Répartition capital-travail : les trois erreurs d’Olivier Besancenot
Par Andrea Bonappeti le mardi 27 mars 2007, 03:41 - Lien permanent
Olivier Besancenot est, avec Jean-Marie Le Pen, clairement l’un des plus fins rhéteurs de la campagne électorale. Parmi les arguments simplistes qui font partie de la recette de son brio, il en est un qui revient souvent et qui me semble d’autant plus efficace qu’il s’appuie sur des chiffres précis, et que personne, chez ses contradicteurs, ne le reprend sur ce point : une augmentation salariale massive pourrait être financée par un simple retour au partage capital-travail qui prévalait pendant le septennat de Valéry Giscard d’Estaing. Selon lui, un effondrement de 10 points de la part du travail depuis lors représenterait 150 milliards d’euros qui auraient été volés aux travailleurs par les capitalistes, et dont la restitution ne représenterait rien de révolutionnaire, sauf à considérer le giscardisme comme révolutionnaire. Ce raisonnement contient trois erreurs que ce billet se propose de révéler.
1- Une erreur de lecture des courbes.
La courbe suivante, qui présente l’évolution de la part du travail dans la valeur ajoutée, semble confirmer le propos d’Olivier Besancenot :
Pourtant, si l’on s’intéresse à une période plus large, on voit les choses différemment (source : T. Piketty, via Gribeco)
Deux constats doivent être faits au regard de ces courbes. Le premier est que, clairement, la fin de la décennie 1970 et le début de la décennie 1980 représentent une période constituant une exception historique. Si l’on exclue la seconde guerre mondiale et trois années dans les années 30, c’est la seule fois, au cours du vingtième siècle, où la part du travail a constitué plus de 70% de la valeur ajoutée. Loin d’accréditer l’idée que notre époque se caractériserait par une hypertrophie de la part du capital, les courbes indiquent au contraire que celle-ci était atrophiée sous Giscard. Le second est que le retour à des valeurs proches de la norme historique s’est effectué au milieu de la décennie 1980. Le partage capital-travail est donc particulièrement stable depuis 20 ans, il n’existe pas de tendance à la dégradation de la part du travail. Les plus tatillons remarqueront que la part du travail est tout de même d’environ deux points inférieure à ce qu’elle était pendant les temps bénis des trente glorieuses, mais on est loin des 10 points d’écarts.2- Une erreur d’indicateur.
Le PIB est la valeur de notre production, et donc la source de nos revenus. Il est légitime de se demander de quelle manière ce PIB se répartit entre les différents ménages de la nation, et de s’intéresser à l’évolution relative des revenus des riches et des pauvres. Pour ce faire, la ventilation de la valeur ajoutée entre le capital et le travail n’est pas l’indicateur approprié. En effet, cette ventilation ne correspond qu’à une répartition primaire de la valeur ajoutée, et non à ce que les ménages ont effectivement en poche à la fin du mois. La « part du travail » contient non seulement le salaire net, mais également les charges sociales salariales et… patronales. La « part du capital » contient non seulement les dividendes des actionnaires, mais également les amortissement, la formation nette de capital fixe et… les impôts sur les sociétés. La part du travail et la part du capital ne sont donc pas des revenus versés directement aux travailleurs et aux capitalistes. Seule une partie d’entre elles l’est. Cette partie qui est versée aux ménages constitue pour eux un revenu qui est lui-même soumis à divers impôts, si bien que même cette partie ne correspond pas aux revenus définitifs des ménages. En contrepartie de ces prélèvements obligatoires, diverses prestations sont fournies aux ménages, dont une part substantielle ne dépend pas des prélèvements (contre-exemple : les retraites). Ajoutez à cela que, bien que les revenus du capital aillent prioritairement à des ménages aisés, ils incluent également les fruits de l’épargne populaire, tandis que les revenus du travail incluent les rémunérations des grands patrons, et vous comprendrez que le partage capital-travail de la valeur ajoutée est un bien piètre instrument de mesure de l’évolution de la pauvreté ou des inégalités. Mais alors, si ce n’est ce partage capital-travail, quel est donc l’indicateur pertinent pour mesurer ces phénomènes ? La réponse est tout simplement : les revenus finals des ménages. Leur observation permet d’observer (encore grâce à gribeco) que, contrairement à une idée reçue, les inégalités n’augmentent pas en France, et ont même tendance à diminuer.
3- Une erreur d’instrument politique.
Enfin, la troisième erreur commise par Olivier Besancenot, sans doute la plus importante, est de penser qu’un président de la république, lui ou un autre, quel que soit son volontarisme, puisse décider de ce que sera la répartition de la valeur ajoutée entre capital et travail. Certes, le pouvoir politique peut jouer sur un instrument tel que le SMIC pour faire pression à la hausse sur les salaires. Mais augmenter le SMIC n’implique pas mécaniquement une augmentation de même ampleur de la masse salariale. En effet, outre que les revenus supérieurs aux SMIC peuvent compenser la hausse de celui-ci, provoquant ainsi une compression de l’échelle des salaires, l’impact négatif de la hausse du SMIC sur l’emploi a un effet inverse sur la masse salariale. Nul doute que la LCR ne souhaite pas, en son for intérieur, faire croître le chômage. Pourtant, alors que la demande de travail qualifiée est très sensible au prix, ce serait sans doute une conséquence directe de la politique qu'elle préconise. Mais son poulain n’explique pas en quoi la hausse massive du salaire minimum n’entraînerait pas une augmentation conséquente du taux de chômage, faisant payer aux chômeurs bien plus qu’aux capitalistes la hausse des salaires des travailleurs restants.
Est-ce à dire que le pouvoir politique ne peut avoir d’action efficace pour améliorer les revenus les plus modestes ? Pas forcément. La politique salariale n’est pas la seule, et certainement pas la plus efficace, des manières d’agir sur le revenu des ménages. Les instruments fiscaux sont nettement plus efficaces, dans la mesure où ils ne s’opposent pas aux mécanismes du marché, et ne sont donc pas créateurs de chômage. A ce titre, des mesures telles que la prime pour l’emploi ou l’impôt négatif (sorte de RMI dont on ne perd pas 100% du bénéfice lorsque les revenus augmentent) constituent un levier d’action bien moins nuisible qu’une hausse du SMIC, bien qu’elles n’aient pas pour effet de modifier la sacro-sainte répartition capital-travail de la valeur ajoutée.
On me rétorquera que, du haut de ses 3,5% d’intentions de vote, Olivier Besancenot ne méritait sans doute pas que l’on s’attarde autant sur ses propos démagogiques. Pourtant, il me paraît utile de ne pas traiter par le simple dédain les aspects qui semblent le plus solide de son argumentaire, car à défaut de se transformer en intentions de vote, ils semblent contaminer la gauche de gouvernement, comme en témoignent certaines prises de positions d’éminents socialistes tels que Pierre Larrouturou ou Arnaud Montebourg.



Commentaires
Mais c'est quoi, ces heures de blogging indues ? 03h41 du mat' ???
Très bon article, sinon ! L'avantage de parler "partage de la VA entre le travail et le capital", c'est que c'est simple à comprendre et ça rentre bien dans les cadres de pensées (souvent marxistes sans le savoir) des gens. Il y a la part du patron (une spoliation, bien sûr) et celle de l'ouvrier. Aujourd'hui, le patron vous b*ise encore plus qu'avant, et il faut que ça change. Simple, efficace, ça passe en 30s à la télé. Expliquer que c'est faux et qu'il ne faut pas voir les choses comme ça, c'est vite vu comme une tentative de "noyer le poisson". Hélas, on préfère souvent une explication simple et fausse à une explication juste mais compliquée.
Une quatrième erreur de Besancenot (et de beaucoup de gens à gauche) est amha d'oublier la croissance. Et si, à la frontière technologique, une plus forte rémunération du capital était nécessaire pour avoir de la croissance (et donc des salaires plus hauts) ? Peut-être que sous Giscard la part du travail dans la VA était un peu plus haute qu'aujourd'hui, mais je préfère quand même de loin les salaires d'aujourd'hui que ceux sous Giscard !
LSR
"Les plus tatillons remarqueront que la part du travail est tout de même d’environ deux points inférieure à ce qu’elle était pendant les temps bénis des trente glorieuses, mais on est loin des 10 points d’écarts."
Piketty explique dans "les hauts revenus au 20ème siècle" que ces deux points restant sont dûs à des changement de méthodes d'établissement des comptes nationaux il me semble.
@ad:
Non Piketty explique qu'il y a bien 2 points de différence par rapport à la tendance normale du 20ème siècle, et que c'est quand même beaucoup sur dix ans, et assez mal expliqué dans la littérature.
Sinon pour ce qui est de l'article, il me semble que si les inégalités de revenu n'augmentent pas, des indices concordants (mais pas encore de recherches précises) semblent indiquer que les inégalités de patrimoine sont en train d'augmenter fortement depuis qques années, tirées par l'augmentation des prix des actifs mobiliers et immobiliers. Ca n'est pas encore compté comme du "revenu" (car les profits sont réinvestis, ou distribués mais mal comptabilisés) mais ça pourrait le devenir à moyen terme (cf. Alter éco de juillet 2006, payant sur internet).
Mais sur le fond je suis d'accord avec vous, on ne sait pas grand chose des inégalités, et Besancenot, comme d'autres candidats, déforme le peu qu'on sait.
Le lien porte sur la pauvreté et non sur les inégalités de plus c'est comme pour l'euro globalement ça ne bouge pas mais les dépenses de tous les jours explosent et les gros achats baisse
des propos démagogiques peut être.... aprés la poutre l'oeil la paille ....
@kaem : les inégalités de patrimoine sont, en effet intéressantes à suivre, mais elles me semblent encore plus déconnectées que les inégalités de revenu de la répartition de la VA (elles dépendent beaucoup des fluctuations de l'immobilier et de l'héritage).
@nico : Le taux de pauvreté est calculé comme un indicateur d'inégalités. Renseignez-vous.
Tout à fait d'accord, je répondais plus à votre 2) sur le fait que les inégalités de revenu stagnent : il est possible qu'elles augmentent dans les cinq prochaines années, comme conséquence des inégalités croissantes au niveau du patrimoine.
Le lien avec la VA est qu'il y a une courroie de transmission entre partage de VA et patrimoine mobilier qui est la distribution des bénéfices aux détenteurs du capital. Si je me souviens bien, il n'y a qu'un tiers des revenus du capital qui sont distribués, le reste étant directement réinvesti, mais ça pourrait augmenter. (mais je ne suis pas sûr du tout du chiffre).
Belle demontration mais je ne suis pas convaincu pour autant. Pour ne pas dire pas du tout. Pas sur l'évolution des courbes elles mêmes, dont je regarde la progression comme les vaches scruttent les voitures aux abords d'une autoroute. Mais sur le rapport entre les gains, ou plutôt les rémunérations croisées du capital et du travail ... et je ne suis, je pense pas un dangereux ou un irréductible révolutionnaire. Quoique ;-)
Je n'ai pas le temps de détailler mais j'ai écouté Richard Stallman parler des gains dans le milieu de la musique et les parts des multinationales par rapport à celle des artistes et je l'ai trouvé plus convaincant que vous mais de Besancenot aussi. Ce qui n'est pas mal du du tout à en juger par sa verve ;-)
"La réponse est tout simplement : les revenus finals des ménages. Leur observation permet d’observer (encore grâce à gribeco) que, contrairement à une idée reçue, les inégalités n’augmentent pas en France, et ont même tendance à diminuer."
Non, c'est l'idée reçue qui a raison ... sur le court terme. Les inégalités ont diminué jusque vers 2002 (le graphique gribeco va jusqu'en 1997), et depuis 2003, la plupart des indicateurs - souvent plutôt des indices que des indicateurs - montrent d'une part dégradation de la situation des pauvres, d'autre part une augmentation de la concentration de la richesse chez les plus riches.
Cf. par exemple http://www.bip40.org/fr/
"Olivier Besancenot est, avec Jean-Marie Le Pen, clairement l’un des plus fins rhéteurs de la campagne électorale."
Condition nécessaire pour être un bon leader extrémiste.
@FredéricLN : (pardon pour le délai de publication => anti-spam trop tatillon). C'est une blague ? Vous avez vu quelles sont les données utilisées par bip40 pour mesurer les inégalités de revenu ? regardez la méthodologie bip40, il y a : (revenus financiers)/(revenu disponible brut), complément à part des salaires dans la VA, % de contribuables soumis à l'isf, et enfin complément à IR dans l'ensemble des recettes fiscales. Bref, rien qui ne contredise mon propos, et, si je puis me permettre, une méthodologie qui frôle l'escroquerie intellectuelle. Pas de trace du coefficient de Gini ou des écarts interdéciles, qui sont pourtant les variables pertinentes pour mesurer les inégalités de revenu. Par contre, le ratio D9/D1 est disponible dans leur indicateurs "salaires", où l'on voit qu'il n'a jamais été aussi bas depuis 1976.
@Andrea B. : bien sûr : j'indiquait l'adresse en tant que site d'information, non pour l'indicateur agrégé lui-même, dont je reconnais volontiers qu'il ne vaut pas tripette. Cf. mon commentaire sur votre billet récent au sujet du Bip40.
D'où vient alors, d'après vous, le sentiment que les écarts se creusent entre riches et pauvres ? Ce sentiment est-il véritablement dénué de tout fondement ? Est-ce également une fausse impression qu'il y a une augmentation de la précarité et de la dureté des conditions de travail ?
Bernard : c'était mieux aaaavant...
Il me semble que c'est Attack qui a en premier souligné le déplacement de la répartition capital travail. C'était en 2003 et le slogan portait sur la dégradation en 20 ans, ce qui permettait de mettre la référence au sommet exact de la courbe eb 1983
De mon point de vue, cette période spécifique dans le partage travail capital a coûté au moins 1.5 millions de chômeurs à notre pays. la tendance à été bloqué par le plan de rigueur Delors mauroy
La régie renault est un bel exemple de la conséquence du déplacement du partage avec ses 10 milliards de francs de perte en 1984. On se souvient que la Régie était alors une entreprise publique qui ne dépendait donc pas des vilains capitalistes mais représentait au contraire le modèle de l'entreprise sociale...au bord de la faillite
BONJOUR, POUVEZ VOUS INFIRMER OU CONFIRMER LE TEXTE CI DESSOUS QUI CIRCULE SUR INTERNET ? MERCI
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Désolé, mais je censure ça, car je n'ai aucun moyen de vérifier ces informations, et elles sont hors sujet sur ce blog.
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C’est ça la Ligue du Communisme Réservé …………..
J'aimerais juste réagir sur la question de Bernard et soulever un point qui me semble important. Certes en valeur absolue, notre niveau de vie actuel est incomparablement meilleure aussi loin que l'on puisse remonter et il peut donc sembler incompréhensible que les "gens" "[soient] intimement persuadés que les français d'aujourd'hui sont plus pauvres, de façon absolue, que leurs homologues d'il y a 30 ans".
Mais j'ai une autre explication que le simple sentiment de "c'était mieux avant" qui, s'il etait averé, devrait se vérifier à toutes les époques or je doute que pendant les 30 glorieuses par exemple, ce sentiment était aussi présent dans la société.
Les contemporains d'une époque ne peuvent pas faire de comparaisons avec les époques antérieures (tout particuliérement les jeunes) puisqu'ils n'y étaient pas; leur jugement ne se construit pas sur le niveau de vie actuel mais sur l'évolution du niveau de vie (pour reprendre l'idée de la courbe, il n'évalue pas la valeur mais la derivée).
Et oui, l'époque actuelle se caractérise notamment par un accroissement fort des inégalités, par une concentration des richesses, et par une captation grandissante par la bourse des bénéfices, c'est-à-dire, pour la majorité des gens un appauvrissement réel.
@bobbygre : non, il y a nettement moins d'inégalités aujourd'hui qu'il y a trente ans.
Pour ce qui est de la situation française, je te renverrai simplement à cette page pour que tu puisses constater par toi-même:
http://www.inegalites.fr/spip.php?a...
Si les inégalités de revenus sont devenus stables depuis plusieurs années (alors qu'elle baissaient auparavant), les inégalités de patrimoine ont considérablement augmenté.
Fouille le site en lui-même et tu constateras sans difficultés que les inégalités sont bien en augmentation dans la plupart des domaines de la vie en société depuis un certain temps et que la pauvreté est plus que présente en France (surtout pour les jeunes d'ailleurs).
Pour élargir le débat, on peut également constater l'accroissement des inégalités entre pays riches et pays pauvres depuis plusieurs décennies et l'incroyable, et tout simplement dément, fossé qui se creuse entre les plus grosses fortunes du monde et les communs des mortels.
Bref, il s'agit d'un phénomène général lié au libéralisme qui a commencé à apparaitre depuis les années 70-80 dans le monde.
Les trois erreurs d'Andrea Bonapetti :
- Le partage capital-travail s'est dégradé depuis les années Giscard, c'est ce que dit Besancenot et Andrea ne le nie pas. C'est donc une erreur de prétendre que c'est une erreur !
Une fois ceci dit, sur vos arguments : vous indiquez simplement qu'à des périodes précédentes ce partage a fluctué dans différentes directions, ce qui est tout à fait exact et intéressant. En revanche il y a un problème à dire que la part du capital était "atrophiée" à la fin des années 70, car cela voudrait dire qu'il existe une norme du taux d'accumulation du capital, il faudrait alors expliquer la formation de cette norme, sans quoi on tombe dans un empirisme stérile. Besancenot et moi avons une explication sur les fluctuations du taux d'exploitation, nous pensons que le facteur primordial en la matière est la lutte des classes, c'est à dire la capacité des travailleurs à s'assurer le paiement de la plus grande partie possible des richesses qu'ils créent. (Naturellement le but des communistes que nous sommes est de se l'accaparer tout entière, via l'appropriation collective des moyens de production, etc.)
- Je ne sais pas où vous allez chercher qu'OB n'inclut pas dans les revenus du travail le salaire socialisé que constituent la retraite, les indemnisations de chômage etc. Je ne vois pas non plus en quoi les revenus du capital qui ne sont pas traduits en revenus des ménages (profits réinvestis notamment) ne devraient pas compter comme accroissement de la richesse détenue par les capitalistes.
- Olivier Besancenot est un révolutionnaire, il est donc absurde de lui imputer la croyance selon laquelle un Président de la République pourrait changer grand chose à l'exploitation capitaliste. Il pense au contraire comme tous les marxistes que c'est par les luttes sociales que la situation des salariés peut s'améliorer, jusqu'à la conquête insurrectionnelle du pouvoir par eux, avec la mise en place d'un pouvoir qui leur permette d'exproprier les capitalistes, etc. Il est très explicite sur cette question, et il faut donc contester éventuellement cette stratégie plutôt que de lui en inventer une autre, réformiste...
indépendamment du "Bip40" (voir la discussion sur le billet que vous lui avez consacré) :
http://actualite.aol.fr/france/poli...
"Il est des taux qui, loin du CAC 40, n'intéressent personne. L'évolution du taux de pauvreté est de ceux-là. Publié par l'Insee en juillet, il est encore passé inaperçu", s'indigne le Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté dans Le Monde, daté du 1er septembre.
Pourtant, ce taux n'aurait pas dû laisser insensible, ajoute-t-il, soulignant qu'au cours de la dernière année connue, 2005, "le taux de pauvreté s'est sensiblement aggravé passant de 11,7% à 12,1%."
"Pour être clair, 260.000 personnes sont devenues pauvres", précise-t-il.
Martin Hirsch souligne le contraste avec d'autres statistiques, comme celles "du chômage ou du commerce extérieur qui suscitent commentaires et polémiques.""
au moins, ici, il y a commentaires et polémiques !
Sur le point 1: il a une analyse aussi partiale que besancenot. Il prend les 100 dernières années, c'est ridicule! La constitution de la richesse et son partage dans les années 20 est incomparable avec ce qui se passe dans les années 2000.
Ce qu'on peut dire, c'est que depuis les années 60, époque de croissance et de pleine emploi en France, on a assisté à 2 phénomènes: ralentissement de la croissance qui a engendré du chômage de masse et financiarisation mondiale de l'économie. Ces deux phénomènes entraînent une augmentation de la part de VA des actionnaires au détriment des salariés (rien à voir avec les conditions de la répartition de la VA dans l'entre deux guerres!). Qui plus est, on observe une disparité croissance de traitement entre les différents salariés (cf. l'augmentation du travail précaire, du nombre de travailleurs pauvres).
Sur le point 2: l'objectif de besancenot n'est pas de mesurer l'augmentation des inégalités ou de la pauvreté avec ce ratio. Il est de dire que le travail n'est plus rémunéré à sa juste valeur. Et il se trouve que les plus démunis n'ont que le fruit de leur travail comme source de revenu, contrairement aux ménages les plus aisés.
Sur sa démonstration, je ne comprends rien! Le PIB est la somme de la création de valeur d'un pays. La création de valeur a déjà pris en compte la destruction de valeur qui permet sa création, c'est-à-dire les amortissements. Je ne vois pas pourquoi il les ajoute aux revenus des actionnaires (????). Même chose pour les salaires. Le calcul se fait à partir de salaires yc charges. Personne ne pense que les assurances vieillesse, maladie et chômage couvrent les actionnaires! Quand à l'IS, il va à l'état, c'est-à-dire au bien commun, sans distinction travail/capital. C'est le BABA de la répartition de la richesse: travail/capital/état.
Sur le point 3: sur la compression des salaires lorsqu'on augmente le smic, la corrélation reste à démontrer.
Le reste de son argumentation est purement libéral et très contestable (par keynes par ew). Quand on augmente le smic, on régule le marché et crée du chômage:
Pour qu'il n'y ai pas de chômage, il faut supprimer le smic et le marché va tout réguler: les salaires seront encore plus bas qu'aujourd'hui!
La vraie action pour faire augmenter les salaires (les entreprises n'ayant pas besoin de le faire car il y a du chomage et la consommation interieure est tres bonne), ce serait de modifier le rapport de force entre les salariés et le patronat, en faisant pas ex émerger un syndicalisme de masse.
j'y suis allé un peu fort avec mes injonctions. Mon objectif n'était pas de balayer d'un revers de la main la démonstration faite, mais de participer au débat.
Je suis loin de détenir la vérité, extremement complexe et bien trop difficile à appréhender pour moi.
Excellente démonstration !
Enfin une courbe qui montre que nous retournons à la situation du début du siècle pour ce qui concerne la répartition des richesses.
Une différence de taille entre la situation du siècle dernier et maintenant : la mondialisation financière, La dérégulation, l'OMC, l'Union européenne, l'Alena... la main invisible du marché qui est élevée en religion.
Le problème, c'est que ça ne mache pas, les états renationalisent les Banques (Royaume unis) ou injectent des centaines de milliards dans le système pour le sauver (USA, ALlemagne, France...)
Et pendant ce temps là, des millions de mersonnes perdent leur logement, leur emploi, leur retraite...
Ben quoi ? la courbe montre effectivement qu'en 1997 on revient à la répartition de 1907 donc qu'on est bien en pleine régression concernant la répartition capital/travail.
D'autre part tu te gardes bien de nous fournir des données allant jusqu'à 2007 sinon on se rendrait vite compte que les images de riches qui s'amusent balancées par M6 aux exploités tous les dimanche soir dans Capital ne sont pas des images virtuelles !
Et comme par hasard tu n'évoques jamais dans ton panel de "solutions" la fiscalité des riches et encore moins la fiscalité des transactions financières et surtout pas la fiscalité des entreprises. Toi qui a voté pour un homme qui prétend que tout est possible je trouve ton horizon bien limité.
Optimum, Optiment...
Je ne suis pas spécialiste en économie, mais si les inégalités riches/pauvres sont stables depuis des décennies, comment expliquer que 23% de la population américaine soit tombée sous le seuil de pauvreté alors que le PIB a été multiplié par au moins 2 dans le même laps de temps ?
cf 'Le Livre Noir du Libéralisme" de Pierre Larrrouturou.
http://nouvellegauche.fr
Bonjour,
1) En se basant sur cette courbe de repartition, les trois periodes
relativement favorables aux travailleurs sont la crise de 29,
la seconde guerre mondiale et le premier choc petrolier: ce qui
semble logique, puisque les crises anneantissent les benefices.
En revanche, dans l'absolu ca devrait etre l'inverse.
2) La contribution Hamon au congres de Reims 2008 reprend le
graphique de Besancenot, et le texte de la contribution Aubry
reprend l'argument C'est assez penible qu'un partie du PS n'ait
pas renonce au lyrisme revolutionnaire.
Olivier, militant PS
Bon... Et maintenant, même Barack Obama veut rééquilibrer le partage capital-travail ! Il est vrai que la méga crise mondiale est passée par là, et qu'à force de tirer sur la ficelle - genre noyer la population sous les crédits et ne pas leur donner le moyen de rembourser lesdits crédits - le système a cassé !
Hello
N'oublions pas que si 'lon produit plus de chose en un même temps, il faut plus de pouvoir d'achat pour les acheter, donc conserver cette répartition des richesses sans augmenter celle de la masse travail (les consomateurs) ne suffit pas, car la lecture simpliste de ces propos sur le partage des richesses comme une serie de choses chiffrables en oubliant le fonctionnement des humains est une erreur permanente.
Regardez, Renault a eu des gros bénéfices ces dernières années, de bon salariés pret à produire des voitures, mais bizarrement ce sont les clients qui ne sont pas au rendez-vous: pourquoi? probablement parce que tout va bien, car bien sur, ces gauchistes qui prévenaient que les hausses délirantes des logements, plus de l'énergie, plus du pétrole, plus des matières premières auront un impact dévastateur sur le pouvoir d'achat tout en créant une psychose d'une vie a venir certainement plus dure, sont des idiots. car les banques allaient indéfiniement préter de l'argent aux salariés pour qu'ils continent à faire croire que tout va bien, car bien sur les banques prêteront de l'argnet sur 15 puis 20 puis 30 puis 50 puis 80 puis 150 ans.
L'économie et le commerce sont un savant équilibre entre clients et fournisseurs, quant l'un (le fournisseurs) abuse de tout à l'échelle mondiale (spéculation, manipulation financière etc..), l'autre, le consomateur se repli et tout le monde coule.
Maintenant les seuls qui peuvent relancer l'économie c'est ceux qui ont des sommes colossales dans les paradis fiscaux, soit ils achêtent des centaines de milliers de voitures ou autres (qui ne leurs servent à rien), soit ils donnent une partie de leurs richesses aux salariés qui qu'ils fassent ce boulôt de consomateur.
Si ils sont intelligents ils comprendront qu'il vaut mieux perdre 30 % de ses riches et garder 70% sans dévaluation majeure que tout garder et que ces milliards ne vâlent plus rien dans un chaos généralisé.
Pour réagir (un peu tardivement)à vos propos, voir d'une part de rapport que sot l'INSEE sur la répartition des patrimoines, et d'autres part, essayez donc, puisque vous souhaitez être rigoureux jusqu'au bout de corriger vos analyse par le taux de salarisation. Si la part globale revenant aux salariés (au sens large) stagne, mais que le taux de slariasation augmente (et c'est bien le cas... que se passe-t-il en termes de richesse moyenne distribuée par salarié???
Bonjour;
Pour ce qui est d'affirmer que les politiques n'ont que peut d'influence sur ce genre d'indicateur, il semble que seul les politiques ne l'ont pas encore compris...
Par contre, de qualifier le raisonnement d'Olivier Besancenot de démagogique en la matière, c'est ridicule. Vous démontrez vous même que les chiffres sont justes ! Soit vous n'êtes pas d'accord sur la période de référence, mais pensez vous que de parler de la période 1920 1930 qui est la plus approchante en la matière est opportun ? Qui veut revenir à cette époque ?
Clairement, la répartition du PIB n'a jamais été aussi avantageuse pour le capital depuis la fin de la 2° guerre mondiale.
(réponse de AB : En général, avant de qualifier de ridicule un billet, on commence par le lire)
4 remarques :
a) D'abord, la définition des revenus du capital n'est pas si facile que cela. Une des particularités de la longue période, c'est que des variables sous-jacentes peuvent changer les termes de l'analyse. La structure capitalistique était si différente, il y a un siècle, que je ne sais pas si l'on a homogénéité de périmètre. Les revenus du capital, à l'époque, pouvaient contenir plus de "travail confondu avec le capital", via les PME et l'artisanat.
b) Ensuite, le principal facteur générateur de développement des inégalités, depuis 40 ans, ce n'est probablement pas la répartition travail/capital. Elle joue un rôle important, évidemment, mais il y a aussi, et peut-être surtout, la dérive différentielle des rémunérations à l'intérieur du travail.
c) Un marxiste orthodoxe pourrait toujours répondre que si le rapport capital/travail connaît un pic en faveur du travail à la fin des 70's, ce n'est pas un hasard. C'est peut-être tout simplement parce que pour compenser la loi des rendements dégressifs, il fallait redistribuer... le fait qu'on ait cessé de le faire expliquerait la crise actuelle, dans cette grille de lecture (à mon avis au moins en partie juste).
d) Il faudrait prolonger la courbe pour traiter le délire monétaire des années 2000. La dérive a repris pendant la période récente, aux USA surtout, cette fois.
Bonjour,
Je voulais intervenir rapidement sur les trois supposées erreurs d’Olivier B.:
L’erreur de lecture des courbes ? Je dis que l’argumentaire est quelque peu statique, car on ne peut pas se contenter d’une analyse « ça monte », « ça descend », et de parler de « norme » ou « d’exception historique » pour analyser le XXe siècle, et surtout les trente glorieuses et la fin du siècle marqué par un progrès technique énorme ! Sachez que la financiarisation croissante de l’économie ainsi que sa tertiarisation et sa globalisation sont des éléments fondamentaux pour comprendre. Enfin, n’oubliez pas que l’analyse de la répartition de la valeur ajoutée est à rapprocher de l’évolution de la productivité, et là vous verrez qu’Olivier B. n’est pas du tout dans l’erreur.
L’erreur d’indicateur ? Vous avez raison sur un point : l’analyse de la répartition de la VA n’est pas un indicateur de mesure des inégalités, et encore moins de la pauvreté … mais Olivier B. n’affirme pas vraiment cela … il faudrait dans le doute le lui demander explicitement. Par contre, Thomas PIKETTY peut vous répondre sur les inégalités. En gros, partage primaire de la VA, et puis partage secondaire aboutissant au revenu final, et analyse de sa ventilation entre les ménages en fonction de l’âge, des catégories socioprofessionnelles, et vous verrez que là encore me semble-t-il, Olivier B. n’est pas loin de la réalité.
L’erreur d’instrument politique ? Vos affirmations ne sont pas objectives, car manifestement vous n’êtes pas partisan de l’intervention de l’Etat, et c’est votre droit, mais sachez que ces débats datent de la nuit des temps ! Enfin, hausse du SMIC ou prime à l’emploi, une mesure structurelle ou une mesure conjoncturelle, cela dépend du diagnostic et des objectifs, n’est ce pas ?
Conclusion : rien de démagogique chez Olivier B., son constat de la réalité d’aujourd’hui est sûrement le meilleur, et ses détracteurs le savent. Pour autant, c’est sur les solutions proposées qu’il est complètement décrédibilisé, à tort ou à raison ? Pour lui, à situation extrême, solutions extrêmes … je m’arrête là.
Tu dis :
"Les plus tatillons remarqueront que la part du travail est tout de même d’environ deux points inférieure à ce qu’elle était pendant les temps bénis des trente glorieuses, mais on est loin des 10 points d’écarts."
Pourquoi truquer les chiffres si tu es si sûr de ton analyse ?
Actuellement : 65-66%
Trente glorieuses : 70-71 %
Soit 5 points de différence, soit 8 %.
Qui refuserait une augmentation de son pouvoir d'achat de 8 % associée à une augmentation des finances des services publics de 8 % également ???