Après avoir été annoncée à 32 euros par tonne de CO2, il semble qu’elle soit finalement fixée à 14 euros par tonne. Qu’en pensent les économistes ? Les deux noms les plus en vue sur cette question sont ceux de William Nordhaus et Nicholas Stern. Les deux économistes font des calculs à peu près similaires pour identifier le montant optimal de la taxe carbone : ils calculent une taxe qui permette le meilleur équilibre entre les coûts et les bénéfices associés à la baisse de la pollution. Leurs deux démarches sont extrêmement proches, mais leurs estimations sont très divergentes. Le problème tient au fait qu’il existe un gros décalage temporel entre l’action environnementale en matière d’effet de serre et les résultats. Autrement dit, ce sont les générations futures qui bénéficieront des nos efforts ! Or, selon le rapport Stern, les gains et pertes des générations futures doivent être comptabilisées presque de la même manière que les gains et pertes des générations présentes. Le « presque » est juste lié au fait que l’humanité finira bien par disparaître et qu’il serait inopportun de faire un calcul se prolongeant à l’infini. Le résultat de cette méthodologie est que la taxe préconisée par Stern est de 250 euros par tonne de carbone. Le coût du changement climatique, en utilisant cette méthodologie, serait subi pour moitié par des générations vivant après 2800, ce qui, à mes yeux, la décrédibilise. Nordhaus, pour sa part, applique une méthodologie expliquée dans un précédent billet, qui se base sur le comportement de nos contemporains en matière d’épargne, et qui tient compte également des générations futures, mais en leur attribuant un poids moindre que celui attribué par Stern. La différence est colossale, puisque sa taxe est de 25 euros par tonne de carbone. Naturellement, les deux auteurs préconisent un accroissement du montant de cette taxe au cours des décennies qui viennent.

Pour comparer ces recommandations à notre taxe carbone à 14 euros, il faut réaliser une petite règle de trois, car ces 14 euros ne sont pas perçus sur du carbone, mais sur du CO2, qui ne contient, en poids, que 27% de carbone. Ramenées aux bonnes unités, les taxes de Stern et Nordhaus sont, respectivement, de 67,5 et 6,75 euros par tonne de CO2 (je fais des approximations pour rendre la comparaison frappante). Ainsi, avec 14 euros, notre gouvernement double la taxe Nordhaus, et divise par 5 la taxe Stern.

Pour ma part, je suis nettement plus convaincu par la pertinence de la méthode Nordhaus pour la raison évoquée ci-dessus, et j’en tire donc la conclusion que la taxe carbone, dont je continue à défendre le principe, est deux fois trop élevée. Trois choses, pour finir :

1) Stern et Nordhaus ont tous deux une méthode qui, selon moi, tient mal compte de l’adaptation des hommes au changement climatique. Je travaille actuellement sur une manière de rendre compte de façon plus convaincante de cette adaptation. Des résultats très préliminaires (à prendre avec beaucoup de pincettes, j’insiste), suggèrent que la taxe carbonne serait d’environ 3 euros par tonne de CO2, quel que soit le poids accordé aux générations futures.

2) Si la taxe ne représente qu’une petite part du coût du pétrole, alors il ne faut pas exclure, surtout du côté des ménages, un phénomène de substitution entre les motivations intrinsèques et extrinsèques : sans taxe, certains ménages modèrent leur utilisation de l’automobile par exemple, uniquement pour se sentir respectueux de l’environnement. Il n’est pas impossible que l’introduction d’une petite taxe conduise certain de ces ménages à considérer que le paiement de cette taxe compense leurs émissions de carbone, et, comme elle est assez faible, les conduise finalement à émettre davantage tout en ayant bonne conscience.

3) Dans tous les cas, le montant de la taxe est calculé sur une base mondiale, c'est à dire si tous les pays la mettaient en oeuvre. Si la France était la seule dans ce cas, il est évident que l'impact sur le changement climatique serait peu différent de 0.