Je suis stupéfait par l’unanimisme avec lequel est dénoncé le débat de personnes, qui se serait substitué au débat d’idées au cours du congrès du Parti Socialiste. Plus surprenant encore est l’acquiescement des candidats au poste de premier secrétaire eux-mêmes, qui assurent se désoler de l’excès de place accordée aux questions de personnes. Pourtant, c’est bien ce débat-là qui importe dans ce genre de circonstances. Du point de vue socialiste, c’est le premier secrétaire qui incarnera les idées du parti (certes, de façon non exclusive), et il semble légitime que ses militants s’inquiètent de la personnalité de leur leader. D’un point de vue extérieur au PS, on peut avec raison s’intéresser à la personnalité qui aura de bonnes chances d’être le candidat de l’opposition aux grandes élections de 2012. Cela est d’autant plus vrai qu’il existe un véritable suspens sur l’identité du futur premier secrétaire. Il y a 18 mois, j’aurais parié sur DSK. Il y a 10 jours, j’aurais parié sur Bertrand Delanoe. Aujourd’hui, je ne suis même pas vraiment sûr que ce sera Martine Aubry, même si c’est l’hypothèse la plus vraisemblable.

Quant aux idées, ce n’est certainement pas à une telle occasion qu’elles peuvent s’exprimer. Certes, les différents candidats peuvent faire connaître les leurs, mais quel est l’intérêt, puisque celles-ci changeront dans les années qui viennent ? Il est vain d’attendre un embryon de projet législatif avant l’année 2010, et on commencera à entendre s’exprimer des propositions précises dans les quelques mois précédant les présidentielles. Or, ces propositions ne reflèteront pas tant la sensibilité politique du premier secrétaire que le compromis qu’il obtiendra d’ici là pour s’assurer le soutien loyal des principaux courants. Souvenons-nous de la prise de pouvoir par Nicolas Sarkozy à L’UMP en 2005 : il s’agissait alors, selon les observateurs, d’une victoire de la tendance libérale et atlantiste sur le conservatisme gaullien. Mais diriger un parti n’est pas tout, encore faut-il être consensuel. Et si Nicolas Sarkozy a pu bénéficier d’un soutien presque sans faille au sein de l’UMP, c’est parce qu’il a DeGaulle-isé son discours, et les idées qui inspirent son action sont, aujourd’hui, bien plus celles du conservateur gaulliste Henri Guaino que celles de Benjamin Constant.

Et quand bien même ! Un débat d’idées aujourd’hui aurait-il une chance de donner une idée des orientations d’une hypothétique majorité socialiste en 2012, en quoi cela rendrait-il sans intérêt un débat sur la personnalité des leaders ? Au fond, la qualité d’un dirigeant politique ne dépend pas uniquement de ses idées, mais également de son tempérament. Un chef d’Etat doit savoir réagir à un conflit international soudain, à une crise économique, à une grève générale, à une épidémie, etc. Il doit également savoir résister aux lobbies, tout en sachant parfois infléchir sa position pour de bonnes raisons. Bref, il doit avoir de la... personnalité !

Alors je vous en conjure, Monsieur, Mesdames les candidats, oubliez un peu le « nous », et réapprenez le « je ».