Paul Wolfowitz démissione… Idriss Déby jubile ?
Par Andrea Bonappeti le mercredi 23 mai 2007, 20:01 - Lien permanent
J’écris ce petit billet non pour affirmer un point de vue vindicatif, mais plutôt pour susciter un petit débat en livrant quelques idées décousues, telles qu’elles me viennent à l’esprit, au sujet des derniers remous à la Banque Mondiale.
Malgré mon scepticisme, il y a sans doute quelque chose de vrai là dessous : les relations sexuelles entre Paul Wolfowitz et Shaha Riza ne sont pas la cause première de la démission forcée du premier. Le Monde a omis de le préciser, en tout cas dans la diagonale que j’ai lue, mais c’est extrêmement cynique. Un président de la Banque Mondiale n’a pas vocation à être inamovible, et s’il ne fait pas l’affaire, quoi de plus naturel que de lui demander de partir ? Le cynisme consiste à refuser d’afficher clairement les motifs du mécontentement, et à s’abriter derrière une histoire dérisoire et savamment gonflée de favoritisme. L’augmentation du salaire de Shaha Riza n’a pas été décidée en catimini par Wolfowitz, mais approuvée par le conseil d’administration de la Banque Mondiale il y a de cela plus d’un an. Ca semble un peu maigre pour rendre l’homme indigne de la fonction. D’ailleurs, la plupart des reportages consacrés à l’affaire ne manquent pas d’ajouter que l’homme, proche de George W Bush et inspirateur de l’invasion irakienne, n’est guère apprécié des fonctionnaires de la Banque Mondiale, et très critiqué pour ses méthodes.
Alors, plutôt que de fuir les débats en mettant en scène une affaire foireuse, pourquoi ne pas aborder la question de fond : Paul Wolfowitz était-il un mauvais président de la banque mondiale ?
Je n’en sais rien, mais rien ne me permet de penser avec certitude qu’il ait été nettement plus mauvais que ses prédécesseurs. La Banque Mondiale a pour vocation de susciter le développement dans les pays pauvres. Si l’on doit juger le talent ou le mérite de ses présidents à l’aune de ses succès en la matière, je crains que tous doivent être considérés comme mauvais. Peut-on vraiment attribuer beaucoup de décollages économiques de pays du tiers monde à l’action volontariste de Robert McNamara ? Ca ne l’a pas empêché de rester pendant 13 ans à la tête de la maison. Sans doute était-il chaste…
Si l’on y réfléchit quelques minutes, la question des compétences des présidents de la Banque Mondiale finit par susciter une autre question, peut être plus angoissante : un président de cette institution peut-il être bon ? Le gros problème existentiel de la Banque Mondiale, est que sa création repose sur un postulat très discutable d’inefficacité du marché dans un domaine où, d’habitude, il est plutôt bon : débusquer les opportunités d’investissements rentables. On pensait que si certains pays étaient pauvres, c’était parce qu’il leur manquait le capital nécessaire pour avoir une forte productivité, et donc des revenus élevés. On n’avait pas fondamentalement tort de ce point de vue là. En revanche, on n’avait pas compris que la raison de ce déficit d’investissement traduisait des disfonctionnements plus lourds dans les pays du tiers monde. Les équilibres institutionnels de chaque pays produisent des systèmes d’incitation qui sont plus ou moins favorables aux investissements productifs. Si les difficultés d’investir dans un pays bloquent son décollage économique, alors les organismes internationaux peuvent bien lui prêter autant qu’ils veulent, ça ne suffira pas à convertir cet argent en développement. Comme l’a expliqué William Easterly dans Elusive Quest for Growth, la question des incitations est longtemps restée absente des politiques de la Banque Mondiale. Les modes ont changé dans les politiques de développement, sans résultats probants : éducation, natalité, annulation de dette… d’idées miracles en idées miracles, la Banque Mondiale a navigué d’insuccès en échecs.
Comment Wolfowitz se positionnait-il sur ces questions ? Pour autant que je puisse en juger, autant dire pas beaucoup, il me semblait être sur un positionnement ambiguë. Un des aspects négatifs de ce positionnement, est qu’il semble, lui aussi, avoir découvert son idée miracle : la corruption. A cette question centrale, pour qui se préoccupe de développement : « pourquoi les capitalistes du monde entier n’investissent-ils pas en masse dans les pays pauvres pour bénéficier d’une main d’œuvre à bon marché ? », Wolfowitz avait sa réponse : c’est parce qu’ils rechignent à investir dans des pays corrompus. Ce n’est pas faux en soi, mais ce constat ne peut pas inspirer une solution miracle contre la pauvreté pour une raison simple : la corruption n’est qu’une conséquence de causes plus profondes. De même que les parents n’éduquent leurs enfants que si cet investissement a quelque chance de générer un gain supérieur au coût initial, la corruption ne prend place que s’il existe des incitations à corrompre et à accepter la corruption. Un bon cocktail pourrait consister en une réglementation pléthorique et inapplicable, laissant à la discrétion des fonctionnaires l’opportunité de poursuivre en justice qui ils veulent, une fonction publique nombreuse et sous-payée, un Etat partial, etc. Or, penser que la Banque Mondiale pourrait, simplement en faisant pression sur les dirigeants des pays emprunteurs, modifier ce terrain fertile pour la corruption est, pour le moins, un pêcher d’optimisme sur les capacités des Etats à transformer la société, difficilement pardonnable de la part d’un néoconservateur. On peut même penser, dans ce contexte, qu’insister avec trop d’opiniâtreté sur la corruption peut être contre-productif. En effet, si l’environnement politique, juridique et administratif d’un pays rend périlleuse toute activité économique, la corruption peut être un moyen de mettre un peu d’huile dans les rouages. Faute de pouvoir réformer une réglementation inapplicable, mieux vaut peut-être la contourner en corrompant plutôt que de ne rien entreprendre du tout.
L’aspect, à mon sens, plus positif de l’attitude de Wolfowitz, était sa capacité à jouer les méchants, qui sied à tout créancier qui a des incertitudes morales sur son débiteur. Dit comme ça, ça paraît être une position très dure de ma part. Pourtant, le cas de l’opposition entre Idriss Déby et Paul Wolfowitz, qui constitue sans doute la principale crise de la Banque Mondiale sous Wolfowitz, donne un éclairage différent sur cette question. Cette affaire a déjà été évoquée sur ce blog voici plus d’un an. Pour résumer : La Banque Mondiale, sous la présidence de James Wolfensohn, accepte de financer des puits de pétrole au Tchad, à condition que l’argent du pétrole serve à financer l’éducation, la santé et les infrastructures au Tchad. C’est sous la présidence de Wolfowitz que le président Tchadien Idriss Déby a rompu sa part de l’accord, en utilisant lesdits fonds pour financer une guerre contre des milices de groupes d’opposition. Je ne vais pas me lancer ici dans de la géopolitique de comptoir. Certaines dépenses militaires méritent d’être engagées, et j’ignore si c’est le cas de celles-ci. La nouveauté est que Wolfowitz, confronté à cette crise, a fait le choix d’être ferme, et de cesser de reverser au gouvernement Tchadien le recettes pétrolières ainsi détournées de leur destination première. L’idée selon laquelle il se faisait ainsi le défenseur des générations futures au Tchad, contre un Déby qui ne cherchait qu’à asseoir son emprise personnelle sur le pays est peut-être caricaturale. Est-elle en revanche ridicule au point de n’être quasiment jamais évoquée par les médias français ? Cette histoire est souvent évoquée par ceux-ci en des termes évasifs, comme : « Paul Wolfowitz est critiqué pour avoir coupé les vivres à des pays pauvres qui ne se pliaient pas à sa politique ». La connaissance des faits permet de relativiser un peu la porté du ce genre de comptes rendus.
Toujours est-il que cette crise n’a pas seulement créé des tensions entre la Banque Mondiale et Idriss Déby, mais également entre Wolfowitz et une partie des fonctionnaires de la Banque Mondiale. Ces tensions ont pesé dans sa démission. La presse française semble considérer que ces tensions internes sont la preuve que Wolfowitz a tort et que les fonctionnaires maison on raison. Là encore, c’est faire l’impasse sur le fait que la Banque Mondiale elle-même a un fonctionnement critiquable, duquel les incitations sont souvent absente. Un pays pauvre qui se développe, c’est un département de la Banque Mondiale qui risque de fermer, et peut être une routine qui prendra fin pour les employés de ce département. Les mêmes qui se sont montré violemment critiques vis-à-vis de Wolfowitz ont-ils eu beaucoup à souffrir des éventuelles conséquences néfastes des prêts qu’ils consentaient à des régimes autoritaires, sans vraiment contrôler l’usage fait de ces fonds, ou pire, en fermant les yeux. Peut-être un bon président de la Banque Mondiale sera-t-il celui qui modifiera en profondeur son fonctionnement, et qui prendra donc le risque de se mettre à dos une partie du personnel. Les à priori négatifs dont a souffert Wolfowitz dès sa prise de fonction ne lui ont évidemment pas facilité la tâche, et ont peut-être fait de lui une erreur de casting. Mais si son successeur devait être consensuel et rester en poste pendant de longue années sans traverser de crise de confiance, peut-être sera-ce le signe que les habitants des pays pauvres n’auront pas plus à attendre de la Banque Mondiale que ce qu’ils en ont obtenu par le passé.

Commentaires
Cet article est très intéressant, il est toujours bon d'aller contre les poncifs, mais vous y allez un peu trop loin.
Sur la corruption, j'ai trouvé très bon un billet récent de Dani Rodrik sur le sujet, où il explique que la corruption est en effet un problème du développement, mais ce n'est pas LE problème, pas plus que ne l'étaient l'investissement, l'éducation... A tout ramener à une cause unique, on oublie que les solutions viennent de réflexions particulières à chaque spécificité nationale, et qu'il n'y a pas de recette commune.
2ème point, sur Wolfowitz, l'histoire n'est pas aussi claire : il est passé devant le conseil d'éthique pour se décharger du devoir qu'il avait de fixer la rémunération de sa compagne, et celui-ci a refusé d'en prendre la responsabilité. Cette première étape était tout à son honneur, mais il a malgré tout fixé beaucoup plus haut ce salaire que ne le prévoyaient les règles de la BM, et c'est ce fait là qu'il a dissimulé, puis carrément nié (comme souvent ce sont les mensonges qui enfoncent plus que l'erreur de départ). Bien sur, pour qqun dont l'obsession est la corruption, ça a posé qques problèmes. C'est cette contradiction qui a pesé.
Enfin, même si je regarde plus les blogs américains que les medias français, j'ai eu l'impression que relativement aux premiers, les seconds étaient plutôt mesurés sur cette affaire. Brad DeLong n'est pas un exemple d'impartialité, mais il a été au moins aussi offensif que les médias ici.
Mais encore, merci pour rétablir l'équilibre
Il reste tout à fait possible que les futures biographies de Wolfowitz lui attribuent le fait d'avoir forcé un peu l'ouverture du débat sur les limites du multilatéralisme, notamment, face à la questions des états certes légitimes au sens juridique de la chose, mais prédateurs envers leurs propres populations. Il reste alors probable qu'on attribuera aux fonctionnaires de la BM la responsabilité de ne pas lui avoir laissé le temps matériel de proposer une alternative viable.
N'existait-il pas à une époque, au dela du consens de Washington, un certain consensus autour de l'idée selon laquelle la démocratie nait inévitablement consécutivement à la mise en place d'une économie de marché ? A l'évidence, ce ne sera plus le cas après Wolfowitz. Ca arrachera la gueule de bien des gôchistes de l'admettre, mais il sera dur de le nier.
J'avoue à titre personnel regretter qu'il ait fallu attendre Wolfowitz pour que soit éventuellement envisagé à la BM de réfléchir sur le modèle de developpement économique proposé par l'U.E. (critères de Copenhague, puis acceptation de la perte d'une partie de la souveraineté pour contribuer à l'entretien des institutions nécessaires à ce que l'économie de marché profite aux citoyens). Ou même, plus simplement, de laisser un peu plus de place au débat sur les conséquences d'une libre ouverture des économies en cours de construction aux investissements étrangers d'un côté combinée avec la garantie de facto sur ces investissements fournie par le FMI d'autre part (on pensera ici à la crise du Peso mexicain ou au crash asiatique). Mais il est vrai que jamais la BM n'aura été aussi connue de l'opinion publique francophone que depuis que Wolfowitz la dirige.
Restera maintenant à convaincre les services de la Commission Européenne, qui me semblent toujours raisonner avec le consensus de Washington câblé en dur, soit de changer de doctrine (improbable) soit de cesser de négocier avec les représentant de l'ACP et ASEAN : non pas pour s'opposer au commerce avec l'ACP ou l'ASEAN, mais uniquement à cause des barrières au raisonnement que s'imposent de leur plein gré nos fonctionnaires européens.
@Kaem : Sur le premier point, je vous rejoins parfaitement, c'est le sens de ce que je veux dire lorsque je lui reproche d'avoir sa solution miracle. Il n'y a en fait pas de solution miracle, et il serait bon de l'intégrer une fois pour toutes.
Sur le second, il me semble qu'après le conseil d'éthique, il a quand même fait valider l'augmentation de salaire par le conseil d'administration, constitué des représentants des pays qui, aujourd'hui, se réjouïssent de sa démission. Il faut noter que les salaires des fonctionnaires de la BM sont très élevés, et celui de Riza été déjà très élevé avant son augmentation. Etait-elle imméritée ? Je n'en sais rien.
Ensuite, sur les médias américains, et les blogs en particuliers, il est vrai que certains sont fort virulents, mais il est au moins possible de trouver des contributions qui défendent un peu Wolfo.
@Passant : je ne suis pas sûr que la BM soit obnubilée par le consensus de Washington. D'ailleurs, la lutte contre la corruption n'en faisait pas partie, sauf à considérer que ça entre dans le cadre de la recommandation visant à protéger la propriété privée.
Easterly sur Wolfowitz :
http://www.washingtonpost.com/wp-dy...
(...)The root cause of his debacle at the bank was pretty much the same as the reason for the fiasco in Iraq: intellectual hubris at the top that disdained the messy realities at the bottom. He imagined it would be as easy to clean up the pathologies of foreign aid as he had thought it would be to create democracy in the Middle East.
Wolfowitz came to the bank determined to fight corruption and perhaps redeem himself after Iraq by offering a compassionate, conservative brand of help for the world's poor. But Wolfowitz's program never really took wing. Trying to fight the corruption that all too often saps foreign aid was noble, of course. But bank staffers bristled because some corrupt regimes seemed to bother Wolfowitz more than others. Worse, his main objective -- transforming bad governments into good governments -- was simply unworkable.(...)
@AB, Sur l'affaire en elle-même : en fait c'est là le débat. Wolfowitz prétend avoir fait vérifier la rémunération de Riza par le conseil d'administration, mais ce dernier nie avoir vu passer ce dossier.
@ Alexandre Delaigue : Je sais qu'Easterly n'aime pas beaucoup Wolfowitz, mais rien de ce qu'il dit ne permet de parler de débacle au sujet de son action. Il avait le tort d'avoir une idée miracle ? Sans doute, mais comme tous les présidents de la BM avant lui, qui n'ont pas été remerciés au bout de deux ans, surtout dans de telles conditions. Il avait le tort d'avoir pour idée miracle la lutte contre la corruption ? Sans doute, mais à en croire Dani Rodrik, c'était également le cas de son prédécesseur Wolfensohn, qui est resté en place 10 ans.
Easterly ferait-il mieux à la tête de la BM ? D'abord, n'oublions pas que la BM n'est jamais qu'une banque, avec juste des objectifs et des tarifs différents d'une banque privée. Si le problème des pays pauvre était de manquer de fonds pour investir, alors une BM bien gérée pourrait être un formidable outil de développement. Le problème est que ça ne semble pas être le cas. Il reste à la BM la possibilité de faire des choix judicieux dans les projets qu'elle finance, et de mettre la pression aux états à qui elle prête pour obtenir des contreparties en terme de politiques favorables à la croissance. Easterly aurait sans doute, lui aussi, une idée miracle : favoriser les petits projets qui "font" bottom-up, et non les gros machins qui "font" top-down. Pour reprendre un critère du même rodrik (même lien), ce n'est pas ce genre de pratiques qui a permis à 400 millions de chinois de s'extraire de la pauvreté.
Enfin, Easterly a lui-même été très critique vis-à-vis du fonctionnement de la BM. Que ferait-il, en terme de gestion interne, s'il en prenait la présidence ? Soit il chercherait à faire évoluer les pratiques, se mettant ainsi sans doute à dos une partie du personnel, soit il ne ferait rien, auquel cas ses belles idées sur la question n'auraient pas beaucoup de poids.
@Kaem : justement, selon drzz (via Swissroll) , le conseil d'administration ne dit pas la vérité.D'où la question réellement intéressante : le successeur de Wolfowitz a la BM reprendra-t-il tout ou partie des objectifs introduits par Wolfowitz ? Sera-t-il possible d'imposer au moins un débat au sein des fonctionnaires de la BM ? Après tout, ce sont ces fonctionnaires en particulier bien plus que le principe de la BM que visent les diatribes des alter-mondialistes en général (c'est à dire, le fonds commun entre alters de différentes nations)
Moui. Je ne ferais pas du blog que vous citez ma référence en terme d'information (litote).
Je me demande si le facteur-clé à considérer n'est pas la montée de la présence chinoise en afrique.
Notoirement, la Chine ne souhaite pas interférer avec les pratiques des gouvernements en place dans les pays avec lesquels elle traite. Ce qui est très ennuyeux pour les américains : car les financements privés de leurs citoyens vont là où l'argent va, c'est à dire, dans la zone d'influence chinoise en afrique, précisément là où ils peuvent difficilement se permettre de soutenir trop ostensiblement les régimes en place, lesquels sont également les zones de production des matières premières rares (coltan/tantale, pétrole). Qui s'étonnera d'ailleurs que les régimes politiques de pays dont l'économie est essentiellement minière ou d'extraction soient peu démocrates ?
D'où l'évidente tentation de faire progresser la doctrine de la Banque Mondiale (et de l'ensemble des organismes multilatéraux, OMC inclus) vers la prise en compte de critères démocratiques et sociaux concernant les régimes politiques dans les zones d'intervention.
Plus prosaïquement, on constatera que la participation sincère des USA aux actions de la banque mondiale, fu FMI ou de l'OMC/GATT remonte à l'effondrement du bloc de l'est : rien que de bien naturel pour une superpuissance qui craignait de voir ces organismes aux gouvernances imprévisibles finalement soutenir leur adversaire honni. On peut donc imaginer qu'avec la montée en puissance géopolitique d'un bloc chinois, le soutien objectif des USA à ces organismes sera de plus en plus souvent assorti de conditions géostratégiques sans rapport réel avec la recherche du plus grand bien-être pour tous ou le simple intérêt des populations aidées.
@Kaem : je ne connais pas ce blog, je suis juste tombé sur ce lien via swissroll, qui, lui, est un blog parfaitement recommandable. Ceci dit, pour ce qui concerne l'affaire en particulier, il se contente de citer des articles de journaux indiquant que le conseil d'administration était au courrant. Sa citation est elle déformée ? Les articles en question contiennent-ils des informations erronées ?
Les positions en présence étant parole contre parole, il est difficile de voir où se situe la vérité. De plus, cette histoire est terminée maintenant qu'il a démissioné, je crois que ce n'est vraiment pas le plus important, donc pense qu'on peut s'arrêter sur cette incertitude.
Maintenant, pour faire ma conviction, je ne m'appuirais pas sur le fait que "la chaîne Fox News a été la la première à dénoncer la manipulation médiatique", ainsi qu'une citation du WSJ qui dit que "Les ennemis de Wolfwitz, surtout les Européens qui veulent le contrôle de la Banque mondiale - usent aujourd'hui de ce prétexte pour demander sa démission. Ils exècrent sa campagne anti-corruption (...). Ils veulent le statu quo qui leur permettrait de dépenser l'argent à leur guise, sans avoir à prouver que cet argent aide effectivement le Tiers Monde."
Ils font état de documents internes qu'aurait obtenu Fox News montrant que le conseil d'administration était au courant depuis 2005. C'est peut-être vrai, peut-être pas (pas de lien vers ces documents), mais j'aurais aimé d'autres sources plus sérieuses, que je ne pense pas obtenir sur un blog qui propose un dossier sur le mythe du réchauffement climatique, qui est ouvertement antimusulman (j'en passe et des meilleures), et qui affiche "neoconblog" en bas de la page.
Je suis peut-être victime d'un "liberal media bias", mais je préfère Jon Stewart à Bill O'Reilly, Crooks and Liars à Drzz.
@Kaem : oui, j'avoue avoir été un peu léger dans mon référencement, pour la bonne raison que le lien sur swissroll conduisait directement à ce billet, et que je n'ai pas visité l'intégralité du blog avant d'ajouter ce lien dans mon commentaire.
"un pêcher d’optimisme sur les capacités des Etats à transformer la société, difficilement pardonnable de la part d’un néoconservateur. "
pourquoi cela? ce qui caracterise les Neo-Cons, c'est justement de penser qu'on puisse changer la société en changeant les institutions etatiques, d'ou la tentavie d'implementer une democratie dans un pays ayant subit une tres longue dictature.
@ErwanB : là, on s'engage dans un débat sans fin sur "qu'est-ce que le néoconservatisme ?" "qui est néoconservateur ?" "Quels sont les paradoxes du néoconservatisme ?" etc...
Cette phrase était, de ma part, une référence à la rupture des premiers néoconservateurs avec les démocrates liée à ce qu'ils considéraient comme les dérives de la grande société de Johnson, rien de plus.
Andrea B : Il ne faut surtout pas qu'Easterly devienne président de la BM; j'aurais même tendance à penser qu'il ne faut pas que ce soit un économiste qui prenne cette place (bon, je dis ça, et si ça se trouve le prochain sera stanley fisher). Du moins il faut des qualités spécifiques qui ne sont pas forcément celles d'un économiste pour diriger cette maison. Pour en revenir à Wolfowitz, si j'ai cité le commentaire d'easterly (on pourrait aussi citer rogoff et d'autres) c'est parce qu'il est notable que les gens qui déplorent le fonctionnement actuel de la BM trouvent que Wolfowitz a été un pur gâchis, précisément à cause de la rencontre entre idées simples et monde compliqué. Et qu'il fait les frais d'un système de nomination très insatisfaisant.
Un président pour une telle organisation peut servir à deux choses : donner quelques orientations de base et surtout, servir de symbole. Il n'est pas nécessaire de chercher très loin pour trouver des gens qui auraient pu mieux servir de symbole dirigeant que Wolfowitz. S'il ne peut pas jouer ce rôle, on peut alors en attendre des réformes utiles : si c'est pour avoir un illuminé de plus, ce n'est pas la peine d'insister.
@Alexandre Delaigue : si, après 5 ans de présidence, Wolfowitz laissait un bilan encore plus mauvais que ses prédécesseurs, votre explication serait la bonne : la rencontre entre idées simples et monde compliqué. Par contre, au bout de 2 ans, ce qui manque, ce n'est pas de trouver la cause du déboire, mais c'est de trouver le déboire en soi. Encore une fois, je vois deux faits marquants dans son mandat : le premier, c'est le bras de fer avec Déby, dans lequel je ne suis pas persuadé qu'il ait eu tort, le second c'est de ne pas être aimé des fonctionnaires de la BM. J'admets que le fait de ne pas se faire aimer par le personnel, ceteris paribus, est un gros défaut pour un président. Mais un nouveau président d'une institution dont
les dysfonctionnements sont notoires n'a pas forcément tort de vouloir modifier ce fonctionnement, quitte se mettre à dos une partie du personnel. J'aurai préféré pouvoir le juger sévèrement au bout de cinq ans sur son bilan, et pas au bout de 2 ans sur une histoire de fesses.
Quant au mode de nomination, il est bancale, certes, mais si, suite à cette affaire, le "gentleman agreement" USA-Europe prend fin, je doute que ça ait de grosses conséquences sur le talent des recrutés. La seule chose que ça puisse changer, c'est leur nationalité.
Sur cette question de la lutte contre la corruption, la ligne de Wolfowitz était très floue. On lui a aussi reproché de choisir ses cibles en fonction des uniques intérêts des USA. Et c'est là qu'il y avait erreur de casting. Personne n'aurait soupçonné un stanley fisher de ce genre de choses; et malgré ses défauts, personne n'aurait reproché cela à Wolfensohn. Dans le cas de Wolfowitz, soit le soupçon était vrai (et dans ce cas cela fait une raison de plus de ne pas apprécier sa présence) soit il est non fondé; mais dans ce cas il est l'une des pire personnes possibles pour faire ce travail.
Je comprends la déception et l'argument "maintenant qu'il est parti, ça va grenouiller tranquillement comme avant". Mais il n'a pas montré sur les deux ans qu'il pouvait faire grand-chose d'utile. Dans ces conditions, quel intérêt de conserver un chef considéré comme illégitime?