Pop internationalism, once again
Par VilCoyote le jeudi 25 janvier 2007, 19:06 - grosse fatigue - Lien permanent
La rhétorique de la guerre économique internationale si bien pourfendue par
P.Krugman dans Pop internationalism (malheureusement traduit par "La
mondialisation n'est pas coupable", ce qui a un accent propagandiste et
idéologique à l'exact opposé de ce qu'essaie de faire Krugman) revient sans
surprise dans la bouche du candidat Sarkozy.
"Je veux qu'au lieu de payer des pré-retraites on aide les entreprises
qui restent en France à se développer", a-t-il dit lors de la visite d'une
fonderie, Le Creuset, qui fabrique des cocottes en fonte émaillée exportées à
90%. "C'est-à-dire que je veux une stratégie offensive et pas une stratégie
défensive."
Oui, c'est l'attaque des cocottes-minutes. On va gagner la guerre économique
à coups de casseroles !
Le ministre de l'Intérieur et président de l'UMP a déclaré qu'il voulait
que les entreprises qui ont reçu des subventions et quittent la France "rendent
ces subventions".
Et si on arrêtait tout simplement de subventionner des industries en déclin qui n'ont aucun avenir en France? Ca fait un joli paradoxe du clientélisme, ça. "On vous donne des sous pour que vous votiez pour nous, mais vous vous barrez, du coup on passe pour des cons, alors rendez-nous notre pognon".
Il a d'autre part estimé qu'il fallait en finir avec la "naïveté", tant
vis-à-vis des Etats-Unis que dans le cadre des négociations commerciales
internationales.
C'est bon, on est devenu lucides en bloquant les négociations internationales, ne vous en faites pas M.le ministre-candidat.
"Les Américains ont décidé l'année dernière d'une fiscalité plus
favorable pour les produits fabriqués aux Etats-Unis que pour les produits
fabriqués ailleurs. Pourquoi on ne le ferait pas ?" a-t-il expliqué. "On nous
demande de faire la concurrence avec des entreprises et des pays qui ne
respectent aucune règle environnementale, aucune règle sociale, aucune règle
morale", a-t-il poursuivi. "Eh bien, il n'y a qu'à taxer les importations dans
ce cas, parce que sinon ça revient à faire la compétition avec des boules de
pétanques dans les poches."
The popular view that free trade is all very well so long as all nations
are free-traders, but that when other nations erect tariffs we must erect
tariffs too, is countered by the argument that it would be just as sensible to
drop rocks into our own harbours because other nations have rocky coasts -
J.Robinson.
Par ailleurs, on ne va pas redire une douze millième fois qu'il est absurde
d'exiger de pays en développement d'avoir les mêmes standards sociaux et
environnementaux que des pays qui ont deux siècles de croissance d'avance sur
eux, mais... si finalement, on va le dire.
L'ignorance économique la plus crasse, la démagogie et le populisme sont donc
bien enracinés dans la campagne, sans surprise. Tant pis, la stupidité risque
d'en sortir vainqueur. Tant mieux, ça va alimenter mes billets.
Source : Le Monde


Commentaires
Peut-être faut-il se résigner à cette idée selon laquelle c'est au cours des périodes entre les grandes échéances électorales qu'on peut sereinement parler d'économie, tout en ayant l'assurance de n'être surtout pas écouté par des politiques se reposant entre deux échéances.
Je suppose qu'en conclure que réduire les impôts est certainement le moyen le plus sûr de réduire les subventions aux industries en déclin, et donc, de mieux utiliser l'argent public (en ne le prélevant pas) serait également réducteur.
Passant : Le lien réduction des impôts => réduction des subventions me semble peu crédible. Dites plutôt qu'en cas de réduction des impôts, on réduit les subvention allant aux électeurs du camp adverse. Ce qui veut dire que si M. Sarkozy est élu, les subventions aux industries en déclin ont de beaux jours devant elles.
Sans vouloir prendre parti pour les politiques, je me demande quel serait l'impact sur un électeur bêta (sans mauvais jeux de mot) si un candidat quel qu'il soit affirmait:"Les vieilles industries désuètes et sans avenir qu'elles se barrent en Chine, c'est pas grave, que du contraire. Par avantage comparatif, on va y gagner par une meilleure allocation du travail... Boyakatcha Maximum Respect". Je ne remet pas en cause la véracité du propos(j'y crois plus qu'en l'existence d' Eddy Merckx), je m'interroge sur l'impact d'une telle phrase. Je pense qu'un silence, jésuite mais honnête est la seule alternative pour un homme politique intègre. Qu'en est-il s'il est interpelé sur ce sujet? Vaut-il mieux être parjure et faire changer les choses une fois élu ou être d'une honnêteté frisant le suicide politique? c'est cependant une bonne raison de choisir une autre carrière que celle politique.
NB:Je bénis la campagne si elle alimente vos billets
leconomiste: Tout à fait. Ceci plaidant, in fine, pour dire que la transparence réelle en matière de finances publiques devrait être un préalable à la réduction de la dépense publique. Ainsi que, pour faire bonne mesure, une révision du devoir de réserve pour les dépenseurs d'argent public, qui sont certainement d'assez braves gens pour aider leurs concitoyens à décrypter le fond des choses.
Si vous me trouvez un parti politique tenant ce raisonnement, faites-moi signe : malgré maints arguments objectifs, l'idée de ne pas voter cette année me fait encore un poil culpabiliser.
J'ai eu un prof qui bossait à la direction de la prévision à l'époque où les délocalisations tenaient le haut de l'affiche médiatique. Il nous a raconté que, après que les experts lui ont dit en substance que les délocalisations étaient une bonne chose (comme l'avait dit je ne sais plus quel commissaire européen) parce qu'elles allaient dans le sens du développement des avantages comparatifs etc., Sarko a piqué une gueulante : "je veux des mesures pour lutter contre".
La question n'est ici pas économique : les Français n'éliront -hélas- jamais un politique qui leur dit que leurs emplois manufacturiers sont obsolètes, qu'il est logique que l'est (au sens large) soit la manufacture du monde, qu'ils doivent se reconvertir.
DSK, modèle de rigueur économique (pour un politique!) pour beaucoup n'aurait jamais osé tenir un tel discours s'il avait été le candidat PS aux présidentielles.
Hélas...
Mais d'ailleurs, il n'est pas certain qu'une spécialisation radicale soit vraiment une bonne chose. Un maillon de la chaîne de production se casse la gueule et tout le monde est mal !
Le noeud du problème, c'est l'anticipation et la spécialisation du des secteurs et pays d'avenir. Mais ça, c'est un sujet pour les technos, non ?
A rappeler que Henri Guaino qui lui écrivait ses discours et est maintenant conseiller spécial est économiste de formation.
Etre attéré par tant de cynisme ou s'inquieter de la formation française en économie, au choix.