La pêche au gros (con)
Par VilCoyote le lundi 5 novembre 2007, 15:57 - grosse fatigue - Lien permanent
Le prix du carburant monte. Ce n'est pas à cause de la cupidité des
compagnies pétrolières (ou alors il faudrait expliquer les fluctuations des
prix par de soudains et passagers remords des dites compagnies), pas plus qu'à
cause des taxes (la TIPP), contrairement à ce qu'affirme M.Hollande, qui trouve
pas normal que l'Etat gagne de l'argent sur la hausse des prix du
carburant : la TIPP n'est pas un pourcentage du prix du litre (on ne
s'étendra pas sur l'hypocrisie et la mauvaise foi du propos du beignet
divorcé). La raison pour laquelle le prix du carburant augmente, c'est la
vilaine loi du marché : lorsque la demande augmente et que la croissance
de l'offre est limitée (pour des raisons politiques - conflit - ou économiques
- instauration de quotas par les pays producteurs), le marché est rationné et
l'ajustement entre offre et demande se fait par les prix.
Aujourd'hui les marins pêcheurs, touchés par la hausse du prix du carburant,
demandent à l'Etat de prendre ses responsabilités. J'ignorais qu'il
était des reponsabilités de l'Etat de maintenir le prix du carburant à un
niveau qui convienne aux pêcheurs, mais bon, à la limite, ça resterait du
lobbying classique bien légitime (hum). Là où c'est original et franchement
balèze, c'est qu'ils réclament la mise en place d'une "TVA sociale"
(sic...), soit une augmentation d'un ou deux points de TVA sur le poisson à
l'étal, destinée à alimenter une caisse de compensation du prix du gazole.
Réclamer une baisse de la TIPP (par exemple), c'est vieillot : on va
plutôt réclamer une augmentation des impôts, et l'empocher, en toute légitimité
et légalité.
Comme ça les consommateurs qu'on va niquer pourront pas dire que c'est de notre
faute, c'est la faute de l'Etat - comme toujours. Mon poissonier a d'ailleurs
mis sur sa devanture une affichette : En raison des 35 heures, le
magasin est fermé le mercredi après-midi. Il fallait oser, mais il paraît
que les cons, ça ose tout; c'est même à ça qu'on les reconnaît. Et pour rendre
l'argument (que je rappelle : "augmentez les impôts et donnez-nous le
pognon") plus efficace, on fait appel au patriotisme du consommateur et à son
amour du vrai goût traditionnel du terroir du savoir-faire millénaire de père
en fils : Il s'agit "de la survie de la pêche française", a insisté
Philippe Le Moigne, porte-parole du comité de crise. Vous viendrez pas
dire qu'on ne vous a pas prévenus.
Et pour bien enfoncer le clou, montrant la haine vouée au marché et à la
concurrence, le brave pêcheur précise qu'ils ne peuvent pas répercuter la
hausse du prix du gazole sur le prix de vente du poisson. Celui-ci est en effet
vendu selon le système de la criée, qui fait qu'on ne vend pas notre production
mais qu'on nous l'achète. Si on ne peut plus niquer les consommateurs
librement, il faut décidément que l'Etat s'en mêle et les nique de force. C'est
sa responsabilité.
(source principale : Le Monde)


Commentaires
C'est curieux chez les marins ce besoin de faire des phrases...
Euh, les marins, ils peuvent pas faire la pêche en pédalo ?
Deux petites choses por tempérer ces propos :
- Les pêcheurs ne paient pas de taxes sur le gazole ; ils l'achètent au prix coutant, soit autour de 0.50€ le litre. Il ne peuvent donc pas réclamer de baisse de la TIPP...
- Le coup de rajouter un impot prête certes à sourire, mais il marque quand même une réalité : dans le système de distribution actuel, les pêcheurs ( comme les agriculteurs ) ne fixent pas le prix de leur produit eux même. Si leur production coute plus cher, il leur est impossible de répercuter le surcout, sinon les distributeurs se tournent vers d'autres pêcheurs francais ou étrangers. Et du coup, il faut en passer par l'état pour boucler les fins de mois, avec des aides multiples.
C'est un peu le même cercle vicieux que la PAC : les distributeurs baissent les prix d'achat ( ou les maintiennent alors que le cout de production augmente ), donc les agriculteurs demandent plus d'aides, donc les distributeurs peuvent encore plus baisser les prix, etc. Jusqu'au jour où les agriculteurs seront directement salariés par l'etat, qui leur paiera aussi leurs machines et leur essence, et où tous les réseaux de grande distribution auront leurs produits gratos et pourront ainsi faire 100% de marge... ( et où on paiera donc nos produits 2 fois : une fois par les taxes et une fois pour le distributeur )
C'est certes une vision exagérée, mais c'est quand même plus ou moins la seule solution qu'ont trouvé les pouvoir publics pour éviter qu'il n'y ait plus un seul agriculteur ou pêcheur en France.
Après je m'étonne que mes élèves de Seconde en SES voient l'Etat partout...
@FFB : "Si leur production coute plus cher, il leur est impossible de répercuter le surcout, sinon les distributeurs se tournent vers d'autres pêcheurs francais ou étrangers" - mais tous subissent la hausse du prix du carburant. De plus, si la production n'est plus rentable, elle cessera (ou sera fortement rationnée), les distributeurs seront alors obligés de l'acheter plus cher s'ils veulent continuer à en profiter. Le marché, quoi.
@L'Ariégeois : ah pitain m'en parle pas, c'est sidérant. Un réflexe conditionné. Mes préférées, quand on aborde justement le marché (bouh, chui un sale libéral !!!) : "En France aujourd'hui, qui fixe les quantités de biens produits, leur prix de vente ?" Réponse dans la demi-seconde, du fond du coeur, à l'unisson, d'une demi-douzaine de bambins ; "L'ETAT !!". Et lu aussi que c'était l'Etat qui versait les primes aux joueurs de foot quand ils marquaient des buts. Au moins à ce compte-là, le PSG ne coûte pas cher au contribuable.
Oui, enfin, bon, personne n'a jamais été obligé de manger du poisson. Libre à qui voudra donc de boycotter la taxe-pêcheur en refusant d'acheter de la raclure de chalut.
Une remarque : 50% du poisson vendu provenant de l'élevage, je suppose que 100% de la taxe ira contribuer au réchauffement climatique assisté par chalutier ?
Le "on ne vend pas les produits, on nous les achète" a quelque chose de comique. Le Monde d'hier reprenait ça à son compte, sans le mettre dans la bouche de quelque pêcheur, c'était moins excusable. C'est vrai qu'il est beaucoup de vendeurs qui fixent leur prix au lieu de se le voir proposer par l'acheteur, mais il est rare qu'ils aient la garantie d'avoir un acheteur. Bon, d'autres sont soumis à moins de concurrence, eux ils ont la concurrence des autres pêcheurs, efficace avec le mécanisme de criée, et celles des autres produits alimentaires.
Pour en venir à leur problème, l'acheteur est normalement indifférent à leurs coûts, et dès lors que l'offre reste la même, il n'y a pas de raison que le prix monte (sauf que les prix d'autres produits alimentaires pourraient grimper aussi, ce qui augmenterait la demande côté poisson). À ce détail près, soit ils acceptent une baisse de revenu, soit certains quittent le métier, ce qui diminue l'offre, fait monter les prix et permet à ceux qui restent de maintenir leur revenu. Plan B, être subventionné. Ils préfèrent le plan B, je ne les blame pas.
Donc, il demandent à l'État des sous, et lui suggère un endroit où les trouver. On ne leur en demandait pas tant. Ils auraient pu, comme d'autres suggèrer une taxe sur les profits boursiers ou le rétablissement de la vignette auto. Je ne vois pas trop en quoi leur proposition, certes déplacée, serait plus condamnable qu'une autre, je ne comprends pas pourquoi c'est elle qui motive particulièrement le coup de geule, plutôt que le simple fait de demander de l'argent, qu'il faudra bien prendre à quelqu'un. En revanche, il me semble que la proposition est spécialement mal choisie de leur point de vue : vouloir répercuter le coût sur leur propre client (un concept de juste prix j'imagine), c'est risquer une baisse de la demande. Il se pourrait bien qu'in fine, ce soit toujours eux qui la payent cette taxe.
Questions pour les économistes : à supposer que l'État prenne en pitié une catégorie dont les conditions économiques se dégradent, quels types d'aides sont appropriés? Il me semble que si la dégradation a des chances d'être temporaire (météo, catastrophe naturelle, situation politique), on peut prêter de l'argent (étalement des impôts), éventuellement en donner. Si la dégradation doit être définitive, il me semblerait plus utile de financer la reconversion que de soutenir l'activité. Que dit la théorie là dessus? Est-il des cas dans lesquels il est plus spécialement justifié de venir au secours d'une catégorie particulière?
Question du jour à mes secondes en SES : "pourquoi le prix de l'essence augmente-t-il?"
Réponse majoritaire (15 élèves sur 25) : "à cause de l'Etat".
Et voila.
Mais où donc vont-ils chercher telle conviction à 15 ans à peine ? à l'école ? à la maison ? à la télé ?
@ PASSANT : à mon avis, à la télé et à la maison. Y a qu'à voir le JT de 13h, tous les reportages sur "les taxes qui maintiennent les prix à la pompe", sur toutes les corporations qui hurlent "faut que l'Etat prenne ses responsabilités" (comprendre "nous donne des sous et nous protège des niaks"), etc... Et les parents qui doivent en remettre des couches derrière, "boh d'façons c'est la faute du gouvernement, droite gauche tous pourris, allez repasse moi les frites et le pinard".
Pour l'école j'ai pas trop l'impression qui ce soit le cas au lycée (en tout cas pas en SES chez nous). Le collège, je sais pas trop... c'est pas impossible. En tout cas c'est chiant !!
@tous: symbiotes ou parasites?
C'est tout de même beau le fonctionnement d'une démocratie! Traduisons ces évènements pour ce qu'ils sont dans leurs soubassements: ne s'agirait-il pas d'un ménage à trois? Je m'explique:
- D'un coté le producteur et de l'autre le consommateur. Dans leurs relations, et dans l'idéal les jeux de la concurrence et du marché doivent pouvoir s'exercer librement. Les forces finiront par s'autoréguler autour d'un équilibre offre/demande, il est vrai au prix de ce que certains décriront comme une forme ou une autre d'inconfort social traduisez par injustice sociale.
- Entre les deux vient alors s'insérer cet animal bizarre, l'homme politique, dont tout le monde semble oublier que son objectif principal, somme toute bien humain dans nos sociétés n'est pas de servir mais de rester, de durer dans ses fonctions. C'est normal, il est un politicien professionel. Et que faire pour durer? C'est devenir indispensable. Dans nos démocraties, le politicien y parvient en se transformant en négociant: il fournit au plus grand nombre possible une forme de réduction de cette injustice sociale, en espérant que par reconnaissance, ce grand nombre l'aidera à rester, à durer dans ses fonctions.
Comment? le principe est bien connu. Sous pretexte de justice et d'équité, muni de sa capacité de violence légale dont il a fini par acquérir le monopole, il peut contraindre chacun d'entre nous, à lui remettre une partie de nos revenus, de notre argent, aujourd'hui le plus souvent acquis en travaillant durement. Il prélèvera même à notre décès une portion de notre patrimoine. Fort non?
L'ensemble des individus ainsi prélevés constitue une masse de la population, plus ou moins amorphe (elle n'a plus faim, elle n'a plus froid en hiver) à qui l'on soustrait par la force, des sommes d'argent vertigineuses. Le politicien avisé, tel le Robin des Bois, les redistribuera à ceux la même qui se sentent victimes de cette injustice.
De là, nait une symbiose sociale durable, cas classique de biologie, où deux organismes s'entre-aident, l'un fournissant à l'autre les moyens de sa survie jusqu'à devenir un tout indissociable. Rapporté à la démocratie, certains ont décrit l'échange au sein de cette symbiose sociale comme une monétisation du droit de vote en échange d'avantages particuliers. C'est la tentative de nos marins.
Et la masse, alors? De son point de vue, bien sur, il ne s'agit ni plus ni moins que de parasitisme durable, autre grand classique en biologie, où un organisme vivant prélève la matière nécessaire à sa vie sans rien fournir en retour à celui sur lequel il prélève. C'est dans notre cas cependant, probablement faux, car le symbiote ou parasite fournit ce qu'il convient d'appeler une douce béatitude à cette masse (panem et circenses), qui du coup n'est plus à même de sentir une quelconque douleur. Un peu comme le moustique qui lors de la piqûre, injecte un analgésique à sa victime.
Laissez-moi vous donner exemple édifiant d'endormissement. Je regardais ma facture EDF l'autre jour: en pied de page, écrit en tout petit figurent des informations sidérante. Chacun d'entre nous paie sur sa facture des taxes locales (TLE) qui s'appliquent sur 80% des montants payés. OK, il faut tout de même bien que les bureaucrates des niveaux locaux et départementaux vivent me direz-vous. Passons vite. Et bien lisons plus avant: sur ces TLE, vous payez deux, oui DEUX TVA, une à 5.5% et une à 19.6% ! Pas mal non? Ainsi de manière pernicieuse, le politicien de notre histoire et son extension, l'Etat ont organisé et maintiennent ce dispositif de captage qui vient me faire payer des taxes sur les taxes ! Et ce n'est pas le seul exemple. Hélas, vais-je pour autant aller manifester, vais-je cesser de payer, entrer en dissidence ? Ben non, je mange à ma faim et en hiver il fait chaud dans ma chaumière. Et j'ai pas envie que ça s'arrête. Alors je travaille comme une bête et ne pense plus qu'à ça. En plus, je me sens bien devant mon écran plat à regarder les informations de 20H qui me montrent que partout ailleurs rien ne va. Panem et circenses puisque je vous le dis.
Soyons cyniques: les questions actuelles des pécheurs et du pétrole, des paysans et de la PAC pour ne citer que celles là, ne sont rien d'autre qu'un des reflets de ces situations durables si courantes en biologie. Rien de plus. Et il n'y a aucune raison que cela cesse, si ce n'est pour vous ou pour moi de devenir à notre tour des parasites. A se demander si cela ne devrait pas être un objectif pour mes enfants. Tiens, je me ferais bien un petit Armagnac moi: Armagnacum, panem et circenses !
Petite précision c'est surtout les chalutiers qui souffrent du prix du carburant, tirer pendant des dizaine d'heure un chalut qui s'enfonce dans 40 cm dans la vase pour remonter 200kg de poisson classé B ou C (limite bon pour la farine), faut vraiment que le carburant soit pas cher.
sans compter que si la pêche avait été intelligemment pratiquée, il y aurait encore du poisson à proximité de nos côtes et on ne serait pas obligé de faire la moitié du tour du globe pour dénicher une sardine ('fectivement fallait que le gazole soit pas cher ...) ... mais bon, allez parler surpêche, vous allez vous prendre un rocher dans le jardin ...
n'hesitez pas a vous equiper d'un lexique wow, j'ai du maal � comprendre, j'avoue :) en tout cas merci pour ce billlet int�ressant ! c'ets toujours sympathique de paqser sur ce blog :)
Y n'empêche,
quand il n'y aura plus de poissons dans la mer (aprés demain scion ne fait rien), ils feront quoi ces gros cons?
Revenus au port, ils jettent des tonnes de poissons quand les cours sont trop bas.
La mer est à tout le monde et ils la pillent, c'est honteux.