Pétrole ânes
Par VilCoyote le jeudi 15 février 2007, 14:45 - General - Lien permanent
Je lis dans Le Monde que L'association de consommateurs UFC-Que
choisir a proposé une taxe de 1 milliard d'euros par an pendant cinq ans sur
les profits des groupes pétroliers, afin d'aider les consommateurs à diminuer
leur dépendance au pétrole et d'investir en faveur de
l'environnement.
On ne commentera pas le slogan "l'essence, c'est tabou, on en viendra tous à
bout" qui transparaît là, et je ne ferai que m'interroger sur la légalité d'une
telle taxe (euh, pourquoi cinq ans d'ailleurs, et pas dix ou un?). Je
m'interroge car mes compétences juridiques sont nulles, je pose donc la
question : instaurer une taxe spéciale sur les profits d'un secteur
particulier est-il possible ? Certains produits sont spécialement taxés
(tabac, alcool, essence) ou partiellement détaxés (médicaments, produits
agro-alimentaires), mais il ne me semble pas que certaines entreprises paient
une surtaxe sur leurs profits en raison de leur appartenance à un certain
secteur d'activité. Corrigez-moi si je me trompe...
Au-delà de l'idée "boooouuuh les profits c'est mal", cette mesure me paraît
d'autant plus débile que les groupes pétroliers sont les acteurs les mieux
placés pour investir dans des technologies "propres" et pour réparer les
soudures des essuies-glaces de leurs supertankers; surtaxer leurs profits ne
peut que décourager leurs efforts dans ce domaine.
L'article continue : Le secrétaire général de la CFDT, François
Chérèque, a estimé sur RMC que les profits de Total venaient d'"une forme de
spéculation sur le pétrole", au détriment du consommateur final.
Il faudrait m'expliquer ce que veut dire une forme de spéculation sur le
pétrole... Peut-être l'offre et la demande, sur lesquelles Total
n'a d'ailleurs virtuellement aucune emprise (l'offre dépendant des quotas de
l'OPEP. Ou alors Total a des taupes à l'OPEP...). On remarquera par ailleurs
que les profits records de Total en 2006 correspondent à une année où les prix du pétrole ont baissé (edit : on me signale en
régie que je me suis craqué. Les prix ont augmenté en moyenne. Mais ils ont
baissé sur le deuxième semestre ;-).
Le scandale, c'est que M. Breton nous avait promis qu'il y aurait plus
de contrôles vis-à-vis des compagnies pétrolières pour qu'ils appliquent cette
baisse à la pompe", a-t-il souligné.
Ca, je ne peux qu'être d'accord. Il est scandaleux qu'il l'ait promis; de
même qu'il était scandaleux d'avoir annoncé cet automne que le développement
des véhicules roulant au flexcarburant allait lui ''permettre, dans les discussions avec les pays producteurs de
pétrole, de démontrer que nous avons le choix'' (sic). Là encore, en vertu
de quoi (légalement parlant) le gouvernement aurait-il la possibilité
d'administrer les prix à la pompe et d'obliger les stations à reporter les
répercussions de la hausse des prix du brut ?..
Au-delà de la démagogie et de la stupidité économique de ces propos, il y a une
absence totale (hé hé... j'ai pas fait exprès) de questionnement sur la
faisabilité juridique des mesures proposées. Si quelqu'un dans l'assistance
veut bien la commenter...


Commentaires
Puisqu'on parle du sujet et s'il y a des gens instruits, j'ai lu cet article de la Wikipedia anglophone http://en.wikipedia.org/wiki/Windfa... qui m'a appris que quelque chose de vaguement similaire a été en vigueur sous Reagan aux États-Unis.
Quelqu'un en sait plus sur cette expérience (moi absolument rien, je vous le dis tout de suite) ?
Vil: une année où les prix du pétrole ont baissé.
Non, en moyenne sur l'année les prix du pétrole ont augmenté par rapport à 2005.
Juste histoire de préciser les choses :)
LB : Exact, lecture trop rapide du graphique. Mea maxima culpa :-) En fait j'étais resté sur l'impression des derniers mois, alors je reformule : un SEMESTRE où les prix ont baissé ;-)
Bon OK c'est la honte quand même.
(Sans juger sur le fond, hein... : je ne fais que répondre à l'interrogation sur la "faisabilité")
Les compagnies pharmaceutiques implantées en France ont, à plusieurs reprises, et de leur "plein gré", suite à un "consensus" obtenu après "débat" avec les commissaires agréés de l'état, versé des contributions exceptionnelles à l'une ou l'autre des lignes comptables de la Sécu ou apparenté. De mauvaises langues diront qu'il s'agissait probablement aux deux parties négociantes de s'épargner l'une à l'autre les considérables efforts requis pour une démarche en règle, transparente, bien en vue du public, et tout, et tout.
Il est vrai que depuis, les exigences de coporate governance ont un peu changé les choses.
sur le fond, Total pratique effectivement une spéculation. L'entreprise est libre de baisser ses tarifs à concurrence de l'entierté ou d'une partie de ses profits.
C'est son choix, mais il est ridicule dans ce contexte de venir sortir que Total n'a aucune prise sur l'offre et la demande...
Sans compter que l'approche ultra orthodoxe qui apparait dans cet article est comme toujours miné par la contradiction entre la description, d'une part, d'une entreprise contre laquelle le pouvoir politique ne peut rien car elle dispose de suffisamment de puissance pour contourner des contraintes nationales, et donc en quelque sorte le fonctionnement du marché national, et d'autre part, une pauvre petite entreprise qui se trouverait laminée par des vilains politiques qui sont plus bêtes que le cafetier du coin en faisant évoluer la fiscalité. Faudrait savoir, parce que là c'est de la schyzophrénie.
PS : Les profits de Total n'ont jamais été aussi élevés et l'accident de l'Erika montre que cela ne change rien à la qualité des soudures de quoi que ce soit. Il faut de la contrainte contre de telles entreprises. Mais, enfin, c'était bien essayé.
Trop bête (c'est pas moi qui l'ai dit) :
- qu'est-ce que vous comprenez dans le mot "spéculation"? Comment le définissez-vous ?
- Le prix du pétrole est fixé par le jeu du marché (imparfait, cela va sans dire), Total n'y est pour rien.
- après j'ai rien compris et je ne retrouve rien de cette schyzo dans mon propos... Faudrait éclaircir le votre.
- j'attendais l'Erika... ça a pas traîné.
a) un accident spectaculaire et ultramédiatisé ne reflète pas une situation générale.
b) Total n'a AUCUN intérêt à ce que ce genre d'accidents se produisent.
c) il faudrait voir à arrêter cette caricature ridicule (quoi que marrante aux Guignols avec la World Company, mais c'est tout) de la FMN immorale qui cherche à détruire la planète.
@André B. Les US ont instauré une "windfall tax" dans les années 80 qui s'appliquait sur les "surprofits" (la rente en fait) des compagnies américaines membres d'Aramco. Elles avaient acces au brut Saoudien a des prix inférieurs aux prix du marché, je ne me souviens plus si c'était un prix de liste qui ne leur était accessible qu'a elle ou directement a la rente de producteur.
Le problème de l'aspect "spéculatif" mentionné par Chéreque (qui est loin d'etre *on) correspond au fait que lorsque le prix du brut monte sur le marché, les compagnies augmentent le prix a la pompe plus vite qu'elles ne le baisse lorsque le prix du brut diminue. Un jeu sur le timing qui doit etre pratiqué dans des tas de business.
Ceci dit ca va pas vraiment chercher beaucoup de cacahouètes car il s'agit d'une amélioration des marges, de vente de carburants, en France, de quelques pouyemes sur le 1/4 de prix du produit (le reste sont des taxes).
Finalement la question n'est elle pas de dire que le retour sur capital employé de Total est relativement faible sur un cycle complet et rémunere une activité hautement capitalistique hyper volatile.
@Merlin :
quelques pouyèmes sur le quart du prix, cela fait, pour le vendeur, 4 fois plus de pouyèmes (en proportion de son chiffre d'affaires) que cela n'en fait pour l'acheteur (en proportion de son budget carburant).
@VilCoyote et Merlin : si les stations service peuvent se permettre, sur le "marché libre" de la vente de carburant, d'augmenter leurs marges en arguant faussement des fluctuations du prix du brut (hypothèse d'école), cela démontre tout simplement que la concurrence n'est pas, sur ce marché, "libre et non faussée". Que les distributeurs de carburant sont en monopole de facto sur une grande partie de leur clientèle (voir sur ce blog le bel exemple de la route de Pontoise à Argenteuil). Ce qui légitime, en bonne théorie économique, des formes de contrôle politique, ou citoyen, sur les prix ...