A bas le débat d’idées
Par Antoine B. le mercredi 19 novembre 2008, 23:09 - Lien permanent
Je suis stupéfait par l’unanimisme avec lequel est dénoncé le débat de personnes, qui se serait substitué au débat d’idées au cours du congrès du Parti Socialiste. Plus surprenant encore est l’acquiescement des candidats au poste de premier secrétaire eux-mêmes, qui assurent se désoler de l’excès de place accordée aux questions de personnes. Pourtant, c’est bien ce débat-là qui importe dans ce genre de circonstances. Du point de vue socialiste, c’est le premier secrétaire qui incarnera les idées du parti (certes, de façon non exclusive), et il semble légitime que ses militants s’inquiètent de la personnalité de leur leader. D’un point de vue extérieur au PS, on peut avec raison s’intéresser à la personnalité qui aura de bonnes chances d’être le candidat de l’opposition aux grandes élections de 2012. Cela est d’autant plus vrai qu’il existe un véritable suspens sur l’identité du futur premier secrétaire. Il y a 18 mois, j’aurais parié sur DSK. Il y a 10 jours, j’aurais parié sur Bertrand Delanoe. Aujourd’hui, je ne suis même pas vraiment sûr que ce sera Martine Aubry, même si c’est l’hypothèse la plus vraisemblable.
Quant aux idées, ce n’est certainement pas à une telle occasion qu’elles peuvent s’exprimer. Certes, les différents candidats peuvent faire connaître les leurs, mais quel est l’intérêt, puisque celles-ci changeront dans les années qui viennent ? Il est vain d’attendre un embryon de projet législatif avant l’année 2010, et on commencera à entendre s’exprimer des propositions précises dans les quelques mois précédant les présidentielles. Or, ces propositions ne reflèteront pas tant la sensibilité politique du premier secrétaire que le compromis qu’il obtiendra d’ici là pour s’assurer le soutien loyal des principaux courants. Souvenons-nous de la prise de pouvoir par Nicolas Sarkozy à L’UMP en 2005 : il s’agissait alors, selon les observateurs, d’une victoire de la tendance libérale et atlantiste sur le conservatisme gaullien. Mais diriger un parti n’est pas tout, encore faut-il être consensuel. Et si Nicolas Sarkozy a pu bénéficier d’un soutien presque sans faille au sein de l’UMP, c’est parce qu’il a DeGaulle-isé son discours, et les idées qui inspirent son action sont, aujourd’hui, bien plus celles du conservateur gaulliste Henri Guaino que celles de Benjamin Constant.
Et quand bien même ! Un débat d’idées aujourd’hui aurait-il une chance de donner une idée des orientations d’une hypothétique majorité socialiste en 2012, en quoi cela rendrait-il sans intérêt un débat sur la personnalité des leaders ? Au fond, la qualité d’un dirigeant politique ne dépend pas uniquement de ses idées, mais également de son tempérament. Un chef d’Etat doit savoir réagir à un conflit international soudain, à une crise économique, à une grève générale, à une épidémie, etc. Il doit également savoir résister aux lobbies, tout en sachant parfois infléchir sa position pour de bonnes raisons. Bref, il doit avoir de la... personnalité !
Alors je vous en conjure, Monsieur, Mesdames les candidats, oubliez un peu le « nous », et réapprenez le « je ».


Commentaires
Je crois que la description de la conquête de l'UMP se méprend sur l'importance du libéralisme. Sarkozy n'a jamais été un homme politique libéral. Par contre, il doit composer avec des libéraux au sein de l'UMP (même s'ils se sont rendus en 2002), ce qui ne change pas le raisonnement.
C'est vrai que la procédure du PS est une bonne recette pour l'échec: on dit ne s'intéresser qu'aux idées, alors que les gens viennent avec leurs idées et inversement. Comme vous le dites, ces séquences de choix des dirigeants servent à éliminer des prétendants. Évidemment, le dirigeant choisi a des penchants et des idées personnels... Mais comme vous dites aussi, le sens du vent a une influence certaine!
Ils font ce que les propriétaires des médias veulent.
Que faire d'autre face à des journalistes décérébrés travaillant pour des entreprises dont les propriétaires souhaitent centrer le débat sur les divisions du parti socialiste ? Personnellement, à part des sex-tapes, je ne vois pas.
Les textes des motions sont par ailleurs librement disponibles. Et contrairement à ce que vous affirmez, des idées s'y expriment. Et à la limite, si le PS finit par ne plus intéresser les 80% de la population qui laissent télévision et presse penser pour eux, ce serait certainement un bien.
Le débat d'idées / débat de personnes n'est renvoyé à la figure du PS que parce que celui-ci en a fait un argument et un principe (qui le mettrait au dessus des autres partis, qui eux, n'ayant pas de de vrais débats d'idées , fonctionneraient sur les personnes ).
On va chercher le refuge de poux de détail d'idées ridicules pour légitimer pompeusement et justifier qu'on ne peut , en réalité, pas blairer Ségolène R. , qu'on ne la trouve pas à la hauteur, bref que c'est une cruche (Après avoir essayer de nous la fourguer comme présidente !)
Sinon vous n'avez pas tort, le débat de personne est légitime, car il ne s'agit que de la direction d'un parti politique.
A ceci près qu'à ce débat de personnes se mêle un profond irrespect teinté de commisération vis à vis de l'être Ségolène. Toujours un peu choquant au pays de la fraternité socialiste. Car si Ségolène tape rude ,sans ménagement et avec un verbe maladroit , il n'y a pas , chez elle, de mépris de l'autre dans ses propos.
Mon dieu... le discours socialiste n'appartient pas aux militants et vous vous en réjouissez... C'est pas étonnant qu'avec ça, on les voit pas dans les boites ou sur les marchés. En dehors des élections, je veux dire...
Plutôt d'accord avec la démonstration ... d'autant quand je vois le cas Obama.
Je veux bien croire qu'une partie de son électorat et de ses soutiens à l'étranger viennent d'une concordance de ses idées avec les nôtres. Mais on ne m'enlèvera pas de l'esprit que son charisme, son calme (et ses tablettes de chocolat) ont aidé.