qui font que lorsque le prix augmente la demande augmente aussi. Je ne crois pas par ailleurs que la question ici est sur l'offre (cf. les conditions de cpp auquel vous vous référez).
@Markss Si les biens sont différents alors on n'a même pas à se poser la question. Et cela rend aussi l'effet signal prix peu convaincant... (@JB)
@Blaise et Jo n^2 : C'est pas vraiment la question, de savoir si c'est une corrélation ou une causalité stricte. Si on a deux situations identiques (ou probablement des situations similaires avec un certain nombre de variables de contrôle), ça 'réfuterait' malgré tout la loi de la demande, parce que celle-ci dit que toutes choses égales par ailleurs, le prix devrait causer le comportement des consommateurs, et ici ce ne serait pas le cas.
1- ce qui est contesté par cet exemple n'est pas la loi de l'offre et de la demande, mais le fait que la demande soit décroissante.
2- Une courbe de demande donnée n'est valable que toutes choses égales par ailleurs et pour un bien identique. Elle décrit en quoi la quantité demandée fluctue si le prix, et seulement le prix, fluctue. Si les conditions sont différentes (autre film, autres heures) ce n'est pas surprenant.
3- une courbe de demande croissante peut se rencontrer lorsque la nature du bien n'est pas connue, et que le prix est vu comme indicateur de qualité. Ce qui est possible pour un film dont on ne connaît pas la qualité a l'avance.
Petit mix:
Le cinéma est un bien Giffen et un bien Veblen. Lorsque son prix augmente, cela reste une consommation productrice de sens, ostentatoire : "j'ai les moyens d'aller au cinéma". Les clients préfèrent se priver d'autres consommation pour maintenir leur séance au cinéma.
Ce n'est pas un effet d'une disposition légale sur le travail du dimanche?
Et l'estimation n'est elle pas une estimation au doigt mouillé de la chancellerie de l'échiquier, qui n'est définitivement pas un jeu de pognon? Style 6.00€ pour la place (hors dimanche) et subséquemment a la prime (de 50% si je ne m'abuse) que les braves travailleurs du dimanche recoivent?
Toutes choses étant égales par ailleurs, j'imagine ?
On parle du même film ? Des mêmes horaires ?
D'une part: on va voir "le" film, et peu importe combien coûte la place si c'est celui que l'on veut voir. La culturte, ce sont des biens protypiques
D'autre part, une courbe de demande est normalement décroissante car on la construit selon l'idée que la courbe d'utilité marginale de ce bien est aussi décroissante.
Or, un bien culturel n'a pas forcément de courbe d'utilité marginale décroissante: plus on a de culture, plus on va apprécier aller voir le dernier opéra, le dernier livre... - et inversement, moins on est cultivé à la base, moins l'utilité sera grande. (cf Becker)
Donc la courbe de demande est croissante...
J'embrouille tout?
"Donc la courbe de demande PEUT être croissante"