J'ai, à la lecture de cette affirmation, effectué un bond qui ferait passer Jean Galfione pour un escargot mort. La destruction créatrice est le processus par lequel le progrès technique peut se répandre (destruction des vieilles structures, méthodes, organisations, produits, procédés, entreprises... et remplacement par de nouvelles formes plus performantes, plus productives). Certes, les individus et les secteurs touchés par la destruction ne sont pas forcément les mêmes que ceux qui profitent de la création - mais l'effet global est par définition un accroissement de la productivité, source principale et essentielle de croissance. Lire chez les Gaulois d'à côté cet article, qui montre que la destruction est au moins aussi importante que la création. Ecrire que la destruction créatrice est un effet pervers du progrès technique est un contre-sens inqualifiable.
Quant à la référence aux cycles longs de Kondratiev, les phases descendantes sont dues non pas au progrès technique, mais au contraire à l'absence d'innovations majeures, à l'essoufflement du progrès technique, jusqu'à son prochain renouveau, jusqu'à la prochaine grappe d'innovations qui permettra de relancer la machine. C'est comme écrire que la voiture tombe en panne à cause de l'essence, parce qu'il n'y en avait plus dans le réservoir.
Quand on demande aux élèves de seconde pourquoi, à leur avis, il y a du chômage (vaste question...), la première réponse qui leur vient naturellement à l'esprit est "à cause des machines" (talonné de très près par "à cause des décentralisations délocalisations chez les niaqoués"); mes inestimés collègues semblent avoir à peine dépassé ce stade, et il est regrettable qu'ils aient à corriger un examen dont ils ne maîtrisent pas le programme.