Curiosité concurrentielle
Par VilCoyote le vendredi 17 novembre 2006, 19:02 - insolite - Lien permanent
J'ai remarqué, dans une petite localité pittoresque de la banlieue parisienne, une petite curiosité. Deux stations service, situées à moins de 100 mètres de distance, du même côté de la route, proposent des carburants dont le prix est en moyenne 10cts inférieur dans la seconde.
Cette différence n'était pas ponctuelle, je l'ai constatée sur une période
d'un an, et elle reste à peu près constante quelle que soit la variation du
prix des carburants.
Comment expliquer cette importante différence de prix? On ne peut pas la
faire porter au manque d'information des usagers, la seconde station est
parfaitement visible depuis la première, ainsi que les prix affichés. Il ne
s'agit pas non plus d'une différence de services proposés : les deux
stations proposent une boutique, et le carburant est en libre service. Il ne
s'agit pas d'une différence dans les coûts d'approvisionnement, ni d'une
exploitation d'une situation où le consommateur serait contraint de se servir
dans la première station (même s'il tombait en panne sèche au niveau de la
première, la route descend jusqu'à la seconde...).
Franchement, j'ai du mal à trouver une explication rationnelle à ce
phénomène. 10cts par litre est une différence de prix assez importante pour
pousser l'automobiliste à faire à peine 100 mètres pour en profiter, et la
première station aurait dû depuis longtemps soit aligner ses prix, soit fermer
boutique.
Je ne vois qu'une explication, et c'est celle que propose Tim Harford dans
son Undercover Economist à propos des différences de prix de paquets de
chips identiques situés à quelques mètres d'intervalle dans un rayon :
c'est que ma première hypothèse, selon laquelle le client est informé, est
erronée. Il ne prend tout simplement pas la peine de lever la tête pour voir la
station service 100 mètres plus loin, de même que le client de supermarché ne
regarde pas en bas du rayon pour voir les chips moins chères.
On peut à la rigueur considérer cela comme une occurence de rationalité
limitée : le consommateur est "satisfait" par le prix de la première
station, et juge que chercher un prix inférieur lui coûterait plus que ne lui
rapporterait. Sauf que là, l'information est sous son nez...
L'homo oeconomicus est bien mort.
PS. Pour ceux qui veulent constater de visu le phénomène, c'est route de
Pontoise, à Argenteuil.
Si vous avez d'autres explications à proposer, elles sont bienvenues en
commentaires.


Commentaires
Il y a une différence essentielle entre l'exemple des paquets de chips et celui des stations service. Dans le cas des paquets de chips, les deux produits sont vendus par le même magasin. Tout comme (la bonne analogie est celle-là), dans une même station service, on vend du sans plomb 95 et 98, qui n'ont pas de différence perceptible pour l'automobiliste, sauf le prix. Donc, dans les deux cas, l'entreprise est gagnante même si une petite minorité de ses clients tombent dans le panneau, les autres faisant leurs courses ou leur plein dans le même endroit. A l'inverse, "l'arnaque" de la 1ère station service pousse des clients vers la concurrence 100 mètres plus loin. Est-ce que vous avez interrogé le pompiste pour avoir son avis ? ;-)
Bon, je vais essayer de ressuciter l'homo oeconomicus ...
A priori les prix plus faibles de la deuxième station augmentent le temps d'attente. Les agents arbitrent entre faire la queue à la deuxième station et être servi tout de suite, mais plus cher, à la première station. Si on ajoute à ça le fait que, avant de décider de s'arrêter à la première station, ils ne voient pas la longueur de la queue à la deuxième, et qu'on mélange avec un peu d'aversion au risque ... on doit pouvoir justifier les 10 cents supplémentaires.
J'ai remarqué la même chose à la rue de la Huchette à Paris. http://maps.google.fr/maps?near=Par... Il y a une vingtaine de vendeurs de kebab sur 100m et ils ne sont pas tous au même prix.
Pas vraiment d'autres explications que l'ignorance rationnelle, coût d'opportunité élevé du temps (passé à crever la dalle) pour acquérir l'information EN SITUATION D'URGENCE. Très clairement, j'avais l'habitude d'aller chez le même à chaque fois. Ca ne me parait pas pour autant être l'expression d'une "rationalité limitée", au contraire.
Je ne conduis pas, mais vu de l'extérieur l'urgence (voir le stress) me semble être l'état d'esprit le plus fréquent du conducteur moyen dont la voiture crève la dalle.
Je fais mon plein d'essence avec une carte à l'effigie d'une certaine grande marque de carburants bien connue.
Si je m'approvisionne chez eux avec la carte, je n'avance pas d'argent, le montant est débité à mon employeur et je reçois des sortes de points grâce auxquels je peux gagne des colifichets. Mon employeur trouve le système rentable puisque la moitié de l'informatisation du suivi des frais de déplacement est assurée par la facturation adaptée à l'informatique, laquelle vaut le surcoût sur le litre de carburant.
@l'ami du laissez-faire : Les vendeurs de kebab ne proposent pas tous la même qualité de produit. Et comme ceux-là sont situés dans un quartier où passent quand même pas mal d'habitués, une fraction des consommateurs le sait, et choisit son fournisseur en fonction du rapport q/p qu'il juge optimal. Mais la qualité, dans le cas d'un carburant ... Elle est certainement quantifiable, mais pas par l'automobiliste moyen, et surtout pas immédiatement.
@un cas d'espèce : J'y ai pensé aussi, mais je ne crois pas que la population de porteurs de cartes d'abonnement soit suffisante pour faire vivre une station manifestement plus chère que sa voisine.
Si j'ai bien le quartier en tête, ces deux stations sont en zone industrielle, et il y a à 400 m plus loin une 3ème station, dépendant d'un hypermarché, et considérablement moins chère que les deux précédentes.
Je suggère donc que ces deux stations ont une clientèle professionnelle (de gens qui ne payent pas leur carburant). Et l'explication de "un cas d'espèce" serait la bonne.
...Si tu pouvais nous communiquer les enseignes de ces 2 stations, ce serait pas mal. Le premier réflexe que devrait avoir un économiste dans ce type de situation est: le prix est un indice de qualité ! Contrairement à l'exemple des deux paquets de chips identiques, il est possible que le raffinement de l'essence soit différent d'une station à l'autre. C'est d'ailleurs pour cette raison que le prix de l'essence des supermarchés est moins élevé, en somme la qualité est moindre (je l'ai déjà mesuré avec mon véhicule, en termes de kilométrages...). Il faudrait donc savoir dans un premier temps, si c'est bien le même produit (parfaitement identique) qui est vendu ? Si oui, alors on peut trouver de nombreuses autres explications: tu dis "Il ne s'agit pas non plus d'une différence de services proposés : les deux stations proposent une boutique, et le carburant est en libre service. Il ne s'agit pas d'une différence dans les coûts d'approvisionnement": Pas facile de controler ces variables ! Les stations ont-elles le même réseau d'approvisionnement ? Les employés les mêmes salaires ? etc...
Au final ce qui m'interroge toujours, c'est pourquoi y-a-t'il deux stations sur cette route à 100m de distance ?
Il n'y a aucune différence de qualité de carburants entre les stations services ou avec les supermarchés. Tout le monde achète au même endroit et cherche a optimiser la logistique de la même manière.
J'ai du mal a comprendre votre problème. Vous étonnez vous que la station la plus chère ait toujours des clients ou vous étonnez vous qu'elle soit systématiquement plus chère ?
Le fait que une des stations soit systématiquement plus chère est explicable tres simplement et depend du propriétaire de la station.
- Si la compagnie est propriétaire alors la raison en est la bureaucratie interne: une compagnie donnée applique une politique de prix unique et ne distingue pas entre les stations. Comme les compagnies ne vérifient pas systématiquement la rentabilité de leur stations la situation durera jusqu'à ce qu'une grande revue du réseau ait lieu.
- Si un commerçant indépendant est propriétaire de la station: la compagnie s'en fout. Le commerçant tiendra aussi longtemps qu'il le pourra mais n'est généralement pas maitre de son "pricing". Peut être est il aussi garagiste, ou le seul a vendre des cachous Lajaunie, qui sait? De toute facon si le commerçant perd sa culotte il tentera une négociation commerciale avec la compagnie qui pourra alors lui faire un cadeau pour le maintenir hors de l'eau. La vie est complexe, mais il y a toujours une logique même dans l'illogisme apparent.
Un commentaire pour aller dans le sens de "Un cas d'èspece", je travaille pour pour un concurent de la marque citée en Allemagne. et on voit la même chose pour des stations cotes à cotes...
La différence de prix est surtout expliquée par les cartes de flottes qui font economiser pas mal d'argents aux entreprises, les factures d'essences, de péages, de parking, de lavage etc. arrivant automatiquement dans leur système comptable par voiture, centre de coût... et avec les analyses de cohérences et d'erreurs déjà faites. En fait l'entreprise en prenant ce contrat fait des economies d'administration, fini les notes de frais d'essences, de péages, à traiter et à archiver. Etant comptable je peux dire qu'une note d'essence ou de péage coute plus cher à traiter en personnel que le surcoût sur le litre d'essence. Surtout qu'il ne faut pas oublier la remise annuelle sur volume qui n'est pas forcement négligeable.
Effectivement, soit c'est une question d'enseigne, qui fait que l'une d'entre elles a la possibilité de vendre plus cher en contrepartie d'avantages fournis aux consommateurs (cartes, etc). Cela peut venir aussi de l'existence dans une station d'un service supplémentaire dans l'une d'elles (lavage par brosses dans une, par eau sous pression dans l'autre). On peut avoir la même explication pour les kebabs : les différences de prix peuvent être des différences liées à la qualité des produits selon les enseignes. Soit c'est une question de risque. Tout dépend de l'information du public qui passe sur cette route. L'existence de l'autre station a 100m est visible; mais les prix sont-ils visibles à cette distance? Dans ce cas, un automobiliste sait qu'il prend un risque en allant à l'autre station : celui de devoir faire demi-tour si le prix ne lui convient pas (ou si l'autre station est fermée, ou s'il n'y a plus son carburant).l'écart de prix provient alors de cette différence liée au risque, à condition que cette route soit fréquentée majoritairement par des nouveaux venus.