Vingt millions d'euros suffiraient pour sauver la Camif, ce n'est rien face aux 10,5 milliards d'euros débloqués par Nicolas Sarkozy pour soutenir les banques.
Celle là malheureusement, j'ai peur qu'on l'entende pendant encore un bon moment : chaque fois que quelqu'un / une entreprise / une association / un lobby va avoir besoin de pognon, il va dire que c'est dégueulasse qu'on ne lui donne pas, étant donné ce qu'on a "donné" aux banques. D'ailleurs je ne comprends pas pourquoi on ne me donne pas 5 petits millions d'euros, c'est tout ce que je demande... ce n'est rien comparé aux 10 milliards des banques, allez siouplé, à vot' bon coeur, c'est pas comme si c'était votre argent...

C'est insupportable, les salariés se retrouvent sur le carreau à cause de patrons qui gagnent des centaines de milliers d'euros
Ségo 1 - 0 Sarko. Besancenot commence à se faire dessus. Bon, en faisant semblant de prêter attention à une déclaration aussi dénuée de fondement... même en supposant que les pertes du groupe soient exclusivement dues à la cupidité de gros types à bretelles, hauts de forme et cigares qui rient grassement en signant le licenciement de 800 personnes, on ne peut s'empêcher de tiquer sur la différence entre les 20 millions d'euros annoncés plus haut, et les centaines de milliers d'euros des patrons annoncés ici.
Mais le meilleur reste à venir :

Interrogée sur la viabilité d'un secteur comme la vente à distance, elle a déclaré que "toutes les entreprises peuvent être sauvées...".
C'est vrai. On peut tout à fait sauver la Camif, de même qu'on peut sauver les fiacriers ou les scribes ou les maisons de disques. Reste à savoir si c'est une utilisation optimale des deniers publics. Mais bon, la question ne se pose pas, hein, puisqu'on a donné 10 milliards aux banques... on en est pas à 20 millions près. Suite de la phrase précédente, apothéose :

...il y a des possibilités de développement comme le commerce équitable.
Ou la charcuterie, aussi. C'est bien la charcuterie. Sérieusement, cette phrase ne veut rien dire. On dirait une copie de seconde qui n'a rien compris au cours mais essaie à tout prix de recaser une expression qu'il a retenue au passage.

Bref, sauver la Camif ne sert à rien. Son modèle économique était voué à disparaître, les différentes tentatives pour renouveler l'offre ont été mal pensées (des armoires normandes à 6000€ ?!?) et ont échoué, la concurrence acharnée de la vente en ligne (beaucoup plus spécialisée, riche et compétitive) ne lui laissait aucune chance. Autrement dit, une entreprise inadaptée à la demande et inefficace va disparaître, au profit d'entreprises mieux organisées, qui offrent davantage de produits, à des prix moindres, avec des délais de livraison plus rapides... Pourquoi vouloir gaspiller des ressources à maintenir sous respiration artificielle un secteur en déclin, qui ne sert plus à rien ? C'est un joli cas de destruction créatrice, moteur de croissance (voir ce billet chez Ecopublix).

Alors, pourquoi cet acharnement ? Pour les salariés, bien sûr. L'économiste ne cherche pas à nier ou minimiser la détresse de ces personnes qui perdent leur emploi. Mais plutôt que de protéger des emplois (lire "injecter des millions pour maintenir la Camif sous respiration artificielle"), il faut protéger les personnes. Les accompagner dans leur reclassement, leur mobilité géographique (Niort, c’est une ville de 70 000 habitants. Ca va être dur de trouver du travail pour autant de gens, dit un salarié : pourquoi ne pas bouger ? Parce que la mobilité a un coût, et qu'il faut aider les chômeurs à l'assumer), leur requalification, faire en sorte que cette période de chômage soit la moins douloureuse possible.

Le chômage est une composante essentielle de la croissance, dans la mesure où il permet d'allouer le facteur travail de façon optimale, en le déplaçant des secteurs où il est peu efficace vers ceux où il sera plus productif - et donc où il créera davantage de richesses. Pour plus de développements sur ce sujet, voir Le chômage, fatalité ou nécessité ?.
Bref, il faut laisser crever la Camif, mais ça ne veut pas dire qu'il faut laisser crever ses salariés.

(PS. Vous noterez que Le Monde, dans sa grande sagesse, a classé cet article dans la catégorie "La crise financière". Bientôt ils y mettront aussi les défaites du PSG et la météo).