Collabos
Par VilCoyote le lundi 8 février 2010, 19:39 - HS - Lien permanent
Cette manie qu'ont les employeurs (et leurs syndicats) de parler de
"collaborateurs" à propos de leurs salariés est d'une hypocrisie peu commune.
Ce sont les communiqués des restaurateurs sur la baisse de la TVA qui m'ont mis
la puce au poteau rose (sic) : et qu'on va
"recruter des collaborateurs", et que
"les collaborateurs bénéficient de hausses de salaires", et gnagnagna. Faut
arrêter de se foutre de la gueule du monde.
Collaborer, étymologiquement, ça veut dire travailler
avec, oeuvrer ensemble à un but commun. Quiconque a
regardé un peu comment fonctionne une entreprise (et particulièrement la
restauration) voit bien que les salariés travaillent
pour leur patron, et non pas avec. Ah oui et la
collaboration, c'est par définition à double sens, donc le salarié doit vous
dire que son patron est en fait son collaborateur, lui aussi. Ben voyons.
Attention, ne voyez rien de gaucho dans mes propos : c'est parfaitement
normal qu'un salarié soit subordonné à son employeur - c'est même à ça
qu'on le reconnaît. Mais pourquoi cette hypocrite négation du lien de
subordination à travers cette appellation pseudo-méliorative de
collaborateur ? Que veut-on nous faire croire ? Ca ressemble
fort à un avatar du management Bisounours, tout le monde travaille main dans la
main, d'égal à égal, à cette magnifique aventure humaine qu'est l'Entreprise
moderne.
Ah et, Jean-René, mon cher collaborateur, vous penserez à passer à la compta,
je me vois dans la douloureuse obligation de mettre fin à notre
collaboration.


Commentaires
Ceci me rappelle autre article sur le sujet : http://www.democratie-socialisme.or...
Merci beaucoup Pock, cet article exprime parfaitement ce que je voulais dire. En moins énervé et mieux :)
Décidément, mes commentateurs-collaborateurs apportent une valeur ajoutée à chacun de mes billets...
Dans le même ordre d'idée de vocable bisounourseque d'entreprise, les qualités d'un "collaborateur" sont bien des "qualités", par contre, ses défauts sont des "axes d'amélioration".
Quoique vous vous en défendez, http://www.marxists.org/archive/mar...
"This sphere that we are deserting, within whose boundaries the sale and purchase of labour-power goes on, is in fact a very Eden of the innate rights of man. There alone rule Freedom, Equality, Property and Bentham. Freedom, because both buyer and seller of a commodity, say of labour-power, are constrained only by their own free will. They contract as free agents, and the agreement they come to, is but the form in which they give legal expression to their common will. Equality, because each enters into relation with the other, as with a simple owner of commodities, and they exchange equivalent for equivalent. Property, because each disposes only of what is his own. (...)
On leaving this sphere of simple circulation or of exchange of commodities, which furnishes the “Free-trader Vulgaris” with his views and ideas, and with the standard by which he judges a society based on capital and wages, we think we can perceive a change in the physiognomy of our dramatis personae. He, who before was the money-owner, now strides in front as capitalist; the possessor of labour-power follows as his labourer. The one with an air of importance, smirking, intent on business; the other, timid and holding back, like one who is bringing his own hide to market and has nothing to expect but — a hiding. "
Marxiste!! :PPP
Putréfaction ! Je suis démasqué.
Le parallèle n'est pourtant pas erroné sur tous les plans. En tant que salarié, j'ai franchement l'impression de me faire tondre.
Et si je suis tondu, c'est que j'ai collaboré, non ?
Une tentative de défense (en quelque sorte) de cette terminologie bisounoursesque: les gens qui travaillent dans une entreprise ne sont pas forcément ses employés directs mais peuvent être aussi des employés de prestataires de service (parfois présents pour plusieurs années...) ou de sous-traitants. Donc, collaborateur peut servir de terme générique pour regrouper des réalités juridiques diverses. (maintenant, je ne dirais pas que j'ai envie d'être collaborateur non employé et je ne sais pas quel est l'usage exact de ces termes...)
Il y pas loin de 10 ans j'étais"Cast member" chez Disney.
Un précurseur.
Je suis quand même content de voir le terme "bisounours" se diffuser un peu partout.
Sinon, l'expression "collaborateur", c'est très "nouvel esprit du capitalisme" façon Boltanski & Chiapello. Un peu de sociologie te fera du bien ;)
Collaborateur : c'est presque anticapitaliste comme appellation : les entreprises ne sont pas des maisons des jeunes !
H.S : un billet sur l'affaire Pierre Bergé / Téléthon SVP !!!!!
A la périphérie de ce sujet : http://fr.wikipedia.org/wiki/Avocat... et http://cnb.avocat.fr/Reglement-Inte...
Que dire alors des "partners" de chez Starbucks ?
Totalement d'accord avec toi.
De plus, dans le cadre de l'histoire française, le mot est particulièrement mal choisi. Inculture des dirigeants d'entreprise ? Sans doute.