Je le dis, moi le libéral : un ministre des Finances ça ne sert pas exclusivement à rester les bras croisés, assis sur son fauteuil, pour voir les trains passer devant lui.
Sic et resic. Libéral autoproclamé (même pas peur, il a le courage de ses convictions, bravo !!), il reconnaît comme rôle officiel mais non exclusif du ministre des Finances de rester les bras croisés. Il parle sans doute en connaissance de cause.

Je n'accepte pas l'idée que l'Etat ne peut plus rien faire. Je n'accepte pas l'idée d'un Etat qui devrait s'excuser de vouloir agir. Je vous propose de refonder l'Etat, je vous propose de lui rendre son autorité, sa volonté, sa dignité.
Sacré programme, modeste et facile à mettre en oeuvre grâce à deux-trois mesures bien ciblées. Soit dit en passant, une telle présentation du rôle de l'Etat juste après s'être autoproclamé libéral doit se faire retourner quelques uns dans leur tombe.

L'Europe est la seule région du monde où les lois de la concurrence livrent les entreprises aux prédateurs du monde entier parce qu'elle les empêche de fusionner et parce qu'elles interdisent aux Etats de les aider.
Toujours dans la lignée NS grand penseur libéral, on a ici une nouvelle approche de la concurrence : le monopole subventionné. Pour sauver sa peau il doit mourir; pour sauvegarder la concurrence, il faut créer des monopoles. On a ici une version heroic-fantasy de la guerre économique, avec des gros monstres chinois et des guildes de chevaliers français; c'est sympa, ça change, mais c'est toujours aussi stupide.

Même aux Etats-Unis, l'Etat a plus de marge de manoeuvre pour intervenir dans l'économie que n'en n'ont les Etats en Europe. Je n'accepte pas cette réalité. Je la dénonce et je la changerai.
Prenez donc note : après l'élection de Sarkozy, on sort de l'Union Européenne; c'est désormais officiel.

(En tant que ministre de l'Economie) j'ai dû aller me battre à quatre reprises devant la Commission (européenne) pour les convaincre (...) qu'Alstom c'était pas fini. C'est quand même un comble : la Commission aurait dû m'aider au lieu de me combattre. Nous n'avons pas fait l'Europe pour empêcher une politique industrielle mais au contraire pour la favoriser.
Certes, la politique industrielle européenne est... ben... inexistante, disons. Mais si par politique industrielle NS entend protectionnisme et subventions aux monpoloes champions nationaux, faut pas qu'il s'étonne de voir ses espoirs déçus.

Je veux que la monnaie soit mise au service de la croissance et de l'emploi. On n'a pas fait l'euro pour aller construire des avions aux Etats-Unis mais pour garder une industrie aéronautique française et européenne.
Voui voui voui. C'est d'ailleurs dans les traités de Maastricht et les statuts de la BCE, le soutien à Airbus. A vrai dire, Airbus est la principale raison (voire la seule) pour laquelle on a créé l'Euro. Vous saviez pas ?

Je proposerai à nos partenaires européens, si je suis élu, que la politique de surévaluation de l'euro, qui accélère la désindustrialisation de l'Europe, soit abandonnée.
Notez donc aussi le retour prochain de la politique de dévaluation compétitive, pour sauvegarder l'industrie des cocottes en fonte émaillée.

Je ne crois pas à la doctrine du laissez-faire (vs Moi le libéral) : no comment.

On ne résoudra pas la crise de l'Etat en abaissant l'Etat et en organisant l'Etat minimum.
Par contre on va quand même baisser les prélèvements obligatoires de 4 points. Une grande frite et un Coca avec mon repas gratuit, SVP.

Je ne crois pas que le capitalisme puisse survivre si le marché est tout et l'Etat rien.
Quelle idée novatrice. Mais il faut avoir du culot pour dénoncer en trépignant le poids des prélèvements obligatoires avant de suggérer quelques phrases plus loin que l'Etat a une place trop faible.

Il nous faut reconstruire un Etat qui protège pour conjurer l'angoisse qui paralyse tant de Français. On n'est pas incité à l'audace, on n'est pas incité à prendre des risques quand on vit avec la peur au ventre.
Ca c'est bien vrai. D'abord la pression créatrice c'est un truc de sale libéral. Euh zut... il paraît qu'il l'est; enfin t'as le mauvais libéral, c'est le mec, il voit l'Etat... il tire. Le bon libéral, c'est le mec, il voit l'Etat... bon, il tire, mais c'est un bon libéral. Et sinon j'en profiterai pour rendre hommage à l'audace et à la prise de risque de Bull, pour ne prendre qu'un exemple, qui était déparalysé par un gentil Etat protecteur et qui, débarassé de la peur au ventre, pouvait passer son temps à se l'emplir de sandwichs au pâté de foie.

L'Etat est engagé dans une lutte éternelle contre les féodalités et les privilèges.
NS a dit : grâce à l'Etat, tous les hommes seront égaux, mais certains plus que d'autres.

L'Etat c'est ce qui est stable au milieu de ce qui ne l'est pas (...) C'est ce qui mobilise, ce qui entraîne, ce qui entreprend (...) c'est la masse critique (...), la seule force opposable aux marchés (et) à toutes les fatalités.
Bon désormais c'est clair : le néolibéralisme, c'est faire obstacle aux marchés et promouvoir le rôle de l'Etat. Définition à faire passer aux manuels et dictionnaires d'économie, qui n'ont pas la même version, cette bande de nuls.

Il y a deux catégories de responsables politiques, ceux qui se sentent une obligation de résultat et ceux qui s'estiment quittes, quel que soit le résultat, dès lors qu'ils ont essayé. Ce que je propose aux Français c'est un engagement de résultat.
Tenu.

(Source : dépêches AFP sur Lemonde.fr)