L’excès d’optimisme sur les chances de succès est un de ces biais. La plupart des individus surestiment leur force et leur capacité à contrôler une situation de crise. Ainsi, 80% de la population se croirait, de bonne foi, plus intelligent que la moyenne, ce qui n’est guère compatible avec une répartition gaussienne de l’intelligence.

Si les déboires américains en iraq sont l’illustration de cet excès d’optimisme qui vient spontanément à l’esprit, les auteurs rappellent que les belligérants de la guerre de 14-18 étaient sans doute sujets au même type de biais.

Autre biais : la « dévaluation réactive ». Ce biais consiste à dévaloriser une mesure de conciliation, si elle provient de l’adversaire. On se souvient du succès qu’Ariel Sharon avait remporté dans l’opinion Israélienne en ordonnant le démantèlement des colonies dans la bandes de Gaza. On peut penser que si cette politique avait été préalablement réclamée par le Hamas dans le cadre d’une proposition de désarmement, par exemple, elle aurait sans doute été bien moins populaire, alors qu’elle aurait sûrement été plus avantageuse. De même, des concessions faites à l’Iran ou à la Corée du Nord dans le cadre des négociations sur leurs programmes nucléaires seront perçues comme des échecs si elles font partie d’un plan proposé par Mahmoud Ahmadinejed ou Kim Jong Il.

Les économistes connaissent bien le paradoxe d’Allais. Kahneman a développé, pour expliquer ce paradoxe, la théorie des perspectives. Selon cette théorie, les agents économiques sont averses à la perte, et son prêts à prendre un risque, même si celui-ci conduit à détériorer l’espérance mathématique de ses gains, afin d’échapper à une perte certaine. Il en irait de même des décideurs politiques confrontés à une situation de crise. Accepter un plan de conciliation passe par l’acceptation de concessions, qui sont considérées comme des pertes. Ces pertes sont certaines si chaque camp accepte le plan. En revanche, déclancher les hostilités peut entraîner des pertes bien plus grandes, mais permet l’espoir, en cas de succès rapide, d’éviter ces concessions et donc d’être dans une meilleure situation que si on les avait acceptées.

Si l’étude de ces biais ne condamne pas, par principe, les positions des faucons (le cas de la seconde guerre mondiale le rappelle opportunément), elle éclaire d’une façon assez nouvelle la lecture des crises internationales. Toutefois, cette théorie explique difficilement le soutien populaire aux accords de Munich (à la limite, elle explique le « bandes de cons » adressé par Daladier à la foule française venue l’acclamer) ou ce qui peut s’apparenter à un biais moralisant en faveur des colombes dans la diplomatie et l’opinion françaises. (j’entends par biais moralisant une attitude qui consiste à considérer non pas que les faucons ont tort stratégiquement, mais qu’ils commettent une faute morale d’être des faucons, quelle que soit la nature de leurs adversaires)