Inégalités et pauvreté : que mesure le bip40 ?
Par Andrea Bonappeti le samedi 31 mars 2007, 18:57 - Lien permanent
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On a déjà déploré à plusieurs reprises, sur ce blog, la tendance consistant à faire de la critique des thermomètres le must de la contestation économique. Le réseau d’alerte sur les inégalités (RAI) a voulu adopter une démarche plus active, en opposant aux indicateurs qui ont, d’ordinaire, la faveur des médias, un nouvel indicateur : le bip40. Comme l’explique Pierre Concialdi, membre du réseau, à alternatives économiques, le but est de créer un rival médiatique au cac40. « Bip » étant l’anagramme de Pib, on peut penser que cet autre indicateur est également visé par l’opération.
Jusqu’ici, tout cela est parfaitement louable. En effet, par nature, un indice est réducteur. Le PIB, par exemple, mesure la somme des revenus dans un pays, mais ne dit rien sur la manière dont elle est répartie, ni sur un certain nombre de variables qui sont pourtant importantes au bien être humain, telles que la qualité de l’environnement, le climat social, les loisirs, etc. Partant de ce constat, quoi de plus naturel que de vouloir créer de nouveaux indicateurs qui mesurent toutes ces choses ? Donc, comme le cac40 mesure la capitalisation boursière des 40 plus grosses sociétés, comme le PIB mesure la somme des revenus, comme l’inflation mesure l’augmentation moyenne des prix, le bip40 mesurera les inégalités et la pauvreté. C’est ainsi qu’un commentateur aussi sérieux que FrédéricLN a récemment, sur ce blog, fait référence à cet indicateur pour étayer son propos, dans un débat sur les inégalités.
Les intentions des promoteurs du bip40 deviennent plus contestables dans l’extrait suivant de l’interview donnée à alter-éco :
« L’idée d’un Bip 40 (baromètre des inégalités et de la pauvreté) a été imaginée en référence au Cac 40+, dont les variations s’affichent en continu sur LCI. A l’époque, en effet, en même temps que la Bourse flambait et que la croissance semblait repartir, les associations signalaient, sur le terrain, la recrudescence des inégalités et des tensions sociales. Le décalage entre cette réalité de terrain et les (rares) indicateurs officiels disponibles a conduit le RAI à réfléchir à la construction d’un indicateur qui pourrait mieux décrire ces tendances. »
La démarche est donc la suivante : nous savons que la situation se dégrade, car des associations qui n’ont pas besoin de statistiques nous le disent, donc nous allons créer un indicateur qui devra indiquer que la situation se dégrade, afin de faire savoir à tout le monde ce que nous savons déjà.
Et effectivement, sans surprise, comme l’indique le graphique suivant, les inégalités et la pauvreté augmentent.

Le problème, c’est que cet indicateur n’a pas la moindre pertinence, car il est un savant mélange de données farfelues, avec pondération discrétionnaire, et d’une méthode d’agrégation aberrante.
Voyons cela en détail, non sans avoir, au préalable, téléchargé le fichier contenant les données et le calcul de l’indice (Open Office, Excel).
- Les données farfelues.
L’indice agrégé bip40 se décompose en 6 sous-indices, namely : éducation, justice, logement, revenus, travail-emploi et santé. Les sous-indices revenu et travail-emploi sont eux même décomposés en 4 sous-sous-indices chacun, si bien qu’il y a en tout 12 catégories. Jusqu’ici, l’inconditionnel d’Amartya Sen que je suis y trouve son compte, ces domaines sont bel et bien pertinents pour mesurer la pauvreté entendue au sens large. Le problème réside dans le choix des variables sensées représenter la mesure des inégalités et de la pauvreté dans chacun de ces domaines. Les variables pertinentes y sont souvent absentes, tandis que sont présentes des variables qui n’ont pas grand chose à y faire. Illustrations :
Prenons, par exemple, l’indicateur « justice ». Quelles variables pertinentes permettraient de mesurer la pauvreté et les inégalités dans la justice ? On peut penser, spontanément, à : coût moyen d’un procès, délai d’attente, pourcentage de détenus provisoires qui se sont révélés innocents, nombre de violences policières, voire corruption, etc. Aucune de ces données n’est pourtant présente dans l’indicateur « justice ». La seule qui s’en rapproche, c’est le taux d’incarcération provisoire, puisque, dans la rigueur des principes, un détenu provisoire est un innocent en prison, bien que cet indicateur soit infiniment moins pertinent que le pourcentage de détenus provisoires qui se sont révélés innocents. Ce taux d’incarcération provisoire, d’ailleurs, a fortement baissé dans les années 90, avant de remonter, en 2003, à 40%, soit un taux nettement inférieur à la moyenne des années 80. Les trois autres variables constituant l’indicateur « justice » sont : taux d’incarcération, taux de condamnations à plus de 5 ans, et taux de refus du droit d’asile. Quelle rapport avec les inégalités et la pauvreté ? Mystère. Bien entendu, pour les deux premiers, les gens qui sont en prison sont inégaux par rapport à ceux qui n’y sont pas, mais 1) il convient de préciser si c’est injuste, et 2), difficile de justifier que ces deux variables, qui concernent 1 habitant sur mille, puisse représenter 5 huitièmes de l’indicateur « justice ». Clarifions bien les choses : on me dira sans doute que ce sont les inégalités et la pauvreté qui créent la délinquance, et donc qui contribuent à faire augmenter les taux d’incarcération et la lourdeur des peines. Mais, outre que la politique pénale a également une influence sur les taux d’incarcération, cela ne répond absolument pas au problème. Il ne s’agit pas de prendre la justice comme une mesure dérivée de la pauvreté, mais comme un élément de pauvreté en tant que telle. Pour être plus clair, un pauvre n’est pas seulement quelqu’un qui n’a pas beaucoup d’argent, mais également quelqu’un qui n’a pas accès à une justice équitable. Ces deux variables ne nous disent rien là-dessus. Que, éventuellement, la pauvreté ainsi définie débouche sur de la délinquance est un autre problème. Quant au taux de déboutés du droit d’asile, il ne nous indique rien sur l’innéquité de ces refus, ni sur le sort des déboutés, lesquels ne représentent de toutes façons, selon toutes vraisemblances, qu’une part infime des pauvres.
Le sous-sous-indice « consommation », pour sa part, est composé de trois variables. On peut s’attendre à un indice de pouvoir d’achat global, ainsi qu’à des indices de pouvoir d’achat par classes de revenus (les 10% les plus pauvres, les chômeurs, les smicards, etc.). En fait, il n’y a que l’indice de pouvoir d’achat global, qui, sans surprise, est en augmentation constante. Il est surprenant de constater que le seul indicateur du niveau de richesse du pays, dans l’ensemble de l’indice bip40, soit celui-ci, et que sa pondération soit de… 1/64, à comparer avec les 5/64 que représentent le taux d’incarcération et le taux de peines supérieures à 5 ans. Mais bon, 1/64, c’est déjà beaucoup. Rassurez-vous, dans l’indicateur consommation, il est compensé par le taux de surendettement et le taux de d’incidents de crédits, qui, à eux deux, pèsent autant que le pouvoir d’achat, si bien que l’indicateur consommation stagne.
Passons à l’indicateur « inégalités de revenus ». Là, pas de mystère, les variables pertinentes sont : coefficient de Gini, taux de pauvreté, écarts interquantiles, et % du revenu global perçu par les x% les plus riches/pauvres. N’est-ce pas ? Non, ce n’est pas. Aucune de ces variables, pourtant centrales dans l’analyse des inégalités, n’est présente dans l’indicateur inégalités de revenu. D’ailleurs, sur l’ensemble du bip40, la seule variable de ce type est le ratio D9/D1, mais pour les salaires, et non pour les revenus finaux. Notez, au passage, sa pondération : 0,5/64. (Est-ce dû au fait qu’il n’a jamais été aussi bas depuis le début des mesures ?) Mais alors, qu’y a-t-il donc dans cet indicateur des inégalités de revenu ? D’abord, l’inévitable répartition capital travail, dont on a expliqué précédemment qu’elle était un piètre indicateur des inégalités, puisqu’elle n’est qu’une répartition primaire des revenus. Elle est mesurée, ici, par la part de la valeur ajoutée qui ne va pas au travail (donc, sans doute, part du capital + TVA), et la part des revenus financiers dans le revenu disponible brut des ménages. Les deux autres variables sensées mesurer les inégalités de revenu sont, tenez-vous bien, le pourcentage de contribuables assujettis à l’ISF (il suffit donc de baisser le seuil de l’isf pour augmenter les inégalités) et la part des recettes fiscales qui ne proviennent pas de l’impôt sur le revenu.
Je termine ce tour d’horizon par l’indicateur santé. On y trouve un écart-type inter-régional des densités médicales, qui mesure donc des inégalités interrégionales et non interpersonnelles, mais enfin admettons. Rien sur la malnutrition, sur le taux de couverture par la sécurité sociale, sur les grandes épidémies, etc. En revanche, naturellement, l’espérance de vie est bien présente, et, comme on le sait, elle s’améliore avec une grande régularité. A côté de l’espérance de vie, se trouve l’écart d’espérance de vie entre ouvriers et cadres. C’est indiscutablement légitime. A ce sujet, les chiffres sont assez saisissants, car cet écart est en forte croissance, passant d’environ 5 années dans les années 70 et 80, à 8,25 ans en 2003. Il y a 20 ans, un ouvrier vivait 5 ans de moins qu’un cadre, aujourd’hui, il vivrait plus de huit ans de moins. Il y aurait là une belle inégalité… si ces chiffres étaient vrais. Il y a fort à parier qu’ils sont en fait parfaitement bidons. En effet, le RAI indique n’avoir de données que jusqu’en 1996, où l’écart est de 6,5 ans, et que les autres, jusqu’en 2003, sont estimées. Comment sont-elles estimées ? Tout simplement, en rajoutant un trimestre chaque année. Donc, 1997 : 6,75, 1998 : 7, 1999 : 7,25, 2000 : 7,5, 2001 : 7,75, 2002 : 8, et, vous l’avez deviné, 2003 : 8,25. J’imagine donc que l’on en sera, en 2007, à 9,25 années d’écart, et à 19,25 années d’écart en 2047. Passer de 5 à 6,5 années d’écart, c’est déjà beaucoup, mais l’extrapolation jusqu’à 8,25 est parfaitement illégitime. Mais au fait, d’où vient ce 6,5 de 1996, qui est présenté comme une donnée officielle ? De l’INSEE selon le RAI. D’après le site de l’INSEE, la différence d’espérance de vie entre cadres et ouvriers, pour la période 1991-1999 serait de 7 ans pour les hommes et de 3 ans pour les femmes, et il ne semble pas exister de données plus récentes. Le 6,5 ans en 1996 suppose donc qu’il y a beaucoup plus d’hommes que de femmes chez les ouvriers.
J’arrête là le tour d’horizon, vous invitant à juger par vous même en téléchargeant le fichier.
-La méthode d’agrégation aberrante.
Une fois collectées ces données farfelues, et après leur avoir affecté des coefficients surréalistes, reste à les agréger en un indice synthétique. Le RAI prévient : attention, la valeur en soi du bip40 ne signifie rien, ce qui compte, c’est de savoir s’il monte (les inégalités montent) ou s’il descend (les inégalités diminuent). C’est parfaitement vrai, un indice en soi ne représente rien, ce qui compte, c’est son évolution. Mais ce qu’oublient les membres du RAI, c’est que l’augmentation relative d’un indice, elle, doit avoir un sens. Je m’explique. Savoir que l’indice des prix est, par exemple, de 1568 une année donnée, n’apporte aucune information. En revanche, s’il passe de 1500 à 1568, cela signifie que les prix ont augmenté de 4,5%, en moyenne pondérée par la part des dépenses consacrée à chaque produit. Or, croyez-le si vous voulez, mais lorsque le bip40 augmente de 1%, cela ne signifie pas que les variables qui le constituent ont cru de 1% en moyenne pondérée. Pourquoi ? Parce que la méthode du RAI consiste à attribuer d’office la valeur 0 à la valeur la plus basse de chaque série, et 10 à la valeur la plus haute. Ainsi, quelle que soit la volatilité de la variable étudiée, elle sera toujours ramenée dans la fourchette 0 – 10. Si, par exemple, une variable augmente progressivement, de 10 à 11, l’indice de cette variable devrait, en bonne logique, augmenter de 10%. Et bien, non. Avec la méthodologie du RAI, il passe de 0 à 10. Ensuite, l’indice bip40 est une moyenne pondérée de ces indices simples compris entre 0 et 10. Si bien que rien ne permet de dire qu’une augmentation du bip40 est importante ou pas, puisque l’augmentation en pourcentage du bip40 n’est pas interprétable. Notre habitude du raisonnement en pourcentage nous induit donc en erreur, car une variable qui passe de 4 à 5, comme le bip40 de 1984 à 1994, nous semble, à priori, avoir connu une croissance de 25%, alors que rien ne permet de le dire.
Est-ce bien important ? Oui. Modifier le calcul du bip40, en remplaçant cette méthode d’agrégation par une méthode indicielle standard m’a pris 10 minutes, grâce à la fonction copier-coller d’Excel. J’ai fait le calcul en ramenant chaque variable à un indice simple en base 10 en 2003. Autrement dit, je divise chaque variable par sa valeur en 2003, et je multiplie par 10 (sauf dans les cas où l’échelle est inversée, comme dans le cas de l’espérance de vie. Dans ces cas, je fais l’inverse). Il résulte de ce mode de calcul bien plus pertinent que les inégalités, telles que mesurées par ces variables farfelues et ces coefficients surréalistes, ont augmenté de 1,9% en 2002 et de 2,4% en 2003, là où le calcul du RAI indique une augmentation de 4,4% et 5,5% respectivement.
Finalement, les inégalités augmentent-elles ?
Tant qu’à faire, quitte à refaire les calculs, pourquoi ne pas modifier également les pondérations, de manières à éliminer les variables qui n’ont rien à faire là et à donner plus de poids aux vrais indicateurs de pauvreté et d’inégalités (pouvoir d’achat, ratio D9/D1, espérance de vie). Le résultat de ce calcul ne sera toujours pas satisfaisant, car il faudrait que j’ajoute les données pertinentes qui manquent (Gini, illettrisme, etc.). Mais cette simple re-pondération, donne le résultat suivant :
Cela dit, puisque les pondérations sont discrétionnaires, libre à vous de concocter un indice à vous, qui ira dans le sens de ce que vous voudrez montrer à priori.



Commentaires
Saisissant!
D'ailleurs, le graphique originel du bip40 montre une augmentation de la pauvreté depuis au moins 25 ans. Peut-être même plus... Les auteurs de cet "indice" seraient-ils des tenants de la paupérisation constante?
C'est tout de même incroyable de dire que les inégalités et/ou la pauvreté ne cessent quasiment d'augmenter depuis plus de 20 ans. Quand on regarde un peu en arrière, il y a eu des mesures de prises pour essayer d'améliorer les choses (RMI, CMU, ...) et elles n'ont quasiment aucun effet sur le chiffre final!
Tiens, merci, je donne un TD sur les inégalités de revenu en France. Je vais signaler ce billet aux élèves et aux autres chargés de TD, cela évitera un certain nombre de bêtises dans les copies de partiel.
Il est temps de défendre ma réputation de sérieux :-)
J'avais indiqué le Bip40 à titre de source d'information. Dans son inventaire à la Prévert, il y a en effet nombre d'indicateurs qu'on peut considérer comme "indicateurs avancés de la pauvreté", parce que disponibles plus rapidement que les agrégats économiques.
(ou autrement dit : le site qui publie cet """indicateur""" est une mine d'informations sur la pauvreté).
Depuis 2003, un bon nombre de ces indicateurs se détériore. Le 2ème graphique repondéré le suggère d'ailleurs aussi bien que le premier - mais avec une seule année : et justement, cette pseudo-synthèse "Bip40" n'a guère d'intérêt puisque, pour la construire, il faut avoir toutes les données, donc attendre ... et on perd l'avantage d'un indicateur avancé.
Il est clair que le 1er graphique donne une vision des choses tout à fait contradictoire, sur le moyen terme, avec les données économiques de référence - qui, là, sont disponibles.
@Proteos : détrompez-vous, la création du RMI a fait augmenter le nombre de personnes vivant des minima sociaux, et a donc fait croître la pauvreté au sens du bip40.
@FredéricLN : "Il est temps de défendre ma réputation de sérieux :-)"
arf... je crains que ce commentaire n'atteigne pas pleinement l'objectif :-) Vous dites que le site du RAI contient des données pertinentes pour mesurer les évolutions de la pauvreté après 2003. C'est inexact. Toutes les séries disponibles sur le site s'arrêtent précisément à 2003 (à moins que les fichiers Open Office n'aient été updatés avant les fichiers Excel). La seule donnée post-2003 est la valeur du bip40... en 2004.
L'indice repondéré qui figure sur le second graphique est, encore une fois, parfaitement contestable, car la plupart des données pertinentes en sont absentes. Si, toutefois, cela vous convainc qu'il existe bien une hausse des inégalités, sachez tout de même que la légère hausse observée entre 2002 et 2003 est imputable à la forte hausse du chômage (a qui j'ai affecté un coefficient de 4/50) entre ces deux années. Autrement dit, cet indice ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà : le chômage a augmenté entre 2002 et 2003, de même qu'il a augmenté entre 2003 et 2004.
Tout à fait d'accord avec vous ! Autant l'idée de construire un indice des inégalités est légitime, autant cela requiert un maximum de rigueur pour avoir un minimum de crédibilité, ce qui est loin d'être le cas.
Dans la plupart des séries du BIP40, certains indicateurs ne sont pas pertinents du tout et, par ailleurs, on mélange les indicateurs d'efficacité du système (justice, éducation...) avec les indicateurs d'inégalités. De plus, certains indicateurs portent sur des inégalités inter-générationnelles, inter-sexes ou inter-régions, ce qui fait du BIP40 un indice agrégeant des inégalités de natures très différentes et en complique la lecture.
Pour ce qui est de l'évolution des inégalités de revenus, l'évolution de l'indice de Gini est incontournable. Il me semble aussi qu'il vaudrait mieux utiliser les centiles plutôt que les déciles, voire comparer l'évolution des 0,1% supérieurs. Comme le montrent les travaux de Piketty et Saenz, dans d'autres pays industrialisés souvent cités en modèles, c'est à ce niveau que peut se manifester le creusement des inégalités. Il me paraît aussi important de suivre les inégalités de patrimoine.
Dans un travail sur la mesure des niveaux de vie nous introduisions une correction portant sur les inégalités. Son intégration dans un indicateur par ailleurs fondé sur la théorie économique du bien-être nécessitait un paramètre de "préférence pour l'égalité" nécessairement subjectif.
Notre indicateur portait sur les comparaisons internationales et non intertemporelles mais pourrait être adapté.
Bien-sûr bien d'autres aspects que les inégalités de revenu devraient être considérées (d'accord pour trouver très intéressantes celles sur les écarts d'espérance de vie). Si ces données étaient disponibles (en coupe et en série temporelle) il faudrait encore trouver pour les agréger des échelles d'équivalence fondées sur des préférences collectives, qu'évidemment on ne connait pas. Ou alors construire ces échelles à partir des préférences de l'observateur en assumant la subjectivité des pondérations implicites.
Le passage sur les inégalités, dans Telos (http://www.telos-eu.com/essais/Fleu...) :
Correction 6 : les inégalités
Jusqu’à présent, les corrections ne portaient que sur la situation moyenne de la
population de chaque pays. Or, un revenu moyen n’a pas la même valeur pour le bien-être
social selon qu’il est plus ou moins inégalement réparti. Il paraît pertinent de
s’intéresser avec une plus grande attention aux plus défavorisés qu’aux plus avantagés.
Il ne s’agit plus de correction équivalente de revenu, mais simplement de donner une
pondération plus importante à la situation des plus défavorisés.
Pour cela, nous déduisons du revenu moyen une fraction égale à un indice
d’inégalité d’usage courant (l’indice de Kolm-Atkinson). Ceci permet d’estimer ce que
vaudrait le revenu moyen s’il était également réparti et si cela produisait une situation
sociale aussi bonne que la situation effectivement observée. Les calculs de la correction
particulière que nous effectuons à ce propos reviennent à considérer qu’un individu qui a
un revenu deux fois supérieur à celui d’un autre a une priorité environ trois fois plus
faible (c’est-à-dire qu’il est préférable de donner 1$ à un individu plutôt que 3$ à
quelqu’un qui gagne deux fois plus).
Le document de travail se trouve ici :
International Comparisons of Living Standards by Equivalent Incomes
Fleurbaey, Gaulier
http://www.cepii.fr/anglaisgraph/wo...
@Andrea B. : arf !
en fait le document que j'ai utilisé (et dont je croyais me souvenir que je l'avais trouvé sur le site du Bip40 : peut-être une erreur) est le
"Le rapport de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale 2005-2006"
(non daté, probablement finalisé en février ou mars 2006)
que je recommande chaudement.
voici un lien plus fiable que le précédent :-)
http://www.ladocumentationfrancaise...
@Melanchthon : je partage votre intérêt pour les inégalités de patrimoine.
@Guillaume : merci pour ce lien très intéressant, et félicitations pour ce travail.
@FredericLN : merci aussi pour ce lien, qui est en effet plus sérieux que le premier. Mais... arf ! Je crains soit de donner l'impression (injustifiée) que je ne suis pas préoccupé par les inégalités, soit, pire, d'avoir une dent contre vous, ce qui est évidemment faux. Mais ce nouveau lien ne comporte que de rares données postérieures à 2003, qui sont au maximum de 2004, et qui, d'après une lecture en diagonale donnent plutôt l'impression d'une baisse ou d'une stagnation des inégalités. Cf. par exemple le tableau 12 page 37 qui montre que tous les indicateurs de pauvreté... diminuent entre 2003 et 2004.
pour la dent, pas de souci. J'ai sans doute eu le tort de faire des commentaires trop rapides fondés sur le souvenir de ce travail au printemps et à l'été derniers ! IL faudrait que je replonge dans mes papiers - prochainement ;-)
Merci pour avoir fait ce travail d'analyse; je n'en avais pas eu la patience, l'aspect garbage in, garbage out était trop fort.
Il me semble que le vrai problème de ce pays n'est pas une inégalité de revenu statique (dont on ne voit pas trace dans les chiffres, au contraire), mais une inégalité de statut croissante, qui conduit a une inégalité de revenu dynamique (i.e. en terme de revenu total sur une carrière y compris la retraite).
Ce qui me frappe c'est que le chômage et les carrières interrompues doivent toujours frapper les mêmes, c.a.d probablement un tiers de la population le reste étant probablement a l'abri sauf grave accident. Pour cette population, la retraite a 60 ans est une plaisanterie, les carrières progressant en pouvoir d'achat complètement inconnues et la volatilité des revenus doit être très grande ne permettant aucune projection dans l'avenir avec des conséquences en terme de reproduction sociale.
Je suggèrerais que la cause de ce phénomene se trouve dans la facon dont l'évolution du contrat de travail et des "conquêtes" sociales (e.g. retraite a 60ans, 35 heures) depuis 1973 en augmentant le cout du travail pénalise les actifs peu qualifiés au détriment des inactifs qualifiés. Un modèle corporatiste qui génère des "inutiles au monde" comme tout modèle corporatiste. Les recettes de l'extrême gauche ne feraient que renforcer cette évolution.
Apparemment à liberation on ne lit pas votre blog.
Un artice sur le bip 40 :
http://www.liberation.fr/actualite/...