Le dilemme du politique
Par VilCoyote le lundi 29 janvier 2007, 19:01 - Lien permanent
Lieu commun qu'est ce que je m'apprête à dire, mais comme Patrick Bruel,
j'le dis quand même.
La politique est un vaste dilemme du prisonnier : soit je suis
intelligent et honnête, par exemple en ne faisant pas de démagogie xhénophobe
sur les importations (cf. le post d'en-dessous), et tous les autres candidats
font de même, auquel cas l'ensemble du pays bénéficie de cette droiture
(droititude?) d'esprit. Mais si un candidat adopte un comportement opportuniste
et flatte les vils instincts du peuple par quelque adroit populisme, c'est
probablement lui qui l'emportera, et tous les autres y perdront. Le
comportement rationnel en politique est donc d'être malhonnête
intellectuellement (voire ignorant, c'est plus simple) et populo-démagogue, ce
qui préserve ses chances d'être élu mais nuit à l'ensemble de la
communauté.
J'ai beau chercher, je ne vois aucun incentive qui pousserait les hommes et femmes politiques à se comporter de façon non opportuniste. Enfin si, un seul : que les électeurs soit assez intelligents pour ne pas répondre aux sirènes de la démagogie, de l'ignorance et du préjugé. Mais autant demander à un cheval de bois...


Commentaires
"J'ai beau chercher, je ne vois aucun incentive qui pousserait les hommes et femmes politiques à se comporter de façon non opportuniste."
à supposer qu'homme politique soit une qualité exclusive.
Par exemple, dans un village que je connais bien, un agriculteur du village a le triple défaut d'être croyant, honnête et politisé. Il ne sera jamais maire, mais et infiniment plus aimé, aidé, et respecté que le maire.
Disposerait d'un argument de poids contre la professionnalisation (ou le fonctionnarisation) en politique ?
Traduit dans ton contexte, ça donne grosso-modo que tous jouent au con, car même dans un contexte où tous tiendraient un discours intelligent, le premier à devenir démago gagne. La différence avec les prisonniers, c'est que ces derniers trahissent presque malgré eux; il voudraient bien ne pas trahir, mais doivent être sûr que l'autre non plus. Les politiques, eux, ne retirent aucune utilité à tenir un discours intelligent ou con. Ils ne veulent pas particulièrement vivre dans un monde où le discours serait intelligent, il veulent d'un monde où ils sont surs d'être élus. Donc point de jeu répété pour nous sauver ici. d'ailleurs, si la perspective de réélections rendaient les politiques moins démagos, ça se saurait ...
La différence vient du fait qu'il y a un troisième participant: nous, càd l'électorat. C'est nous qui retirons de l'utilité d'un discours politique non démago (enfin, c'est une de tes prémisses). Et là, le système d'incentives est simple: ne pas voter pour les politiques qui tiennent un discours démago. Sauf que le propre du discours démago, c'est précisemment de plaire, facilement et superficiellement, à la masse. Comment est-ce possible qu'un discours qui "nuit à la communauté" soit approuvé, dans les urnes, par une majorité ? Là, je sèche :-(
LSR
"C'est nous qui retirons de l'utilité d'un discours politique non démago (enfin, c'est une de tes prémisses). Et là, le système d'incentives est simple: ne pas voter pour les politiques qui tiennent un discours démago. Sauf que le propre du discours démago, c'est précisemment de plaire, facilement et superficiellement, à la masse. Comment est-ce possible qu'un discours qui "nuit à la communauté" soit approuvé, dans les urnes, par une majorité ? Là, je sèche :-("
Parce que, comme le souligne la simple existence du débat sur la soutenabilité de notre modèle de société, en théorie, nombre d'entre nous font de leur plein gré des enfants, parce qu'en théorie, quand on fait des enfants, on les aime, parce qu'en théorie, vient un temps où ce que nous gagnons n'est plus destinés à nous-mêmes, mais à ceux qui assureront notre subsistance quand nous serons trop faibles pour y pourvoir nous-mêmes, de même que nous pourvoyons aujourd'hui à celle de ceux trop faibles des nôtres.
Les discours traitant du capitalisme familial, mediterranéen, etc. permettent de faire le pont entre l'homo économicus et ces modèles : dans une société libérale, l'appartenance à une famille, un clan, une communauté d'intérêts donne un avantage compétitif à l'acteur intégré au détriment du libre penseur jouant même malhonnêtement son intérêt d'assuré social dans une économie théoriquement régulée. La société humaine fonctionne donc, très souvent, à deux niveaux : un niveau "familial" ou clanique au sein duquel la solidarité est éventuellement totale et peut aller jusqu'au sacrifice de l'individu et un niveau social habituel.
Avoir remplacé le devoir de solidarité par un ensemble de droits désincarnés est une incitation à se comporter comme passager clandestin du système déshumanisé sensé donner substance concrète au droit. Ce constat, omniprésent aux yeux de l'homme de bon sens sans fortune le pousse à rechercher le seul avantage qu'il puisse espérer obtenir : l'avantage familial, catégoriel, clanique, corporatiste, c'est à dire, l'avantage obtenu par l'appartenance à une communauté d'intérêts efficace entièrement insérée dans le corps social, y contribuant à niveau collectif, en recourrant éventuellement à des comportements individuels hors-règles.
Quiconque pense à tort ou à raison avoir plus à attendre de son clan que les autres fournira alors une prime au candidat le plus démagogue par intérêt. Ou, d'une manière plus générale, pensera que l'affaiblissement des institutions sert les intérêts de son clan, donc, les siens. D'ailleurs, cette forme de justice sociale par laquelle la société s'engage à fournir une place enviable dans la société aux titulaires de certains diplômes se distingue-t-elle des comportements claniques hormis par le fait qu'en théorie, les conditions d'accès au diplôme ne dépendent pas de l'origine familial du candidat à l'entrée au clan ? Reste pour autant que constitué équitablement ou non, le clan ainsi établi reste un clan.
Etablir la transparence des institutions qui nous gouvernent pour chacun puisse juger de l'efficacité des choix politiques ?
Mais vu que les économistes sont contre et inventent des raisons bidons (voir les réactions "inflation et transparence") c'est mal parti ...
Je vois plus le problème du politique bien plus comme une asymétrie d'information (totalement artificielle) électeur citoyen vs politique et experts.
Laurent Guerby: On pourrait aussi, plus simplement, simplement inventer en France cette "liberté de blâmer" l'action publique, très sévèrement encadrée en France, de laquelle découle la capacité de débattre sereinement des enjeux publics.
Après tout, un pays qui met en prison de dangereux activistes tels des manifestants lycéens ou des arracheurs de maïs, mais se révèle incapable de trouver les agirculteurs coupables d'un assaut contre une préfecture bretonne est-il bien un pays libre ?
Je suis surpris que tu ne fasses pas référence à toute la littérature économique qui s'interesse précisemment aux cycles politico-économique... Personnellement, je ne vois pas en quoi la politique ou plus précisement les politiques se trouveraient plus spécifiquement que d'autres agents économiques dans une situation de dilemme du prisonnier.
Les postures des candidats des deux partis "majoritaires" en France sont à ce titre éloquent.
On a d'un côté un candidat qui se positionne clairement sur des idées très à droite (certainement en mémoire de la dernière élection), on pourrait analyser ce positionnement avec la théorie de l'électeur médian (glissement de cet électeur vers la droite), et de l'autre côté une candidate qui cherche visiblement à sonder le positionnement de ce même électeur (démocratie participative, etc...).
La seule "incentive" serait la mémoire politique des électeurs, mais il est vrai qu'en France elle semble particulièrement courte, la politique est certainement le seul métier où une faute grave peut être pardonnée en quelques années...
Moi je suis assez d'accord avec cet article.
A partir du moment ou qqun a besoin d'être élu, il n'est alors plus libre de prendre des risques et de dire la vérité quand elle dérange.
La solution, c'est d'en finir avec les politiciens professionnels, les énarques notament (de ne pas voter pour eux s'entend).