Comment Porsche a baisé les sauterelles
Par Elessar le vendredi 31 octobre 2008, 20:23 - insolite - Lien permanent
Porsche vient de jouer un joli tour aux hedge funds . En très bref, Porsche a acheté des options d'achat sur 30% des actions VW. Ils en possèdent déjà 45% et le Land de Basse-Saxe 20% qu'il refuse de vendre. De leur côté, ignorant ce petit manège de Porsche, des fonds ont vendu à découvert 12% de VW pariant sur une baisse de VW.
Oups. 45%+30%+20%+12%=107%.
Tous les émetteurs des options plus tous les vendeurs à découvert doivent taper dans les 35% de VW libre sur le marché pour satisfaire les 30% d'options de Porsche et les 12% de ventes à découvert. Le prix explose, Porsche se fait 6 milliards d'euros sans vendre une voiture.
Très joli aussi, les réactions des managers de fonds, à lire ici et ici. Tout à coup, la non-transparence est un vrai scandale :-).
LSR
Edit (21h30) sur la mode la presse française est nulle, cette histoire n'étant pas passée inaperçue. Marianne s'y prend de façon pitoyable (surprise surprise), tant sur le fond que sur la forme. Sur la forme, on retrouve le ton exaspérant des "anti-libéraux" qui au fond n'ont rien compris à ce qu'ils critiquent. Sur le fond, ils passent complètement à côté du fait que Porsche soit passé par l'achat d'options plutôt que l'achat d'actions. Étonnant et décevant de la part d'un économiste de l'OFCE. Le Monde fait mieux sur la forme, mais pas sur le fond. Leur billet n'est qu'une synthèse incomplète des mêmes articles de la presse anglophone que ceux que je cite. De la dépêche AFP amélioré, quoi. Libé a écrit un article pas trop mauvais, mais rate la chute (sûrement par réflexe conditionne idéologique): les fonds n'ont pas été victimes de la "spéculation", mais d'une manipulation de marché par Porsche.


Commentaires
Est-ce que les vendeurs des options d’achat étaient dans l’obligation d’acheter rapidement des titres VW, ou bien leur était-il possible d’attendre la date d’exercice et voir si Porsche exerce ou pas ses options ? Mais peut-être qu’une telle attente les aurait contraints à devoir acheter des actions VW à un cours encore plus élevé voire à un cours supérieur au prix d’exercice de l’option, non ? (Il faut absolument que je retrouve mes cours de finance de marché !)
Arrêtez-moi si je me trompe.
Le call de Porshe, c'est dire "je donne x euros pour qu'on me fournisse 30% de Porshe dans n jours". Si j'ai bien suivi, le prix p(n) d'une action en call est fixée par le marché/les sociétés de cotation ? Mais qui a l'argent de Porsche (ou de celui qui a fait le call en premier ? Est-ce qu'au moment où le call a été fait, des vendeurs se sont engagés à vendre 30% de Porshe ?)
La vente à découvert des divers fonds c'est dire "dans m jours, je vendrais 12% de VW au prix d'aujourdhui, mais je ne les possède pas, je devrai les acheter avant".
Le capital de VW est réparti entre 20% en Basse-Saxe, 45% à Porche et le reste (35%) potentiellement sur le marché.
On arrive au point où Porsche réclame ses 30% et où les 12% doivent aussi être achetés (pour être vendus). Peut-être qu'il y a quelque chose que je ne comprends pas, mais comment se fait-il que ces 12% de divers fonds doivent acheter au même moment ? On se retrouve donc dans une situation avec 42% en demande et 35% au maximum en offre ). Donc les prix explosent. Si mon hypotèse du call est bonne, cela veut dire que les 12% de vente à découvert tournent sur les 5% de VW qui sont "fluides" sur le marché. Dans quel ordre se font ces ventes, où la ième vente sert en fait à l'achat de la i+1ème vente ? Je suppose qu'il doit beaucoup moins douloureux d'être dans les premiers de la vente a terme que dans les derniers)
Désolée pour le commentaire un peu long, la version simplifiée était "pourquoi peut-on additionner les pourcentages ?"
Ah et autres questions : qu'en disent les responsables du Land de Basse-Saxe et de VW ?
Merci pour ce message d'espoir pour les futurs chômeurs de la finance, et surtout ceux qui n'ont pas la bosse de ces chers maths chéris chez les professionnels de la finance.
Hé oui, jeune prétentieux de financier, ne pleure pas : il te reste un espoir de faire du fric avec du fric, sans même devoir te cogner d'assommants manuels de mathématiques décrivant l'intéressante mécanique des univers à la fois discrets et continus : aller bosser là où est l'information, dans les entreprises, à monter de jolis coups de bourse à l'aide des informations particulières dont on y dispose.
Remarque, c'est exactement ce qu'on fait dans la majorité des hedge funds : mais te l'avait-on dit dans tes études ?
Sauf erreur de ma part, l'exercice d'une option n'entraîne en général pas la livraison physique des titres (manière de parler, les titres étant dématérialisés depuis belle lurette). Donc un investisseur, quel qu'il soit, aurait fort bien pu prendre des positions sur 300% du capital de VW, à la condition (et quelle condition !) de trouver des vendeurs.
Je suis d'ailleurs étonné du fait qu'on arrive à prendre position sur 30% du capital d'une "big cap". Je suis tout aussi étonné que Porsche fasse ce type d'opération, purement financière (sauf à vouloir se couvrir contre une hausse de VW). Ou alors, l'opération devait effectivement se solder par la livraison de titres (ce qui est en contradiction avec mon affirmation du paragraphe précédent, mais faute avouée à moitié pardonnée, hein...) qui correspondraient plus à une opération industrielle de prise de contrôle. Mais ce type d'option serait à mon avis particulièrement atypique, ce qui doit, vus les montants en jeu, mettre la puce à l'oreille du vendeur d'option.
Pour finir, quand bien même l'action verrait son cours s'envoler, il existe des stratégies de couverture qui permettent théoriquement au vendeur d'option de ne pas s'exposer et pratiquement de sérieusement limiter la casse (bon, OK, c'est de la stratégie de couverture à la Black & Scholes...).
@Cimon et aux autres
le vendeur de l'option n'est pas nécessairement le hedge fund qui shorte le titre... pour cela il y a beaucoup d'autres possibilités
"a priori" ce sont des banques qui vendent les options, "a priori" celles ci se couvrent à t0, "a priori" ce sont des hedge funds qui récupèrent le risque, probablement sans savoir que c'est Porsche le bénéficiaire économique ultime, "a priori" c'est d'autant plus facile de trouver du monde qui veut shorter VW que c'était disons tendance, de jouer la baisse du marché en octobre... et qui doivent se retourner à qui mieux mieux en urgence.
L'article n'est certes pas très "optimum" côté pédagogique mais le mécanisme est hyper intéressant (au sens de "rare" et "à étudier") - et il faudra suivre dans les semaines à venir si certains chinese walls ont été franchis entre trading et advisory , et dans quelle mesure la Bafin adapte ses réglementations quant aux franchissements de seuils physiques ou optionnels.
salut,
je cherche à joindre le tenancier du blog. Le mail envoyé à l'adresse de contact n'a rien donné. Tu me joins par mail ???
(ça y est, j'ai trouvé le message dans l'antispam. Antoine B.)