Le dilemme du fumeur
Par VilCoyote le mercredi 4 juin 2008, 15:42 - réflexions ou tentatives - Lien permanent
La question du bien-fondé de l'interdiction de fumer dans les bars a déjà
été abordée et longuement débattue, notamment chez Jojo (au
comptoir ou
en salle), principalement sous l'angle fonctionnement du marché /
révélation des préférences des fumeurs et des non-fumeurs. Sans vouloir rentrer
dans le débat ni prendre partie ni quoi que ce soit, comme la grosse chiffe que
je suis, je voudrais juste suggérer une autre vision de cette loi géniale
qui empêche ces connards de fumeurs de me pourrir mes fringues, me piquer les
yeux et me faire tomber les cheveux, en négligeant l'existence même des
non-fumeurs. Attention, ce post est totalement dénué de données fiables et
repose sur des perceptions subjectives parfaitement
anti-scientifiques.
En effet, j'ai remarqué que quasiment tous les fumeurs que je connais ne
fument pas dans leur appart ou leur voiture, ou alors seulement à la
fenêtre : eux non plus ne supportent pas de traîner dans l'odeur du tabac
froid, d'avoir les canapés, les coussins, les rideaux, les fringues et les
cheveux qui empestent (et ceci indépendamment de la pression d'un concubin
nazi non-fumeur). Partant de ce constat (le fumeur enfumé n'est pas
jouasse), on peut aborder la loi anti-tabac comme un moyen de coordonner les
stratégies individuelles dans un jeu type dilemme du prisonnier. On considère
alors que l'utilité accordée au non-puage (2, et -2 si on pue) est supérieure à
celle accordée au fait de s'en griller une n'importe où dans la baraque sans
aérer (1, et -1 si on doit sortir) (sinon les fumeurs ne prendraient pas la
peine d'aller fumer à la fenêtre/dehors alors qu'ils sont parfaitement libres
chez eux). On a alors un "jeu" qui ressemble à ça :

Si René et Les autres clients fument dans le bar, ils ont tous la satisfaction
de s'en griller une (+1), amoindrie (-2) par le fait qu'ils vont tous puer;
utilité totale de chacun : -1. Si René renonce à fumer à l'intérieur (-1)
alors que tous les autres clients fument, il va puer de toutes façons et donc
avoir une utilité totale de -3. Il a donc tout intérêt à fumer, contribuant
ainsi au pourrissage de l'atmosphère du troquet. Pourtant, si on considère
toujours que ces fumeurs préfèrent une atmosphère saine à une cigarette sur
place (telle était mon hypothèse de départ, basée sur d'innombrables
observations patiemment recueillies au fil des décennies), tout le monde aurait
intérêt à renoncer collectivement à fumer à l'intérieur : le désagrément
de devoir sortir pour fumer (-1) serait contrebalancé par la satisfaction de ne
pas avoir à laver douze fois ses habits enfumés (+2; utilité totale +1 :
c'est le calcul que fait chez lui le fumeur qui décide d'aller fumer à la
fenêtre). Mais l'intérêt individuel commande de fumer à l'intérieur, il est
donc impossible de coordonner les actions individuelles pour atteindre cet
optimum.
C'est ce rôle-là que joue alors la loi anti-tabac : elle oblige chacun à
adopter le comportement qu'il préfère s'il est sûr que tous les autres vont
agir de même. Bon, il est évident que ce n'était pas la préoccupation du
législateur, n'empêche : j'ai entendu pas mal de fumeurs se réjouir en
entrant dans un bar que l'atmosphère n'était pas enfumée... Si c'est pas une
preuve irréfutable, ça.


Commentaires
Haha, tres bon billet.
Apres avoir fume 10 ans j'ai mis le hola une fois arrive en californie ce qui m'a impose de fumer dehors, de retour en France lors des fetes je ne supportais de fumer dans un endroit clos et partais en griller une a la fenetre pour l'apprecier un peu plus. L'alternance air frais et fumee ne fait que decupler le plaisir :) . Desormais cela fait 3 ans que j'ai totalement stoppe et lros de mon dernier passage en France, avec ma petite fille de 6 mois , mes amis ne comprenait pas que je ne puisse les rejoindre dans un restaurant. Je suis donc comble par cette loi qui va redonner un peu de liberte aux non fumeurs ( les enfants par exemple) et qui ne retire pas la liberte de fumer...
Cela expliquerait pourquoi l'on a observé si peut de "frondes" contre la mise en oeuvre de la loi dans ce pays ou une manifestation de quelques chauffeurs de taxis suffit à faire plier le gouvernement.
Excellente réflexion, surtout pour ceux qui sont familiers avec le dilemme du prisonnier, un classique de la psychologie de la décision.
On pourrait aussi y ajouter une remarque : les fumeurs sont souvent des gens sympathiques (et statistiquement un peu plus doué pour le relationnel que ceux qui n'ont jamais fumé, si si cela a été évalué). Alors les fumeurs, qui se trouvent sympa, aiment bien se retrouver entre eux pour discuter. C'est bien pour ça qu'il y a des bars : des lieux de rencontre sociale. Maintenant c'est le bar-trottoir, un peu comme ces gens seuls qui promènent leur chien et papotent gentiment.
lumineux!
Mouais....
pas vraiment convaincu... Je n'ai jamais aimé le dilemme du prisonnier pour ce qu'il a de subjectif dans l'attribution des valeurs numériques. Pour le coup je préfère encore une approche "coasienne" des droits à polluer/fumer où l'activité dégageant les plus de valeur (fumer ou ne pas fumer) remporte la mise en payant un coût. (parce qu'encore une fois il y a cette fichue impossibilité des comparaisons interpersonnelles d'utilité).
Après il y a une distinction à faire entre bars jeunes, Pmu, discothèque... ici les gouts changent.
A quand la théorisation de la fin des happy hours ?
La loi n'est pas mauvaise dans son ensemble et je pense que tout le monde a pu le constater. Mais pour ma part, elle me semble tout de même trop restrictive. L'idée qu'il n'existe plus aucun lieu dans lequel on peut à la fois fumer une cigarette et boire un verre entre amis est tout à fait révoltante. Cela témoigne d’un comportement extrême qui mérite réflexion.
L’origine de la loi anti-tabac qui sévit à l’heure actuelle est étroitement liée aux risques du tabagisme passif. Le mot est lâché, il s’agit bien d’une problématique de risque et pour aller plus loin, de notre relation aux accidents de la vie.
Car les lois restrictives actuelles ne touchent pas simplement la consommation de tabac mais aussi la sécurité routière. Comme si l’on essayait de refouler avec véhémence l’accident de parcours. Comme si ce dernier n’était plus du tout lié au hasard. Bien évidemment il n’est pas question pour moi d’éluder le fait que l’on puisse diminuer le risque grâce à des lois. Non, ce que je souhaite c’est attirer l’attention sur le caractère extrémiste de leur contenu.
Car notre société ne supporte plus le risque accidentel. Les chirurgiens et autres médecins spécialisés sont de plus en plus victimes de procès et pourtant personne ne prendra le risque d’affirmer que ces praticiens sont moins performant qu’avant.
L’erreur n’est plus humaine…….
lâches tes comz, wesh t'as 'u...ah tiens ce n'est pas un skyblog ici...sinon le coyote excelle toujours autant dans l'art d'appliquer des schémas sociaux logiques à sa perception fumeuse (mwhahahahah) du monde.
@Lo : peu importent les valeurs numériques attribuées, il suffit d'accepter le postulat de départ : "le fumeur préfère prendre la peine de sortir fumer pour ne pas empester son appart', il accorde donc plus d'importance à un air sain qu'au confort de fumer sur place". Qu'on attribue (1;14) ou (2;3) aux événements, le résultat sera le même, la simple hiérarchisation des préférences nous donnera le même résultat. Et je ne vois pas ce qu'il y a de gênant à dire que si un individu fait quelque chose régulièrement, c'est parce qu'il préfère ça à autre chose...
@iPhone : euh, si vous voulez, mais ça n'a rien à voir avec mon billet...
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