Le pouvoir d’achat n’existe pas
Par Antoine B. le mardi 1 avril 2008, 20:23 - Lien permanent
A en croire les sondages et les médias qui les relaient, le pouvoir d’achat est le principal soucis des Français. Dans le cas du pouvoir d’achat comme dans le cas de la plupart des sujets qui font débat, lorsque l’on évoque un problème, on évoque également les solutions proposées par les uns et les autres sur le sujet. Les solutions évoquées pour répondre au problème du pouvoir d’achat sont, bien entendu, différentes de celles évoquées pour répondre aux problèmes posés par l’obésité, la guerre en Afghanistan ou la suppression de la pub avant les chiffres et les lettres. Normal. Ce qui l’est moins, c’est qu’elles soient différentes de celles évoquées pour accroître la croissance. Peut-être est-ce dû à ce que la définition précise de ce qu’est la croissance est méconnue du grand public. Si c’est le cas, alors il convient de rappeler une chose fondamentale : la croissance et l’amélioration du pouvoir d’achat, c’est, à peu de choses près, la même chose.
Qu’est-ce que le pouvoir d’achat ? Le pouvoir d’achat d’un individu isolé correspond à l’ensemble des biens et services qu’il peut acquérir grâce à ses revenus. Son pouvoir d’achat dépend donc, d’un côté, de la somme d’argent qu’il perçoit chaque mois sous forme de salaire, de rente ou de pension, et de l’autre côté, du prix des biens qu’ils désire acquérir. Chacun perçoit donc qu’une augmentation des prix et/ou une baisse des revenus monétaires impliquent une baisse du pouvoir d’achat. Réciproquement, une baisse des prix et/ou une augmentation du revenu monétaire impliquent une hausse du pouvoir d’achat. Personne de s’étonne de ce qu’une multiplication par 2,4 de son salaire ait impliqué une amélioration du pouvoir d’achat de Nicolas Sarkozy.
Si, à présent, on cesse de s’intéresser au pouvoir d’achat d’un individu isolé, pour s’intéresser à celui de l’ensemble des français, on peut être tenté de transposer au tout cette analyse de la partie : si les français ont un pouvoir d’achat en berne, c’est que leurs revenus monétaires sont trop faibles, et/ou que les prix sont trop élevés. Les solutions sont donc toutes trouvées : il faut accroître les revenus monétaires des agents, et faire baisser les prix. Pour accroître les revenus, on propose, en vrac, d’augmenter les retraites, de défiscaliser les heures supplémentaires et les remboursements de prêts immobiliers, d’augmenter le SMIC, d’augmenter la prime pour l’emploi, etc., et pour faire baisser les prix, on propose de restreindre les possibilités d’augmenter les loyers, la suppression des cautions, le développement de la concurrence dans la distribution, la baisse de la TVA sur certains produits, etc.
Certaines de ces mesures sont bonnes, d’autres sont mauvaises, et d’autres sont plus ou moins bonne selon le critère éthique que l'on retient. Mais ce qui est sûr, c’est que cette appréhension du problème est faussée car elle repose sur une erreur : contrairement à ce qu’indique l’intuition, le problème du pouvoir d’achat des français n’est pas la transposition à l’ensemble France du problème d’un individu isolé. Dans le jargon des économistes, on dit « no bridge ! ». Cette expression signifie qu’on ne peut pas, dans certains cas du moins, passer de l’analyse micro à l’analyse macro. Quelques exemples de « no bridge » : au cinéma, si vous vous levez, vous verrez mieux. Si tout le monde se lève, l’ensemble des spectateurs ne verra pas mieux. Si un producteur de raisin fait une mauvaise récolte, il perd de l’argent. Si tous les producteurs de raisin font une mauvaise récolte, il est possible (mais non certain) qu’ils y gagnent de l’argent, car la rareté du raisin va faire croître son prix (la recette du secteur sera donc donnée par le produit d’un prix fort par des quantités faibles. Le résultat peut être plus fort que le produit d’un prix faible par des quantités élevées). Si un individu vole la richesse de son voisin, il gagne de l’argent. Si chaque français vole la richesse de son voisin, l’ensemble des français ne sera pas plus riche, et sera même sans doutes plus pauvre.
Plus proche de notre problème : si l’on multiplie par deux le revenu monétaire d’un individu, on l’enrichit. Si l’on multiplie par deux les revenus monétaires de l’ensemble des français, on n’enrichit personne, car les prix vont être également multipliés par deux. Ce phénomène, qui peut être pris en défaut dans le court terme, mais qui traduit néanmoins bien la façon dont l’économie se comporte après ajustements, est connu sous le nom de « neutralité de la monnaie ». Il fut mis en avant par l’économiste français Jean-Baptise Say. La conséquence de ce principe est que, si l’on veut raisonner du point de vue non pas d’un individu, mais d’un pays entier, il ne faut pas le faire en termes monétaires, mais en termes réels, c’est-à-dire en termes de biens et services.
Autrement dit : si les français ont, dans leur ensemble, un problème de pouvoir d’achat, donc de pouvoir d’acheter des pommes, des habits et des téléphones portables, c’est parce qu’on ne produit pas assez de pommes, d’habits et de téléphones portables. Notez que je fais ici un gros raccourci : les français ne sont pas contraints de consommer des produits fabriqués chez eux, ni de consommer tout ce qu’ils fabriquent chez eux. Mais au fond, ce raccourci ne porte guère à conséquence. Les importations se payent en exportations : si l’on échange des habits contre des avions, alors remplacez « habits » par « avions » dans la seconde partie de la première phrase de ce paragraphe, le résultat est le même. Certes, le taux de change a un effet sur le nombre de pulls que l’on peut échanger contre un airbus, mais en ce moment, l’euro est fort, si bien que l’aspect international de la problématique est plutôt à notre avantage.
Finalement, notre pouvoir d’achat ne se distingue pas de ce que l’on produit. Ce que l’on produit, ça porte un nom : le PIB. Donc, l’augmentation du pouvoir d’achat ne se distingue pas de l’augmentation du PIB, c’est-à-dire de ce que l’on appelle communément la croissance. Augmenter le pouvoir d’achat, ce n’est pas autre chose qu’augmenter la quantité de biens et services produits en France. Pour gagner plus, il faut produire plus (soit en travaillant plus, soit en travaillant mieux, soit en étant plus nombreux à travailler, soit en faisant tout cela à la fois). Cette présentation des choses peut sembler caricaturale, et pourtant je pense pouvoir dire qu’elle est assez représentative de ce qu’en pensent la plupart des économistes, qui s’intéressent beaucoup à la croissance, et pas au pouvoir d’achat, non parce qu’ils pensent que c’est sans intérêt, mais parce qu’ils savent que c’est la même chose. Illustration : quand on tape le mot clé « growth » sur la base de données IDEAS, on a 46909 références, tandis que lorsque l’on tape « purchasing power » (pouvoir d’achat), on n’en a que 1561, dont l’essentiel correspond à des références sur la « purchasing power parity », qui est une méthode d’évaluation du taux de change, donc qui n’a pas grand chose à voir avec notre problème. Le reste est constitué de quelques articles s’intéressant au pouvoir d’achat de catégories particulières.
Au delà de l’aspect sémantique du problème, tout cela est-il vraiment important ? Il me semble que oui. Car si le but du débat est d’accroître le pouvoir d’achat des Français, les mesures proposées doivent être jugées sur leur capacité à être favorable à la croissance. Or, ce n’est généralement pas en ces termes là que les uns et les autres justifient la pertinence de leurs propositions, mais plutôt en termes soit de baisse des prix, soit d’intérêt catégoriels, ce qui n’est pas la même chose.
Citons quelques exemple : si un certain nombre de français ont des difficultés à se loger, c’est qu’il n’y a pas assez de logements. Les restrictions sur les révisions des loyers vont-elles contribuer à accroître le nombre de logements disponibles ? Il n’y a aucune raison de le penser, au contraire : elle font du bâtiment un secteur dans lequel il devient moins rentable d’investir. Bien sûr, ces restrictions sont de nature à améliorer le pouvoir d’achat des locataires, mais au détriment des propriétaires, et peut-être des futurs candidats à la location si une contraction de l’offre devait rendre leur prospection plus difficile. Certes, on me rétorquera qu’il faut tenir compte de l’aspect distributif du problème : si l’on admet que les propriétaires sont plus riches que les locataires, alors une telle mesure est juste, car elle est favorable au pouvoir d’achat des plus pauvres. Pourtant, cet argument n’est guère convainquant : si l’on peut admettre que les propriétaires de logements loués appartiennent en général aux catégories les plus aisées de la population, en revanche les plus démunis des Français vivent plus souvent dans des HLM que dans des logements privés, et ne seront donc pas bénéficiaires de cette mesure.
Dans le même ordre d’idée, une revalorisation des retraites, qui est sans doute tout à fait souhaitable au plan éthique, constitue une amélioration du pouvoir d’achat des retraités, mais au détriment de celui des autres contribuables, si bien qu’elle ne peut pas être présentée comme une mesure d’amélioration du pouvoir d’achat des français.
La prime pour l’emploi et la défiscalisation des heures supplémentaires, qui, mutatis mutandis, procèdent de la même logique, constituent des cas plus complexes. Dans la mesure où elles sont susceptibles d’accroître l’offre de travail, elles peuvent être génératrices de croissance, et donc favorables au pouvoir d’achat. En revanche, elles contiennent forcément une part d’effet d’aubaine, qui relève de la redistribution et non de l’augmentation globale du pouvoir d’achat des français. Autrement dit, les travailleurs qui effectuent déjà des heures supplémentaires, et qui ne souhaitent pas en effectuer davantage, vont bien bénéficier d’un gain de pouvoir d’achat, mais ce gain sera fait au détriment des contribuables. En revanche, si ces mesures contribuent à faire augmenter le nombre d’heures travaillées dans le pays, alors, effectivement, le pouvoir d’achat global du pays s’en trouvera amélioré.
Le cas de la distribution est également complexe : si faciliter l’implantation de magasins hard discount est de susceptible d’être favorable au pouvoir d’achat, cela passe par un mécanisme qui n’est pas si intuitif que cela : ces magasins ont des coûts plus bas, en partie parce qu’ils consacrent moins de ressources à l’accueil, à l’emballage, etc. Si une partie du public est prête à faire ses courses dans ce type d’établissements, c’est que ces personnes attachent moins d’importance à la qualité du service qu’aux baisses de prix. Par conséquent, en empêchant aux magasins hard discount de s’implanter dans nos villes, on oblige l’ensemble des consommateurs, y compris ceux qui n’y attachent pas d’importance, à payer pour avoir un service de qualité. Le développement du hard-discount devrait donc avoir pour conséquence de libérer des moyens de production pour d’autres secteurs d’activité. En résumé, si Lidle est favorable à la croissance, c’est (disons entre autres) parce qu’il emploie moins de personnel que ses concurrents pour faire (à peu près) la même chose, libérant ainsi de la force de travail qui pourra fabriquer des téléphones portables, contribuant à faire baisser les prix des téléphones portables (je passe sur l’aspect contestation de rentes de monopole).
Pour résumer et conclure, ce que l’on peut reprocher au débat actuel sur le pouvoir d’achat, c’est d’être porteur de confusion. Si la question est celle du pouvoir d’achat de l’ensemble de la population, alors elle doit être considérée comme identique à la question de la croissance. Si la question est celle de la pauvreté ou des inégalités, alors c’est bel et bien de pauvreté et d’inégalités qu’ils faut parler, c’est à dire s’intéresser aux catégories percevant les revenus les plus faibles. Or, les contraintes sur les loyers, la prime pour l’emploi, ou la défiscalisation des remboursements d’emprunts immobiliers ne bénéficient pas spécifiquement aux catégories les plus pauvres, si bien que leur impact distributif est éthiquement discutable. En d’autres termes, parler de pouvoir d’achat fausse le débat sur la croissance, et il fausse également le débat sur les inégalités.


Commentaires
Il me semble que la difference entre ce que les Francais entendent par pouvoir d'achat d'une part, et croissance d'autre part, est liee au probleme des inegalites, que vous ne faites que survoler dans votre post.
Si les fruits de la croissance ne vont que vers les 50% des Francais les plus riches, qui n'ont pas de probleme de pouvoir d'achat, alors quel que soit le taux de croissance, le probleme du pouvoir d'achat des 50% les plus pauvres demeure. (Je ne dis pas que c'est effectivement ce qui se passe, je pense juste que c'est la perception qu'en ont beaucoup de Francais.)
Ah, ca fait du bien! La conclusion est très très vraie.
Juste un truc :
"Si chaque français vole la richesse de son voisin, l’ensemble des français ne sera pas plus riche, et sera même sans doutes plus pauvre."
Outre qu'il y a une faute dans le passage (...), je ne suis pas sûr de comprendre la logique de ce "plus pauvre". C'est à cause du temps perdu pour effectuer ces cambriolages, du capital éventuellement déprécié au passage et des contre-mesures que prendrait chacun pour se protéger davantage?
Houla, on dirait que j'avais pas lu la conclusion moi. Longue journee, tout ca..
Compte tenu de la conclusion, mon commentaire precedent est obsolete!
"si un certain nombre de français ont des difficultés à se loger, c’est qu’il n’y a pas assez de logements" Ou qu'il y a trop de Français. Alors que le pouvoir d'achat de chaque individu repose davantage sur le PIB _par_tête_ que sur le PIB global du pays, je suis surpris que vous n'envisagiez comme solution pour son amélioration que l'augmentation du PIB global et non la diminution du nombre de têtes.
Il est vrai qu'il semble y avoir un tabou à ce sujet - lors de la canicule de 2003, les commentateurs ont été unanimes pour se désoler de la mort de vieillards imporductifs, personne n'ayant l'audace de signaler que ça faisait autant de logements libérés au profit de jeunes actifs.
Je suis étonné qu'il y ait un tel biais vis-à-vis de l'affichage des PIBs globaux plutôt que par habitant, dont l'évolution me semble infiniment plus porteuse de sens que la "croissance" (je lisais je ne sais plus où qu'elle était forte en Australie par exemple... mais à cause de la croissance parallèle de la population).
Amen.
Juste une question, concernant la grande distrib': pourquoi tu passes sur "l’aspect contestation de rentes de monopole". Tu penses que c'est de second ordre ?
Au fait, t'as du boulot ?
LSR
Car bien entendu, les tensions sur les prix des matières premières et de l'énergie (conséquences, certes, de l'enrichissement des plus pauvres, ok, ok..), qui contibuent grandement à la croissance du PIB des pays producteurs, se traduisent par une meilleure prospérité pour les hommes ?
C'est une analyse très claire. D'un point de vue plus politique et sociologique, on peut dire que les élus français ne s'intéressent pas à la population dans son ensemble, mais voient la société comme une agrégation de catégories sociales.
Chaque groupe exprime des désirs qui sont, en apparence, en opposition avec ceux des autres. Les représentants de la nation cherchent à créer désespérément un juste équilibre (par des arbitrages) entre les différentes couches sociales de la population, dont les contours sont flous et changeants.
J'y vois un avatar de la lutte des classes à gauche et du néo-colbertisme à droite
all: aux dernières nouvelles, les députés sont élus sur des circonscriptions tellement petites qu'elles sont très fortement caractérisées d'un point de vue économique et social.
Il est donc bien naturel que l'encadrement des patrtis politiques (qui n'existent guère que pour gagner des élections municipales, législatives et cantionales, faut-il le rappeller ?) voient l'électorat français comme un agglomérat de corporations.
Et il est alors tout aussi logique que la presse, qui est essentiellement lue pare des élus, leurs interlocuteurs fonctionnaires, les entreprises vitalement dépendantes de l'économie administrée à la française, et les élèves aspirant à rejoindre les rangs de ces trois précédentes catégories, se représentent ainsi la France.
Mais à part ça, Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien
@Passant : Antoine ne le dit peut-être pas explicitement, mais il est évident qu'il fait référence à l'augmentation du PIB REEL, c'est à dire une fois l'inflation déduite (cf. "il ne faut pas le faire en termes monétaires, mais en termes réels, c’est-à-dire en termes de biens et services").
Vil, sérieusement, y-a-t-il un sens à prétendre discourir de l'économie française en prétendant implicitement que les forces majoritaires à l'oeuvre dans ses mouvements ne sont PAS les phénomènes monétaires ?
Partant de l'hypothèse selon laquelle "notre" économie d'ici et aujourd'hui est essentiellement mue par les forces monétaires : dans ce cas, du point de vue du citoyen, la notion populaire de "pouvoir d'achat" est bien plus signifiante que tout autre raisonnement.
J'imagine que ces débats ont d'ailleurs dû terriblement échauffer les esprits à l'INSEE, qui n'est certainement pas une secte satanique malgré tous les mauvais traitements que semble y subir le sens commun. Postulons, audacieusement peut-être, que les fonctionnaires de l'INSEE, globalement, cherchent à accomplir leur mission, c'est à dire, informer. Informer implique, en partie, de construire des concepts collant aux représentations des personnes à informer si possible cohérentes entre elles et cohérentes avec le vécu des membres de la société : si les phénomènes monétaires sont majoritaires dans l'évolution de l'économie, alors, la notion de pouvoir d'achat a un sens.
Passant, je ne sais pas exactement ce que vous entendez par "phénomène monétaire"... Tout ce que je veux dire, c'est que la richesse d'un pays ne se mesure pas à l'aune de sa monnaie, mais de la quantité de biens et de services dont disposent ses citoyens. D'où la référence à la notion de croissance REELLE. Mais je me suis peut-être fourvoyé sur le sens de votre propos ? vous pouvez préciser ? Parce que là j'ai rien bité...
Phénomènes monétaires ? la somme des conséquences sur l'économie de la création monétaire, la monétisation des actifs, les services financiers, les dettes publiques et privées, l'épargne, l'investissement (entrant/sortant), l'activité économique soutenue à crédit, etc. : mon hypothèse est que le poids réel de ces phénomènes est bien plus lourd dans l'économie française que celui de l'économie disons réelle. Auquel cas, la notion de pouvoir d'achat est un phénomène signifiant (sans même parler des effets de dutch disease qui drainent de l'économie réelle des ressources qui auraient pu être productives et sont alors allouées aux jeux monétaires : p.e. : l'engouement pour les études de finance)
Si vous voulez simplement dire que sphère réelle et sphère financière sont reliées, ben oui, évidemment... mais je ne vois toujours pas pourquoi vous reliez ça au pouvoir d'achat en contestant l'idée de Belgo. Je ne comprends vraiment pas où vous voulez en venir.
Et dire que "la création monétaire et l'investissement ont plus de poids réel que l'économie disons réelle", je doute que ça veuille dire quelque chose...
@Emmanuel : tu vois une faute là dedans ? Le "s" à "sans doutes" est, me semble-t-il, possible, et dans "l'ensemble des français", c'est "l'ensemble" que j'accorde au reste.
Pour ta question, c'est bien cela : dépenses de protection + incitations à ne pas créer de richesses qui seront de toutes façons volées par le voisin. C'est l'état de nature Hobbesien.
@LSR : j'esquive la question de la contestation des rentes, car c'est trop compliqué pour mon petit cerveau. La logique de ce billet est de raisonner à l'équilibre général. Donc, si j'évoque la question du monopole, il faudrait que j'esquisse une idée de ce que sont les effets en chaîne du passage de ce secteur à une situation concurrentielle.
Sinon, j'ai du boulot pour quelques mois, et j'en cherche activement pour après (j'ai quelques pistes, mais je reste ouvert à toute proposition décente).
@Passant : précisément les pays de l'OPEP doivent leur prospérité à la valeur de ce qu'ils vendent à l'étranger, ce qui fait d'eux des exceptions. Ce n'est, du reste, pas pour rien qu'ils sont soit exclus soit l'objet d'un traitement spécial dans la plupart des études statistiques sur la croissance.
Antoine : non, c'est bien "sans doute" sans "s". La règle de l'accord après "sans" est subtile mais ne fait pas de... doute au cas présent. Voir ça :
http://www.languefrancaise.net/foru...
Bon, c'est un détail, hein. La note est vraiment très bonne.
Belgo affirme que la notion de pouvoir d'achat n'a aucun sens, sous prétexte que mesurer par une échelle financière ses revenus ou les revenus de la société est vain.
Si la vision monétariste prédomine, c'est à dire, si la distribution des revenus de l'activité économique est davantage déterminée par les allocations de monnaie que par la création de biens et de services, alors, les citoyens ont raison de s'intéresser davantage à la quantité de monnaie qu'ils reçoivent plutôt qu'à la quantité de richesses qu'ils produisent, puisque produire plus ne leur rapportera pas forcément plus, mais rapportera plus aux bénéficiaires des allocations de monnaie.
Un très bel exemple extrême d'une telle situation est illustrée, selon la presse, par la politique de Mugabe : les citoyens la subissant ont intérêt à chercher par tous les moyens à se procurer de la monnaie bien plus qu'à produire.
Vous avez raison de parler de croissance plutôt que de pouvoir d'achat, même si, comme malthusien, je pencherais plutôt pour le PIB par habitant.
Mais il faut ajouter que ces mesures ont un gros défaut : elles comptent les dépenses publiques pour leur coût au lieu de les compter pour leur utilité (certes, c'est plus difficile). Une augmentation des dépenses publiques inutiles (dans l'hypothèse où il y en aurait) se traduit donc par une hausse du PIB.
Pour Carrouf et Lidl, il ne faut surtout pas laisser entendre que la concurrence va se traduire par une baisse des prix et de la qualité. La concurrence se traduit en général par une baisse des prix et une Hausse de la qualité.
D'où une conclusion amusante : quel est le point commun entre Carrefour et l'Etat? Faute de concurrence, ils sont tous les deux chers, et ils pourraient fournir des services de meilleure qualité.
@Belgo: Facile: 1er théorème du bien-être :-)
LSR
PS: je t'ai envoyé un mail perso sur ton adresse rasko.
Tout ce qui est dit me paraît pertinent; mais il faut remplacer PIB par PIB/capita. Se référer au modèle de Solow: PIB/capita est une fonction de Kapital/personne occupée et d'efficience du couple équipements/personne occupée. Voir sur mon site à macroéconomie.
Gu Si Fang: y compris lorsque ce "qu'achètent" la majorité des français hors dépenses obligées (institutionnellement et en pratique) est essentiellement fabriqué hors zone euro ? Belgodère lui-même souligne ce point, qui joue sur des marges de variation un ordre de magnitude au dessus des marges de variation habituelles du PIB ou de la productivité, ce qu'il faut peut-être préciser
Auquel cas, l'euro fort est mécaniquement générateur de pouvoir d'achat : et potentiellement bien plus générateur de richesse pour les français que productivité ou production. Idem pour la crise des subprimes ou toute récession affectant moins la zone euro que le reste du monde. Dira-t-on par exemple que les prix du carburant à la pompe ne baisseront que si l'économie américaine entre en déflation ?
"Réhabiliter la valeur travail", c'est bien : prétendre que c'est la seule voie de la prospérité... hmmm...
Un problème de cette présentation c'est qu'elle néglige la part des dépenses de l'État dans le PIB; le PIB c'est la production de biens et de services marchands, qui donnent lieu à transactions monétaires, plus les services de l'État qui sont "gratuits", en fait payés par les prélèvements fiscaux. Par convention la part de PIB produite par l'État ce sont les salaires de ses personnels. Tout le débat de l'économie en général et en France en particulier, porte sur la part de l'État dans le PIB, c'est à dire la taille de sa ponction sur le produit marchand. C'est un choix de société.
@Passant : "Réhabiliter la valeur travail", c'est bien : prétendre que c'est la seule voie de la prospérité...
Attention, le "travailler plus pour gagner plus" du président peut être interprété comme ça, mais ce n'est au fond qu'une tautologie : en travaillant plus, on produit plus, donc on gagne plus - MAIS on peut évidemment produire plus en travaillant moins mais mieux (= gains de productivité, seul facteur de croissance par tête à long terme); on peut donc prospérer sans réhabiliter la valeur travail, quoi qu'en dise Sarko : on produit de plus en plus en travaillant de moins en moins.
Tout ceci me paraît hautement contestable.
La défiscalisation des heures sup accroît le pouvoir d'achat d'honnêtes contribuables qui travaillent beaucoup plus dur et longtemps qu'avant, grâce à elles, voyant ainsi leurs efforts hautement stimulés par rapport à la situation antérieure. Avant, les heures sup, évidemment, ils n'en faisaient pas. Car, comme le disait Saint Laffer, il n'y a que l'effet de substitution qui guide la vie des travailleurs. L'effet de revenu est une invention du démon. Surtout dans la fonction publique. En particulier dans l'enseignement. Très spécifiquement dans mon lycée, etc. etc.
Et ils attendent 2009 avec une énorme curiosité, pour voir ce que ça va faire comme réduction d'impôt sur le revenu. Après, ils mettront ça sur un CODEVI en attendant la hausse des taux d'imposition, mais c'est une autre histoire.
Content de te relire. Et comme dit LSR, amen.
VilCoyote: AMHA, ce qu'on peut espérer gagner en productivité dans l'économie française de 2008 à règlementation constante est probablement d'un ordre de magnitude en dessous des variations observables des taux de change sur un même période.
Bon, évidemment, si on envisage de thatchériser l'économie française, ça pourrait changer. Mais dans un pays où l'idée même d'ouvrir un collège privé est considéré comme un péril social...
Je reviens sur ce sujet après réflexion. Dire que le pouvoir d'achat se dégrade parce que la production est insuffisante, donc que pour augmenter le pouvoir d'achat il faut produire plus, relève d'une approche théorique valable en général mais qui ne couvre pas toute la réalité. Appliquons cela aux prix des fruits et légumes. Exemple les salades. 0.22€ chez le maraîcher producteur; 0.95€ en super marché. Où est le problème; pas dans le manque de production mais dans le fonctionnement du système de distribution. Avec l'évolution de la société française(1), nous avons fait le choix d'un système dominé par la grande distribution... Les Carrefour et Leclerc fixent le prix qu'ils veulent aux salades sur leurs étagères et ils achètent au prix le plus bas possible au producteur. Autre phénomène, les marges arrière. Nous payons la publicité que les grandes surfaces font payer aux producteurs pour que leurs produits soient bien placés dans leurs magasins.... La farine ou le sucre ou les yaourts de telle ou telle marque sont plus chers qu'ils ne pourraient l'être, non parce que la production est insuffisante mais parce que nous payons la publicité que les producteurs ont, finalement gratuitement, par ce système de marges arrière.
(1) Autrefois on achetait ses salades au marché ou dans la boutique du coin; et elles venaient de petits maraîchers locaux; ceux-ci ont disparu et sont remplacés par d'énormes entreprises de maraîchage qui dépendent de la grande distribution... un choix de société dont on commence à ressentir les inconvénients. Cf. commission Attali...
Voir ce lien sur la grande distribution http://fr.wikipedia.org/wiki/Marge_...
Article très intéressant...
Je suis assez d'accord avec votre approche du pouvoir d'achat en lien avec la croissance...et je suis d'accord aussi avec la petite correction apportée en évoquant le PIB par tête...
Je note juste un petit raccourci, quand vous dites que c'est en travaillant plus qu'on augmentera la production... Vous l'avez dit vous même plus haut, la production n'est pas proportionnelle aux heures de travail, mais dépend aussi du "travailler mieux"...
En bref, il faut travailler plus et mieux !
Effectivement, les pays de l'OPED doivent avoir une sacrée croissance... Et, on peut donc dire que le pouvoir d'achat moyen des saoudiens augmente...(même si je pense qu'i faut corriger de la population qui augmente aussi)
Le problème étant vraiment dans ces pays la question de la redistribution...
Tiens : une question qu'un ami posait l'autre fois : on est d'accord que depuis 2000, le prix du barils a flambé . En même temps depuis 2000, la valeur de l'euro par rapport aux dollar a grimpé en flèche... Or le prix du baril (la fameuse barre des 100), c'est en dollars...
Qu'en est-t-il donc de l'évolution du prix du baril en euros depuis 2000 ?
Et, ou sont les gros surcouts et augmentations qui font que le prix de l'essence augmente autant aussi en Europe ?
Antoine,
j'espère que tu seras entendu.
Pour approfondir :
ne devrait-on pas compter également le coût d'opportunité du travail pour mesurer le pouvoir d'achat ? Je m'explique : lorsque l'on travaille plus, on a des coûts (en argent ou en bien-être) qui augmentent. Des exemples proches du quotidien : si pour travailler, les Français font désormais plus de distance de transport, s'usent plus la santé, dépensent plus en crèche, ont moins le temps de parcourir les magasins pour trouver les produits les moins chers, achètent des plats vite préparés (et plus cher) faute de temps, ressentent le besoin de plus consommer pour soulager le stress croissant de leur travail... ils n'ont pas le sentiment de gagner en pouvoir d'achat.
Tenez vous bien: si je prends un million dans la poche d'Arnaud Lagardère son pouvoir d'achat baisse de 1%, mais il a augmenté de 20% en 2007 donc il gagne encore 19%. Quant à mon pouvoir d'achat, il augmente carrément de 5000%. C'est pas du gagnant-gagnant ça ?
Plus sérieusement je tiens à rappeler aux gogos qui prendrait les élucubrations de ce blog pour argent comptant que l'économie N'EST PAS une science. Certes des tentatives ont été faites pour essayer de modéliser par exemple l’économie de marché mais elles ont toutes échoué (au grand dam de l’église libérale).
L’économie est tout au plus une certaine forme de logique. Je dis « une certaine forme » car pour moi la logique, c’est quelque chose de neutre. Or la logique des économiste donne TOUJOURS raison aux riches, aux possédants, aux dominants. La lecture de ce billet en est d’ailleurs une parfaite illustration.
Leur truc c’est de dire : « moi coco (l’économiste traite de « coco » tous ceux qui n’utilisent pas son système de pensée) je fais dans l’objectif, toi tu es dans l’idéologie ». Autrement dit tous les Think tank du type Cercle des Economistes et autres Instituts Montaigne ne font pas de l’idéologie, non non ne riez pas, ils agissent dans l’intérêt public.
Tiens rien que ce matin je lisais un article qui disait que la commission européenne, composée d’éminents économistes, avait poussé à la libéralisation du marché de l’énergie en arguant que ça multiplierait les fournisseurs et favoriserait la baisse des prix. Avec bien sur tout un tas de graphiques vachement « scientifiques » à l’appui. Résultat des courses, c’est exactement le contraire qui se produit : on assiste à une concentration des acteurs de l’énergie et à une hausse des prix vertigineuse !
Alors chers amis n’oubliez pas : Optimum, Optiment.
eumm... la neutralité de la monnaie, c'est discutable non ? ça ne convient pas qu'à une situation de plein-emploi du capital et du travail... non?
@Pioupiou: non.
C'est vrai à long terme. Voir ici:
http://nobelprize.org/nobel_prizes/...
Et avec la BCE aux commandes, c'est *toujours* vrai, par construction :-)
LSR
merci...
et j'aurai pu faire encore plus simple : attraper mon Macroéconomie de Blanchard et Cohen, chercher "neutralité de la monnaie" dans l'index, et lire.
Ce raisonnement est tenable à l'équilibre, mais quid si au lieu de parler simplement en termes de "population globale", on raisonne sur la majeure partie de la population? Sans aller jusqu'à la lutte contre les inégalités, quelle est l'augmentation du pouvoir d'achat de la catégorie 70% des salariés les moins riches, plus chômeurs plus retraités? Si on observe (et on observe) une déconnection avec la croissance, n'y a t'il pas un sujet? On parle la de la majorité de la population tout de même!
Le cas de la grande distribution, et le cadeau qui leui est fait dans le projet de loi de modernisation de l'économie est traité, entre autres sujet, sur ce blog, nouveau qui renouvelle un peu le genre des blogs politiques (de politiques) : http://www.comfinances.fr
http://www.comfinances.fr/index.php...
Simplification excessive...
Même en période de forte croissance, on peut avoir un problème de pouvoir d'achat que ne se résume pas à un problème de manque d'efforts envers les plus pauvres.
J'habite en Nouvelle-Calédonie. La croissance est de 6% par an depuis 20 ans. On est au plein emploi ou presque. C'est même la surchauffe économique, tirée par de très gros investissements industriels liés au nickel (2 usines à 3 milliards d'€, ce qui est beaucoup pour un pays de 240 000 hts). Les salaires sont élevés (SMIC à 1000 €, mais salaire moyen plutot vers 2500 €. Mais, parce qu'il y a un mais, les prix sont très très élevés pour tout, et ca n'est pas du qu'à la faible taille du march ou à l'éloignement, qui certes expliquent les prix de revient élevés : le principal facteur d'explication des prix est l'absence totale de concurrence, et donc les marges inouies des entreprises... Les patrons jouent au jeu de qui a le plus gros bateau, le Cayenne avec le plus d'options, ou le plus de week-end par an en Australie... Ils sont peu imposés, et il y a peu de redistribution. Et donc, malgré ses salaires élevés, la classe moyenne a du mal à joindre les deux bouts.
Sarkozy avait déclaré qu'il serait le candidat du pouvoir d'achat, mais il n'a pas précisé qu'il parlait du sien et de celui de ses amis les nantis.
Des augmentations de salaire ne serviraient pas à grand chose car les gros patrons, sous prétexte que les français gagne plus, augmenteraient les prix.
C'est les speculateurs qu'il faut casser :
- imposer une baisse de 20% sur les loyers et les primes d'assurance ;
- mettre une tva à 5,5% sur les carburants ;
- supprimer les frais bancaires ;
- etc...