La reprise financière est déjà en cours. Depuis mars 2009, les Bourses ont gagné plus de 50 %, du jamais-vu depuis 1933 ! La reprise économique va donc suivre. C'est le sens de l'histoire.
Si les Bourses ont tant augmenté, c'est parce qu'elles s'étaient effondrées de manière tout aussi importantes... Entre septembre 2008 et mars 2009, le CAC 40 est passé de 5900pts à 2400pts (baisse de 60%). En remontant à seulement 3900pts aujourd'hui, ça représente une hausse de 60%... Bref, une faible augmentation en valeur absolue se traduit par une forte augmentation relative quand la valeur de départ est faible; normalement, on sait ça en fin de seconde, et on évite d'en tirer des conclusions sur le sens de l'histoire en liant de façon aussi mécanique et abusive la remontée des cours boursiers au niveau de la croissance et de l'emploi. On a reproché aux journaux et à la télé de faire toutes leurs unes sur des graphiques de bourse qui se cassent la gueule en arrière plan d'un trader qui se prend la tête dans les mains en froissant une feuille; manifestement, ils ne sont pas les seuls à réduire l'économie à un indice boursier.

Cette crise est in fine d'une singulière banalité. Selon les cycles repérés au milieu du XIXe siècle par l'économiste Clément Juglar, une crise arrive tous les sept à dix ans.
On est content d'apprendre que l'augmentation du chômage mondial de 25%, la croissance nulle ou négative des pays développés et le quasi-effondrement du système bancaire international sont d'une "singulière banalité" et correspondent tout simplement à un cycle des affaires auquel tout le monde s'attendait avec sérénité.

Demain, la question ne sera pas de savoir si l'on fera 1,5 % ou 2 % de croissance du PIB mais de savoir comment financer les retraites et la santé de la génération du baby-boom.
Autrement dit : La question ne sera pas de savoir si on créera davantage de richesses, mais de savoir où on trouvera les richesses pour les utiliser à satisfaire les besoins. Vous ne voyez pas la différence ? Normal, mais la formulation marseillaise permet de se la jouer "économiste proche des préoccupations du monde réel et détaché du fétichisme des chiffres de la croissance". Ou de passer pour un con, suivant à qui on s'adresse.

Nous assistons à une remise en cause profonde de la société de consommation. Le consommateur commence à prendre conscience de l'absurdité de ce modèle et des gaspillages qu'il engendre. La revente de cadeaux de Noël sur eBay en est une illustration anecdotique mais manifeste. L'idée de travailler plus, pour gagner plus, pour consommer plus est dépassée.
Alors la revente sur eBay des cadeaux de Noël est un signe de la remise en cause de la société de consommation ?.. Si on devait y donner un sens, ce serait plutôt l'inverse : ça veut dire que les gens ne respectent plus le caractère sacré du don (Marcel Mauss inside), qui permettait de faire subsister des relations sociales en dehors de la sphère marchande; au contraire, ils n'hésitent pas à liquider un cadeau (qui, d'un point de vue non-consumériste, est censé se suffire à lui-même, car "c'est l'intention qui compte") pour acquérir avec le cash un bien utile. Si ça ce n'est pas de la consommation...

On va se tourner vers une industrie à plus forte valeur ajoutée vers des secteurs innovants, dans le domaine des énergies renouvelables et des nouveaux matériaux par exemple.
Ah, la forte valeur ajoutée, on ne s'en lasse pas. C'est Krugman qui, dans Pop Internationalism (p.29), montrait qu'on assimilait sans cesse (et à tort) "secteur innovant" et "secteur à forte valeur ajoutée" : les industries du tabac ou du raffinage (fortement utilisatrices de capital) sont bien plus créatrices de valeur ajoutée que celles, pourtant plus glamours, des high-techs..

L'Industrie a toujours un avenir, elle représente et représentera toujours de l'ordre de 10 % à 15 % du PIB.
Rien n'est moins sûr. L'essentiel de la croissance se fait aujourd'hui par les services. Il est donc au contraire probable que le poids relatif de l'industrie dans la richesse nationale va diminuer au profit des services. L'industrie manufacturière représentait 24% du PIB en 1981, 14% en 2006 (la faute aux socialistes, sûrement !). Pour en déduire que sa part "sera toujours entre 10 et 15%", il faut soit avoir les bobolles sacrément bien accrochées, soit avoir le cerveau sacrément embrumé par les fumigènes et le stand de merguez du Vélodrome.

Je ne sais pas ce que Marseille a foutu au mercato, mais c'est mal barré pour prétendre au titre de champion. Quoique...