Cette solution c’est… le marché bien sûr ! Où plus précisément, la concurrence entre les prisons. Vous pensez à une blague ? Ce billet est on-ne-peut-plus sérieux. Mon argument est qu’il faut introduire une liberté de choix pour les détenus. N’est-il pas saugrenu de parler de la liberté de gens qui, précisément, n’y ont plus droit en raison des méfaits pour lesquels ils ont étés condamnés ? En fait, l’incarcération n’est, et ne saurait être, une privation totale de liberté, mais uniquement une restriction temporaire de certains attributs de la liberté du condamné. N’étant pas juriste, je ne connais par précisément l’étendu de ces restrictions, mais il n’est pas douteux que cette étendu a des limites. Or, le système carcéral actuel est profondément arbitraire, car il restreint les libertés au-delà de ce qui est légitime. Par exemple, au nom de quoi un condamné devrait-il perdre sa liberté d’être seul dans sa chambre, ou de dormir sur un matelas buletex, ou de manger des repas décents ? Les libertés auxquelles le condamné n’a plus droit sont précises : liberté de se déplacer, liberté d’avoir des communications secrètes, liberté de recevoir des visites quand il le souhaite, liberté de posséder certains objets pouvant être utilisés comme des armes, etc. Le système carcéral actuel consiste à placer les condamnés dans des établissements où ces libertés seront effectivement restreintes, mais dans lesquelles d’autres libertés seront également restreintes, de façon illégitime.

Une solution à ce problème consisterait à remplacer les peines de ‘prison’ par des peines prenant la forme d’une liste de libertés auxquelles le condamné perd le droit pendant une période donnée. Libre à celui-ci de trouver un établissement dans lequel ces libertés seront effectivement restreintes, mais pas toutes les autres. L’administration pénitentiaire aurait alors la charge d’agréer les établissements en question. Evidemment, les détenus seraient alors amenés à payer pour avoir accès à de bonnes conditions d’incarcération. La possibilité de choisir les établissements actuels à titre gratuit devrait, bien sûr, leur être conservée.

J’entends les cris d’orfraie de ceux qui estiment que ce système serait profondément injuste, car inégalitaire. Pourtant, si l’on enlevait des établissements actuels tous les détenus qui sont prêts à payer pour être mieux logés, cela libèrerait de la place permettant d’améliorer le sort des autres. C’est donc une mesure pareto-optimale bénéfique au sens de Pareto, puisque tous les détenus y gagnent par rapport à la situation actuelle.

Mais, me dira-t-on, rares sont les détenus qui auraient les moyens de se payer une prison confortable. Mon avis est que, en dépit des considérations sociologiques sur la population carcérale, ils ne seraient pas si rares que ça. Car combien pourrait coûter un séjour dans une prison d’un standing, disons, décent ? Le coût d’une incarcération est constitué, pour l’essentiel, de la valeur locative de la surface occupée, de la nourriture, du coût de surveillance, et de tous les éventuels extras qui seraient proposés en fonction de l’établissement. Pour la nourriture et les coûts de surveillance, ces coûts sont actuellement pris en charge par la collectivité. Il serait donc naturel d’accorder aux condamnés une sorte de chèque-prison (inspiré des Vouchers pour l’éducation) permettant de payer au moins ça. Resteraient la valeur locative et des extras. Prenons l’exemple d’un homme condamné à vivre dans une cellule de 20m2. Quel peut être le prix d’une telle cellule ? Si l’établissement est construit en rase campagne, loin de tout centre d’activité faisant pression à la hausse sur le prix de l’immobilier, la valeur locative de 20m2 ne dépasse sans doute pas les 150 euros. Supposons que s’ajoutent à ces 150 euros 200 euros d’extras, permettant un certain confort de vie. Au final, pour 350 euros par mois, un détenu pourrait vivre bien plus décemment. Un homme condamné à 6 mois de prison aurait donc 2100 euros à payer pour avoir des conditions de vie décentes. Ce n’est certes pas une somme négligeable, mais ça n’est pas non plus insurmontable : bien des détenus peuvent avoir des économies sur leur codevi ou leur livret A, sans parler d’une famille qui peut éventuellement contribuer. Et encore une fois, il suffit que certains détenus fassent un tel choix pour laisser plus de place aux autres dans les établissements actuels.

Une autre objection serait que de meilleures conditions d’incarcération rendraient le séjour en prison trop agréable pour être dissuasif. Mais en matière de justice, rien n’est pire que l’arbitraire : si l’on estime que les douches à l’eau froide doivent faire partie de la peine, alors il faut le préciser au moment de la condamnation, et s’assurer que de tels établissements respectent l’interdiction.

Au fond, la vraie question est de savoir pourquoi une solution qui arrangerait tout le monde et qui ne coûterait rien à l’Etat n’est pas sérieusement à l’étude. Peut-être la réponse tient-elle en la difficulté qu’aurait l’opinion à percevoir les détenus comme des hommes libres.