De l'indépendance des banques centrales
Par VilCoyote le vendredi 8 décembre 2006, 00:06 - grosse fatigue - Lien permanent
Si quelques uns avaient encore des doutes quant au bien fondé de
l'indépendance des banques centrales, en voilà un argument (à contre-emploi)
fort convaincant :
"Ce n'est plus à M. Trichet de décider de l'avenir de nos économies,
c'est aux dirigeants démocratiquement élus"; il faut construire
l'Europe des gens, qui réussit à lutter contre le chômage, contre la vie
chère, (ndr : en flanquant les taux d'intérêt à 0,5%, probablement);
construisons "l'Europe de la matière grise, de l'intelligence, des
qualifications, l'Europe de la recherche, de l'environnement, de
l'après-pétrole".
Alors ? C'est de qui ? C'est que maintenant quand on sort un truc
aussi con, démago, plat et vide, on se demande si ça vient de l'UMP ou du PS,
du petit névrosé populiste ou de la grande démagogue aux cheveux
gras.
Là, ce coup-ci, c'est un fait d'armes de Madame.
La politique monétaire est une chose bien trop sérieuse pour la confier aux politiciens.


Commentaires
Remarque, au sens premier, je suis d'accord avec elle :-) C'est effectivement "aux dirigeants démocratiquement élus" "de décider de l'avenir de nos économies", et pas a JC Trichet. Mais certainement pas en faisant mumuse avec les taux d'interets et la masse monetaire. Qu'on laisse ca aux experts et que les politiques se concentrent sur les reformes du secteur reel. Donc, "au boulot" dirai-je. Fais nous des propositions !
D'ailleurs, si la BCE est "coupable" de la vie chere, elle attend quoi ? Une augmentation des taux directeurs pour lutter contre l'inflation ???
LSR
LSR : "si la BCE est "coupable" de la vie chere, elle attend quoi ? Une augmentation des taux directeurs pour lutter contre l'inflation ???"
C'était précisément ce que je relevais dans mon billet... Mais si tu crois qu'elle fait le lien entre inflation et taux d'intérêt, tu lui supposes une culture économique sûrement bien supérieure à son niveau (après l'exploit de "la valeur ajoutée c'est le chiffre d'affaire moins les charges, donc quand l'entreprise licencie, sa valeur ajoutée augmente"). J'en profite pour préciser que je ne suis pas un fan de Trichet, ni un idéologue monétariste, mais faut pas déconner non plus !!
L'horizon temporel des politique est de court terme, élection oblige ! Et on ne gère pas une monnaie sur le court terme mais sur le moyen et long terme. Les français ont-ils déjà oublié les dévaluations en cascades pendant les années 80 et leurs conséquences désastreuses ? L'indépendance de la BCE est un ACQUIS du traité de Maastricht et il n'est pas question de le remettre en cause ! Une campagne électorale est trop souvent l'occasion de dire n'importe quoi mais il y a quand même des limites ! N'en déplaise à Mme Royal ! Et ce ne sont pas les français qui décident pour l'ensemble des européens. Il faudra vous y faire !
Elle est évidemment démagogue, comme à son habitude.
Mais supposer que les "experts" sont d'accord sur la politique monétaire à conduire c'est à se demander si c'est un économiste qui peut écrire cela :-)
Il y a de plus en plus d'experts qui trouvent que Trichet charrie beaucoup, par exemple Eric Chaney, en pointillés certes, sur Telos-EU...
Héhé, mais il y a pire ! Dans le Monde d'aujourd'hui: " "La BCE outrepasse son mandat parce qu'il est vraisemblable que les motivations de sa nouvelle décision sont totalement étrangères aux risques d'inflation", a estimé de son côté le député (PS) de l'Isère Didier Migaud, proche de Laurent Fabius,"
Hou la vilaine insinuation ! Et ce sont quoi, ces motivations alors ?
LSR
Elessar, c'est de l'ultra-secret-confidentiel : la bulle immobilière dans certains pays de la zone euro :).
@Guerby: La BCE n'a pas grande influence sur les taux longs, surtout dans l'immédiat.
Et puis quand bien même elle en aurait, il voudrait quoi, Didier Migaud ? Qu'on laisse la dite bulle (si vraiment ç'en est une) en l'état ?
Note: je n'ai jamais dit que le mandat de la BCE était parfait, loin de là. Mais je préfère le mandat actuel à un contrôle "politique" de la BCE.
LSR
Elessar, pas d'accord sur la situation actuelle : la courbe EUR est maintenant quasi-plate donc c'est la BCE qui fixe en pratique les taux longs (enfin les acteurs de marché par anticipation ET tant qu'on reste en dessous ou au niveau des moyennes historiques, or on est plutot bas donc c'est le cas pour l'EUR et on depasse un peu pour l'USD d'ou l'inversion actuelle). Jusqu'a 4.5 ou 5 les taux long suivront les taux de la BCE (hors gros evenement macro), mais ca reste théo la plupart des prévisions c'est 3.50-3.75 court et 3.75-4 long pour 2007.
De toutes manières il n'est absolument pas clair que ce sont les taux long qui influencent l'immobilier en Europe: la France est l'exception dans l'usage majoritaire du taux fixe pour un emprunt immobilier par les temps qui courrent et les taux variables typiques sont sur du 6 mois, c'est donc la encore la banque centrale qui fixe le niveau en pratique (et la bulle c'est plutot l'Espagne).
@Guerby: On est en fait plutôt d'accord.
- La bulle n'est pas vraiment en France, mais, paraît-il, en Espagne (là, je n'en sais pas plus que ce que The Economist m'en dit)
- Pas dit que ce soit les taux longs, effectivement. Mais je n'ai toujours pas compris pourquoi des particuliers empruntaient à des taux variables. Ils ne me semblent pas les plus aptes à porter ce risque (mais ça, ça mérite en post en soi)
Mais je ne sais toujours pas ce que Didier Migaud a bien pu vouloir dire. Il reproche à la BCE de tenir compte de la bulle immobilière ? Il serait donc plus Maastrichtien que la BCE ?
LSR
Elessar, pour les emprunts des particuliers a taux variable cela dépends de l'offre des banques locales et si une population prends trop de risque via des taux variables l'autorité de surveillance nationale est co-responsable avec la BCE (mission confiée par l'article 105(5) de Maastricht pour lequel j'ai voté oui :).
Et il y a aussi le sujet des dérivés de crédit et des dérivés tout court doint l'explosion a été financée par les taux de la BCE.
Deux phénomènes qui sont au coeur des missions de la BCE, mais de quoi la BCE préfère parler ? Des ajustements structurels, qui ne font pas partie du tout de ses missions. Je trouve ça dommage. Enfin, si ça explose il y aura les nécessaires discussions sur les différences sémantiques entre "indépendant" et "irresponsable" (1).
Quelques infos sur les prets immobiliers en Espagne ici :
http://singapore.pimco.com/LeftNav/...
97% des prets indexés sur l'Euribor et taux donc fixé par la BCE (voir graphique 2).
(1) je ne parle même de la responsabilité criminelle de la BCE dans le scandale SWIFT.
Comme je n'ai pas la compétence technique pour pinailler dans le détail, je voudrais juste faire trois remarques de nature technique, politique et personnelle tout en restant a un niveau de géneralité confortable.
1. Toutes les grandes banques centrales sont de jure ou de facto indépendantes. Leurs modus operandi convergent, leur communication sont similaires dans ce genre d'opacité transparente que tous semblent apprécier, elles ont les mêmes objectifs au dela de differences de style a la marge et partagent les mêmes problématiques par exemple sur la définition de l'inflation qui doit ou ne doit pas inclure le prix des "assets". La BCE me semble avoir le boulot le plus difficile car elle a a gérer 13 entités souveraines avec des politiques économiques différentes et plus ou moins sérieuses. Elle doit faire avec 13 ministres des finances qui ne sont pas tous des aigles de première grandeur, ceux de certain pays, la France étant un bon exemple, étant essentiellement des politiciens sans influences subordonnés a l'incantation politique.
Ces banquiers comprennent bien les limites de leur pouvoir et son aspect "magique". Avec peu de moyen réels, leur pouvoir n'est que d'influence, et est donc basé sur leur crédibilité vis a vis des gestionnaires financiers. Dans certain cas ils sont tellement successful qu'ils peuvent regretter qu'on leur fasse autant confiance ce qui entraine des taux long terme probablement plus bas qu'ils le souhaiteraient eux même. Ceci dit, un chaman, ne pouvant pas se laisser ch*er sur les bottes par une grande gueule, il est clair que les incantations Française ne peuvent qu'être contreproductive (nos politiciens semblent être les derniers a l'avoir compris).
2. Les politiciens français de tout bord on une propensité ébouriffante a se défausser du résultat de leur incompétence, myopie et clientélisme sur "les autres". Bruxelles, les patrons du CAC40, la BCE, les USA, Georges Bush, etc. Ils s'étonnent ensuite que lorsque l'on demande au bon peuple de voter oui, le bon peuple consistant avec ce qu'il a entendu tous les jours vote non. Il ne semble pas comprendre non plus que la BCE a une légitimité démocratique. Elle a été voulu par 13 pays souverains, dont les gouvernements démocratiques étaient de toutes les couleurs de l'arc en ciel, apres une période de réflexion de longue durée. Ironiquement un Président Français "socialiste" avec un gouvernement "socialiste" ont été les principaux promoteurs de cette institution. Il y a chez nous une certaine incompréhension de la légitimité démocratique qui ne semble pouvoir être accordée que par un vote du peuple (ou de la section PS de Mont de Marsan) même sur un sujet ardu et dont il ne comprend que pouic. D'autre dirait que la loterie nationale ne prétend pas a la démocratie.
Il me semble de plus qu'en promouvant une politique qui maintien la valeur de la monnaie et empechant les gouvernements d'euthanasier les rentiers - qui sont maintenant essentiellement des rentiers sociaux - en préservant le pouvoir des consommateurs vis a vis des lobbies de producteurs et en empêchant le transfert de valeur des faibles vers les forts, la BCE fait plus pour la politique sociale que les parti politiques français, clientélistes et démagogues.
3. Personnellement en 35 ans de vote, le seul que je ne regrette pas, c'est mon oui a Maastricht. Si il n'a pas , contrairement a mes attentes, empêché un grand nombre de *onneries habituelles comme les 35 h ou la politique pro cyclique du gouvernement Jospin, l'arrosage des bistrots et autres clientèles de la droite, il a au moins évité la dévaluation et l'inflation donc préservé la valeur du patrimoine que j'ai acquis apres 35 ans de travail et d'épargne malgré des prélèvements obligatoires d'un taux hallucinant. Ce qui avec la libre circulation des personnes me permet de me sentir a l'abri de toutes ces politiques qui chercheront a faire mon bonheur a l'insu de mon plein gré en voulant me faire prendre des vessies pour des lanternes. Plumer un maximum d'oies avec un minimum de couinement comme disait Colbert est maintenant un peu plus difficile, car les oies peuvent courir en embarquant leurs oeufs.
Les proclamations de Mme Royal me laisse donc d'un calme Olympien et je peux continuer de boire frais accoudé a ma place au comptoir.
1- Ségolène Royal possède une licence d'économie (ça ne lui donne certainement un statut de spécialiste, mais devrait lui assurer tout au moins une culture économique basique).
2- Il se murmure que cette attaque de la BCE serait un "cadeau" politique à Chevènement qui pourrait retirer sa candidature dans les heures à venir en s'appuyant sur ces propos.
@Jak:
1- On peut rêver ... Mais si c'est vrai, pourquoi elle dit de telles conneries alors ?
2- Intéressant, je ne l'avais pas vu sous cet angle. C'est bien possible, en effet. Je ne suis pas sûr que ça me reconcilie avec le niveau de la politique en France. On récupère peut-être à court terme des voix de la gauche anti-européenne (et encore, on se demande combien de fois ils se feront avoir), mais si on fait le contraire de ce qu'on dit après l'élection -- et je vois mal comment les critiques de la BCE peuvent être autre chose que de la gesticulation gratuite -- on ne fera que monter les extrèmes.
@GUERBY: merci pour le lien. Sur le débat taux fixe vs. taux variable, l'offre en soi dépend de plein de choses, c'est une longue explication qui mérite en post en soi. J'y reviendrai plus tard (enfin, j'espère).
LSR
@guerby :"Et il y a aussi le sujet des dérivés de crédit et des dérivés tout court dont l'explosion a été financée par les taux de la BCE."
Pouvez-vous m'expliquer le rapport entre dérivés financiers et la politique de la banque centrale ? De même, entre taux long et la BCE ?
J'ai eu moi même des intuitions sur des rapports possibles entre tout cela, mais je n'arrive pas à comprendre le mécanisme. Alors si vous savez comment le taux BCE, la masse monétaire créée par la BCE et les banques commerciales alimentent le marché de la finance et en distord les prix, je suis vraiment très preneur.
écrivez-moi à vincent.poncet (at) liberte-cherie.com
Merci, Vincent Poncet
Le contre-argument le plus simple demeure "Le triangle d'incompatibilité de Mundell" : Mobilité des capitaux et stabilité des taux de change sont incompatibles avec l'autonomie de la politique monétaire !
Point final.
vincponcet, pour les taux long voir mon commentaire 8 et aussi la réponse 9 de Elessar.
Pour résumer on dit souvent que c'est le marché qui fixe les taux longs, mais c'est plutot faux : le marché fixe le "spread" (la différence) entre les taux long et les taux courts (qui sont fixés par la banque centrale) modulé par les anticipations des acteurs sur le comportement a long terme de la banque centrale (par arbitrage).
Pour les dérivés, il y a deux niveaux :
1/ surveillance de ce que font les banques privées (role de la BCE + banques nationales) en particulier le risque qu'elles prennent (les dérivés peuvent augmenter ou diminuer leur risque) et donc le risque pris par les déposants a qui ces banques privées doivent de l'argent. Comme évoqué l'endettement des particuliers orientés par les banques vers des produits risqués rentre aussi dans ce pouvoir de controle.
2/ La BCE ne controle plus vraiment la croissance du M3 (agrégat monétaire le plus large), tout cet argent va chercher de la rentabilité et va donc grossir les montants investis en produits purement financiers dont les dérivés plus ou moins risqués.
Sur mon blog je fais une série qui va bientot arriver aux dérivés, dernier épisode (avec rappel des precedants) :
http://guerby.org/blog/index.php/20...
(Je précise que je travaille dans le domaine des produits dérivés)
Ok, j'aurais dû l'ouvrir ici.
Au risque de ne pas faire progresser le dialogue entre les professionnels de la politique et les professionnels de l'économie, votre dernière phrase relève du registre technocratique (qui n'est pas une insulte) aussi légitime que contestable.
On voit bien que depuis que F.Mitterrand a accepté l'indépendance de la BCE, la greffe prend difficielement. La démagogie du bouc-émissaire joue sans doute mais n'explique pas tout.
Quant à l'intello, il me semble avoir les doigts couverts de confiture...
Ah, je me demandais combien de temps on allait mettre pour sortir le coup de la confiote, qui est lui aussi du registre "cour d'école primaire". A part ça, il me semble que la phrase de Ségo conforte les partisans de l'indépendance des BC dans l'idée que, si on en donne le contrôle aux politiciens (qui n'est pas une insulte), ils vont en user de façon démagogique et dommageable. Quand en plus on veut dire dans la même phrase "taux trop élevés" et "inflation trop forte" (cf.le post d'Econo), l'incompétence s'ajoute aux tares potentielles des députés/présidents-banquiers (j'exclus les ministres, puisque Ségo a dit "démocratiquement élus") en devenir.