La grève engagée par les ouvriers de PSA d'Aulnay fin février, qui s'est achevée la semaine dernière, présente une bonne illustration du cas théorique du dollar aux enchères. En effet, la grève coûte cher aux ouvriers grévistes (qui, soit dit en passant, réclamaient une augmentation de 300€... font pas les choses à moitié) : ils n'ont touché en moyenne que 300 ou 400€ en mars, au lieu des 1300€ net habituels. Le coût pour PSA était tout aussi important : 12000 voitures de moins sortant de l'usine, des centaines de voitures en attente d'être terminées, entreposées sur un parking, des ouvriers spécialement dépêchés d'autres usines PSA pour assurer la production, moyennant une indemnité hebdomadaire de 750€.

Dès lors, chaque jour de grève supplémentaire coûte un peu plus et aux ouvriers, et à PSA. Le premier qui cède aura perdu tout ce qu'il aura investi pendant la grève, sans rien en retour. Comme le résume un des grévistes : On est allé trop loin pour arrêter le mouvement sans rien avoir obtenu. Ce seront finalement les syndicats qui mettront fin à l'escalade, en renonçant aux prétentions salariales.

Que préconise la théorie des jeux dans le cas du dollar aux enchères ? Soit de ne pas jouer, dès lors que la première enchère a été placée. Ce qui reviendrait ici pour PSA à céder dès la première minute de grève... Soit de placer directement une enchère élevée, de façon à décourager l'autre à suivre - comme au poker lorsqu'on place un big bet en bluffant, sachant qu'il sera dur pour les autres joueurs de suivre une grosse somme. Dans le cas d'une grève, cette enchère prend une forme différente, matérialisée par la détermination des deux parties mais aussi par leur capacité financière à résister à la montée des enchères - pour garder l'analogie avec le poker, par la taille du tapis de chacun. Ici, PSA venait de signer un accord salarial avec les autres syndicats, et était vraisemblablement déterminé à ne pas céder à de nouvelles exigences. De plus, c'était manifestement PSA qui disposait du plus gros tapis, des plus grandes ressources pour résister au conflit (malgré la mobilisation d'associations et de collectivités locales qui ont organisé une collecte de fonds pour soutenir les grévistes).

Les ouvriers ont parié, se sont fait relancer, ont surrelancé, se sont fait de nouveau revenir dessus et ont dû jeter leurs cartes. Au vu du rapport de forces assez évident, ils auraient dû se douter que la main était perdue d'avance.