La Révolution française accomplit en ce domaine un progrès remarquable, puisqu'elle imposa la libéralisation du marché du travail par la loi le Chapelier (juin 1789) et le décret d'Allarde (mars 1791), qui interdisaient les corporations, les monopoles et les grèves (tant qu'à faire). Le libre fonctionnement du marché du travail permit, dans une certaine mesure, d'allouer la main d'oeuvre de façon plus efficace, l'attirant vers les secteurs en développement où elle était requise. Certes, l'interdiction de la "liberté d'association" paraît excessive à nos yeux contemporains - aussi la loi le Chapelier fut-elle abrogée en 1884 par la loi Waldeck-Rousseau, qui autorisa la naissance des syndicats. Mais il semble aujourd'hui souhaitable de revenir à l'esprit de la loi le Chapelier.
Il est en effet un secteur où sévit une véritable forme de corporation dont pâtissent maints consommateurs : l'artisanat du bâtiment. Plombiers, maçons, carreleurs, peintres : tous ces corps de métier exercent un contrôle féroce dans leurs domaines, notamment à travers l'encadrement de la formation qu'ils exercent. C'est en effet un secteur où l'apprentissage se fait principalement (sinon exclusivement) par la pratique, il faut donc trouver un patron qui veuille bien vous faire la grâce de transmettre son inestimable savoir-faire. Or il est avéré aujourd'hui que l'artisanat du bâtiment croule sous la demande, que ce soit en construction ou en rénovation. Les délais d'intervention sont interminables, les prix hallucinants, et la qualité de la prestation est pour le moins incertaine. Normalement, dans un secteur où la demande est aussi excédentaire, les perspectives de profits juteux attirent de nouveaux entrepreneurs, ce qui a tendance à rééquilibrer le marché (hausse de l'offre, baisse du prix).
Mais pas de ça ici ! La corporation du ciment veille (la CAPEB en est plus ou moins ouvertement la vitrine), et l'offre reste désespérément rigide, consolidant durablement la rente du secteur. Pas de concurrence, arrogance des artisans imbus de leur savoir-faire si rare (et pour cause...), consommateurs (investisseurs devrait-on dire) dos au mur (ha ha) et forcés de se plier au bon vouloir du prestataire : il y a comme un dysfonctionnement du marché, non ?
Mais comment faire pour libéraliser le marché du bâtiment et y flexibiliser l'offre ? Sans doute les chambres de commerce auraient-elles un rôle à jouer, en faisant en sorte que la formation ne soit plus l'apanage des professionnels installés et gardant jalousement leurs plates-bandes. Plus facile à dire qu'à faire, évidemment.... surtout quand la classe politique continue à démagogiser sur le sujet, en clamant que le problème est du côté de la demande, en défiscalisant les intérêts immobiliers et autres joyeusetés qu'observent en se frottant les mains les rats du ciment, qui s'empressent d'ajouter un zéro au total du devis. Ils auraient bien tort de se priver, mais il y a des jours où je regrette la guillotine, où finit pourtant injustement ce regretté le Chapelier dont je propose aujourd'hui de réhabiliter la mémoire en ressuscitant sa loi.