Philanthropie
Par VilCoyote le jeudi 20 novembre 2008, 17:45 - insolite - Lien permanent
Entendu dans le train, une maman (plutôt middle-upper) parle avec sa
fillette.
"Maman, et si toi tu gagnes beaucoup d'argent au Loto, tu le donnerais aux
pauvres ?"
"Non, je ferais mieux que ça : je créerais une entreprise, pour
donner du travail aux gens".
Je ne sais pas ce qu'en dirait Schumpeter.
(Edit - brève explication sur le sens caché de ce billet en
commentaire #7).


Commentaires
On ne devrait jamais prendre le train.
@Vil : Schumpeter ? Ça dépend du physique de la maman.
@Gizmo : Heureusement, Dieu a inventé le baladeur MP3.
On risque moins de mauvaises rencontres de ce type en TER qu'en TGV : question de discrimination affichée de ces deux modes de transport de leurs publics respectifs.
Cette brave maman est donc idiote, selon vous ?
au risque de passer pour un inculte j'avoue ne pas comprendre non plus ! j'aimerais beaucoup avoir quelques eclaircissement ça a l'air plutot interessant !
Si vraiment ce qui manque aux pauvres c'est un travail, j'aimerais signaler à tous les pauvres de la terre que ma chambre aurait besoin d'être rangée, parce que moi, j'ai pas le temps, je bosse, bordel.
@salan et david : non, la maman n'est pas idiote (enfin si peut-être, je sais pas). C'est juste qu'elle a une curieuse vision, philanthropique, du rôle de l'entreprise. Une entreprise n'existe pas pour "donner du travail aux gens", elle existe pour créer des richesses et générer un profit. Si elle n'y parvient pas, elle fait faillite, et les "gens n'ont plus de travail". Et si "l'entrepreneur" a suffisamment de fonds (comme cette brave dame si elle gagnait au Loto) pour la renflouer sans cesse, ce n'est plus une entreprise mais une oeuvre caritative. Et à ce moment là, on pourrait donner directement le pognon aux gens sans les obliger à travailler, comme si c'était nécessaire pour "mériter" ce don, même si leur travail n'est pas créateur de richesse (voir l'Angleterre de je sais plus quand, où le versement des allocs était conditionné à la construction de tas de cailloux dans les landes - lu in "Les métamorphoses de la question sociale", R.Castel).
Accessoirement, si tout ce qui manque à cette maman pour créer une entreprise et faire le bonheur des pauvres, c'est de l'argent, il existe pléthore de banques pour lui en prêter.
Normalement, ce n'est pas avec de l'argent qu'on crée des entreprises, mais des idées. Et jouer au loto n'est pas vraiment le meilleur moyen qu'on puisse imaginer pour avoir des idées.
merci a vous deux de m'avoir accordé un peu de votre temps pour repondre a ma question de façon aussi limpide !
Oui mais les idées dans un bilan c'est délicat à évaluer.
Ce que veut dire la maman c'est que si elle avait de l'argent, elle aurait le capital nécessaire pour fonder et développer une entreprise qui garantirait, de façon accessoire mais réelle, un revenu à ses employés.
Simple.
A Gizmo#6
Si vraiment ce qui manquait au pauvres c'etait de l'argent...
Je ne comprends pas votre raisonnement et je souscris au propos de Nono#10.
dans un marché limité l'aparition d'un nouveau concurent peut tres bien se reveler prejudiciable pour les entreprises les plus fragiles et donc dans ce cas les emplois crée par cette dame peuvent etre compensé par des perte d'emplois ! au final il n'est pas certain que le bilan contre la pauvreté soit interessant !
Il se peut aussi que suite à la création opportune de son entreprises cette dame développe par la suite une multinationale de 100 000 salariés.
Pinault a commencé route de Lorient avec une petite entreprise familiale.
Mais Pinault voulait faire quoi : gagner du blé ou faire du social ?
Tu peux faire du blé en faisant du social : en faisant travailler les gens.
C'est indispensable pour faire du blé de les faire travailler.
Et en même temps tu fais du social.
Parfaite équation.
@nono:
Est-ce que cela suppose que les employés de Pinault devraient se taire et être infiniment reconnaissants envers leur patron-bienfaiteur si ils trouvent qu'ils sont moins bien payés que chez le voisin?
De la même façon, vous considérez-vous comme le bienfaiteur du commerçant chez qui vous achetez ou simplement un de ses clients?
Il ne me semble pas que la maman ait parlé de "se taire et être infiniment reconnaissants envers leur patron-bienfaiteu".
Elle a juste parlé de donner du travail aux gens.
Simple.
meme avec une multinational de 100 000 salariés , si ces dernier occupe des postes peu renumeré on a rien changé a la pauvreté ! ceci dit , je subodore que l'idée du billet est un peu plus subtile que ça !
Nono : l'entrepreneur qui "donne du travail aux gens" ne fait pas du social. Il emploie une main d'oeuvre productive, créatrice de richesse, dans ce seul et unique but. Smith, boulanger, humanité, égoïsme, toussa... Les salariés n'ont donc pas à être reconnaissants, ils fournissent un travail pour lequel ils sont rémunérés, point ! Encore une fois, ce qui est curieux dans la vision de la maman (et qui a suscité ce billet que je pensais pourtant bien consensuel) est qu'elle ne considère pas l'entreprise comme un lieu de création de richesse, mais comme un foyer social.
Elle n'a pas parlé de faire du social.
Elle a dit "donner du travail aux gens".
Clair.
Nono c'est vous (commentaire 15) qui dites que l'entrepreneur "fait du social". Et, encore une fois (3e, 4e ? Zzzzz....), son idée était manifestement de considérer le salarié non pas comme un individu productif, embauché et intégré en tant que tel, mais de considérer que "donner du travail aux gens" était une fin en soi (ce qu'on peut légitimement considérer comme "faire du social"; UN PEU comme les emplois jeunes ou certains emplois Cotorep... les deux se ressemblant souvent étrangement). L'éternel "ça crée des emplois", mais côté philanthropique au lieu d'étatiste/protectionniste.
"L'éternel "ça crée des emplois", mais côté philanthropique au lieu d'étatiste/protectionniste."
Les plans actuels de soutien de l'économie aux USA et en Europe sont à la fois étatistes et philantropiques.
Carlos Ghosn lui même le dit. "Sauvez les emplois de Renault"...antrement dit, continuer à leur donner du travail.
Et ce n'est pas une modeste mère de famille ce type là.
Il me semble.
"Les plans actuels de soutien de l'économie aux USA et en Europe sont à la fois étatistes et philantropiques" : si vous considérez qu'une politique budgétaire est philanthropique, on risque de diverger sur le sens de ce mot.
"Carlos Ghosn lui même le dit." (dans ce cas je n'ai plus qu'à me taire à jamais).
"Sauvez les emplois de Renault" : et à qui s'adressait-il en disant "sauvEZ" ? Marrant qu'il n'ait pas dit "sauvONS"... ('fin bon je vois pas trop le rapport avec la choucroute, anyway. What's your point ?)
(PS. c'est marrant ce style pseudo-laconique abusant du retour à la ligne, ça me rappelle quelqu'un...)
oui mais bon quand il dit sauvez les emplois comprenez sauvez mon entreprise !
Il le disait en appelant Sarko à sauver les emplois.
Il demandait à l'Etat de payer pour sauver les emplois.
Aussi pour sauver l'entreprise. Certes.
Le budget est à la fois étatistes et philantropique (aides pour les plus démunis, aide à la culture, à la création artisitque etc.)
Oui c'est moi. Suite à ta judicieuse publicité.
"Il le disait en appelant Sarko à sauver les emplois" : ben oui. C'est facile de faire du bon sentiment avec l'argent des autres... mais ça n'a rien à voir avec le cas de notre Maman, qui si elle avait été à sa place, n'aurait pas demandé au contribuable de sauver sa baraque, mais aurait injecté tout son pognon juste pour les beaux yeux des pauvres salariés - même si ce sauvetage avait été improductif, comme celui envisagé pour les Big Three, qui se contentent depuis 30 ans de faire du lobbying sans innover, et qui veulent que le contribuable vienne à la rescousse quand la sanction des marchés devient trop dure (à nuancer suite aux dernière annonces de Ford).
Pour l'action de l'Etat, on ne peut pas parler de philanthropie. Il s'agit d'une certaine conception de la justice sociale et de l'intérêt général, mais il n'y a pas la dimension personnelle, individuelle,de reconnaissance qu'implique la philanthropie. Ne serait-ce que parce que l'argent de l'Etat n'est pas "le sien", mais une redistribution.
A part ça, welcome hors de la skydive community... ;-) Ca y est t'as retrouvé du temps à perdre avec des discussions à la con ? ;-))
La maman aurait créée une entreprise.
Et ensuite pour la sauver aurait demandé à l'Etat de l'aider.
C'est la même chose. Et Renault n'a rien à voir avec les Big Three. Tu mélanges tout pour faire une confiture inutile.
Avec la redistribution sociale, l'aide sociale personnalisée, la volonté de sortir individuellement les gens de la misère, le financement d'associations qui viennent en aide, à titre individuel, aux SDF l'on peut parler de philantropie d'Etat.
Pas seulement d'intervention sociale.
L'intérêt général et la redistribution c'était l'idée en 45.
Maintenant les moyens ont évolué.
"La maman aurait créée une entreprise.
Et ensuite pour la sauver aurait demandé à l'Etat de l'aider."
Ma foi, tu m'as l'air bien renseigné.
"Tu mélanges tout pour faire une confiture inutile."
Venant de toi, ça fait rire.
Pour le reste... je sais que tu abhorres les définitions, mais la philanthropie est guidée par le désir de reconnaissance, de notoriété, de postérité, ou par une obligation morale, religieuse. Rien de tout ça dans l'intervention publique, qu'elle soit moderne ou non. la philanthropie suppose un engagement volontaire, individuel (l'exact opposé de l'action publique).
Que l'Etat soutienne/encourage la philanthropie, oui; qu'il en fasse, non (sauf dans le cas particulier des dons à l'étranger, genre pour de l'aide au développement, qui s'apparente à de la charité entre Etats).
"je sais que tu abhorres les définitions, mais la philanthropie est guidée par le désir de reconnaissance, de notoriété, de postérité, ou par une obligation morale, religieuse."
C'est faux.
Un acte philanthrope est justement par définition le contraire d'un acte interressé.
Et ce n'est pas non plus lié à la religion ou à la morale.
Tu peux être amorale (cas d'école), athé et philanthrope.
Il faudrait que tu arrêtes de dire des [hop ! insulte censurée par A.B., qui ne connait pas ce Nono, mais qui applique une jurisprudence constante en la matière] tu sais.
OK bon il est décidément impossible de tirer quoi que ce soit de ta médiocrité. Puisque tu es incapable de conduire une discussion en expliquant tes idées (à supposer que tu en aies), tu n'es pas le bienvenu ici. Oui je fais le facho, ce que tu veux, mais au moins je n 'aurai pas à supporter ta bêtise crasse jusque dans les commentaires de "mon" blog. Et ferme la porte en sortant.
les seuls commentaires pas optimum du blog le plus optimal.
Sinon Schumpeter ferait peut-être un parallèle avec l'Espagne impériale et sa ruine quand la rente s'épuise si les investissements dans la sphère productive n'ont pas été faits, voire pire, si ceux des investissements ont été subventionnés par ladite rente
J'arrive après la bataille (et apparemment c'est le cas de le dire), mais le truc en Angleterre c'est les "workhouses" (ou "poorhouses") et c'était pas funky !
Merci pour la précision Emmeline. Dans ce temps là, au moins, on avait le respect des vraies valeurs, 'dedieu !
Il semble, qu’il y est plus de bon sens, dans le message de la maman que dans les commentaires. En effet, elle à parler à l’identique du philosophe humaniste nommé Jésus, qui a dit à peu pré la formule suivante, « ne donner pas à manger au pauvre, apprenez lui à pécher ».
C'est-à-dire, donner lui, par le travail, le moyen de manger, sans avoir à attendre la générosité.
De nos jours, l’entreprise par le SALAIRE, donne à manger à ses employé, en échange d’un travail, la dignité avec, à ne plus tendre la main, pour une aumône avilissante et aléatoire.
Le rôle indispensable, économique et social de l’entreprise, est tant connu et reconnu, qu’il semble inutile de s’enfermer dans des clivages politiques. De plus l’aumône est éphémère et le travail permanent.
Inutile d’être philanthropique, pour être utile, l’entreprise est une source inépuisable, donc plus prodigue que la générosité.
D’autre part, le travail, aux nombreuses vertus et utilités, est en outre bien constitutif de richesse, quant à son partage, dont le profit, c’est un autre débat.
L’entreprise donne en premier du travail à son créateur, dont les motivations sont en général beaucoup plus saines qu’il en est dit ici.
En outre, la très brave dame a bien parlé d’entreprise et non de philanthropie, le renflouage est donc un faux débat.
Une entreprise fait faillite pour une ou plusieurs des raisons suivantes, incompétence, mauvais rendement, carence de gestion, trop forte concurrence; malversation, catastrophe, vol, détournement, confusion du bénéfice avec du CA. Le renflouement n’est lui qu’un remède passager et exceptionnel, de plus voué à être récupérer.
Il n’est donc, pas plus question de philanthropie, dans son intention, que dans l’entreprise, il y a juste vocation à être utile et plus largement que supposé.
C’est ce que j’ai appris aux catéchismes pour la communion solennelle et a l’école primaire pour le certificat d’étude, dont je peux fournir copie. Parole d’autodidacte, agnostique, (philosophie, personne qui défend qu'une vérité d'ordre métaphysique ne peut être ni affirmée ni infirmée si la raison et l'expérience ne peuvent la vérifier), qui peut toutefois affirmer une vision, sans l’ériger en Vérité.
@Marquis Alain
Je veux bien que vous me donniez le passage où le Christ dit qu'il vaut mieux enseigner l'art de la pêche que donner du poisson (en l'occurrence, dans le cas de Simon-Pierre, il ferait plutôt l'inverse en lui demandant de le suivre), car je doute qu'il existe.
L'auteur de ce billet ne met pas en cause l'utilité de l'entreprise en tant que structure de production permettant la création de richesses mais plutôt celle qui serait créée par cette dame. Cette dernière pourrait très bien pousser vers la sortie une autre entreprise si elle se lance sur un marché saturé. Par ailleurs, lorsqu'une entreprise ne permet plus la création de richesses, cette dernière est éliminée et cela est bon, quand bien même ses membres ont tout fait pour améliorer la rentabilité (Schumpeter parle de destruction créatrice).
Il faut bien distinguer 2 choses: la production et la redistribution. Confondre les deux est souvent inefficace: est-ce que donner à condition de creuser et puis de reboucher des trous (ce à quoi risquerait d'aboutir l'entreprise de cette dame) est meilleur que de donner sans contrepartie?
Si vraiment cette dame veut vraiment enseigner l'art de la pêche, elle peut payer des formations aux pauvres. Au moins, on peut supposer que les formateurs ont une expérience que n'a sans doute pas cette dame.