L’histoire économique est-elle une chose trop sérieuse…
Par Andrea Bonappeti le jeudi 11 janvier 2007, 03:45 - réflexions ou tentatives - Lien permanent
…pour être confiée aux économistes ?
A l’occasion de mon premier long billet sur optimum (au fait, merci à Antoine pour l’invitation), je voudrais prendre le prétexte d’une controverse qui a agité la blogosphère économique anglo-saxonne la semaine passée pour lancer un petit débat épistémologique ( tous en cœur : « youpiiii ! C’est fun l’épistémologie ! »).
La controverse concerne un des événements économiques les plus discutés du vingtième siècle : la grande dépression. Passons vite sur les détails. Si vous êtes issu d’un cursus ES dans un lycée français, vous connaissez l’histoire : à la fin des années 20, le marché livré à lui-même montre sa grande inefficacité,causant une crise économique majeure. Dans les années qui suivent, Franklin Roosevelt met en œuvre le New Deal, un programme hautement interventionniste, qui permet la relance de l’économie, démontrant ainsi les bienfaits de l’économie administrée.
Cette version, sans doute la plus populaire, n’est pas la seule. En particulier, Milton Friedman a défendu une thèse qui, sans être opposée à tous égards à la version keynésienne énoncée ci-dessus, est nettement moins étatiste : selon lui, l’ampleur de la crise est imputable à la Federal Reserve (la banque centrale américaine), dont le rôle est d’ajuster la masse monétaire aux besoins de l’économie, ce qu’elle n’a pas fait, au contraire, puisque la monnaie en circulation a diminué lors de la crise, alors que la situation exigeait plutôt une augmentation. Friedman approuvait le volet monétaire du New Deal, ainsi que certaines mesures répondant à l’urgence sociale, mais en contestait le volet « économie administrée ».
Le but de ce billet n’est pas de plonger les deux pieds en avant dans ce long débat. Mais il faut savoir que la polémique n’est pas close, puisqu’un certain nombre de recherches récentes vont même jusqu’à accuser Franklin Roosevelt d’avoir… prolongé la crise au lieu d’aider à en sortir (voir par exemple cet article).
Là dessus, George Will, un éditorialiste du Washigton Post, écrit un article dénonçant le projet d’augmentation du salaire minimum aux Etats unis, et qui commence ainsi (c’est moi qui souligne) :
« A federal minimum wage is an idea whose time came in 1938, when public confidence in markets was at a nadir and the federal government's confidence in itself was at an apogee. This, in spite of the fact that with 19 percent unemployment and the economy contracting by 6.2 percent in 1938, the New Deal's frenetic attempts had failed to end, and perhaps had prolonged, the Depression. »
Ce passage déclanche la colère de Daniel Gross (repris par Brad Delong) qui réplique (je souligne encore) :
« One would be very hard-pressed to find a serious professional historian--I mean a serious historian, not a think-tank wanker, not an economist, not a journalist--who believes that the New Deal prolonged the Depression. »
Le blog de The Economist répond, en invitant ses lecteurs à se demander ce qu’ils penseraient de la même phrase transposée de la manière suivante :
« The argument that King Henry VIII died of syphillis is likewise a canard. One would be very hard-pressed to find a serious professional historian--I mean a serious historican, not a public health wanker, not a doctor, not a journalist--who believes that syphillis killed the king. »
Cette réponse me conviens tout à fait. Mais elle laisse une question en suspens : d’où vient donc cette réputation qu’ont les économistes d’être hermétiques aux faits, et de n’être capables que de s’adonner à d’interminables spéculations théoriques sur des mondes hypothétiques et remplis d’équations improbables ? Comment puisse être au point qu’on considère comme saugrenu qu’un économiste puisse avoir quoi que ce soit d’intéressant à raconter sur un événement historique aussi radicalement lié à l’économie que la grande dépression ?
Je vois trois éléments de réponse :
Premier élément : il y a peut être une part de vérité là-dedans, en tout cas de la part de certains économistes. Pourquoi le nier ? Construire des modèles mathématiques a tout d’un jeu, et les addictions aux jeux ne sont pas les plus douces. Si l’on devait recenser l’ensemble des modèles théoriques bâtis par les économistes depuis 50 ans, et évaluer le pourcentage de ces modèles qui constituent une véritable avancée économique, on en conclurait sans doute à une hypertrophie de la spéculation théorique. A contrario, l’opération ingrate consistant à prendre tel qu’il est un modèle fait par un autre, et à partir en quête de données pour tester sa pertinence et mesurer l’ampleur des effets qu’il prédit est sans doute sous-évaluée par la profession. Il peut résulter d’un tel biais que les économistes passent pour des individus peu soucieux de confronter leurs théories aux faits (ce qui est tout à fait faux, au contraire, l’arsenal statistique de l’économiste moderne est même assez impressionnant), et donc peu fiables dès qu’il s’agit d’analyser ce qu’il se passe vraiment. Mais il n’y a sans doute pas que cela.
Deuxième élément : la pénibilité de l’apprentissage de l’économie. Je m’explique. Quel économiste n’en a pas fait l’expérience, quel enseignant ne l’a pas observé chez ses étudiants ? Le passage de l’état de bachelier qui s’intéresse aux grandes questions économiques à l’état de diplômé d’économie contient des phases extrêmement pénibles intellectuellement. Et c’est normal. Un bachelier maîtrise rarement l’outil mathématique des économistes. Il n’est pas habitué à la rigueur qui conduit à expliciter les hypothèses sur lesquelles se fonde un raisonnement. Et il a souvent du mal à admettre les conclusions parfois contre intuitives sur lesquelles débouchent ces raisonnements. Imaginez la scène : un jeune de 18 ans, lisant souvent le Monde et ses pages économiques, écoutant la radio, le journal télévisé, et de ce fait ayant des tas d’idées sur les grandes questions économiques, se retrouve à devoir apprendre la méthode des multiplicateurs de Khun et Tucker, afin de pouvoir comprendre un modèle dont les hypothèses de base sont « soit un monde à 2 pays, habités par 1 habitant vivant indéfiniment chacun, et produisant 2 biens », et dont la conclusion est : la mondialisation profite à tous les pays. On demande à ce jeune d’acquérir une technique mathématique rébarbative, pour comprendre un modèle qui lui semble surréaliste, et qui va à l’encontre de ce qu’il entend proférer tous les jours par des gens biens sous tous rapports. Il y a plusieurs réactions possibles à cela : certains s’y font vite, comprenant l’intérêt de la manoeuvre. D’autres sont suffisamment bûcheurs pour se faire une raison et s’en sortir en faisant ce qui leur est demandé, sans trop chercher à comprendre. D’autres abandonnent. Enfin, nombreux sont ceux qui réagissent en tentant de convertir leur déception en critique construite de la discipline économique. Comme ils n’ont guère de peine à trouver des pamphlets, voire des manuels, qui enrobent d’érudition (ou de quelque chose qui s’y apparente) des critiques de l’économie aux fondements souvent bien légers, ils ne tardent pas à entrer dans les rangs de ceux qui critiquent violemment ce qu’ils n’ont pas pris le temps de comprendre. Ainsi, je ne serais pas surpris d’apprendre que, derrière ceux qui considèrent les économistes comme les personnes les moins aptes à comprendre les faits économiques, se cachent un bon nombre de gens qui se sont essayés à l’économie, et, suite à quelques blocages, ont préféré endosser la posture valorisante de l’intellectuel subtil qui critique les dogmes de pseudo-savants prétentieux plutôt que d’avoir l’humilité d’accepter un effort.
Troisième élément, enfin, et sans doute le plus important : c’est une idée reçu fort répandue que de considérer que les faits parlent d’eux même, rendant superflu tout effort de théorisation. Et c’est là que le bât blesse. Car s’il y a une chose que les faits ne peuvent pas faire, c’est bien parler d’eux même.
Logiquement, ce que les faits peuvent faire, c’est établir des corrélations. Par exemple, les variables A et B ont tendance à varier dans le même sens. Imaginons que B soit quelque chose de bien (comme le revenu par habitant, l’espérance de vie, l’idh, que sais-je encore), et que A soit une variable sur laquelle on pense pouvoir avoir une influence. Il peut être tentant de conclure de la corrélation entre A et B qu’il est souhaitable d’agir sur A afin d’augmenter B.
Pourtant, les faits, en soi, ne permettent pas de dire que c’est une bonne idée. De manière plus ou moins explicite, il existe, derrière cette interprétation des faits, un modèle qui est le suivant :
A =>(+) B
(lire : A a une influence positive sur B)
Si ce modèle était le seul compatible avec les faits, alors, en effet, on pourrait se passer de tout effort théorique, et les faits parleraient d’eux même. Mais ça n’est pas le cas. La corrélation entre A et B peut également résulter d’autres jeux d’influence. Le plus évident est :
B =>(+) A
C’est peut-être B qui a une influence sur A. Prenons le cas de l’impact de l’éducation sur le revenu par habitant. Il est clair que ces deux variables sont corrélées. Pourtant, est-il évident que l’éducation a une influence positive sur le revenu ? C’est probable, mais il est également vrai que les pays riches peuvent se payer un niveau d’éducation élevé, quelle que soit l’influence de cette éducation sur le revenu des habitants.
Autre cas de figure possible :
C =>(+/-) A
C =>(+/-) B
Les deux variables peuvent être influencées de la même manière par une troisième variable, tout en étant indépendantes entre elles. Puisqu’on est dans l’éducation, restons-y, mais au niveau individuel, cette fois. Il est notoire que les individus qui ont fait le plus d’études réalisent de meilleures performances sur le marché du travail (moins de chômage, meilleure rémunération). L’erreur, fréquemment commise par les dirigeants, consiste à croire que les faits parlent d’eux même, et que cette corrélation est la preuve que l’éducation fait baisser le chômage des jeunes. Hélas, c’est faire l’impasse sur cette troisième variable, qui se trouve être, disons, l’intelligence (ou le talent intrinsèque). C’est l’intelligence qui fait qu’on réussi des études, c’est l’intelligence qui fait qu’on est recherchés par les entreprises. Ce qui ne veut pas forcément dire que ce sont les études qui rendent intelligent. Faire faire de longues études à tous les jeunes pour réduire le chômage n’est donc pas forcément une réponse adaptée, même si elle semble dictée par les faits.
Il peut y avoir encore plus perfide. Par exemple, prenez :
A =>(-) B
B =>(+) A
Les deux variables peuvent s’influencer chacune, mais pas dans le même sens. Par exemple, dans une économie keynésienne (type ISLM) les taux d’intérêts élevés entraînent une faible activité économique. La relation est donc négative (pour les amateurs, c’est le sens de la courbe IS). En revanche, une activité économique élevée crée une pression à la hausse sur le taux d’intérêt (c’est la courbe LM). Eventuellement, si l’un de ces effets est plus fort que l’autre, il l’emportera dans la corrélation statistique. Pourtant, il convient de ne surtout pas se tromper de théorie pour interpréter les faits. Le Japon, pendant les année 90, a connu une très faible croissance, et de faibles taux d’intérêt. La logique, naturellement, était que la faible activité contraignait la banque centrale à pratiquer de faibles taux. Pourtant, imaginez qu’on ait fait la mauvaise interprétation : pendant 10 ans, le Japon a eu des taux faible, et une croissance faible. Pour avoir une croissance vigoureuse, il faut donc des taux d’intérêt élevés. Hum… souhaitons que Jean-Claude Trichet n’en arrive pas à de telles conclusions. Il existe une variante : les gens qui ne consomment pas de médicament sont en bonne santé. Si vous êtes malade, cesser de consommer des médicaments, vous guérirez sans doute (Hey ! Don’t do this at home !).
Dans le cas des évènements historiques, les choses se compliquent encore, car l’histoire ne se répète pas, en tout cas pas souvent et jamais à l’identique. Dans ces conditions, on ne peut parler de corrélation au sens statistique du terme. Simplement, des choses se produisent simultanément. Il faut donc introduire un nouveau cas de figure aux précédents : A et B peuvent être en fait complètement indépendants, et, par hasard, se produire en même temps. Par exemple, le New Deal et la reprise économique se sont produits en même temps, mais cela ne suffit pas en soi pour dire que le New Deal a permis cette reprise. Notez bien que mon but ici n’est pas de me prononcer sur cette question, mais juste d’insister sur la nécessité d’avoir un modèle pour comprendre ce qui s’est passé. Une partie du métier des historiens consiste à établir des faits. Une autre consiste à les interpréter. A ce titre, il leur est nécessaire d’avoir des modèles théoriques à confronter aux faits qu’ils établissent. Et le mieux qu’ils aient à faire est sans doute de s’intéresser aux modèles produits par les spécialistes de science sociales qui ont des compétences dans le domaine qu’ils étudient. Et donc les économistes dans le cas de la grande dépression.
Dans le fond, tout ce
que je viens de dire est assez trivial. Il pourrait être pertinent de se
demander pourquoi, malgré cela, l’idée que les faits parlent d’eux même est si
répandue. Je ne suis pas psychologue, mais je pense que la réponse tient au
fait qu’on peut avoir tendance à intérioriser certains modèles théoriques, au
point de ne plus se rendre compte qu’ils ne sont que des possibilités parmi
d’autres, si bien qu’ils orientent nos observations des faits de manière
insidieuse. Si ces faits corroborent ces modèles intériorisés, alors on en
conclura spontanément qu’ils parlent d’eux même. C’est ainsi que les gens qui
ont intériorisé le modèle selon lequel l’immigration provoque de la violence ne
manqueront pas de voir dans les émeutes de décembre 2005 des faits qui parlent
d’eux même. Inversement, ceux qui ont intériorisé le modèle selon lequel les
inégalités sociales provoquent de la violence considéreront que les mêmes faits
parlent d’eux même, mais pas pour dire la même chose.


Commentaires
Bon et copieux billet, bravo !
Concernant l'évaluation relative par la profession de la théorie et de l'empirie cependant, il me semble en ce moment observer un renversement du biais : la littérature empirique est elle aussi prolifique, et souffre du même problème que la littérature théorique, la multiplication d'articles n'apportant pas grand'chose.
D'ailleurs, en voici une illustration : la plupart des économistes cités font de la microéconomie appliquée.
http://gregmankiw.blogspot.com/2007...
Sauf erreur Bernard Guerrien est à la fois docteur en mathématiques et en économie. Alors qui est "bien léger" ?
@Leconomiste : merci. Concernant le biais, je suis d’accord pour dire qu’il y a un changement de direction sensible, mais disons qu’il reste encore pas mal de gens correspondant à la description (et j’ai l’impression coupable d’en faire un peu partie)
@Hadjian : Guerrien n’est pas léger dans sa connaissance du modèle de Arrow-Debreu, en revanche il est extrêmement léger quand il réduit au modèle Arrox-Debreu l’essentiel de la pensée économique orthodoxe et quand il fonde l’intégralité de sa critique de cette pensée sur le théorème de Sonnenschien. Par ailleurs, on ne peut pas dire qu’il brille par ses contributions scientifiques, il ne publie quasiment jamais rien dans des revues d’économie (à la différence d’autres hétérodoxes).
Je suis extrèmement surpris de trouver sur un blog que je croyais sérieux un article reprenant des hypothèses aussi absurdes sur la grande dépression aux USA Tout le monde sait (et en particulier ceux qui ont regardé à la télévision la série de documentaires sur les incorruptibles) qu'à la fin des années 20 l'essentiel de l'économie était tenue par les bandes d'Al Capone, qui étaient tellement riches qu'elles pouvaient acheter la police et les juges, construire de nombruex édifices d'entrepots et de consommation d'alccol. C'est la nomination d'Eliott Ness et le recrutement par celui ci de terroristes (nombreux attentats dans les établissements cités ci dessus, destruction d'installations industrielles...) qui fut la cause de la grande dépression: ceux qui ne le savaient pas n'ont qu'à vérifier les dates. La suppression de la prohibition en 1933 mit un coup fatal aux activités d'Al Capone (déjà en prison) et il fallut attendre de nombreuses années (la guerre en fait) pour connaitre une reprise Hoover est accusé à juste titre d'avoir causé cette dépression, puisqu'il a recruté Eliott Ness
Je rajouterais que la manière dont un entrepreneur aussi dynamique qu'Al Capone a été condamné à 10 ans de prison pour fraude fiscale n'a pu que décourager tous ceux qui avaient l'esprit d'entreprise dans ce beau pays d'Amérique: c'est bien l'administration des impôts (à laquelle appartenait Eliott Ness), qui comme souvent (Lafer l'a montré depuis) est la cause de la dépression: celà démontre l'incapacité d'une économie administrée à produire autre chose que du chômage Notre pays stalinien fait évidemment de Ness un héros et de Capone un bandit ce qui montre jusqu'où peut aller l'aveuglement!
1/ Pourquoi les économistes utilisent-ils encore la mesure du chomage pour raisonner ?
http://guerby.org/blog/index.php/20...
Après avoir lu le post ci-dessus, combien de citoyens un peu interessés vont accorder une crédibilité au dela de zéro aux papiers des économistes qui comparent les politiques sur la mesure chomage et en tirent des conclusions grandiloquentes ?
2/ Pourquoi les économistes mentent pour maintenir au secret des données (donc ces "fameux" faits) ?
http://guerby.org/blog/index.php/20...
Pretextes pompeux d'"expertise" par des personnes ignorantes ...
Quel crédit va-t'il rester si la profession ne fait pas plus sérieusement le ménage et reste dominée par ce type de comportement ?
Je ne parle même des modèles employés, d'autres le font mieux que moi.
http://guerby.org/blog/index.php/20...
@Verel : Excellent :-)
@Laurent : (désolé pour le délai de publication, j'ai un anti-spam stalinien) Hum… loin de moi l’idée que tu as des TOCs avec les chiffres du chômage et les relevés des prix de l’INSEE, mais c’est quand même limite off-topic, là. Pour le chômage, il n’y a aucun problème factuel, c’est juste une question de définition. Les chiffres sur les catégories non prises en compte par la définition du BIT sont disponibles, et tu peux te livrer à toutes les analyses que tu veux, en tenant compte des trucs anti-chômage comme le handicap en Grande Bretagne ou les pré-retraites en France. Ce genre d’analyses est d’ailleurs tout ce qui a de plus banal, en prenant le ratio actif occupé sur population totale en âge de travailler. Quant aux relevés des prix, tu connais l’explication de l’INSEE, elle vaut ce qu’elle vaut, personnellement, ça ne m’empêche pas de dormir, et surtout, je ne vois pas en quoi ça disqualifie les économistes pour donner une interprétation de l’impact du new deal sur la reprise dans les années 30.
Antoine, je citais juste des expériences naturelles sur l'hermetisme des économistes aux faits qui est une des questions posées "d’où vient donc cette réputation qu’ont les économistes d’être hermétiques aux faits"
Je suis tout a fait d'accord sur la définition, mais la n'est pas mon propos, je me livre en effet a des analyses basées sur d'autres chiffres, mais les économistes en sont encore au chomage (lis la remarque de Dean Baker sur ses collègues).
Pour l'inflation, il s'agit d'éviter de rendre public les faits (qui sont la base du billet), ce qui évite tout simplement le débat.
Que les économistes cherchent à éviter le débat en cachant les faits ne me surprends pas vraiment, mais je ne vais pas me priver de le rappeller. Après tout cela ne fait que transformer leur "réputation" en un "fait" plus établi.
Et je connais l'explication de l'INSEE, et elle implique que les chiffres de l'inflation publiés par le BLS au USA sont totalement faussés depuis quelques décennies, sans que personne ne publie sur le sujet (qui est plutot actif). Et leconomiste n'a pas su me citer d'études peer-reviewed sur le sujet. Surprenant non ? Toujours bon de le rappeller pour ceux qui veulent s'informer.
Laurent : si tu veux reparler du chômage, j’ai en préparation un petit billet de clarification à ce sujet. Mais ce que dit Andrea, si j’ai bien compris, c’est
1) Les économistes passent pour des gens qui ne s’intéressent pas aux faits, ce qui peut être vrai de certains théoriciens excessifs, mais faux pour la profession dans son ensemble
2) Beaucoup de gens pensent que la simple observation des faits suffit à induire une compréhension du fonctionnement du monde, ce qui est faux.
A cela, tu réponds :
1) Les économistes s’intéressent au taux de chômage des actif, alors que moi je m’intéresse plutôt au taux d’occupation des hommes quadragénaires, et
2) Les fonctionnaires de l’INSEE ne publient pas les détails de leurs relevés de prix, alors que leurs homologues américains le font.
Si tu ne vois pas en quoi ces réponses ratent leur cible, je ne peux pas t’aider davantage à le voir.
Pour référence, 1) le chomage est non pertinent je n'ai prix une autre mesure que pour illustration de cette non pertince et 2) le BLS ne publie pas le détail des prix (je pense que tu n'as donc pas lu mon billet, affirmation sans connaissance des faits ...)
Pour le chômage, je préfère qu'on en parle dans un topic approprié qui viendra. Pour ce qui est de la non-lecture de ton billet, pardonne-moi, je m'en veux énormément, sache que cela ne m'arrive pas très souvent et que je m'auto-flagellerai pour cet oubli (et plus sérieusement, il se trouve que les pratiques comparées des différents institus de statistiques ne me passionent guère, ce qui ne veut pas dire que ça ne soit pas un sujet intéressant, mais on ne peut pas s'intéresser à tout)
Edit : ça y est, j'ai lu ton billet, et du coup, je ne comprend plus rien à ta phrase précédente ("ça implique que les indices BSL sont faux"). Sois indulgent, c'est sans doute la fatigue.
Si le fait qu'un commercant sache que le BLS vienne chez lui pour relever les prix fausse l'indice car il va changer ses prix (argument de Bernard Salanie, leconomiste et tous les autres économistes visiblement contre ma proposition), alors comme aux USA les commercants savent parfaitement que le BLS vient chez eux et régulierement chez eux (tu peux redemander au BLS comme je l'ai fait) donc l'indice publié par le BLS est faussé.
Vu qu'ils ont tendance a être sérieux aux USA sur le sujet (l'inflation a été discuté par une commission politique il n'y a pas si longtemps, etc...), j'en déduis que l'indice du BLS est sérieux et pas faussé, et que leconomiste & cie racontent n'importe quoi (d'ailleurs j'ai demandé a leconomiste un papier peer-reviewed sur ce fumeux et pretendu effet et j'attends toujours la réponse).
Conclusion : il n'y a aucune bonne raison de ne pas publier les relevés de prix détaillés en 2006 en France, relevés qui sont particulièrement utiles (marché, information, concurrence, confiance, tout ça c'est du vrai PIB).
Laurent : le BSL révèle au patron d'une grande surface qu'il fait des relevés chez lui. Il ne publie pas le nom des produits, et surtout, il ne le communique pas aux producteurs concernés. Comme le dit Salanie, ce serait bien bête de le faire.
Antoine, le BLS a une tres bonne raison de ne pas publier : comme je l'explique il n'est pas possible (par la loi) de relever des prix dans un magasin sans l'accord du propriétaire aux USA. Ce n'est pas le cas en France cf Leclerc quiestlemoinscher pour un exemple récent.
L'effet biais présenté par Bernard Salanié vient de la connaissance par le vendeur que ces prix sont relevés par le BLS.
Je cite Bernard Salanié : "Si les boulangers savaient où les relevés de référence sont faits, il leur serait facile de maintenir le prix de la baguette très bas et de paraître vertueux"
Aux USA le vendeur a déja cette information (ou et quand les prix sont relevés chez lui), donc si cela fausse la mesure, l'inflation publiée par le BLS est biaisée.
C'est simple et factuel.
Laurent : le vendeur est informé, mais le vendeur vend des tas de choses et il ne sait pas lesquelles sont relevées. Le fabriquant, pour sa part, ne sait rien. Comme la loi ne permet pas au BSL de publier les relevés, ils ne se posent pas la question de l'opportunité de les publier. Si la loi le leur permettait, ils ne publieraient sans doute pas pour la raison indiquée par Salanie et Leconomiste.
Antoine, c'est sur que le vendeur il ferme les yeux (si si) et il n'y a pas de caméra de sécurité aux USA, la technologie n'a pas encore traversé l'Atlantique.
Les prix des fabriquant n'interviennent pas (directement) a ma connaissance dans l'indice des prix a la consommation dont on parle ici.
Je suis impressionné, tout cela est ridicule ...
Laurent : oui, ridicule et un peu gonflant. J’en suis à me demander si ton but n’est pas de faire en sorte que j’arrête, de guerre lasse, cette polémique complètement HS, pour pouvoir ressortir dans trois mois dans un autre contexte « d’ailleurs Belgo n’a jamais répondu à x » où x sera ta dernière remarque. Mais bon, passons. Beau joueur, je te laisse quand même le dernier mot, car je ne répondrai plus sur ce sujet après ce commentaire.
2 questions : 1) Y a-t-il de bonnes raisons de ne pas publier les relevés INSEE ? 2) Sachant que, quoi qu’on réponde à la première question, l’INSEE ne publie pas ses relevés, y a-t-il lieu de croire en la validité de ses indicateurs agrégés ?
Pour la 1), la réponse est la suivante : quand on travaille sur un échantillon, et non sur une population entière, il faut éviter les biais d’échantillonnage. Or, on suppose que si l’entreprise Bosh savait que sa perceuse « super-perç-tout06 » était considérée comme représentative du secteur outillage dans l’indice de l’INSEE, elle risquerait de prendre en compte ce fait dans sa politique de prix pour cette perceuse en particulier. Ce qui constitue un biais. Elle pourrait, comme tu le comprends parfaitement même si tu ne l’as jamais dit, être tentée, dans telle ou telle circonstance, d’influencer l’indice outillage, pour des raisons relevant de l’intérêt catégoriel des fabricants d'outils. Pour ce faire, elle vendrait à Carrefour sa « super-perç-tout06 » à un prix différent de ce qu’il serait si ce modèle n’était pas relevé par l’INSEE. Ainsi, après avoir appliqué sa marge, Carrefour répercuterait sur le prix de vente cette modification du prix. C’est pour cela que ni le BSL ni l’INSEE ne disent à Bosh que « super-perç-tout06 » fait partie des relevés. La seule différence, c’est que le BSL prévient Walmart qu’il fait des relevés dans tel et tel magasin, tandis que l’INSEE ne donne pas la même information à Carrefour. Cela peut-il introduire un biais ? Peut-être, mais sans doute limité. Si ma mémoire est bonne, la VA du secteur commercial est imputée aux autres secteurs en comptabilité nationale, ce qui limite les tentations de biaiser l’info, et encore en supposant que les gens chargés d’effectuer les relevés soient assez benêts pour ne pas réussir à cacher leurs relevés au Jack Bauer qui pilote la caméra de surveillance. En tout état de cause, ça pourrait conduire, à la limite, à s'interroger sur un petit biais de la part du BSL, pas de l'INSEE.
Pour la 2), c’est sans doute une question d’incitations et de pression. Il n’y a pas que pour les relevés de l’INSEE que se pose la question de confiance en science humaine. Les sociologues qui bossent sur des entretiens ou des sondages gardent souvent secrètes leurs données, car elles concernent la vie privée des personnes enquêtées. Qui faut-il croire ? Pour ma part, ce qui m’incite à croire en l’honnêteté de l’INSEE, c’est que les gens qui y travaillent sont fonctionnaires, et donc statutairement à l’abris des pressions, qu’elles viennent de l’exécutif ou du monde des affaires. Face à de telles pressions, les contestations internes ne manqueraient pas, et leur retombée médiatique serait importante. D’ailleurs, Breton et Sarkozy themselves ne se sont-ils pas laissés aller à critiquer le travail de l’INSEE sur l’inflation, l’accusant de sous-estimer le phénomène (alors que les critiques pourraient, au contraire, les accuser de vouloir eux-même le minorer) ? La seule chose sur laquelle cela a débouché, c’est la publication d’autres indices que l’indice des prix, mais rien qui soit de nature à remettre en cause les techniques de l’INSEE.
Au final, j’ai assez d’éléments pour avoir confiance dans l’institution, jusqu’à preuve que cette confiance est injustifiée.