On lit dans le Monde qu'il ne veut pas que l'écologie devienne une idéologie totalitaire et qu'il refuse que l'on somme l'homme de choisir entre la croissance et le respect de l'environnement. Un bien joli coup fourré qui ne devrait pas tarder à lui valoir l'excommunication par l'Apôtre Hulot. Je suis surtout curieux de voir la réaction du reste de la classe politique : va-t-elle en profiter pour lui emboîter le pas et abandonner Hulot en rase campagne, le laissant hurler à la fin du monde au clair de lune ? Ou va-t-elle au contraire stigmatiser l'attitude de Sarkozy et en faire le candidat we fuck the world, qui refuse de tenir ses engagements écologistes ?
Encore un joli cas de théorie des jeux. Le grand perdant est ici Hulot, qui s'est fait truander comme il faut.
Hulot : "Je renonce à me présenter, dans ma grande mansuétude, pour ne pas jeter plus de trouble dans le monde politique, mais j'use de mon immense charisme et influence pour vous forcer à signer un pacte écolo".
Sarko : "OK, donc je signe ton pacte. Tu ne te présentes pas ? Super. J'attends un peu pour supprimer ta capacité de comportement opportuniste, histoire que tu ne puisses plus te présenter... Voilà... Et je déchire ton pacte ! Hé hé, je t'ai bien eu..."
Comme dans les films et les échanges "diamant contre malette de billets", où l'acheteur sort la mitraillette, descend le vendeur et repart avec le diamant et l'argent. C'est pas fair-play de changer les règles au cours du jeu, mais c'est tellement efficace quand on est face à un neuneu. Si Hulot avait fait un peu de téhorie des jeux, il n'aurait pas fait signer son pacte et se serait présenté à l'élection.
Quant à l'attitude du reste de la classe politique, elle est donc à choisir entre "Coopérer" (ie.respecter le pacte) ou "Trahir" (ie.emboîter le pas à Sarkozy et dire qu'il faut arrêter de nous gonfler avec l'écologisme). Ceci dit, l'écologie a beau être la première préoccupation des français, comme nous le disent sérieusement les medias, je ne pense pas que cet épisode serve de support à une nouvelle campagne anti-Sarkozy. La mayonnaise aurait sans doute du mal à prendre. La meilleure attitude de la part des autres candidats semble donc d'abandonner Hulot à ses jérémiades et de ne pas s'embarasser de contraintes contractuelles... de toutes façons bidons et sans aucune valeur, qu'ils avaient probablement déjà oubliées, sans avoir jamais eu l'intention d'en faire le moindre cas.
Plus personne ne parle déjà de Hulot (c'est Bayrou maintenant), et son pacte dont il était si fier ressemble finalement à un bout d'os jeté à un chien pour qu'il aille jouer ailleurs et laisse les grandes personnes travailler entre elles. Quand on vit dans le merveilleux monde rose des Bisounours du paradis écologiste, on se retrouve rapidement en dindon de la farce du monde réel sur lequel on refuse obstinément d'ouvrir les yeux.