Pour un nouveau Bretton Woods (???)
Par Antoine B. le dimanche 28 septembre 2008, 18:29 - Lien permanent
Laurent Fabius, invité de ripostes sur France 5 ce dimanche, a expliqué que s’il était aux responsabilités, il plaiderait pour la mise en place d’un nouveau Bretton Woods, en réaction à la crise que traverse le monde de la finance. L’omniprésent Bernard Marris a tenu un propos similaire à la télévision ces derniers jours (j’ai oublié de quelle émission il s’agit).
Je dois être un peu simplet, mais je peine à comprendre le sens de cette incantation. Pour rappel, les accords de Bretton Woods ont eu deux effets :
1- L’apparition de deux institutions internationales, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International.
2- La fixité des taux de change entre devises, l’étalon étant le dollar.
Pour le 1-, il n’a échappé à personne que ces deux institutions existent déjà. Faut-il les recréer ? En créer de nouvelles ? Pour le 2-, je m’étonne que l’on puisse considérer un régime de changes fixes comme une réponse à la crise actuelle. D’abord parce celle-ci n’a rien à voir avec une crise des taux change : elle est liée à la surestimation de certains actifs. Ensuite parce qu’en cas de crise, la fixité des taux de changes est un facteur d’instabilité liée aux spéculations sur les dévaluations. Doit-on rappeler ce que la crise qu’a vécue l’Argentine au début de ce millénaire doit à son système de changes fixes avec le dollar ?
Si un lecteur sait ce qui m’échappe dans cette référence à Bretton Woods, les commentaires lui sont ouverts.


Commentaires
Ce qui vous échappe dans cette référence ?
L'ignorance et/ou les sophismes démagos!
Je penche pour les seconds. Ce monsieur a été premier ministre.
Sans regardé aucune des émissions, my guess :
Un peu comme il y a eu la mode des Grenelles, il pourrait y avoir la mode des Bretton-Woods, avec comme but clinquant derrière, la refondation du système économique mondial. L'analogie me semble donc fonctionner au niveau de la forme (réunion de tous les pays autour d'une table).
@Markss : hypothèse intéressante, et si on pouvait le pousser dans ses retranchements, c'est sans doute ce qu'expliquerait Fabius. Mais il y a quand même, à mon avis, un peu plus que ça : Bretton Woods correspond, en effet, à une volonté de contrôler ou de réguler l'économie mondiale. Dans une certaine mythologie de la gauche de la gauche (à laquelle Fabius n'appartient pas vraiment, mais c'est son nouveau positionnement marketing depuis deux ou trois ans), l'abandon des principes de Bretton Woods s'inscrit dans une phase de libéralisation triomphante de l'économie. Les déboires actuels sont un peu l'occasion de régler ses comptes avec l'évolution de ces trente dernières années. Bretton Woods est donc utilisé comme une sorte de symbole d'un passé mythique où la politique imposait sa sagesse à la folie financière, ou quelque chose comme ça. Sauf que les changes flottants n'ont pas grand chose à voir avec la crise. Mais la force du symbole l'emporte sur la validité de l'argument.
Bretton Woods, c'est pas un défilé de mode pour énarques ?
Surtout, un "nouveau Bretton Woods", il y en a déjà un :
http://ideas.repec.org/a/fip/fedfpr...
Et bon, les paris sont encore ouverts, mais il y a de bonnes chances qu'il ne survive pas très longtemps, comme le premier.
Je présente la candidature de la Ville de Paris pour les Brélon Woods 2012 !
vous cherchez des problémes la ou il n'y en a pas.
Lorsque L fabius déclare qu'il faut un nouveau bretton woods ce n'est évidemment pas pour recréer des institutions qui existent deja ou refaire exactement le même traité....il est pas débile quand même...
si il utilise cette expression c'est juste par rapport au fait que bretton woods fut un des rares moments de concertation internationale ( ou du moins des pays développés de l'époque ) a propos de l'économie et qu'il a eu un impact bénéfique sur l'économie mondiale, au moins jusqu'à ce que le FMI et la banque mondiale se laisse corrompre par le liberalisme.
Et tout simplement parce que c'est quand meme un peu plus simple pour comprendre de dire un "bretton woods" au lieu d'une "réunion internationale pour une régulation des échanges financiers et de l'activité des banques afin de resoudre la crise économique actuelle"
faut pas chercher compliqué quand c'est simple...
Bonjour,
Cheminade l'avait dit! Aujourd'hui écoutez Cheminade!
Je me permet de vous joindre le dernier article de Jacques Cheminade, le seul homme politique français, à avoir fait campagne pour un nouveau bretton woods depuis des années auprès des dirigeant de notre pays.
Depuis quelques jours J. Cheminade déclare aussi:"Nous avons fait le bon diagnostic, en regardant la réalité en face l’hiver dernier. Maintenant, soutenez avec nous ces mesures : c’est le médecin qui fait le bon diagnostic qui rédige la meilleure ordonnance."
David C.
@AD merci pour le lien.
@Lukana : merci pour ces éclaircissements, que je vais tenter de résumer. Si Laurent Fabius veut un nouveau Bretton Woods, ce n'est pas pour prendre les mêmes décisions qu'à Bretton Woods, mais pour trouver des solutions à la crise. Donc, sa solution à la crise, c'est de chercher des solutions à la crise. Waw ! Comme à bâle ? Mais non, pas du tout... comme à Bretton Woods, car du temps de Bretton Woods, c'était pas libéral. Edifiant.
"Et tout simplement parce que c'est quand meme un peu plus simple pour comprendre de dire un "bretton woods" au lieu d'une "réunion internationale pour une régulation des échanges financiers et de l'activité des banques afin de resoudre la crise économique actuelle""
Oui, et surtout, s'il avait dit "réunion internationale pour une régulation des échanges financiers et de l'activité des banques afin de resoudre la crise économique actuelle", on aurait bien compris que ça voulait dire qu'il ne sait pas quoi faire. Tandis que parler de "Bretton Woods", ça laisse penser qu'il est érudit et que cette érudition est la solution à la crise.
Bretton Woods a aussi été convoqué, pour toute "concertation internationale", pour organiser la suprématie étasunienne, et celle du dollar, sur le système financier international. ce qui a permis aux EU de faire de la dette sans aucune contrainte, aucunes de celles en tout cas que faisaient peser FMI et BM sur les autres pays souhaitant faire de la dette.
Cette dette, ce modèle de développement, étaient centraux pour le projet de société de consommation des EU. Cette forme d'organisation économique prend tout son essor dès les années 50.
Aujourd'hui on voit ce qu'il en est. Donc, si nouveau Bretton Woods il doit y avoir, il devrait être pour réajuster la réalité internationale à la valeur réelle de la dette étasunienne. ce qui ne manquerait pas de provoquer un nouveau krach.
Sinon, si l'on entend par là réguler les capitaux fous, il suffit pour notre part d'abolir et de restreindre la liberté totale dont ils bénéficient au sein et surtout hors de l'Union Européenne. Mais là on touche au catéchisme, pas certain que beaucoup oseront pousser dans ce sens, en dépit des évidentes leçons de cette crise financière.
Pour parler de Bretton Woods dans la situation actuelle, le mieux est de partir des principes originaux et de ne pas se bloquer sur des considérations purement techniques.
Face à la crise du système financier, une nation seule ne peut rien. Injecter de la monnaie sans limite garantie par le gouvernement ne revient qu’à accroitre la dette nationale sans rien produire, donc c’est hyper inflationniste.
Par contre la réunion d’une assemblée de nation détient la légitimité du peuple, puisque c’est la réunion des chefs de chacun des Etats qui représente eux-mêmes le peuple. Elle détient surtout la puissance d’agir et de redéfinir les PRINCIPES et les REGLES d’un nouveau système financier
Aujourd'hui un tel appel à cette assemblé de nation est soutenu sous différents noms tels que "changement d'architecture financière", "Nouveau Bretton Woods" pour ne citer que les noms qui reviennent le plus.
Les pays qui aujourd'hui demandent à ce que cela se fasse sont multiples. Il y a l'Italie (son parlement à introduit une motion dans ce sens la semaine dernière sous l’influence de Tremonti qui sera le futur « chef » du G8 en janvier), la Russie de Mendvedev et Poutine, La France de Sarkozy, et surement bien d’autres encore au fur et à mesure de l’avancement de la crise.
A partir du moment où les 4 grandes puissances souveraines (Chine, Inde, Russie et Etats-Unis) décideront de convoquer cette réunion pour refaire un nouveau système financier. Le changement du système financier se fera.
L’idéal est que cela se produise le plus tôt possible pour éviter tout ce qui peut accompagner une crise de cette ampleur : guerre, pauvreté, trouble civil.
--------------- La question n’est pas de savoir si cela se fera, IL SE FERA, mais quel sera le contenu du « Nouveau Bretton Woods » ? ---------------
-- Est-ce que ce sera la dette de quelques financiers qui sera déclarée sacrée et intouchable ?
Dans ce cas, les nations seront sollicitées pour éponger leur dette, causant une austérité que seul un pouvoir de type fasciste pourra soutenir.
-- Est-ce que ce sera l’homme qui sera déclaré sacrée et intouchable ?
Dans ce cas, la dette des financiers passera en pure perte pour le bienfait de l’humanité.
Cette deuxième solution est celle que j’espère de tous mes vœux, et qui a été mise en œuvre après le krach de 1929 par F.D.Roosevelt lorsqu’il mit les banques « en vacances ». Il sépara les activités bancaires nécessaires à l’activité économique (banque de dépôt et d’investissement productif) et mit à la poubelle les activités spéculatives (banque d’affaire). Dans un deuxième temps, il créa un horizon de développement du pays par l’intermédiaire de grands travaux d’infrastructure, ce qui en plus donnait une contrepartie physique à la monnaie.
C’est de ce type de démarche qu’il faut remettre en avant aujourd’hui pour créer les conditions de l’espoir. Et plutôt que d’écouter les convertis de dernières heures, rechercher ceux qui prêchaient ce type de démarche depuis des dizaines d’années.
Car cette crise était inévitable en prenant comme référence l’économie physique comme l’a bien montré l’économiste américain Lyndon LaRouche depuis plus de 10 ans.
Voir son site avec un excellent réseau d'information indépendant qui a des infos d'une justesse impressionante ! www.larouchepac.com
Daniel
Cheminade... Larouche... ho non...
Le Bretton Woods de Fabius a autant de rapport avec l'original que le Grenelle de l'Environnement a de rapport avec le Grenelle original.
Ce ne sont que des expressions qui cherchent à donner une consistance à une démarche. Cela n'a rien à avoir avec le fond. D'ailleurs, quel Français moyen se souvient du contenu des accords de Bretton Woods ? Moi-même Je les ai étudiés mais c'est vieux tout ça...
Quant au Grenelle de l'Environnement, je me demande encore pourquoi cette référence a été choisie.
@Yogi : il y a quand même une différence de taille avec le grenelle de l'environnement, c'est que, quoi qu'on en pense, celui-ci avait un fonds. Personne n'aurait osé présenter la tenue d'un Grenelle de l'environnement comme une réponse aux problèmes environnementaux. C'est le contenu des accords qui est présenté comme tel. Là, Fabius présente la tenue d'un nouveau Bretton Woods comme une solution en soi, sans indiquer quel devrait en être le contenu.
Le Bretton Woods de Maris-Fabius, n'est qu'une icône symbolique. Qu'il faille redéfinir le rôle et la fonction du FMI, sans doute. Imposer de nouvelles règles de fonctionnment des marché, évidemment! En attendant, il fallait réagir, vite et de manière rationnelle. Et voilà le plan en 3 volets (prises de participations dans les banques, isolement des dettes pourries et aides au marché interbancaire) coordonné au plan européen que voulait le " marché ". Echaudés par la faillite de Lehman Brothers et la non intervention de l'administration américaine, tous les détenteurs de fonds de placement avaient vendu leurs titres placés dans le secteur bancaire et financier. Leur objectif était de bloquer la circulation monétaire et celle des crédits pour obliger les Etats à garantir leur retour sur ce marché. C'est fait, et la purge peut commencer. Si, au plan financier le " marché "a gagné, au plan politique, et en Europe, c'est le couple Sarko-Brown. Le second parce qu'il fut le premier à concevoir et mettre en place un plan complet de crise ( et pour cause, l'industrie financière anglaise est une des plus importantes de la planète ). Le premier, pour s'être appuyé sur le second et l'imposer au reste de l'Europe, en deux temps et moins de 15 jours. Fallait le faire! Enfin, cerise sur le gâteau, l'opposition socialiste va probablement voter le volet français...Au fait qui s'intéresse encore au congrès de Reims?...