Ca ne peut pas être le fruit du hasard, ni d'un alignement naturel sur un supposé pic d'audience (ces agaçants épisodes se produisent à tout moment de la journée). Il ne peut donc s'agir que d'un cartel... qui a la particularité de regrouper un nombre conséquent d'acteurs (même si je n'ai que 6 stations programmables dans mon Opel Astra, ça semble plus largement répandu) et surtout d'être stable. En effet, dans les cartels, les membres sont souvent tentés d'adopter un comportement opportuniste : si l'entente se fait sur les prix, on baissera légèrement et opportunément les siens pour récupérer les parts de marché; si l'entente se fait sur les quantités, on augmentera les siennes. Cas typique de dilemme du prisonnier : il serait dans l'intérêt de tous que le cartel subsiste, mais chacun a individuellement intérêt à le trahir, ce qui mènera à sa perte.

Dans le cas des pubs à la radio, l'intérêt d'une station serait de décaler sa plage publicitaire, de façon à ce que les auditeurs des autres stations, cernés de toutes parts par les exaspérantes aventures de la famille de beaufs qui passe sa vie chez Leclerc à collectionner des bons de réduction, se rabattent tous sur la petite oasis musicale que représenterait la station opportuniste (on fait ici l'hypothèse d'une information transparente, ce qui n'est pas irréaliste si on voit à quelle vitesse on peut zapper entre toutes ses stations pré-programmées (sauf dans l'Opel Astra 1994, où on n'en a que six...)). Or ce n'est pas ce qu'on constate : les stations ont l'air bien décidées à continuer à programmer leurs plages publicitaires au même moment, renonçant ainsi à attirer davantage d'auditeurs.

Une première explication réside dans le fait que, à un moment ou à un autre, la station devra bien envoyer ses pubs; et qu'à ce moment, l'auditeur exaspéré zappera automatiquement sur une des stations concurrentes, qui par hypothèse seront à ce moment là toutes en mode "musique" (je n'envisage pas une seconde qu'on puisse ECOUTER les pubs à la radio; autant REGARDER les pubs à la télé se conçoit, autant là, c'est tellement indigent, insupportable et ringard que non. On dirait ça @ 0'53'' ). A quoi bon récupérer des auditeurs pour ses plages "musique" si c'est pour les perdre pour toutes ses plages "publicité", qui sont justement celles dont la fréquentation détermine les revenus que touchera la station de la part des annonceurs ? La stratégie opportuniste n'est pas payante, même si tous les membres du cartel coopèrent (ie. n'ont pas eux mêmes de stratégie opportuniste).

Mais de toutes façons, les mesures d'audience des stations radios ne sont pas effectuées de façon aussi précise : personne ne sait combien d'auditeurs zappent la plage de publicité de 5 minutes entre 10h et 11h. Les chiffres d'audience résultent d'enquêtes, et si à la télé la généralisation des Box permet de mesurer de façon de plus en plus précise l'audimat (part d'audience dans les trente dernières secondes), il n'en est rien à la radio (et on peut supposer l'audimat est plus stable pendant les pubs, étant donnée la continuité que présente une émission télévisée, alors que les stations musicales peuvent s'écouter en pointillé). Donc en réalité, les annonceurs paieront en fonction de l'audience de la station sur la tranche horaire concernée, et non pas sur l'audience réelle de la publicité, évidemment (il en est de même à la télé).

Le but de la station est donc de fidéliser le plus grand nombre possible d'auditeurs sur chaque plage horaire. On peut alors distinguer deux types d'auditeurs :
1) le puriste, qui écoute une station parce qu'il ne supporte pas les autres programmations; celui-là sera globalement fidèle sur la plage horaire, même si il zappe pendant la pub, on est sûr qu'il rezappera toutes les douze secondes sur sa station préférée pour voir si on a repris la diffusion du Best Of Gilbert Montagné.
2) le distrait, qui écoute toute station pourvu que ça passe de la musique, et qui du coup zappe de façon durable : à la première pub, il change de station, et n'en rechangera que quand ce nouveau refuge sera à son tour atteint par la gangrène publicitaire. Celui-là ne peut être fidélisé que si il n'a aucune chance de trouver une station en mode "musique" pendant que l'autre est en mode "pub". En supposant que la loi des grands nombres va assurer une répartition initiale égalitaire des auditeurs "distraits" entre les stations, elles ont alors toutes intérêt à aligner leurs plages publicitaires, sous peine de les voir fuir durablement. Et aux enquêtes d'audience, le distrait ne pourra répondre que si il est fidélisé (de force : he can run, but he can't hide from Philippe, Mathilde et Régis de Leclerc).

Que l'auditeur soit puriste ou distrait, la meilleure stratégie pour en fidéliser un maximum est donc d'aligner ses plages publicitaires sur celles des autres, toute stratégie opportuniste étant soit inutile (pour le puriste), soit nocive (pour le distrait). Le cartel publicitaire des stations radios semble bien parti pour durer. Il va falloir que j'équipe l'Astra d'un lecteur MP3. En vente chez Leclerc avec 10% de remise immédiate en caisse en bons d'achat voir conditions en magasin.