Chez Optimum, Econoclastes et autres blogs où on essaie de faire plus de l'économie que du "Roger remets-moi un demi de toutes façons moi chte dis le problème en France c'est l'immigration", on déplore souvent l'utilisation du terme "compétitivité" appliqué à une nation, ce qui suppose que le commerce international est un jeu à somme nulle, une guerre économique où tout ce qui est gagné par un pays est nécessairement perdu par un autre.
Comme Econo-Alexandre l'a récemment résumé (et comme Solow, Krugman et bien d'autres - tous! - l'ont montré avant), c'est la notion de productivité qui est au coeur de la croissance, en dehors de toute problématique internationale. Si la productivité est un enjeu majeur, ce n'est pas parce qu'elle nous permet de faire face aux vilains Chinois, c'est tout simplement parce qu'elle nous permet de créer davantage de richesses, pour nous. Une économie en autarcie est donc tout autant concernée par la problématique de la productivité qu'une économie totalement ouverte (même plus en vérité, puisqu'elle ne peut pas compter sur la division internationale du travail pour exploiter des différentiels de productivité).
Cette notion de productivité est bien difficile à introduire dans le débat public. On se souvient du discours de Mme Parisot qui fait un exposé pédagogique sur la croissance sans prononcer une seule fois ce terme. On ne le retrouve pas plus dans les discours des candidats, qui font valoir au contraire la notion de compétitivité - si ça va mal, c'est pas notre faute, c'est les Chinois qui sont plus compétitifs à cause de leurs bas salaires (et fi de la productivité associée).
Bref, la confusion entre ces deux termes semblait arrivée à son comble, mais notre glorieux quotidien national repousse les limites. Je lis ce matin sur la page du Monde.fr : La compétitivité a progressé fortement en Europe en 2006, sauf en France. Que diantre !? Qu'est-ce que c'est que ces calculs en bois ? Comment font-ils pour calculer la compétitivité de la France ??? Puis en lisant l'article, on se rend compte que c'est bien la notion de... productivité qui est mise en avant. On a donc réussi à subtilement ramener le terme de productivité au rang de synonyme de compétitivité. Une belle opération de désinformation et de propagation de l'ignorance orchestrée par des politiciens et medias ignares. Si, au terme de ce billet, vous pensez que je chicane et que cette distinction de forme n'a pas de fond, je crains bien que vous ne fassiez partie de leurs victimes.