Return of the multiplicateur
Par VilCoyote le dimanche 4 mars 2007, 12:39 - General - Lien permanent
Un article qui présente comme un cas d'école les effets positifs de l'action
et l'investissement des pouvoirs publics sur le développement de l'économie
marseillaise, à lire dans Le Monde. Rôle déterminant des infrastructures de
communication (gare, TGV, tramway), réhabilitation des zones portuaires et des
friches industrielles, promotion des secteurs d'activité en développement,
construction de logements, développement culturel... rien ne manque apparemment
à ce projet exemplaire d'intervention publique pour moderniser le cadre du
marché et lui redonner la possibilité de fonctionner efficacement.
Peut-être un peu idéalisé, mais (quitte à être un peu naïf pour y trouver
satisfaction) on a pour une fois l'impression qu'une politique publique ciblée,
en se donnant des objectifs réalistes et en s'y tenant, sur une échelle
réduite, a véritablement accompli quelque chose. L'économiste applaudira.
Surtout quand il lira que "les 300 millions d'euros d'investissement public
ont engendré 1 milliard d'euros d'investissements privés, "soit un effet
multiplicateur de 3,5", souligne le directeur d'Euroméditerranée.
Et, au paradis des économistes, Keynes vient de se retourner vers Friedman en
lui faisant un bras d'honneur accompagné d'un "Ha! Tu vois!"
triomphant.


Commentaires
Bien souvent les opérations de réhabilitation urbaine à grand renfort d'argent public n'ont qu'un effet "net" relativement limité, au sens où les spécialistes de l'économie urbaine observent plutôt des délocalisations d'emplois ou de projets vers la zone publiquement aidée. Une création nette d'emplois n'est que rarement observée (Cf par exemple les travaux d'Alain Trannoy sur l'effet du TGV à Marseille).
Le multiplicateur qui me semble intéressant à prendre en compte est globale, au moins sur toute l'agglomération. Et la question qui tue est : si on avait fait autre chose avec ces 300 millions, aurait-on davantage stimulé l'activité économique ? Je serais tenté de dire que 200 millions dans la recherche et l'enseignement supérieur peuvent accroitre plus significativement le PIB que s'ils sont inverstis dans un musée. Maintenant j'aime bien la culture aussi, mais il n'est alors plus question de création de richesse marchande et d'emplois.
"Et, au paradis des économistes, Keynes vient de se retourner vers Friedman en lui faisant un bras d'honneur accompagné d'un "Ha! Tu vois!" triomphant."
Rendons à César ce qui appartient à César : Lénine fut certainement et de loin le premier et le plus important promoteur du concept de capitalisme d'Etat, concept qui fut d'ailleurs le principal pour ne pas dire le seul point de consensus entre résistants communistes et gaullistes après la seconde guerre mondiale.Lénine mérite certainement à ce titre le qualificatif d'économiste.
William a tout à fait raison... Cet article me fait rire. Keynes fait aussi un bras d'honneur à Schelling et aux auteurs d'économie urbaine en général.
Il y aurait tellement à dire sur ce magnifique projet de développement qui respecte l'économie et la mixité sociale... Pouf, pouf, pouf. Je suis étonné. Je ne pensais pas que Samson soit si pote avec Gaudin.
Effectivement l'effet net est probablement limité, mais (je suis décidément un grand naïf qui veut absolument que ça marche... la route est droite mais la pente est forte, et ma grand-mère a un lumbago) ne peut-on pas y voir la création de conditions propices à une croissance endogène (locale)? La création d'emplois éparpillés dans la région ou regroupés au sein d'un pôle où les informations, les compétences, etc... sont réunies n'a peut-être (sans doute) pas le même effet. C'est pas la Silicon Valley, bien sûr, mais vous croyez pas qu'il peut y avoir un effet de synergie dû à la localisation de l'activité ?
De mon point de vue, le projet global (euroméd, tramway, friches) n'est qu'un agglomérat de tape à l'oeil sans cohérence, à l'image du projet avorté de l'america cup. L'expérience passée locale a déjà montré qu'il ne suffit pas de mettre trois ateliers de peintre et deux studios de cinéma pour régler les problèmes urbains et ramener la prospérité. Samson a d'ailleurs co-écrit un livre qui aborde le sujet et qui s'intitule "Gouverner Marseille", sorti en poche récemment. Je te conseille de le lire.
Actuellement, toutes ces réalisations ont avant tout un effet dévastateur sur la qualité de vie (et donc l'attractivité). Et l'histoire du multiplicateur supposé n'enlève rien aux engagements financiers énormes pris par la municipalité. Maintenant, le charme de l'économie urbaine, c'est aussi son côté un peu chaotique. Et dans l'aggglomérat, peut-être que certaisn éléments seront rentables. On verra dans dix ans si les bureaux destinés à des firmes hi tech sont vides ou non et si la rue de la république, vidée de ses classes populaires et moyennes s'est transformée en dortoir de cadres ou si les anciens occupants sont revenus par la fenêtre.
à l'opposé, la déghettoïsation et le net enrichissement du sud du neuf-trois historique ou de la zone Les Ulis/Mondétour dans le 91 de 1979 à 1985, que nul politicien n'a jamais revendiqué avoir voulu et qui eurent quand même lieu fait l'objet de bien moins d'études ou de délcarations tonitruantes, de même que l'évolution de la composition des populations résidant aux alentours d'Eurodisney avant et après son implantation.