Aujourd'hui les marins pêcheurs, touchés par la hausse du prix du carburant, demandent à l'Etat de prendre ses responsabilités. J'ignorais qu'il était des reponsabilités de l'Etat de maintenir le prix du carburant à un niveau qui convienne aux pêcheurs, mais bon, à la limite, ça resterait du lobbying classique bien légitime (hum). Là où c'est original et franchement balèze, c'est qu'ils réclament la mise en place d'une "TVA sociale" (sic...), soit une augmentation d'un ou deux points de TVA sur le poisson à l'étal, destinée à alimenter une caisse de compensation du prix du gazole. Réclamer une baisse de la TIPP (par exemple), c'est vieillot : on va plutôt réclamer une augmentation des impôts, et l'empocher, en toute légitimité et légalité.

Comme ça les consommateurs qu'on va niquer pourront pas dire que c'est de notre faute, c'est la faute de l'Etat - comme toujours. Mon poissonier a d'ailleurs mis sur sa devanture une affichette : En raison des 35 heures, le magasin est fermé le mercredi après-midi. Il fallait oser, mais il paraît que les cons, ça ose tout; c'est même à ça qu'on les reconnaît. Et pour rendre l'argument (que je rappelle : "augmentez les impôts et donnez-nous le pognon") plus efficace, on fait appel au patriotisme du consommateur et à son amour du vrai goût traditionnel du terroir du savoir-faire millénaire de père en fils : Il s'agit "de la survie de la pêche française", a insisté Philippe Le Moigne, porte-parole du comité de crise. Vous viendrez pas dire qu'on ne vous a pas prévenus.

Et pour bien enfoncer le clou, montrant la haine vouée au marché et à la concurrence, le brave pêcheur précise qu'ils ne peuvent pas répercuter la hausse du prix du gazole sur le prix de vente du poisson. Celui-ci est en effet vendu selon le système de la criée, qui fait qu'on ne vend pas notre production mais qu'on nous l'achète. Si on ne peut plus niquer les consommateurs librement, il faut décidément que l'Etat s'en mêle et les nique de force. C'est sa responsabilité.

(source principale : Le Monde)