Pardonnez-leur...
Par VilCoyote le lundi 10 décembre 2007, 18:00 - c'est pas nous qui l'avons dit - Lien permanent
Je trouve qu'on a bien peu parlé de la déclaration de Mme Parisot, qui se
"demande s'il ne faut pas accepter de mettre sur la table la question de la
suppression de la durée légale du travail". Sans doute cela ne mérite-t-il
pas force commentaire, tant la chose est énorme. Il me semble cependant
nécessaire de pointer, au-delà d'une revendication corporatiste qu'on pourrait
à la limite considérer comme légitime, la grossièreté de son propos.
En effet, sa proposition balaie d'un revers de main plus d'un siècle de
législation du travail, et fait apparaître ses instigateurs comme des
inconséquents, qui ont mis en place des bizarreries réglementaires qui n'ont
jamais trouvé de justification. "Bon, ils se sont bien amusés avec leurs lois
sur la durée du travail, ils ont fait leurs petits essais, on a vu que ça ne
marchait pas, la plaisanterie commence à avoir assez duré, il est temps de
balayer tout ça".
Mais l'attitude des media a, pour une fois, sans doute été la bonne (même si ce
n'était pas leur objectif) : de telles crasseries ne méritent que le
mépris, et j'y ai déjà accordé bien trop d'attention.


Commentaires
Cette proposition fait partie du programme du Medef depuis un an ou deux. Elle ne signifie évidemment pas que le temps de travail ne doit pas être encadré, mais défini branche par branche, par la négo sociale, dans la limite des 48h européennes. Paraît qu'ils font comme ça en Suède.
C'est une position de négociation qui ne me paraît pas absurde ni hors-débat, et je ne vois pas pourquoi il faudrait la traiter par le mépris. Les syndicats, en tout cas, ne le font pas.
"défini branche par branche, par la négo sociale" : moi j'avais entendu "entreprise par entreprise"... et branche par branche, certaines seraient clairement négligées (quel pouvoir auraient les employés de commerce pour négocier un "accord de branche" qui leur convienne ?). On sait que le rapport de force dans de nombreuses entreprises (ou branches) serait très défavorable au(x) salarié(s), qui se retrouveraient bien souvent à bosser 48h... ce qui vous semble une limite ma foi fort acceptable ?!
C'est ironique ce post rassurez-moi? Je croyais être sur un blog libéral
"Bon, ils se sont bien amusés avec leurs lois sur la durée du travail, ils ont fait leurs petits essais, on a vu que ça ne marchait pas, la plaisanterie commence à avoir assez duré, il est temps de balayer tout ça"
Oui en effet, il serait temps de balayer tout ça, et les merdeux qui en sont à l'origine avec.
@Multiarchist : non, ce n'est pas ironique...
"Je croyais être sur un blog libéral" : ce mot ne veut (plus) rien dire. Si vous comptez sur moi pour dire qu'il faut supprimer le droit du travail et l'enseignement public (propositions "libérales", n'est-ce pas...), vous faites erreur. Pas de Salineries ici.
VilCoyote : la question posée par Parisot n'est pas si idiote, puisque l'Union se charge déjà de fixer le cadre général du droit du travail : elle choisit clairement de plaider pour la théorie selon laquelle nulle législation nationale n'a besoin de compléter la législation européenne en cours d'élaboration. Concevez que ce point de vue se défend, puisque la France semble avoir renoncé à "demander plus" à l'union !
Tiens : un article d'actualité sur le thème :
http://www.rtbf.be/info/internation...
@Passant : je ne pense pas que Parisot fasse référence à des projets européens, et qu'elle ait autre chose en tête que "foutez-nous la paix et déréglementez", dans la lignée du discours toujours caricatural du Medef (cf. l'invocation régulière de l'indicateur LPE pour justifier un gros assouplissement du droit du travail). Encore une fois, ce qui m'exaspère dans son propos n'est pas tant la revendication corporatiste (elle est élue et payée pour ça, après tout) que la façon de le faire, qui relègue au rang d'inepties de nombreuses avancées qui ont permis de protéger les salariés contre les abus (particulièrement au XIXe siècle). Maintenant, sans doute certaines de ces protections ne sont-elles plus nécessaires, et on peut espérer que les mentalités ont évolué, de façon à ce que les patrons ne se transforment pas en négriers sanguinaires si on supprime la durée légale du travail. Mais cette problématique mérite infiniment plus que la proposition lapidaire et comme allant de soi de Parisot.
Hmmm: n'oubliez jamais que le MEDEF a une influence plus importante qu'on n'a tendance à le croire en europe : en tout cas, le patron des patrons européens est actuellement Seillères.
Je comprends fort intimement que la méthode vous enerve : je constate juste que les beaux discours sur les avancées sociales sont devenus inaudibles à l'échelle européenne au moins depuis Prodi.
Or, comme tout un chacun le sait depuis Bolkestein, la Commission Européenne interprète de manière relativement extensive ses compétences en matière de marché intérieur et commerce international et estime pouvoir régir les conditions de la concurrence sur le marché des services, donc, la mise en concurrence des droits du travail. Parisot en tire une conclusion logique : si le droit du travail a une importance, alors, il faut le réinventer, et de préférence à l'échelle européenne, avant de le voir disparaître au cours de la construction européenne. Après, elle donne "son avis".
Mais peut-être avez-vous raison : Parisot ne fait peut-être que se "placer" en vue d'une suite de carrière à l'international.
@Vil: je ne défends pas la position de Parisot, je défends qu'elle est défendable et quelle a sa place dans le débat, comme Passant l'explique bien. Je trouve que vous la caricaturez et lui faites un procès d'intention. En même temps le patron des patrons est un peu là pour ça: servir de défouloir.
Le risque de la proposition de Parisot est qu'effectivement, les résultats de négociations de branche reflèteraient davantage les rapports de force propre au secteur que la logique de travail propre à celui-ci. Il reste qu'une durée du travail égale pour toutes les activités n'a pas grand sens. C'est ce que Parisot introduit dans le débat, un peu par l'absurde, mais pas tant que ça. Il est normal que cette option existe dans le débat public, même si elle ne vous plaît pas.
Je ne sais pas si elle "relègue au rang d'inepties de nombreuses avancées qui ont permis de protéger les salariés contre les abus (particulièrement au XIXe siècle)", mais votre précision chronologique montre que ce ne serait pas une attitude si extrême que ça. Le droit du travail est bien l'une des expressions de cette culture de la défiance qui apparaît à beaucoup comme le principal problème de notre pays et de ses entreprises. Vous allez me dire qu'on changera le droit du travail quand les entreprises auront changé de modes de management, mais avec ce jeu du "c'est toi qui commences" on ne changera jamais rien.
Juste une remarque, comme ça...
La durée légale du travail (en France 35 heures) n'est pas la durée maximale pendant laquelle on puisse travailler. (Il paraît que beaucoup d'Américains sont persuadés qu'en France il est interdit de travailler plus de 35 heures par semaine...Et je me demande s'il n'y a pas des hommes politiques français qui le pensent aussi)
La durée légale, c'est uniquement la durée au-delà de laquelle les heures de travail sont considérées comme des heures supplémentaires, et donc payées avec une majoration.
Supprimer la durée légale du travail ne conduira pas tous les patrons à se transformer en d'infâmes négriers faisant travailler de auvres esclaves 15 heures par jour...
Cela supprimera tout simplement les majorations pour heures supplémentaires....
Horreur!!!
Ce serait une des mesures emblématiques de notre bien-aimé Président qui passerait à l'as!
C'est déjà le cas pour les médecins hospitaliers (parfois astreints des services de 65h) et les cadres A de la fonction publique d'état (sauf nombreuses exceptions, numériquement majoritaires du fait que l'une d'entre elle est les enseignants, les autres cadres A touchant l'IFTS indemnité forfaitaire pour travaux supp. ou équivalent). D'ailleurs, les policiers manifestent actuellement pour éviter de devenir personnels de cat.A pour que leurs "heures supplémentaires" restent comptées.
A mon avis, c'est aussi un coup de billard à trois bandes.
En suède, un entreprise a été finalement autorisée (après procés jusqu'à la cour de justice de l'UE) à employer ses ouvriers lettons sans leur faire bénéficier des conditions de travail (avantageuses) de la suède.
La justification avancée par la cour est que les conditions de travail suédoises sont définies par des conventions entreprises/syndicats, et qu'une entreprise non signataire oeuvrant en Suède n'est donc pas concernée.
Si donc on passait la protection du salarié du domaine de la loi au domaine du contrat comme le veut le MEDEF, il est fort possible que la France se retrouve dans la même situation, ce qui permettrait de court-circuiter tout le système juridique de protection des travailleurs, devenu non applicable d'un coup de baguette magique.