René, Slobodan et les coquillages maudits
Par VilCoyote le samedi 13 février 2010, 15:16 - réflexions ou tentatives - Lien permanent
Une des questions qui revient le plus souvent chez les élèves de seconde (et que se posent probablement beaucoup de personnes), c'est "mais pourquoi on n'imprime pas de l'argent pour le donner aux pauvres, comme ça ça coûte rien et ils ne sont plus pauvres?". Alors on leur répond que la surabondance de monnaie lui fait perdre sa valeur, et que du coup les prix montent, et ça n'aura servi à rien - ce qui est juste, mais je n'ai jamais été satisfait de cette réponse un peu lapidaire qui, bien qu'elle semble convenir aux élèves, laisse quand même planer un doute sur le mécanisme à l'oeuvre. Voici donc la parabole (enjolivée) que j'utilise pour répondre à cette question qui est aussi bête que bonne.
Suite au naufrage de leur pédalo, René et Slobodan échouent sur une île
déserte. Remis de leurs émotions aquatiques, ils s'organisent comme ils peuvent
et décident de se répartir les tâches (pêche, chasse, réparation de cabane,
spectacle vivant avec lémuriens...). Mais comme ils n'ont que moyennement
confiance l'un en l'autre (allez savoir si René ne fainéantera pas à la pêche
en bouffant les deux pauvres poiscailles trouvées, mais profitera de la naïveté
de Slobidou pour lui faire réparer le toit de sa cahute), ils décident aussi
d'instaurer un système d'échange.
Comme ils ont fait une première ES, ils savent que le troc se heurte au
problème de double coïncidence des besoins, et se mettent donc d'accord pour
utiliser une monnaie commune : ils ont trouvé sur la plage une centaine de
coquillages rares, qu'ils se répartissent (50-50, un vieux relent de leur
jeunesse en tant que militants du NPA) et dont ils se serviront comme
intermédiaire des échanges.
Tout marche bien pendant un temps, chacun fait son travail et en échange le
fruit contre une part de celui de l'autre, grâce aux coquillages. Mais un jour,
René, en allant pêcher un peu plus loin que d'habitude, tombe sur un petit
gisement de coquillages - ceux-là même qu'ils utilisent comme monnaie.
"Quelle aubaine !", pensa le fourbe; "je vais les récupérer (une
dizaine en tout) et en profiter pour acheter deux fois plus de jarret de singe
à Slobo, le tout sans en foutre une rame de plus !" (cette dernière pensée
lui remémora avec nostalgie son passé dans l'Education Nationale). Aussitôt
dit, aussitôt fait : revenu à terre, il alla voir Slobidou avec ses dix
coquillages neufs, et les échangea contre un petit festin que son compagnon
d'infortune alla chercher à la pointe du bâton taillé. Cette transaction venait
à point nommé pour Slobodan, qui avait justement épuisé tout son stock de
coquillages le matin en achetant à René un superbe tronc d'arbre sculpté à
l'effigie de Maurice Thorez.
Le lendemain matin, Slobidou, muni de ses dix coquillages, alla trouver René
pour lui acheter son mérou quotidien. Quelles ne furent pas sa surprise et sa
colère lorsque René refusa d'aller pêcher, comme il en avait l'habitude en
échange de dix coquillages ! Slobodan ne comprenait pas : "Mais
tu perds l'occasion de gagner de quoi échanger avec moi ?". René riait
sous cape : "Quel con, ce Serbe ! Ces dix coquillages ne m'ont
rien coûté, je serais bien bête de travailler pour les récupérer. Je m'en tire
avec un jarret de singe gratis, hin hin hin...". Et Slobodan s'en alla, la
queue entre les jambes.
Mais le Serbe n'était pas si con que ça. L'après-midi, lorsque René (qui avait
séché tous les cours de théorie des jeux en L2) vint le trouver pour lui
acheter, comme chaque jour, pour dix coquillages de fiente de tamanoir
(combustible inégalable pour éclairer la cabane), il eut la désagréable
surprise d'entendre Slobidou lui annoncer que le prix était passé à vingt
coquillages.
- "Vingt coquillages pour tes merdes !? Tu te fous de ma gueule
?"
- "Les dix que tu m'as donnés hier n'avaient aucune valeur, je n'ai rien pu
en faire; alors pas question de m'arnaquer : pour tes merdes, c'est dix
coquillages sans valeur (puisque tu n'en veux pas quand je veux te les
échanger, apparemment), plus les dix coquillages habituels".
René maugréa, mais il dut accepter et se rendre à l'évidence : son tour de
passe-passe ne l'avait au final pas enrichi - il avait dû dépenser vingt
"vrais" coquillages pour avoir son jarret de singe et sa fiente de tamanoir, en
plus des dix coquillages trouvés par hasard, dont Slobidou avait réalisé qu'ils
n'avaient aucune valeur puisqu'ils ne lui permettaient pas d'obtenir un travail
de sa part. Au final, le seul effet de la découverte/création de cette monnaie
de singe aura été de faire augmenter le prix de la fiente.
Quant à Slobidou, le soir même, il alluma un grand feu dans lequel il jeta les
dix coquillages maudits, dansant autour du brasier en récitant mystérieusement
"Haimevé égalpété ! Haimevé égalpété !" d'une voix exaltée et
ténébreuse. Et tout reprit comme avant.
Voilà... ça n'aura sans doute pas servi à grand-chose aux lecteurs de ce blog,
mais je suis preneur de toute remarque ou critique sur ma présentation de la
chose, (je me demande notamment s'il faut changer la fin et envisager le cas où
les dix coquillages maudits restent en circulation... ce serait la classe de
faire un alternate ending en bonus track du billet), sur les erreurs
ou approximations que vous y voyez (à l'exception faite de celles portant sur
le NB.infra). Merci pour vos avis éclairés (et tant mieux si, au passage, ça a
pu éclairer un peu certains lecteurs).
NB. je ne cherche évidemment pas à dire que la création monétaire ne sert à
rien, n'a pas d'effet sur l'activité réelle, que Keynes n'a rien compris et que
seul un Friedman stéroïdé devrait contrôler les institutions monétaires, donc
merci de ne pas lancer les commentaires là-dessus.
NB². Econoclaste fait une présentation détaillée de la TQM
ici.


Commentaires
billet très amusant et belle démonstration! toutefois, elle repose sur l'hypothèse un peu embétante que rené a séché les cours de théorie des jeux et ce faisant n'est pas parfaitement rationnel. Car s'il l'était, alors la stratégie dominante serait (si on accepte votre issue où son apport n'a apporté aucune richesse) qu'il ne dise rien à slobodan, acceptes l'échange de mérou, car il doit choisir entre un gain de 0 s'il refuse l'échange et que slobodan lui réclame 20 le lendemain vs un gain de 10 (ou un jarret de singe succulent). Donc au global, la masse monétaire augmente bien et la richesse aussi, non ?
En effet Laurent. L'idée que je tente de faire passer par cette histoire est que la richesse vient de la capacité à créer de la valeur, et que si on distribue de l'argent en pensant que ça va créer de la richesse, on se trompe.
Après, que la création monétaire permette d'anticiper une création de valeur (les dix coquillages trouvés permettent d'acheter aujourd'hui un jarret de singe en prévision de la pêche supplémentaire qu'on va effectuer le lendemain en échange) et donc d'enrichir tout le monde, bien sûr.
Voilà, je ne suis pas bien sûr d'être clair, mais le seul but de cette parabole est de montrer qu'on ne s'enrichit qu'en produisant plus (dans votre remarque, René est plus riche parce qu'il accepte de faire une pêche en plus, et pas simplement parce qu'il a trouvé des coquillages), et pas en imprimant des bouts de papier avec des ponts dessinés dessus.
Il va de soi que vous le saviez :-) je ne sais pas si j'ai répondu à votre commentaire, dont je vous remercie.
cqfd VilCoyote ! Je suis maintenant totalement convaincu par la démonstration et j'applaudis maintenant sans réserve...
Euh... la double coïncidence des besoins, quand on est deux, se passe de monnaie, non ?
[Rajoutez une demi-mondaine à votre parabole, et je pense que cela sera suffisant...]
Bah quand même, c'est moins merdique avec de la monnaie, même à deux, il me semble - enfin, 2,5 avec la demi-mondaine. Pis ça m'arrangeait un peu.
Oh et puis hein ! au lieu d'aller faire des pieds et des mains chez Eolas, vous voulez pas nous faire un billet (sur la nécessité de la monétarisation d'une économie à deux agents, par exemple, en intégrant la problématique du financement des retraites) ?
Ben... je persiste. Si Slobo ne veut pas des mérous péchés par René, la transaction ne se fait pas, et basta, monnaie ou pas. Mais vous pouvez ouvrir un fil sur le forum d'Econoclaste (même si je crains un peu l'appeau à trolls, mais après tout, c'est pas chez nous, alors on peut toujours rigoler...).
Pour le reste, mon éditeur (Repères) vient de me relancer ce soir (un samedi... de vacances... avec match et JO...). Donc, pas de billet en vue, avant... au moins..., oui, au moins...
Wé, je supposais implicitement que chacun "passait commande" à l'autre, qui est spécialisé mais ne produit que quand on lui demande. La monnaie sert à faciliter l'échange dans le cas où le matin, Slobo veut du mérou mais René ne veut rien. Les coquillages servent à tenir des comptes plus facilement, quoi. Wé, c'est un peu tiré par la perruque.
Bon courage pour le bouquin, mais je serais vous j'aurais envoyé paître de tels malotrus. Et bonnes vacances, du coup.
Très drôle et très pédagogique.
J'ai deux questions, la gigue de singe n'est elle pas plus immédiatement indispensable que le buste de Maurice Thorez? Où ne faut il pas être un esthète déjà grassement nourri pour vouloir un buste du bô communiste Et préférer le dit buste à un sieste bien méritée. Cela n'induit-il pas un pouvoir de marché incroyable pour René?
Le choix de Slobodan est il un hommage a Mr Manhattan?
@Jules :
1. La vue d'un si grand homme repaît bien plus que tous les topinambours du monde. C'était d'ailleurs la formulation initiale de la loi d'Engel, plus tard vilement détournée par des esprits néolibéraux : "plus le revenu augmente, plus la proportion consacrée à l'achat de bustes de Maurice Thorez diminue".
2. Je vois que monsieur est un connaisseur; en effet, c'est bien un hommage au grand Benoît : http://www.youtube.com/watch?v=LrY4...
Vous expliquez, en somme, que certaines émissions de téléréalité montreraient moins d'engueulades s'ils avaient des coquillages ou bien s'ils avaient fait une première ES ?
Je n'ai pas tout saisi.
En quoi le fait que "la création monétaire permette d'anticiper une création de valeur" permet justement d'enrichir tout le monde ?
@Davel : exactement !
@Winsor : imaginez qu'un chômeur ait une bonne idée d'entreprise, mais pas un rond; un prêt de la banque (oui, très improbable, mais ce n'est pas la question) via une création monétaire lui permet de lancer son activité et de créer de la richesse. Par la suite, il remboursera la banque grâce à la richesse générée par son activité, qui n'aura été possible que parce que la banque a anticipé que le crédit accordé allait être fructueux.
Autre exemple : vous voulez acheter une voiture mais vous n'avez pas de sous. Le crédit de la banque vous permet de disposer aujourd'hui d'une richesse (la voiture achetée à crédit) équivalent à une valeur que vous n'allez créer que demain (et après-demain) : cela va permettre dès à présent au marchand de voiture de dépenser l'argent de la vente de la voiture et de développer les échanges avec d'autres agents (qui devront donc créer plus de richesse).
@VC, Gizmo:
Si Slobo et René n'utilisent pas de coquillages pour faire leurs comptes, c'est qu'ils ont inventé la monnaie scripturale. Car, sur leur île, rien n'indique que leur production suive ex
@VC:
Pourquoi René et Slobo? Slobo, je verrai bien une raison (encore que j'aurai interverti René et Slobo), mais pour René...
http://en.wikipedia.org/wiki/Yugosl...
@Fred :
Slobo à cause de http://www.youtube.com/watch?v=LrY4... (on a les références culturelles qu'on peut, mon pauvre monsieur)
René parce que c'est mon prénom générique français préféré (et accessoirement celui de feu mon grand-père, héros de la deuxième guerre, qui a repris à lui tout seul la pointe de Grave aux légions teutonnes, faisant 4000 morts et autant de prisonniers, si j'en crois sa citation de décoration à faire pâlir de jalousie le Baron de Münchhausen).
@ VilCoyote :
Je comprends l'idée.
Mais ce que décrivez là n'est que l'activité banale d'une banque de prêt, càd que le banquier parie sur la bonne rentabilité de son investissement.
Alors que je soulignais l'idée que la "création monétaire" puisse générer de la richesse.
Dans votre parabole, il ne me semble pas que vous expliquiez comment celle-ci enrichit à la fois René et Slobidou.
Vous dites que trouver plus de coquillages ne les enrichit pas, nous sommes d'accord.
Vous dites que c'est le travail qui enrichit, nous sommes là encore tout à fait d'accord.
Ma question est :
-en quoi le fait d'offrir plus de coquillage va permettre plus de production ?
D'abord,
Je vous explique le fond de ma pensée :
L'idée est qu'un prêt à hauteur de l'épargne ne pénalise pas les occasions d'investissement des particuliers.
L'épargnant immobilise son capital pour que la banque puisse satisfaire la demande de votre chômeur. L'épargnant est rémunéré, le banquier empoche la différence des taux, et votre chômeur a réalisé une bonne affaire.
Tout le monde est content. Et pourtant, ici, personne n'a "créé" de monnaie.
L'offre s'ajustant à la demande, les besoins et les occasions d'investissements sont pleinement satisfaits par l'offre de monnaie.
Cela signifie que s'il y a une occasion de s'enrichir, il y a échanges et initiatives. Ainsi, une entreprise fiable qui a besoin de capital trouve des actionnaires, un investisseur flairant la bonne affaire trouvera des personnes prêtent à lui accorder confiance, que ce soit une banque, ou une personne quelconque. Dans ce processus, où tous les besoins d'investissements sont comblés, il n'y a pas eu "création de monnaie".
Pourtant, ce que j'ai cru comprendre de la majorité des économistes c'est qu'ils considèrent que la création monétaire permet plus de production en accroissant les occasions d'investissements, comme si celles-ci ne pouvaient pas être satisfaites si les banques prêtaient à hauteur de l'épargne.
Cordialement.
@Winsor :
ce que vous dites est tout à fait juste - et ce n'est pas un hasard si l'intermédiation bancaire diminue : de plus en plus d'entreprises ont la possibilité d'accéder aux marchés des capitaux, et de plus en plus d'épargnants ont la possibilité de s'y porter à moindre coût et avec une bonne information.
Dans ma parabole, la découverte des coquillages aurait pu permettre l'accroissement des échanges : l'arrivée providentielle de 10 coquillages fait naître une demande nouvelle.
Mais vous me semblez avoir bien compris cela, et pourrez m'objecter à juste titre que l'économie de l'île a une épargne nulle. Dans la réalité, on sait que le marché des capitaux ne fonctionne pas parfaitement (asymétrie d'information, coûts de transaction...), ce qui peut créer un déséquilibre entre les capacités et les besoins de financement (besoins exprimés > capacités exprimées), auquel cas la création monétaire peut servir.
Vous pourrez aussi m'objecter que sur l'île, le même résultat aurait pu être obtenu en augmentant la vitesse de circulation de la monnaie : au lieu d'apporter dix coquillages supplémentaires qui seront échangés une fois, on garde le même nombre de coquillages mais on y prend une dizaine qu'on échange deux fois au lieu d'une. Et vous auriez raison (MV = PT : l'augmentation de la masse monétaire ou de la vitesse de circulation permet l'augmentation des transactions effectuées).
Bref, je ne pense pas avoir véritablement répondu à votre objection, pour la raison qu'elle est parfaitement juste (hormis, donc, les cas où l'épargne est insuffisante ou trop peu "mobile" pour financer l'investissement). N'hésitez pas à revenir à la charge, votre remarque était tout à fait intéressante - merci :)
Très amusant, mais instructif...
@VilCoyote :
Je suis globalement d'accord avec vous.
Toutefois, j'aimerais rebondir sur le passage suivant :
"Dans la réalité, on sait que le marché des capitaux ne fonctionne pas parfaitement [...] auquel cas la création monétaire peut servir."
L'idée est que les asymétries d'information sont telles que nous glissons dans un contexte d'anti-sélection où les emprunteurs sont mieux informés que les prêteurs, qui fatalement n'évaluent les risques qu'à priori.
Un peu comme dans l'histoire des tacots d'Akerlof, les meilleurs investisseurs désistent à emprunter à un coût qu'ils jugent trop élevé.
La conclusion est qu'il ne reste que les mauvais emprunteurs.
Si je regarde attentivement les agences de rating, je constate que leur rôle est précisément de réduire les coûts de transaction et les asymétries d'informations, permettant très justement de combler ces besoins d'investissements.
Vous dites que la création monétaire, (je suppose que vous entendez par là la baisse des taux d'intérêts par les banques centrales), permet rendre le crédit plus "accessible" aux bons emprunteurs. Mais comme avec l'exemple des agences de rating, n'est-il pas possible qu'une institution, ou une entreprise puisse justement répondre à ces besoins d'investissements en évaluant les risques ? Est-ce que cette idée n'est pas aussi efficace que la création monétaire pour remettre d'aplomb les occasions d'investissements ?
Dans mon post précédent, je disais que si un besoin d'investissement ne pouvait être comblé, c'est qu'il y a une demande sous-jacente, ce qui signifie qu'une offre adéquate doit normalement émerger.
Cordialement.
@Winsor:
Non, je crois pas que la réponse de Vil Coyote ait quoi que ce soit à voir avec la banque centrale.
La création monétaire permet de réduire l'asymétrie d'information entre l'épargnant et l'intermédiaire financier.
En émettant des obligations à long terme ou des actions, ce dernier est peinard et peut jouer au casino en se disant que si il perd, il aura bien fait d'en profiter et que sinon, il pourra empocher la plus-value.
Tandis que si il recourt à la création monétaire, à la moindre incartade, il risque de se prendre un bank run (soit parce que ses déposants trouvent que çà sent pas bon, soit parce que ses copains vont refuser de le refinancer).
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que beaucoup préfèrent détenir une épargne sous forme monétaire plutôt que sous forme d'obligations ou d'actions.
En fait, un actionnaire peut également trouver que son entreprise est sous-endettée. Pas tant parce qu'il veut bénéficier d'un effet de levier que parce qu'il veut que les dirigeants soient sous la menace d'une faillite s'ils ne bossent pas sang et eau pour leur boîte.
Pour ce qui est des agences de rating, elles ne résolvent que de manière bien imparfaite les asymétries d'information car elles sont souvent payées par les institutions qu'elles sont censées noter. (simplement parce que ce genre de travail coûte cher et qu'il ne peut être effectué pour chaque investisseur) et qu'une fois le financement accordé, les moyens d'action sur l'emprunteur disparaissent (soit parce que le prêt est accordé, soit parce que ).
(Pour plus de détails, voir ici: http://www.minneapolisfed.org/pubs/... )
La création monétaire peut aussi permettre de lisser les fluctuations de P et T (sans qu'il y ait besoin d'aller chercher des coquillages à 3000m de fond au passage, mais c'est assez marginal comme économie), ce qui est pour le coup le rôle de la banque centrale.
@fred :
En fait, votre idée complète très justement la mienne, non ?
Si les agents préfèrent tenir des "dépôts" au lieu d'obligations, on se retrouve dans une configuration d'anti-sélection où les meilleurs investisseurs désistent et laissent sur le marché les mauvais investisseurs, ce qui crée un déséquilibre entre les besoins d'investissements et les capacités d'investissements, d'où le gros gaspillage, effectivement.
La solution préconisée ici semble, si j'ai bien compris les propos de VilCoyote, de faire chuter le prix de la monnaie en créant de la monnaie, donc faire baisser les taux, pour enrayer tout risque de rationnement de crédit.
@Winsor:
Il y a 2 choses:
_la création monétaire par les banques commerciales qui permet aux banques de lever plus de fonds.
_la régulation de ce processus par la banque centrale au travers des taux directeurs.
La banque centrale ne peut agir que sur les taux à courts et éventuellement moyen terme. À long terme, c'est la création monétaire par les banques de second rang qui permet de lever suffisamment de fonds pour maintenir bas les taux pour les bons emprunteurs.
Quelques petites remarques de béotien :
1) Le fait que dans votre exemple, le système soit fermé et à deux acteurs ne rend-il pas la généralisation de la parabole caduque ? puisque c'est le fait de créer une monnaie qui est la source du problème -car à priori, chaque jour, une échange de monnaie à somme nulle est effectué- alors qu'un échange simple ne créerait pas de conflit.
2) la question de base n'était-elle pas de créer de la monnaie pour la donner "aux pauvres" alors que sur votre île, vos deux acteurs ont leurs besoins satisfaits ;d'ailleurs on peut se demander pourquoi ils trouvent le besoin de règlementer un échange a-priori non-fondamental (poisson/singe). La parabole pourrait plutôt être celle-ci :
Slobodan a trouvé une source au milieu de l'île et doit passer une bonne partie de sa journée à aller chercher de l'eau. Pendant ce temps, René pêche des poissons et à la fin de la journée l'échange peut avoir lieu, eau contre poisson. Si ces deux crétins ont fait de l'économie, ils vont se sentir obligés de créer une monnaie avec vos 100 coquillages maudits. Si tout va bien ils vont gentiment s'échanger leurs 10 palourdes quotidiennes et chacun aura de quoi manger et boire.
Ensuite, on en revient à la question initiale : créer de la monnaie et la donner aux pauvres. Le souci c'est qu'il ne peut pas y avoir de "pauvre" sur votre île : si on échange deux poissons contre 10 coquillages et 2 litres d'eau contre 10 coquillages, le jour ou René n'a qu'un poisson à échanger, le bénéfice sera pour Slobodan, qui, au bout d'un moment n'aura plus besoin de vendre de l'eau à René pour acheter son poisson.
Donc : René va soit crever de soif (et Slobodan aussi puisqu'il ne peut pas aller chercher de l'eau et pêcher), soit piquer de l'eau à Slobodan (en lui pétant sa gueule au passage) créant un conflit qui va aussi les détruire tous les deux.
Pour moi, votre parabole ne peut pas répondre à la question posée. Et au mieux, elle montre que la création monétaire est inutile dans un système en équilibre (ou la monnaie en elle-même est inutile, ce qui rend le temps et la salive consacrés à développer cette parabole un peu ... vains)
@Guyom :
- je n'ai pas compris votre point 1)
- mes acteurs n'ont pas leurs besoins satisfaits, puisque René veut plus de singe pour son repas;
- non-fondamental, l'échange ? On voit que vous n'avez jamais vu René pêcher. Un vrai tueur. Et Slobo n'a pas son pareil pour dézinguer du macaque.
- peu importe qu'on donne cet argent aux "pauvres", le but est juste de faire passer l'idée que la richesse, ce n'est pas les bouts de papier, et que ce n'est donc pas en distribuant des billets qu'on va résoudre le problème de la pauvreté.
En 1), je voulais dire que, d'après ce que j'en comprends, c'est uniquement parce que René ne peut échanger qu'avec Slobodan que ses 10 coquillages perdent de leur valeur. Si vous rajoutez 2, 3 ou plus intermédiaires avec des interactions entre tous, les 10 coquillages feront sans doute baisser la "valeur" du coquillage, mais cette baisse sera "répartie" entre tous les acteurs et donc René avec ses 10 coquillages en plus aura quand même gagné quelque chose... ou pour être plus terre à terre, si je fabrique 1000, 10 000, ou même 1 million d'euros avec mes feutres et du joli papier, je vais être plus riche (au moins le temps que la police ne retrouve ma trace) sans mettre en péril la valeur de l'euro.
ensuite, évacuer l'idée de la pauvreté dans votre raisonnement me semble quand même un petit peu malhonnête vu que c'est ça la base du problème que vous posez.
N'ayant pas de formation en économie, mais une petite expérience en physique, votre parabole me semble pouvoir se résumer ainsi : on a une situation d'équilibre, on introduit une perturbation et la situation retourne à un équilibre. C'est très joli, mais encore faudrait-il savoir ce qu'est un équilibre et si la pauvreté en est un (dans votre exemple, les richesses sont également réparties ce qui créé l'équilibre).
Brefle, vous partez d'une situation qui me semble en contradiction avec le problème de départ : égale répartition des richesses, égalité parfaite de l'échange, donc impossibilité d'accumuler du capital (sous peine de destruction du charmant duo), pour extrapoler sur une situation diamétralement opposée.
La parabole est amusante, mais elle me semble quand même plutôt mensongère...
J'en tire une autre morale : Quand quelque chose marche (échanges Slobo/René) surtout ne pas faire appel aux économistes.
autres remarques (ça me travaille votre affaire).
1) le jour ou notre bon René n'attrape rien (pas de chance), comment ça se passe ? à priori, si l'on suit votre idée, le lendemain, les prix de Slobo ont doublé (vu qu'il n'a rien pu acheter avec ses coquillages la veille).
2) Si, lorsqu'il a trouvé les coquillages supplémentaires, René pêche quand même et se paye une double ration de singe keskispass? On peut toujours espérer que mieux nourri, il pêche plus, et peut donc fournir plus de poisson à Slobo qui a son tour, plus malin (tout le monde sait que le poisson rend intelligent) chopera plus de singes et ainsi ils pourront vivre heureux et avoir beaucoup d'enfants.
@Guyom :
commentaire 24 :
- oui, si vous donnez un million d'euros "bidons" à un clodo dans la monde réel, il va s'enrichir, et la perte sera assez répartie dans le reste de la société pour être négligeable. Mais l'idée combattue est celle qui consiste à croire que donner à TOUS les "pauvres" un revenu créé ex-nihilo pour leur permettre de vivre "comme tout le monde" serait une solution. (dans le même esprit, j'avais écrit ça : http://www.optimum-blog.net/post/20...).
- Pour le reste, vous vous compliquez pour rien : l'idée, encore une fois, est "des billets en plus sans travail supplémentaire ne rend personne plus riche".
- Si vous relisez les premiers commentaires sous ce billet, vous verrez que je n'ai pas cherché à nier le rôle que pouvait avoir la création monétaire dans l'activité économique... mais uniquement dans la mesure où elle permet de générer un TRAVAIL, une activité SUPPLEMENTAIRE, qui sera SEULE créatrice de richesse.
commentaire 25 - 1) : non, car Slobo n'aura pas eu à fournir un travail "gratuit" pour René : René s'est "appauvri" de 10 coquillages lors de sa dernière transaction, qu'il aurait bien voulu récupérer grâce à sa pêche pour les ré-échanger (ce n'est pas le cas dans ma parabole : les 10 coquillages échangés étant tombés du ciel - enfin sortis de la mer - René n'a pas de raison de se casser le cul à bosser pour récupérer ce qui ne lui a rien coûté).
2) : cf. ma troisième réponse à votre commentaire 24.
en fait, ce que j'essaye de vous faire comprendre, c'est que vous ne "montrez" rien avec votre parabole. Vous partez d'une situation initiale, puis vous imaginez des réactions qui en elles-mêmes portent votre conclusion. Un peu comme si je vous donnais de la peinture rouge et vous demandant de dessiner une voiture, pour conclure, une fois votre chef d'oeuvre achevé, que vous adorez les voitures rouges.
Une parabole, c'est une allégorie dont on peut tirer une morale (morale qui peut être discutée, modulée, contredite). Ici vous vous servez d'une petite histoire pour essayer d'illustrer une "loi économique", qui ne saurait, à vos yeux, être contestable. On est dans deux registres bien différents.
Encore une fois, je ne conteste pas vraiment la réalité que vous mettez en avant (encore que, j'aimerais bien savoir si des expériences historiques peuvent venir l'appuyer), je dis juste qu'il me semble un peu malhonnête d'utiliser ce genre procédé, puisqu'au final, on peut "démontrer" ce qu'on veut avec ...