Le mépris du vote Bayrou "de gauche" et la théorie des jeux
Par Elessar le mercredi 28 février 2007, 18:06 - Présidentielles - Lien permanent
Connaissez-vous la meilleure façon de faire rentrer au bercail une partenaire tentée depuis longtemps par l'infidélité qui vient de passer à l'acte ? C'est très simple: aller la voir et expliquez lui d'un ton suffisant qu'il n'y pas plus débile que son idée d'aller voir ailleurs, que vous ne comprenez pas, même bête comme manifestement elle semble l'être, comment ça a pu lui prendre comme ça mais que si elle veut, elle peut revenir. Pas convaincu par la méthode ? C'est pourtant la stratégie que semblent appliquer les soutiens de Ségolène Royal, que ce soit dans la presse ou sur les blogs, envers le vote Bayrou "de gauche".
Petite illustration:
François Bayrou en martelant son ni de gauche ni de droite récupère ce que j’appellerai les poujadistes soft, ceux qui pensent que droite et gauche c’est pareil mais qui n’oseraient pas voter le Pen ou de Villier : les ni-ni, au mieux sincèrement déçus des luttes des clans mais le plus souvent sans courage, sans opinion et sans rêve.
ou encore:
François Bayrou c’est comme une aire de repos pratique, vous savez sur les autoroutes, avec les petites tables en bois pour le pique-nique, des jeux pour les enfants et un endroit pour faire pisser le chien mais c’est pas là qu’on va passer nos vacances.
ou encore, mieux écrit:
Jamais il n'avait eu idée plus folle, plus osée, plus inavouable. Plutôt que de voter blanc, voter mou. Franchir la ligne blanche, voter à droite, rien qu'un petit peu mais quand même... Ce fut une expérience incroyable, un cocktail de sensation, un vrai trip de l'underground civique. Il avait l'impression d'avoir fumé du colza à l'état pur.
Et on trouvera le même discours, plus édulcoré mais pas moins méprisant, par exemple chez Radical-Chic, chez Hughes et même dans la nouvelle équipe de Ségolène Royal (Bayrou, le candidat attrape-benêts, avec l’exception honorable, comme toujours, de Bernard Kouchner).
Pour résumer, la gauche socialiste semble totalement incapable de voir dans un vote Bayrou "de gauche" autre chose qu'un vote d'esthètes bobos à l'abri du besoin, décadents et désabusés, se faisant plaisir par un geste post-moderne vide de sens et sans aucune prise sur le réel.
Il se trouve que je fais partie de ceux, s'identifiant "de gauche", qui ne peuvent pas (mais sans second degré, hélas) voter pour Ségolène Royal, et je dois avouer que ce mépris m'exaspère et que la logique du raisonnement "voter Bayrou=voter Sarko" m'échappe totalement. Evidemment, si cette incapacité à prendre au sérieux un vote Bayrou "de gauche" se résumait à un quelconque crétin amateurs de bon mots pour dîners parisiens, un bouffon ancien ministre et certains blogueurs, ça n'aurait pas grand intérêt de la dénoncer. La bave du crapaud, tout ça. Mais il me semble que cette attitude est bien plus répandue que ça, et surtout qu’elle pourrait être une stratégie anti-Bayrou bien plus intelligente que ne le laisse penser mon introduction.
Il faut tout d'abord ne pas manquer de voir dans ces attaques un terrible aveu de faiblesse. J'aurais trouvé logique et convaincant qu'on me dise "toi qui te dis de gauche, il faut que tu votes Ségolène Royal plutôt que François Bayrou, elle est bien meilleure car ..." et s'ensuit un discours enflammé vantant la compétence de la candidate et l'intelligence de son programme. Je discute beaucoup de politique, je fréquente des gens plutôt diplômés, plutôt à gauche, et il est quand même frappant que presque personne n'essaie de défendre son projet ni sa méthode "participative". Il y a sûrement un biais de sélection dans mes fréquentations, mais ce manque d'entrain à défendre leur candidate en dit long sur le désarroi des quelques élites (au sens large) encore de gauche. Les fans de Sarkozy qui croisent ma route n'ont eux aucun complexe à défendre leur champion et son programme. Leur stump-speech n'emporte pas en général mon adhésion, mais au moins, j'ai l'impression que eux y croient.
A gauche, point de discours enflammés et point de débat de fond. Au lieu de ça, on commence en général par s'excuser ("tu sais, moi j'étais pour DSK") pour ensuite m'expliquer que voter Bayrou serait la pire des idioties. Parce que son programme est nul ? Non, du tout, en général on m'accorde à demi-mot qu'il est plutôt bon, mais c'est "stratégique, vois-tu. Voter Bayrou, c'est en fait voter Sarko. Et il faut tout faire pour éviter de faire passer Sarko. Et puis Bayrou, c'est un mou de droite, un imposteur" etc. etc., voir le début de ce post pour les citations les plus fleuries, "ne te fais pas avoir".
Cet "argumentaire" ne tient absolument pas la route. Tout faire pour éviter de faire passer Sarko, vraiment ? A en croire les derniers sondages, si vraiment le seul but est de faire obstacle à Sarkozy, on a tout intérêt à abandonner Ségolène Royal en rase campagne et de tous se rallier autour de François Bayrou. Car c'est bien lui qui est le mieux placé pour battre Sarkozy. "Oui, mais Bayrou n'a aucune chance de passer le premier tour" me dira-t-on. Si la gauche sérieuse vote pour lui, si. Et il battra Sarkozy, contrairement à Ségolène Royal.
De plus, si Ségolène est si sure de passer le premier tour, où bon sang est le mal de voter Bayrou ? En quoi est-ce un vote Sarkozy ? Rien, absolument rien ne m'empêche de voter Bayrou au premier tour et de voter Royal au second. Un vote Bayrou est avant tout une vote … Bayrou, pour l’homme et ses idées. Le seul scénario où un vote Bayrou serait un vote Sarko est celui ou voter Bayrou risquerait de faire passer Le Pen plutôt que Royal au premier tour. D'après les sondages, on en est loin et ce n'est pas du tout ce que la "dynamique des courbes", comme disent les sondeurs, laisse penser. Et pourtant, le matraquage stupide "Bayrou=Sarko" et les remarques méprisantes continuent et vont en s’accentuant.
Pourquoi ? Faisons un peu de psychologie. Chez les électeurs, il y a un coût psychologique à changer d’intention de vote. Il faut s’intéresser au candidat rival, lire (à peu près) son programme, l’écouter, et aussi avouer à soi mais aussi aux autres qu’on a eu tort au début, etc. Il y a également chez beaucoup d’électeurs l’envie de voter pour un gagnant (le bandwagon effect). Changer son intention d’un gagnant probable à un loser probable n’est donc pour toutes ces raisons pas particulièrement attractif : on doit faire des efforts, on se prive du plaisir de voir son poulain gagner tout en passant pour un rigolo auprès de ses copains.
C’est là qu’un petit détour pédagogique par la théorie des jeux s’impose (Hé, c’est un blog d’économie quand même !), et en particulier la notion d’équilibre multiple. Prenons un exemple illustratif, une crise financière. Vous détenez des devises d’un pays que vous suspectez au bord d’une crise de balance des paiements. Que faites-vous ? Vous vendez vos devises immédiatement, avant que la crise ne se confirme, après il sera trop tard. Mais si tous les détenteurs de devises tiennent ce raisonnement, tous vendent, ce qui déclenchera immanquablement une crise de balance de paiements, quels que soient les fondamentaux. C’est ce qu’on appelle une prophétie auto-réalisatrice. Dans ce jeu, il y a deux équilibres. Il suffit que tous les agents craignent la crise pour que, par leurs actions (vendre), ils la déclenchent pour de vrai (1er équilibre) et l’inverse : si personne ne craint la crise, personne ne vend et il n’y aura pas de crise (2ème équilibre). Retour à vous, petit investisseur individuel. Ce qui importe pour vous, finalement, c’est de deviner quel équilibre sera joué, c’est-à-dire d’anticiper les anticipations des autres. Que vous craigniez la crise ou pas n’a pas grande importance, ce qui compte, c’est de savoir si les autres la craignent, et de vendre le plus vite possible si c’est le cas. On aura reconnu le concours de beauté de Keynes chers aux adeptes de la théorie des conventions. Et la question vraiment intéressante (et ouverte en finance internationale) est : comment se forment ces croyances des agents, et comment peuvent-elles brusquement changer pour déclencher une crise ?
Retour à nos moutons. Ségolène Royal est-elle au bord de la crise, pour reprendre le vocabulaire du paragraphe précédent ? On retrouve les mêmes deux équilibres : si tous les électeurs du centre gauche la croient en sécurité, peu seront tentés par un vote Bayrou. Celui-ce ne décolle pas, confirmant ainsi les anticipations des électeurs, qui trouveront qu’ils ont eut bien raison de ne pas se casser la tête à changer de poulain à mi-course. Mais si tous s’attendent à ce que Ségolène Royal va être dépassée par Bayrou, ils se précipitent électoralement chez lui, il fait un tabac dans les sondages et il devient très crédible pour la victoire finale. Là encore, les électeurs de centre gauche, ses nouveaux fans, trouveront qu’ils ont été rudement bien avisés de payer le "coût" d’un changement d’intention de vote pour laisser tomber cette looseuse de Ségolène au bénéfice de François Bayrou.
Pour les soutiens de Ségolène Royal, il ne s’agit donc pas de faire re-changer d’avis les électeurs de gauche déjà tentés par Bayrou. Ceux-là, on s’en fiche complètement, ils voteront bien Royal au second tour et puis basta. Non, il s’agit d’éviter à tout prix que d’autres électeurs soient tentés et que, par le jeu des prophéties auto-réalisatrices, la béarnaise ne prenne et que Bayrou ne devienne un candidat crédible. D’où les petites phrases assassines et les moqueries. Il faut absolument augmenter le plus possible le coût psychologique d’une renonciation à voter Royal. Donc Bayrou est un mou sans avenir, un centriste sans ambition ni envergure, et surtout toi, électeur, tu es le dernier des bouffons si tu te fais avoir par cette supercherie, un benêt, voire un poujadiste qui s’ignore. Et si on continue à le dire très souvent très fort, on espère bien que ces insultes deviendront le discours dominant à gauche. Car c’est toute la subtilité d’une prophétie auto-réalisatrice : c’est la croyance dominante qui se verra confirmée dans les faits, par les actions des agents agissant en fonction de ces croyances. Celui qui sait influencer les anticipations sait changer la réalité. Donc réussir avec succès à faire croire à une majorité de gauche que Bayrou n’a aucune chance, c’est effectivement le défaire.
Tout de suite, on comprend mieux la hargne d’une gauche pourtant pas si éloignée, dans les faits, du projet de François Bayrou. Ils ont compris le danger. François Bayrou pourrait bien éliminer Ségolène Royal au premier tour en lui prenant le centre gauche, et chaque point de sondage qu’il gagne crédibilise cette alternative, précipitant le mouvement. Donc branle-bas de combat, cette alternative doit être décrédibilisée à tout prix, et chacun y va de sa petite phrase. Mais peut-être que le mal est déjà fait ? Dans les derniers deux mois, François Bayrou est passé de 5% à 19%, et il monte encore.
Evidemment, la théorie des jeux n’explique pas tout. On aura en particulier noté l’absence totale d’arguments politiques. Je n’ai a aucun moment expliqué en quoi Bayrou serait un meilleur président que Royal. Une fois que Royal et Bayrou seront au coude à coude, c’est, je l’espère pour la démocratie (et pour Bayrou !), bien sur leurs projets et leur personnalité que se fera la différence. Mais le soudain concert de mépris venant de la gauche socialiste m’étonnait et exaspérait tant que j’ai essayé de lui trouver une explication rationnelle. Je pense que la théorie des jeu en offre une crédible. Il reste aux soutiens et électeurs potentiels de François Bayrou de retourner la logique et d’arroser l’arroseur. Le plus important n’est pas de voter Bayrou, mais de le dire, de le claironner haut et fort. Plus les électeurs de Bayrou seront visibles et audibles, plus l’électeur de gauche moyen entend au bureau ou en famille qu’untel, de gauche, va voter Bayrou, plus sa victoire deviendra crédible et plus cet électeur sera lui aussi prêt à sauter le pas.


Commentaires
En effet, pour faire changer d'avis quelqu'un, il vaut mieux essayer de le convaincre que de le stigmatiser. Sur notre site, on essaye de montrer pourquoi la gauche et Ségolène Royal ont le meilleur projet. C'est un blog collectif, donc il y a aussi de la stigmatisation de Bayrouistes.
Quelques commentaires sur ce billet.
- Bizarrement, la phrase que tu as choisi de mettre en valeur est également la plus fausse. "Rien, absolument rien", c'est tout de même un peu exagéré comme tu le soulignes toi même puisque tu trouves quelque chose dans la phrase suivante.
- Que penses-tu de l'argument suivant : " Au dela du positionnement actuel, l'experience prouve que Bayrou est plutôt de droite, d'ailleurs il soutenait le même candidat à la présidentielle que Sarkozy en 1995. Ils étaient dans le même gouvernement entre 1993 et 1995. Surtout, même s'il essaye de les débaucher, les personnalités de gauche refuseront le gouvernement de coalition nationale (elles l'ont affirmé), il devra donc gouverner avec Sarkozy ; s'il dépasse SR au premier tour de l'élection, la gauche sera exclue du deuxième tour et on aura alors le choix entre droite et droite : Bayrou/Sarkozy ou Sarkozy/Bayrou".
Dans ces conditions, un vote Bayrou peut s'apparenter à un vote Sarkozy, non ?
Tu peux évidemment rétorquer que ce raisonnement se base sur l'hypothèse que les personnalités de gauche refuseront la coalition nationale. Mais pourquoi donner moins d'importance à leurs paroles qu'à celles de Bayrou lorsqu'il dit qu'il a changé ?
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"C'est un blog collectif, donc il y a aussi de la stigmatisation de Bayrouistes" ??? La logique du "donc" m'échappe. On est plusieurs, donc on stigmatise les Bayrouistes ? A moins que tu ne sois un adepte de Brassens :-)
Plus sérieusement, je suis assez clair amha que le "rien, absolument rien" est dit dans le contexte d'un passage de Royal au second tour. De plus, ce qui se passerait au PS et à l'UMP après une victoire de Bayrou mérite un post (voire plusieurs) à part. Je remarque juste, à titre d'exemple, que DSK est resté assez muet à ce sujet et n'a rien exclu à ma connaissance. Il me parait évident, vu les différences évidentes entre Bayrou et Sarkozy et vu le fonctionnement d'un système (semi-)présidentiel, qu'un deuxième tour Bayrou/Sarkozy est loin d'être bonnet blanc et blanc bonnet et que les différences de personnalité et de politique sont grandes. Mais là on sort du sujet du post initial, qui se voulait strictement apolitique.
LSR
En attendant, je trouve "décevant" que les socialistes se retranchent derrière ce stratagème qui ne convainc que leur électeurs habituels en délaissant ouvertement (s'en rendent-ils bien compte?) les indécis, qu'un positionnement plus politique pourraient séduire.
Par ailleurs, cela n'attirera certainement pas les électeurs de Bayrou qu'ils ont insulté auparavant à voter pour eux au second tour (si Ségolène y est, ce qui reste assez probable), alors que ces électeurs seront capitaux, puisque les électeurs plus à gauche que Ségo voteront certainement pour elle au second tour, et ceux plus à droite que Sarko voteront pour lui.
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Il y aura au deuxième tour, dans l'hypothèse Royal/Sarkozy, amha effectivement une bataille pour le centre, donc pour l'électorat de Bayrou. Dans cette optique, la stratégie de Sarkozy (ignorer toujours, insulter jamais) me semble plus intelligente. Mais le problème du PS, c'est qu'ils doivent déjà craindre Bayrou au premier tour, et donc le décrédibiliser. D'où leur situation peu enviable: ils doivent expliquer au centre gauche que voter Bayrou est idiot, mais devront ensuite aller voir ces mêmes électeurs pour leur demander de bien vouloir voter Ségo maintenant. Bon courage.
Je ne suis pas sur que Ségo passera le premier tour, et je suis assez certain qu'elle échouera au second.
LSR
Et dire que Nash et Selten m'ennuyaient !
Belle (tentative de) rationalisation du discours des socialistes sur le candidat de l'UDF bien loin du débat d'idées affiché.
La réponse de l'UMP commence également à être intéressante avec un mélange de condescendance et d'inquiétude assez schizophrénique.
Et pendant ce temps là toujours pas de débat réel sur les grandes orientations pour les 5 ans à venir; navrant.
Juste une dernière chose sur le bonnet blanc, blanc bonnet du commentaire de Smith : qu'on fait de la politique fiction avec un second tour Bayrou/Sarkozy, le postulat "les personnalités de gauche refuseront la coalition nationale" me semble hasardeux.
Bayrou au second tour signifie, pour moi, centre gauche et centre droit réunis, extrême gauche forte d'où une explosion du PS (UMP mal en point également) et évidemment plein de prétendants à gauche (comme à droite) pour cette grand coalition.
Quand on évoque un tel changement pourquoi ne pas raisonner jusqu'au bout ?
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Toujours pas de débat réel, effectivement. [long soupir]
Je suis d'accord avec la suite: une élection de Bayrou sera un tel choc qu'il me parait incorrect de raisonner à partir de la situation ex ante. Je ne sais pas ce qui arrivera au PS (ni à l'UMP, qui me parait quand même plus solide), mais il est clair qu'il y aura de gros changements. Et se baser sur les affirmations des éléphants est complètement naïf. Quand le choix sera d'avoir un peu de pouvoir dans la gauche d'un parti centriste ou faire de la figuration dans la gauche de la gauche, on verra bien qui renoncera à la première option.
Comme dirait Selten : les affirmations des éléphants ne sont pas subgame perfect :-)LSR
C'est l'article que j'aurais aimé faire. Voilà.
Mais je crois qu'il faudrait mâtiner ici - sans renoncer ni à l'explication, ni à l'économie - de notions comme le bannissement, l'exorcisme, qqch comme ça.
Tu sais, "Celui dont on ne doit pas dire le nom" ("those we can't speak of", The Village de Shyamalan) ...
Voilà, j'ai trouvé : c'est une affaire de famille. On dit aux bayrouphiles : si vous faites ça, vous quittez la famille. Vous perdez tout l'acquis de confiance entre nous. Vous êtes des sociaux-traîtres maudits jusqu'à la vingtième génération - des chiens qui pissent, des plants de colza secs à passer au brûlis.
(Oui, j'exagère un peu, mais voyez le contraste avec Kouchner et Cohn-Bendit).
Et revenons à l'économie : dans quelles circonstances a-t-on besoin de faire un film pareil à l'associé de trente, de cinquante ans, pour qu'il ne quitte pas le navire ? ...
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Ben merci !
LSR
Oups, j'oubliais : et pourquoi cette stratégie du désespoir est-elle vouée à l'échec ?
Comprenons-nous bien : si les liens de famille étaient si forts, elle pourrait marcher, et même très bien.
Et entre élus, parlementaires, conseillers municipaux même ... les liens sont forts dans la grande famille de la gauche. Rien d'anormal à cela.
Oui mais, combien de Français se disent "de gauche, votant toujours à gauche, confiants dans les gouvernements de gauche" ? Combien font partie de la famille ? Au pifOmètre sondagier, 10%.
Cette stratégie ultra-défensive est sans effet sur les 90% d'autres électrices et électeurs.
Votre raisonnement aurait gagné en efficacité si vous aviez pu citer un blogueur qui ne soit pas un bobo et qui dise voter Bayrou!
"Rien, absolument rien ne m'empêche de voter Bayrou au premier tour et de voter Royal au second."
Mais non! Il faut faire le contraire! Moi, je voterai Royal au premier et Bayrou seulement au deuxième!
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Des blogueurs qui disent voter Bayrou, il y en a plein. Versac (je n'ose dire qu'il en fait parti) en parle par exemple. Pour mon avis sur le concept de bobo, voir son post également.
Je ne comprends pas la fin: si tu vote Royal au premier tour, il n'y aura pas de Bayrou au second.
LSR
Parce que le problème dans votre raisonnement c'est que si vous votez Bayrou (et si beaucoup de gens de gauche le font) au premier tour, au deuxième vous aurez le choix entre Le Pen et Sarkozy.
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Très peu probable, vu les sondages de ce moment. Et Bayrou et Royal sont devant Le Pen, dont on ne sait même pas s'il aura ses signatures. Il faudrait qu'il soit devant Royal et Bayrou pour que ton raisonnement tienne. Il est clair dans le discours des soutiens de Ségolène Royal que leur crainte n'est pas Le Pen, mais bien Bayrou lui-même.
LSR
Eric : soyons sérieux ... il y a plus de 300 blogueurs pro-Bayrou rien que sur le répertoire Place de la démocratie, dont plus de 250 non-parisiens (dont moi-même :-) ), prétendriez-vous que tous sont bobos ?
Eric : soyons sérieux... d'après la dernière vague de sondage, Bayrou au pire fait 12%, Royal au pire 25%. Au plus désavantageux, ils en font donc 16,5% chacun, et au mieux Le Pen fait 14%. Votre argument ne tient que si la dynamique des sondages change fortement. Cette tentative de faire croire que Le Pen est le "vrai" troisième homme n'est pas crédible en l'état. Elle est même malsaine.
Je trouve cette analyse intéressante, et elle ne manque sans doute pas de pertinence.
Admettons qu'il y ait du vrai; c'est une stratégie de perdant, purement défensive. On essaie de stopper l'hémorragie et on fait le dos rond en espérant que ça passe au 1er tour, et ensuite on joue le même air au second tour (Sarko=Facho), et pour finir:
- on promet un troisième tour social si on perd (cas le plus probable)
- on met Jack Lang à la Culture si on gagne. 26 ans après 81, le n-ième come-back. Il faudra publier les discours de Jack lors des pots de départ à la retraite de tel ou tel pilier de la rue de Valois; mise en perspective historique et lyrisme garantis.
Tout cela est-il vraiment sérieux?
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C'est sur qu'avec un programme sérieux et réaliste, ce serait plus facile pour le PS. Mais ça requiert certains sacrifices et renoncements pour lesquels ils ne sont apparemment pas encore murs. Peut-être après la prochaine défaite ?
LSR
Démocratie? éclaire un point des comportements de marché que le billet initial ne traitait pas de façon pleinement satisfaisante : la surréaction de Jack Lang à la progression sondagière de François Bayrou. Merci Démocratie? :-)
Je me suis demandé si mon égo devait être endolori de ne pas être cité aux nombre des blogueurs anti-bayrouistes primaires, ou s'il devait être flatté que tu aies discerné dans mon argumentation (depuis novembre 2006 au moins http://swissroll.info/?2006/11/26/8... et je viens d'en remettre une couche http://swissroll.info/?2007/03/03/9... , mon égo ne pouvant par ailleurs envisager que tu ne m'aies pas lu!) un raisonnement politico-institutionnel et non du mépris... ;-)
Un Bayrou qui se serait présenté comme un candidat de droite alternatif à Sarko m'aurait intéressé, de même que s'il s'était présenté comme une alternative à un Fabius dans son trip gauche qui résiste... Mais pas contre Sarko ET Royal (qui, comme sa réaction sur Airbus le montre, n'est pas blairiste d'instinct, mais me paraît quand même la meilleure chance du PS depuis l'échec de Rocard à succéder à Mitterrand en 1988), pas dans une posture ni gauche ni droite, ou l'un et l'autre à la fois. Je n'aime pas le régime d'alternance bipolaire, mais sa force est au moins de ramener la gauche aussi bien que la droite au centre. A l'inverse, un centre mythique dans un pays aussi bipolaire que la France me paraît complètement irréaliste. Et l'union nationale c'est l'alliance des adversaires sur un programme limité (voir la grande coalition allemande), pas l'émergence d'un consensus centriste.
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Mais faut pas se vexer pour si peu :-)
J'avais lu le deuxième de tes posts (après avoir écrit le mien, d'ailleurs) et effectivement il y a trop d'analyse politique pour qu'il entre dans ma catégorie de "post méprisant de gauche". Le premier post, que évidemment j'avais très finement lu lorsqu'il a été publié, est lui aussi trop politique.
Note que ceci ne vaut pas accord de fond. Ca mériterait un long post en soi (que j'ai l'ambition d'écrire un jour), mais il me semble faux de dire que la France est "bipolaire". Cette bipolarité est (comme dirait un économiste) endogène au système politique. Il est d'ailleurs frappant que tous tes exemples sont issus de la 5ème république. C'est précisément parce que nous avons un système majoritaire que nous avons un paysage politique bipolaire, et pas le contraire.
De plus, je ne suis pas du tout convaincu qu'un système majoritaire ramène au centre. Là encore, ca mériterait un long post (que j'ai l'ambition etc . etc. :-) )
LSR
Ce que nous découvrons ici, à travers cette accusation qui vous saisit comme moi, accusation délirante, pour le PS en dehors de ses propres pratiques, comme on dit "à côté de ses baskets",
c'est qu'au fond, tout ceci, la Gauche, n'a été qu'une illusion - et pire, bien pire, qu'elle n'a pas été collective, c'est à dire même pas partagée par nos accusateurs d'aujourd'hui qui se rallieront demain à toutes les pratiques, mêmes les plus droitières dans les faits, s'ils étaient élus.
Ils n'accusent pas. Ils contre-accusent. Face à la nudité de cette accusation silencieuse, la nôtre, notre vote, la tranquille affirmation de notre vote, ils se démènent pour que les gens regardent ailleurs.
J'ai la faiblesse de croire que c'est par honneteté, par sincérité de gauche, que nous votons Bayrou.
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Nous partageons la même analyse et la même faiblesse.
LSR
Je suis tout à fait d'accord que les petites phrases méprisantes des socialistes de l'establishment sont à la limite de la correction à l'égard des électeurs. Certains ont décidé qu'il ne pouvait y avoir que 2 possibilités de gouverner en France : à droite ou à gauche, les extrêmes étant par définition répugnantes et le centre, un appoint de la droite. Bayrou propose une autre façon de faire de la politique en disant non à l'affrontement gauche-droite, oui à la concertation, qui se pratique d'ailleurs communément en Belgique, en Hollande ou ailleurs. Et à droite comme à gauche, on nous explique que nous, électeurs moyens voire médiocres, nous ne serions pas capables de comprendre cette façon de gouverner... C'est plus que méprisant, c'est insultant. Si c'est notre choix d'électeurs et de citoyens, nos humbles serviteurs que sont les membres de la classe politique devront bien s'en accomoder. Et aux socialistes qui pensent que voter Bayrou, c'est voter Sarkozy, je demande ce qu'ils pensent du comportement des sarkozistes à l'égard de Bayrou. Apparemment, pour eux, voter Bayrou, ça n'est pas vraiment voter Sarkozy. En fait, droite et gauche cherchent à se partager le gâteau comme ils l'ont fait pour la présidence du Parlement européen, où ils ont refusé la concertation et le choix d'une personne de consensus et se sont partagé le temps de présidence en votant les uns pour les autres, ridiculisant la fonction et l'image du Parlement.
@François Brutsch : "un centre mythique dans un pays aussi bipolaire que la France"
Mais ... la France est-elle vraiment bipolaire ? qu'est-ce qui l'atteste ?...
Ni nos communes, ni nos régions, ni nos députés européens ne sont bipolaires ; ni nos entreprises ni nos associations ; ni nos journaux ni nos télévisions ; ni nos familles ni nos paysages ni nos îles d'outremer ni nos arts ni nos monuments ni notre histoire ni notre recherche ... ni notre administration publique ni nos syndicats ...
La seule chose qui soit bipolaire en France, c'est la classe politique d'Etat, et à travers la médiatisation de celle-ci, la représentation que se font les gens du pouvoir d'Etat.
Mais n'est-ce pas, par rapport à l'évolution de la société depuis des décennies, un archaïsme qui tombe maintenant en poussière ?
@François Brustch 2 : peut-être votre commentaire laissait-il entendre que l'opinion publique serait bipolaire, que les attitudes et opinions des gens sur les sujets politiques serait fortement structurées par un axe droite-gauche. Cette hypothèse est fausse ; toutes les enquêtes à ma connaissance depuis au moins 20 ans (peut-être 30) montrent que l'opinion se structure sur un axe qui en termes politiques, se traduit "UDF et Verts <-> FN et LO", ce que M. Bayrou appellait dans les années 90 "pro-européens vs anti-européens".
La structuration droite-gauche n'apparaît, au mieux, qu'en "axe n°2" dans les analyses des opinions.
Pour les aggrégateurs: beaucoup de réponses aux commentaires en italique, dans le style d'Eolas et SM.
LSR
@LSR, FrédéricLN: C'est le problème de l'oeuf et de la poule: la bipolarité tient-elle au système politique, ou le système politique est-il bipolaire là parce que la bipolarité convient aux Français (malgré ses limites, http://swissroll.info/?2007/02/08/8... )? La Constitution de 58 va sur ses 50 ans... La France me paraît à la fois plus morcelée mais plus bipolaire que l'Allemagne, plus bipolairement conflictuelle même que le plus achevé des régimes d'alternance: le Royaume-Uni. Je crois donc davantage à l'évolution des pratiques à partir de la gauche (qu'avait tentée un Rocard) ou de la droite (un peu sous Giscard) qu'à l'homme providentiel au centre.
&F. Brutsch : en admettant par hypothèse que la politique nationale française soit bipolaire, il faut alors constater que cette bipolarité est marquée par la rigidité des doctrines des "grands partis" et par le surgissement de partis qui rendent obsolètes et marginalisent ceux-ci, à un rythme d'environ un tous les vingt ans ... contre un par siècle environ en G-B / E-U.
= MRP en 1945, en même temps le RPF ressuscité en UNR en 1958, PS en 1971,
(sans oublier, mais c'est hors bipolarité ... - le FN en 1983).
J'ai surtout le sentiment que les militants historiques du PS ont bien compris que leurs chances à la présidentielle sont faibles depuis la nomination de Ségolène, qui n'a aucune chance de parvenir à fédérer hors de son camp. De toutes façons, Ségolène ne souhaite manifestelment pas leur soutien pour sa campagne, alors, fort logiquement, leur raisonnement se porte sur les législatives.
Car le vrai problème posé par la montée de Bayrou au PS, c'est le risque de voir le PS perdre toute chance de jamais pouvoir monter quelque majorité que ce soit à l'assemblée, que ce soit avec l'actuel mode de scrutin ou un autre, aucun mode de scrutin imaginable ne pouvant lui être plus favorable que l'actuel.
Notons qu'à l'origine, UMP voulait dire "Union pour une Majorité Présidentielle" ?
Moi, enseignante de Gauche, je revendique le droit de voter Bayrou. Je suis peut etre stygmatisée par mes anciens collègues (mais ceux que je cotoie sont de mon avis) ça ne m'empeche pas d'etre objective. Le leit-motiv que les "amis" de gauche me serinent : Bayrou était ministre de l'EN,il n'a rien fait. Erreur monumentale à ne pas développer devant moi. J'étais dans le système à cette époque et j'ai vécu les "réformes Bayrou" (d'ailleurs il n'a pas voulu qu'elles portent son nom) de près. Il a discuté AVEC les syndicats d'enseignants, il a introduit les langues au primaire, il a modifié la procédure de recrutement de maitres de conférence, il est à l'origine de la charte des thèses, il a créé des passerelles entre universités et grande écoles etc.. Le texte est immense mais le seul reproche que l'on peut faire à F.Bayrou c'est que ses successeurs au Ministère se sont empressés de mettre tous ces projets dans un tiroir pour ne plus s'en servir. Donc fin de la guerre Gauche-Droite, c'est AUSSI fin de l'abandon des idéologies partisanes qui ne font que faire reculer la France dans ce contexte.
Le raisonnement part de l'hypothèse que les électeurs appartiennent à un cam et que c'est dur de la quitter
C'est à mon avis de moins en moins vrai
S'il y a 50% d'indécis, la stratégie du PS est elle la bonne?
Après trois semaines, on peut tirer un bilan de cette stratégie de communication : on peut probablement lui attribuer un ou deux points de repris à François Bayrou :
"François Bayrou, de son côté, perd encore du terrain à 21% (-1,5), ... après avoir atteint son plus haut niveau (23%) les 8 et 9 mars. Selon l'Ifop, la baisse provient essentiellement de sympathisants de gauche."
Repris durablement ou non ? suspense !
juste pour mon information personnelle, comment se fait il que le message que j'ai posté hier soir soit supprimé ?
hier soir il était visible, faut il s'inscrire pour qu'un message soit disponible plus de 2 heures ?
il ne contenait rien d'insultant, donc s'il etait possible que l'on me reponde
merci d'avance
Il n'y a rien dans l'antispam, et je n'ai pas effacé de message. Donc soit vous avez mal posté votre commentaire, soit Elessar l'a supprimé pour une raison ou une autre, soit il y a un bug qui m'échappe. Antoine B.