Coup de gueule (HS) [édité]
Par Antoine B. le mardi 11 septembre 2007, 23:59 - Lien permanent
Je l'avais mis dans la chat-box, mais je veux en faire profiter les agrégés, même si c'est HS.
En ce 11 septembre, France 3 célèbre l'amitié franco-américaine en diffusant "la face cachée des libérateurs". Présentation :
Longtemps auréolée de gloire, l'image du GI délivrant l'Europe du
nazisme est égratignée par l'ouverture des archives et la révélation de crimes
restés longtemps tabous.
Durablement inscrite dans la mémoire collective, l'image idéalisée du
GI envoyé sur le Vieux Continent par la plus grande des démocraties pour le
libérer du nazisme a fait long feu.
Ah bon C****RDS !!! C'était Hitler le démocrate et Roosevelt le nazi ???
EDIT : A en croire ce compte rendu du livre du criminologue Robert Lilly qui sert de base au documentaire, les viols commis par les GIs pendant la guerre au Royaume Uni, en France et en Allemagne s'élèveraient à 600 cas, dont 181 en France si l'on s'en tient aux cas recensés. Lilly s'appuie sur le fait que seuls 5% des viols sont recensés (et sur le fait que certains viols étaient collectifs) pour obtenir ce chiffre de 18000 violeurs. Si l'on applique ce calcul aux cas, et non aux auteurs, en France, il y aurait donc eu 3620 viols commis par des GIs dans l'exagone. C'est, évidemment, épouventable, nul ne saurait en disconvenir. Cette étude de l'IDUP révèle que 1% des femmes françaises entre 20 et 59 ans déclarent avoir été victimes d'agressions sexuelles dans les douze mois précédent l'enquête, ce qui représente environ 150'000 cas annuels. En supposant que ce chiffre était deux fois plus faible il y a 60 ans, les GIs seraient donc responsables de 4% des viols commis en France entre 1944 et 1945. Il n'est guère de crimes aussi épouventables que le viol, et un seul viol est toujours un viol de trop. Mais prétendre que l'armée américaine se soit distinguée par le recours à cette pratique lors de la libération est aussi stupide que de prétendre que chaque jeune de banlieue est un organisateur de tournantes en puissance. Prétendre que cela puisse changer "l'image idéalisée du GI envoyé sur le Vieux Continent par la plus grande des démocraties pour le libérer du nazisme", et le faire le 11 septembre, comme pour lutter contre la vague de sympathie pour les américains qui pourrait effleurer le pays en ce jour anniversaire, c'est proprement puant. Naturellement, les cas qui ont été révélés ont fait l'objet de procés instruits par la justice militaire américaine, laquelle a lourdement condamné (dans certains cas exécuté) les coupables.
RE-EDIT : On rappelle qu'il y avait plusieurs millions de GIs dans ces trois pays à ce moment là. Si l'on retient le chiffre de 18000, pour 3 millions de GIs, ça fait quand même 99,4% de GIs dont on ne voit pas en quoi leur image serait "égratignée" par ces révélations.


Commentaires
"Ah bon C****RDS !!! C'était Hitler le démocrate et Roosevelt le nazi ???"
Presque. Mais cette idée ne date pas d'hier. De Gaulle expliquait à Peyrefitte que les américains avaient traité la France exactement comme les soviétiques avait traité la Pologne. Et il a dit ça sérieusement... Quant au PCF, il comparait les GI aux SS.
Antiamericanisme, quand tu nous tiens...
Une petite relecture de "l'obsession anti-américaine" et de "la grande parade" de jean-françois Revel me semble s'imposer ;-)
En tout cas merci pour ce "coup de gueule" ... cela me rassure de savoir que je ne suis pas le seul à être exaspéré par les stalinoides qui hantent les couloirs de nos "services publics" fussent-ils de télévision!
Ca pour un billet de rentrée, c'est un billet de rentrée. Un peu surprenant quand même...
L'Histoire n'est jamais simple : l'image du GI chevalier blanc comme celle d'un égal des soldats soviétiques sont erronées, l'une comme l'autre. Et effectivement la première image était la plus courante jusqu'à l'ouverture des archives, qui ont montrés, chez, évidemment, une minorité de soldats américains, des débordements (viols, vols, meutres) qui ne peuvent être passés sous silence sous le prétexte de la gloire de la libération. Et pas besoin d'être communiste ou extrêmiste pour reconnaître cela.
Et parler de ces excès, en les replaçant dans le contexte, et sans jamais affirmer qu'Hitler vallait mieux que les Américains, ce qui est une absurdité absolu, c'est aussi faire de l'Histoire. Et il est évident qu'il faut hiérarchiser, et qu'en parler ne veut pas dire l'ajouter dans les manuels scolaires.
Si dès qu'un truc est important pour quelqu'un en France, il faut l'ajouter dans les manuels scolaires, nos petites têtes blondes vont prendre cher.
@Julien : "L'Histoire n'est jamais simple : l'image du GI chevalier blanc comme celle d'un égal des soldats soviétiques sont erronées, l'une comme l'autre. Et effectivement la première image était la plus courante jusqu'à l'ouverture des archives, qui ont montrés, chez, évidemment, une minorité de soldats américains, des débordements (viols, vols, meutres) qui ne peuvent être passés sous silence sous le prétexte de la gloire de la libération. Et pas besoin d'être communiste ou extrêmiste pour reconnaître cela."
Personne ne dit qu'il faut les passer sous silence. De même, il n'est pas indigne de parler des excès de l'épuration lorsqu'on parle de la libération. Une soirée thématique sur la libération aurait très bien pu consacrer quelques minutes aux aspects les moins glorieux de cet évènement. Mais faire un reportage unique sur les viols commis par les américains, sans parler de ceux commis par les Allemands, Français, Britaniques et Russes, sachant que de 1942 à 1945, sur des centaines de milliers de soldats américains, quelques centaines de viols ont étés recensés entre le Royaume Uni, la France et l'Allemagne, en le présentant par cette phrase, que je répète :
(lisez bien, les mots ont un sens) et choisir un 11 septembre pour diffuser ce reportage unique, ça mérite amplement le sobriquet suggéré dans le billet initial.
@Pierre(s) : vous êtes trois Pierre(s) différents, ce n'est pas simple de faire la différence entre vous.
Hey, [censuré ! C'est injuste, mais sur notre blog, personne ne nous insulte], et Prescot Bush, c'est l'abbé Pierre ?
Je pensais que cette logique selon laquelle toute critique constituait un crime d'opposition au dogme avait disparu avec la fin de l'URSS ?
Dois-je me rendre immédiatement au peloton d'extermination ou puis-je me contenter de courir me dénoncer à la CIA ?
@Passant : quel dogme ? Celui selon lequel les GIs ont étés "envoyés sur le Vieux Continent par la plus grande des démocraties pour le libérer du nazisme" ?
(cf, encore une fois, la phrase citée)
Ouai, et en plus, y en a même qui se sont tapés des françaises consentantes. Bigre.
Je ne sais pas si la manifestation de courroux est justifiée, mais pour moi, l'analyse coût-bénéfice du GI en Europe à l'époque est sans ambiguïté aucune...
Enfin, sinon, Antoine, tu sais... sur Internet, tu trouveras toujours un Passant Meyssanique pour inverser les rôles. Surtout un 11 septembre.
Tiens, musique :
"En 70, ceux qui, ici, les dénonçaient
En 44 les embrassaient
Ma Patrie aurait donc la mémoire courte
En jugeant l'Amérique en déroute"
Trust, "I shall return"
@SM " Enfin, sinon, Antoine, tu sais... sur Internet, tu trouveras toujours un Passant Meyssanique pour inverser les rôles. Surtout un 11 septembre."
Sur internet oui. Mais sur France 3, ça me gonfle un peu.
"sur France 3, ça me gonfle un peu."
Tu m'étonnes... Avec son fric, c'est toujours plus énervant... ;-)
"@Pierre(s) : vous êtes trois Pierre(s) différents, ce n'est pas simple de faire la différence entre vous."
Je signerai désormais Pierre S.
"et le faire le 11 septembre, comme pour lutter contre la vague de sympathie pour les américains qui pourrait effleurer le pays en ce jour anniversaire, c'est proprement puant."
C'est vrai que ça fait acharnement. Mais depuis que les électeurs américains ne soutiennent plus leur gouvernement, que les candidats aux primaires démocrates sont un noir et une femme, que le gouverneur de Californie, républicain, et l'ancien vice président, démocrate, se sont fait les hérauts de la lutte contre l'effet de serre, que le retour de Ben Laden interdit de dauber la lutte anti-terroriste de Bush, et puisqu'on sait maintenant que les Rosenberg étaient coupables, il ne restait que ça pour accabler les ricains.
Alors, convenons qu'il n'y a sans doute pas plus, en proportion, de GIs violeurs lors de la campagne de libération de l'europe que de violeurs pami les fonctionnaires des compagnies d'élite de notre police nationale en temps de paix, et la paix des ménages reviendra.
Car généralement, ce que j'entends désigner ici comme de l'anti-américanisme s'accompagne souvent d'autres discours minoritaires et peut donc à mon avis être simplement assimilé soit à un discours contestataire, soit à un simple esprit critique.
"d'autres discours minoritaires"
Justement, comme j'ai essayé de le montrer par deux exemples, ce genre de discours n'a rien de minoritaire ni de nouveau. Dès la libération, on a parlé d'occupation à propos des américains. Après 4 ans d'occupation par les armées nazis, alors que des déportés revenaient des camps d'extermination, les communistes et les gaullistes (1/3 de l'éléctorat en 1946, plus de la moitié en 1951), employaient le même mot pour qualifier le joug nazi et la présence des armées de libération sur le territoire libéré. Si ça, ce n'est pas de l'anti-américanisme... Et les Gaullistes n'avaient même pas l'excuse du combat idéologique.
Si vous souhaitez démontrer qu'il existe des cons en France, je ne suis pas certain qu'il soit nécessaire de pousser la démonstration bien loin sauf peut-être pour l'amour du sport.
Il est vrai qu'il reste à démontrer ce qu'intuitivement on devine, à savoir, qu'avec deux à trois cent millions de francophones, toutes les conneries formulables en français ont du déjà être dites, voire, publiées dans la presse quotidienne : en presse écrite comme en TV, tant que les annonceurs penseront que la provoc à deux balles attirera le consommateur béat, ça continuera.