Cette situation est pareto-optimale : le ripou gagne 30€, le contrevenant en économise 38, et la loi est appliquée (la cigarette est éteinte). Cela ne semble cependant valable que si on prend la situation à partir du moment où l'infraction est constatée. En effet, si on la considère à partir du moment où la cigarette est allumée (avant l'intervention du ripou), le chantage fait perdre 38€ au contrevenant. Mais on peut aussi considérer que, même si l'infraction n'est pas encore constatée, elle tombe déjà sous le coup de la loi et que le contrevenant doit déjà 68€ au moment où il allume sa cigarette dans la cour du lycée. Auquel cas la situation est pareto-optimale quel que soit l'angle sous lequel elle est considérée, puisque de toutes façons le contrevenant dégrade automatiquement sa situation de 68€ en allumant sa Marlboro Light (et oui mes pauvres, la bonne vieille Gitane Maïs c'est fini...).

Ceci pose plus généralement le problème de l'appréciation d'une situation pareto-optimale. Ainsi, la proposition "la bourse ou la vie" d'un méchant voleur à un innocent passant peut être vue comme pareto-optimale à partir du moment du braquage : le passant garde la vie sauve, le voleur repart avec le portefeuille. Mais cette situation considérée quelques secondes avant ne l'est évidemment pas : la situation du passant est dégradée par l'agression.

La définition de la pareto-optimalité dépend donc du problème de savoir à partir de quand on considère cette situation. Plus on va éloigner le point de référence, plus il y a de chances que son évolution passée ait à un moment ou à un autre dégradé le bien-être d'un des acteurs. Et si on prend comme référence systématique la situation actuelle, il paraît néanmoins légitime de s'interroger sur comment on en est arrivé là - n'est-ce pas en dégradant précédemment le bien-être d'un des acteurs ? Le problème se repose.

Moralité : ne fumez pas dans les lieux publics, ça donne lieu à des posts idiots.