Bad incentive
Par VilCoyote le mercredi 12 décembre 2007, 13:28 - réflexions ou tentatives - Lien permanent
Je suis allé chez Ikea. Il me fallait un catalogue, m'aperçus-je en entrant; j'allai donc à l'accueil situé à 3 mètres de l'entrée, où on m'informa que les catalogues étaient à retirer à l'autre bout du magasin. Je parcourai donc les 200 mètres et demandai cette fois DEUX catalogues, tout en interrogeant l'employé de service sur les raisons de cet éloignement fort peu pratique : "C'est parce qu'en les mettant à l'entrée, les gens en prenaient plein". Mauvais calcul d'Ikea.
En effet, l'idée de départ est qu'il faut instaurer un coût au retrait du
catalogue, car si on les met en libre service dans un présentoir situé à
l'entrée, tout le monde en prend un machinalement, même s'il n'en a pas besoin.
Le diagnostic est bon, mais le remède ne l'est pas : parcourir 200 mètres
pour retirer un catalogue représente en effet un coût, mais un coût fixe fort
élevé (et un peu vexant). Etant donné que le coût marginal du retrait du
catalogue est nul (une fois que j'ai parcouru ces 200 mètres, retirer 1 ou 5
catalogues ne me coûte rien de plus, si on néglige le poids du catalogue), le
consommateur a intérêt à répartir ce coût fixe sur un plus grand nombre
d'unités, même s'il n'en retire pas d'utilité directe. Je ne voulais pas qu'il
soit dit que j'avais fait 200 mètres pour UN catalogue, même si je n'avais
besoin que d'un seul : j'en pris donc DEUX, juste pour les faire
chier.
Si Ikea avait laissé ses catalogues à l'entrée mais les avait mis derrière le
stand d'accueil, à qui il aurait fallu s'adresser à l'employé pour les retirer,
cela aurait créé un coût suffisamment élevé pour que seuls les gens qui ont
besoin d'un catalogue en prennent un, et suffisament faible pour que le client
maximisateur (ou juste gros con, comme moi) ne se sente pas obligé d'amortir ce
coût fixe sur plusieurs catalogues.
Ce raisonnement est le même que celui de l'exemple de l'open bar : on a
voulu lutter contre les comas éthyliques aux open bars (Belgo, on t'a
reconnu ! C'était pas la peine de faire une thèse juste pour pouvoir
picoler à la fin...) en augmentant le prix d'entrée à la soirée. Effet
contre-productif désastreux : pour faire basiser le coût moyen de la
boisson, les étudiants ont logiquement augmenté leur consommation d'alcool,
puisque le coût marginal est nul.
Mal comprises et mal utilisées, les incitations se révèlent perverses :
Ikea donne sans doute plus de catalogues que nécessaire (enfin si tous les
clients sont aussi tordus que moi). Je suis prêt à leur faire un audit à 1
million d'euros pour corriger ça. Trop ? Bon, une étagère supplémentaire
gratuite pour ma bibliothèque Billy, alors.


Commentaires
Sauf erreur le catalogue IKEA se prend à la sortie, après les caisses. Les 200 m représentent un cheminement tortueux (au fait, la topologie du magasin IKEA est un modèle du genre) qui oblige à passer devant chaque rayon.
Il faut une sacrée abnégation pour résister. Et un peu pervers pour réclamer deux catalogues ;-)
Astuce à deux cents : avec la carte IKEA Family on reçoit le catalogue à domicile.
En même temps, à Ikea, il y a des catalogues bleu disponible tout au long du magasin, il faut juste les laisser à la caisse. Au moment de le rendre on apprend que l'on peut en demander au retrait de marchandise qui bien qu'à 200m de l'entrée est à 15m des caisses.
Votre problème ne se présente si l'on va à Ikea que pour récupérer un catalogue et vue le coût fixe pour trouver une place où se garer (souvent très élevé :-), autant le commander sur internet.
Je suppose qu'IKEA a soigneusement étudié le positionnement de ses catalogues pour déterminer comment maximiser son profit avant d'imposer une norme à ses magasins.
Comment alors expliquer l'apparente contradiction entre la théorie et les faits ?
Je vais encore jouer à la marketeuse folle : parcourir 200 m donne un coût (élevé, comme vous le dites si bien) au catalogue. Donc un prix. Donc le catalogue est précieux (la preuve vous en avez pris deux, c'est dire à quel point vous y teniez). Bref, votre étagère Billy (on a la même...) est une perle rare. Et c'est comme ça qu'on se retrouve à adhérer au concept "Ikea, du design haut de gamme à prix tout doux".
Euh, sinon, j'ai refait mon bureau... Vous conseillez quoi, à part Billy ?
Un truc que je ne m'explique pas, en dehors du problème de l'incitation mal utilisée : comment peut-on placer des catalogues près des caisses, et donc de la sortie du magasin, sachant que le catalogue est plutôt destiné, si je ne m'abuse, à éclairer l'acheteur potentiel ? J'ai loupé un truc ou quoi ?
Sinon Ikea (ou Alinéa), c'est intéressant : parcours sinusoïdal obligeant le chaland à passer devant la totalité des articles vendus (sauf que lorsqu'on est un habitué ça gonfle !), fin du parcours dans les stocks en self service, prix apparemment très bas et finalement moyens une fois ajouter les accessoires indispensables ...
"comment peut-on placer des catalogues près des caisses, et donc de la sortie du magasin, sachant que le catalogue est plutôt destiné, si je ne m'abuse, à éclairer l'acheteur potentiel ? J'ai loupé un truc ou quoi ?"
Regardez le début de cet excellent film pour économistes qu'est "Fight Club" : les achats de fringues ou de meubles n'obéissent pas aux règles rationelles usuelles d'achat de marchandises et de services (il y a plein d'autres secteurs comme ça : l'informatique par exemple ou l'alimentation chez les urbains). Un citoyen consumériste ordinaire abruti de TV pense que les vêtements et l'ameublement sont des extensions de sa personne, et donc, qu'il doit constituer un ensemble cohérent ("aménager son intérieur", "choisir des vêtements qui le mettent en valeur").
Sitôt de nouveaux accessoires achetés pour compléter son être, l'acheteur de meubles, de fringues, de bifidus actif et de propolys ressent l'angoisse qui est à l'origine de tout acte d'achat : et s'il lui manquait encore quelque chose pour être complet.
Ikea lui offre immédiatement des propositions de réponses à ses angoisses, par le catalogue illustré, réponse compulsive immédiatement disponible.
Maintenant, vous comprenez peut-être la popularité de la filière marketing. L'économie est très utile pour rester rationnel quand on fait profession d'oeuvrer à interdire à ses concitoyens de l'être.
Pfff faites le tour, en entrant par la sortie vous avez votre catalogue direct au lieu de slalomer dans les rayons. Par contre, ne passez pas par les raccourcis de service les employés d'Ikea n'aiment pas ça du tout !
@Fourrure : oui mais si je veux quand même aller faire mon shopping dans le magasin, le problème reste entier, il faut que je marche 200m de la sortie vers l'entrée...
@Vil : Alors tu peux tenter les raccourcis de service :D.
Pis de toute façon, dix minutes de marche rapide par jour, et ne mangez pas trop gras, pas trop sucré, pas trop salé, tout ça
@ Gizmo : Je déconseille Billy.... avec le temps la bibliothèque a tendance à bouger... le fond s'arrondit (dans un sens ou dans l'autre... voire dans les deux!)...
Ikea devrait faire des catalogues beaucoup plus lourds pour inciter que les gens réellement motivés à les emprunter...
Sauf que d'avoir deux catalogues n'apporte généralement rien de plus que d'en avoir un seul, à part du poids à se trimballer. On ne peut pas comparer le valeur du catalogue qui n'augmente pas avec son nombre (c'est même lourd et encombrant, pour moi c'est clairement négatif) à la consommation d'alcool dans un bar.
Franchement, ça m'étonnerait que les gens prennent plus d'un catalogue (à part quelques exceptions, mais sans doute dans un but précis)