Piketty et Madelin à l'université de tous les savoirs
Par Antoine B. le dimanche 22 octobre 2006, 01:24 - c'est pas nous qui l'avons dit - Lien permanent
Mon dernier billet annonçait la tenue de 3 débats potentiellement intéressants organisés par l’université de tous les savoirs, dont un opposant Alain Madelin à Thomas Piketty sur la question « faut-il augmenter la pression fiscale ? » (9Mo au format Real Player). Elessar estimait douteux qu’un débat dans lequel figurait Alain Madelin pût être de bonne qualité. Je rétorquai que le cadre académique du débat ainsi que son déroulement et le haut niveau de son interlocuteur allaient sans doute le tirer vers le haut. J’avais tort. Le débat a été, pour l’essentiel, plutôt décevant.
Le sort a désigné Piketty pour ouvrir le bal. Il avait donc 25 minutes pour exposer son point de vue sans interruption. Son style était académique dans le ton (assez modéré), mais assez vulgarisateur dans le propos. D’emblée, il a dit qu’il ne fallait pas compter sur lui pour jouer le jeu visant à le faire plaider pour une hausse des prélèvements obligatoires pour s’opposer à Madelin. Son message principal tient en deux point : 1) la pression fiscale actuelle (45% du PIB) n’a pas vocation à évoluer dans un sens ou dans l’autre 2) les modalités de ces prélèvements peuvent être revues à la marge.
Pour le 1) les prélèvements obligatoires n’ont pas de raisons particulières d’augmenter, et en l’absence d’une croissance vigoureuse, une telle augmentation serait ressentie, à juste titre, comme responsable d’une stagnation des revenus des particuliers. Ils n’ont pas de raisons de diminuer, non plus, car ils ont pour contreparties des dépenses qui, dans l’ensemble, doivent passer par l’impôt. On peut faire des économies ici ou là, mais cela ne fait que compenser l’augmentation probable des dépenses de santé à venir. L’essentiel de la différence avec les USA provient de ce que les retraites et la santé passent par des prélèvements obligatoires en France. Comme c’était historiquement justifié (« le marché n’était pas capable de garantir des retraites »), il n’y a pas de raison pour que cela change. Cette position est discutable, car on lui rétorquera aisément que l’Etat peut se borner à garantir l’exécution des contrats, et que les contrats en question peuvent parfaitement inclure une assurance sur les fluctuations des cours de bourse.
Globalement, cette position me parait étonnement fataliste. Piketty dit « à ma connaissance, personne n’a jamais soutenu que les prélèvements obligatoires avaient vocation à tendre asymptotiquement vers les 80% du PIB ». C’est vrai, mais il semble, lui, soutenir qu’ils avaient vocation à tendre asymptotiquement vers 45% du PIB et à ne plus en bouger. Au fond, ce pourcentage est assez récent, historiquement, et rien n’interdit de penser qu’il puisse, dans les 20 ans à venir, évoluer de plus ou moins 15 points. En tout cas, Piketty n’a pas vraiment dit ce qui pouvait l’interdire.
Pour le 2), en vrac :
L’impôt sur le revenu ne pèse pas lourd en France, et en tenant compte des exonérations diverses et variées, il est assez modeste par rapport aux pays européens (3 points de PIB, contre plus du double ailleurs). Donc, baisser l’impôt sur le revenu n’est pas la priorité, à la limite il faudrait remettre à plat toutes ces exonérations.
Les cotisations sur les bas salaires sont dommageables pour l’emploi. Les charges posent également deux problèmes : d’abord tout ce qu’elles financent ne relèvent pas d’un revenu différé (comme les retraites ou le chômage), mais de la solidarité nationale (comme la santé ou les allocations familiales). Il est donc moralement problématique que ce type de dépenses soient financées par un prélèvement qui pèse exclusivement sur le travail, et pas sur d’autres types de revenus. Ensuite, même pour les retraites, il y a un problème de plafond : en gros, les retraites sont proportionnelles aux cotisations. Mais pour les hauts revenus, cela donne l’impression que la solidarité nationale leur paye des retraites énormes, ce qui est d’autant plus problématique qu’ils ont une espérance de vie supérieure à la moyenne. Il y aurait là une forme de redistribution à l’envers. Piketty estime qu’il serait juste de baisser le plafond des cotisations retraites (ainsi, bien sûr, que le plafond des retraites publiques versées) et de laisser les salariés concernés placer leur pécule dans le fond de pension qu’ils souhaitent. (le plafond est actuellement à 15 SMICs).
Plus globalement, il y a beaucoup d’impôts différents, et ça rend le système trop opaque.
Bref : un exposé clair, qui aborde des questions intéressantes, avec un point du vue souvent intéressant, mais peut être pas de manière suffisamment approfondie, et qui ne s’arrête pas sur certaines questions cruciales comme le nomadisme fiscal ou l’impact incitatif de la fiscalité.
Arrive le tour d’Alain Madelin. Le ton change, dans le mauvais sens du terme. Madelin se croit au tribunal ou dans un meeting politique. Il cite Mitterrand et Giscard, pour leur faire dire que les impôts sont insupportables pour l’économie française. La nécessité de l’allègement des charges lui paraît donc acquise par cette unanimité. Il dit un certain nombre d’âneries, dont certaines seront relevées par Piketty au cours du débat. Pas toutes d’ailleurs. Par exemple, il ne retient pas le chiffre de 45%, qui représente les prélèvements obligatoires, car il estime qu’il faut y ajouter le déficit public, ce qui est une position à la rigueur justifiée, encore que ça conduise à compter deux fois le capital emprunté. Selon lui, les prélèvements obligatoires plus le déficit, ça donne la dépense publique, soit 54% du PIB. Eh ho ! Monsieur l’ancien ministre des finances ! Vous pensez vraiment que le déficit public se monte à 54-45= 9% du PIB ? A ce compte là, il y a bien longtemps qu’on se serait fait limoger de la zone euro. Il y a des recettes publiques qui ne proviennent ni de l’emprunt ni des prélèvements obligatoires.
Il considère que ces 54% tracent une frontière entre l’économie de marché d’un côté, et l’économie administrée de l’autre. C’est évidemment faux, comme le lui fera remarquer Piketty. Beaucoup de dépenses publiques financent des dépenses effectuées sur des marchés concurrentiels, notamment les dépenses de redistributions.
Pour illustrer l’efficacité des baisses d’impôts, il se réfère aux zones franches, et ajoute « ce qui est vrai dans ces cas l’est également pour l’ensemble du pays »
Aie ! Les économistes sont souvent équipés d’une sorte de radar « no bridge », qui fait bip bip quand ils entendent que ce qui est vrai au niveau de la partie l’est au niveau du tout. En l’occurrence : si on embauche plus dans les zones franches, c’est en bonne partie parce que les impôts y sont plus faibles qu’ailleurs. Il y a donc une grande part de transferts d’activité. Ensuite, faire une petit zone franche est assez peu coûteux et ne conduit pas à réduire beaucoup la dépense publique. Généraliser à tout le pays les taux de prélèvements des zones franches, en revanche, implique une toute autre acrobatie budgétaire.
Le niveau se relève un peu sur la fin de son intervention.
Sur l’impact pervers des charges sociales, il dit des choses plus intéressantes : le SMIC super-brut est une barrière à l’entrée sur le marché du travail. Les exonérations posent des problèmes, comme les trappes à bas revenu et l’effet d’aubaine. Il préconise une franchise sur les 500 premiers euros. Je suis allé plus loin précédemment, mais j’expliquais comment financer cette mesure. Madelin, au contraire, veut baisser tout en même temps. Dans ce cas, une telle franchise peut s’avérer très chère.
Il parle également des taux marginaux d’imposition et de leur rôle désincitatif, ce que Piketty a eu tort de ne pas faire. Il est par contre bien trop affirmatif qui il dit que 1) les taux marginaux en France découragent les innovateurs et que 2) la croissance passe, aujourd’hui, par les innovateurs.
Il se revendique de la philosophie de Rawls, ce qui est
sans doute tiré par les cheveux, mais au fond, pourquoi pas.
Enfin, il réclame de la croissance. Il considère que cela passe par plus de
concurrence ce qui, en soi, est sans doute juste, mais il estime que plus de
concurrence passe forcément par moins d’impôts, ce qui n’est pas très
pertinent.
Puis vient le débat :
Piketty fait la leçon. Il est un peu agressif. Il commence par demander de combien Madelin souhaite faire baisser la pression fiscale, s’il avait deux quinquennats pour le faire.
M : « un point de pib par an, comme l’Espagne… »
P : « ça fait 10 points de pib ! Vous passez de 45 à 35 : quel pays a fait une chose pareille ? »
M : « non, je voulais dire sur un seul quinquennat »
P : « Donc vous passez de 45 à 40, et ensuite vous restez à 40 ? C’est ça votre révolution fiscale ? »
Madelin explique ensuite qu’on peut maintenir la dépense publique constante tout en diminuant son poids dans le PIB, grâce à la croissance. Piketty lui répond (à juste titre) que beaucoup de dépenses publiques ont vocation à être indexées sur le PIB (retraites, salaires des fonctionnaires qui ne sont pas compensés par des gains de productivité…).
Madelin dénonce l’inefficacité de la dépense publique, car elle n’est pas sujette à la concurrence. Piketty met le succès de la médecine française sur le compte de la concurrence, opposée à la fonctionnarisation outre manche.
Madelin s’emporte ! « y’a pas de signal des prix ! »
Ensuite, ça se dégrade.
Piketty : « il suffit pas de dire beaucoup de mots très vite pour que ces mots veuillent dire quelque chose »
Madelin : « La TVA est un impôt sur la production. Si vous ne comprenez pas ça, je m’inquiète sur ce que sera la future école d’économie que vous allez diriger »
A ce stade, ça ne me fait pas rire. Je trouve affligeant qu’un débat qui avait pour vocation d’être de facture universitaire prenne des allures de débat politique télévisé.
Petite convergence sur la fin : Piketty est favorable à ce que la retraite soit davantage présentée comme un système d’accumulation de droit. Madelin préconise un système par points. Piketty répond : « on est déjà un peu dans cet esprit, mais c’est une bonne chose ».
Bilan de la « dispute » : Piketty a été assez bon, mais n’a pas abordé certaines questions pourtant essentielles. Quant à Madelin, malgré certaines réflexions intéressantes, ses erreurs grossières et son ton polémique ont fait de lui l’erreur de casting anticipée par Elessar. Dommage.


Commentaires
C'est somme toute assez prévisible, je doute que Madelin puisse se comporter autrement que dans une posture de combat face à quelqu'un dont il sait qu'il n'est pas acquis à sa cause. Quant à Piketty (avec un "y" ;)), vu la position de son interlocuteur, je me doutais qu'il allait adopter une position tronquée, comme il a pu le faire lors de ses tribunes interposées avec Salin (qui adopte, d'ailleurs, le même type de position de Madelin). A partir de là, le débat pouvait difficilement être autre chose qu'infructueux et polémique...
« à ma connaissance, personne n’a jamais soutenu que les prélèvements obligatoires avaient vocation à tendre asymptotiquement vers les 80% du PIB »
Et la loi de Wagner, alors? la perspective de PO "stables" paraît extrêmement discutable, ne fût-ce qu'à cause des dépenses de santé et de retraites. Penser qu'on trouvera des économies et des mécanismes correctifs, c'est amha bien optimiste, et pas forcément très honnète. Il y a un argument à chercher à baisser maintenant la dépense publique pour passer ces caps. On peut désapprouver, mais on doit l'examiner.
Pour le reste, il n'est pas absurde de prendre en compte la somme PO+déficit pour estimer un prélèvement total. Cf équivalence ricardienne. Après, en effet, ça ne fait pas la dépense publique totale, mais c'est une erreur fréquente et pas forcément fondamentale. La TVA un impôt sur la production, je pense que c'est le ponpon. Il y a donc des impôts qui ne sont pas payés par les individus mais par "la production"? Bref, en effet, tout cela est un peu léger.
@Alexandre : « Pour le reste, il n'est pas absurde de prendre en compte la somme PO+déficit pour estimer un prélèvement total. Cf équivalence ricardienne. »
C’est ce que j’ai pensé sur le coup. Mais je me suis fait la réflexion suivante. Raisonnons sur trois périodes, et prenons un taux d’intérêt nul pour faire simple. A la première période, l’endettement est nul. Impôts = 40, dépense = 45, déficit = 5. L’année suivante, impôts = 45, dépense hors remboursement = 45, remboursement = 5, déficit = 5. La troisième année, impôts 50, dépense hors remboursement = 45, remboursement = 5, déficit = 0, on retombe sur un endettement nul.
Ce qui me gène, dans le fait de prendre la somme impôts+déficit, c’est qu’à la deuxième année, on va compter 55, lesquels incluent à la fois les déficits de l’année précédente qui sont remboursés, et les déficits de l’année en cours, qui seront remboursés l’année suivante. Au total, les impôts sont, sur les 3 ans, de 40+45+50=135, la dépense publique hors remboursement 45+45+45=135, tandis qu’avec le calcul PO+déficit, on obtient 45+50+50=145. Les 10 de trop correspondent aux deux déficits qu’on compté deux fois : une quand on a contracté l’emprunt, la seconde quand on l’a remboursé.
« La TVA un impôt sur la production, je pense que c'est le ponpon. Il y a donc des impôts qui ne sont pas payés par les individus mais par "la production"? Bref, en effet, tout cela est un peu léger. »
Le pire, dans l’histoire, c’est que quelques minutes avant, il avait expliqué que les impôts sur les vaches n’étaient pas payés par les vaches mais par leurs consommateurs. Mais là, c’est une étape du débat où il s’emporte, dit n’importe quoi, et il veut à tout prix coincer Piketty, lequel, effectivement, peu coutumier de ce genre d’échanges, se met à bafouiller.
Vous avez raison : il vaudrait mieux compter la variation du stock de dettes pour se faire une idée plus correcte. Disons que cela rend la critique plus ésotérique :-). Il n'en reste pas moins que se focaliser uniquement sur le taux de PO est une erreur. In fine, les vrais prélèvements obligatoires, ce sont les dépenses publiques, peu importe la façon dont elles sont financées.
A l'intention d'Elessar, a y'est : vous êtes dans le Retrouved ! (pas en lien, pas encore quand même) bon retour aux Stems
Je ne suis pas certain que les thèses de Piketty ressortent grandies de la manière pour le moins peu universitaire avec laquelle il se paye la tête du looser Madelin. Ce qui, de mon poitn de vue, est une bonne nouvelle, bien que je reste (à vrai dire agréablement) surpris de voir le goût prononcé du sieur Piketty pour les bonnes vieilles recettes de la dialectique éristique.
Car après tout, à défaut de pouvoir contredire des thèses complexes sur le plan des idées, il reste toujours possible de contester l'honnêteté intellectuelle de ses principaux partisans. Bien que médiaval, le procédé reste efficace.
"Il parle également des taux marginaux d’imposition et de leur rôle désincitatif, ce que Piketty a eu tort de ne pas faire. Il est par contre bien trop affirmatif qui il dit que
1) les taux marginaux en France découragent les innovateurs
2) la croissance passe, aujourd’hui, par les innovateurs."
Oui c'est idiot pourquoi SEULEMENT les innovateurs.
L'idée que ça emm... tout le monde à quand même tendance à faire l'unanimité, un PEU. http://www.cato.org/research/fiscal... http://chevallier.turgot.org/a244-L...
Malheureusement, ce n'est pas mon revenu qui paye mes impots.
L'ami du laisser-faire : Allons, allons : vous savez bien que la croissance provient aussi de la hausse du cours des matières premières, de l'augmentation des prix de l'immobilier, de l'indice de la construction, d'une consommation croissante d'énergies et de matières premières, du ratio épargne/consommation, de l'amélioration des marges du secteur de la distribution, de la pression fiscale sur les produits de grande consommation, etc., etc. : tout un tas de facteurs sur lesquels le pouvoir aura toujours bien plus de prise que sur l'initiative individuelle.
@"un autre liberal"
« la croissance provient aussi de la hausse du cours des matières premières… »
La hausse des coûts des ressources, facteur de croissances !? On ne doit pas avoir la même compréhension de ce mot. Que cela cause une réallocation des dépenses de ressources et des revenus c’est évident. Mais certainement pas de la croissance (ou d’inflation comme on l’entend souvent). Peut-être devriez-vous remettre en cause vos indicateurs et les hypothèses sous jacentes.
Pour le reste je ne commente même pas, je considère l’état comme complément impotent tout juste apte à vampiriser et même sur ce point ses capacités d’adaptations sont limitées. Je ne lui reconnais pas la moindre capacité de contrôle, tout juste une aptitude à casser la porcelaine dans un magasin.
"La TVA est un impôt sur la production"
Dans un premier temps, je me suis dit que tout le monde (ou presque apparemment) sait que la TVA est un impôt sur la consommation et que M. Madelin avait prononcé une ânerie. Mais dans un deuxième temps, j'ai réalisé que la somme des valeurs ajoutées dans une économie était simplement la valeur de la production nationale, ce qui semblait donner raison au sieur Madelin.
Dans un troisième temps, je me suis demandé pourquoi tout le monde (ou presque) affirme que la TVA est un impôt sur la consommation. Si on admet une économie fermée et sans Etat, la production national est égale aux dépenses de consommation + dépenses d'investissement. Cela signifie-t-il que la TVA est un impôt sur la consommation et l'investissement, et pas simplement un impôt sur la consommation ?
J'ai alors pensé que les dépenses d'investissement devaient être exonérées de la TVA, ce qui aurait pour conséquence que la TVA est bien un impôt sur la consommation (et que M. Madelin s'est trompé).
Mais mes connaissance fiscales sont un peu limitées. Si un lecteur du blog a une réponse, je serais très reconnaissant. Par exemple, est-ce que la vente d'une photocopieuse à une PME qui vend des boîtes de conserve échappe au paiement de la TVA ?
@LB
Bien vu ! Vous avez trouvé le véritable impot sur la consomation clairement décrit ici par Pascal Salin comme une amélioration de la flat tax.
Le bouquin est préfacé (surprise) par Madelin mais n'est je pense plus dispo.
L'arbitraire fiscal par Pascal Salin
http://patrick-madrolle.laissez-fai...
-Je m'étonne un peu que Piketty ne s'est pas exprimé sur l'inefficacité du système de prélèvements français comme moyen de redistribution, qu'il démontre pourtant clairement dans "économie des inégalités". -Qu'aucun des deux n'a critiqué le concept de prélèvements obligatoires, ou on mèle joyeusement des assurances(santé, vieillesse etc) obligatoires il est vrai, et couverture des dépenses de l'état et des collectivités locales. Comparer pe les prélèvements US et France est évidemment comparer deux choses qui ont un contenu totalement différent
L’ami du laissez-faire : « Oui c'est idiot pourquoi SEULEMENT les innovateurs. L'idée que ça emm... tout le monde à quand même tendance à faire l'unanimité, un PEU »
Précisément, la question n’est pas de savoir si ça emm tout le monde, mais d’avoir une idée de ce que peut rapporter une baisse des taux marginaux 1) en terme d’innovation, et 2) en terme de croissance. Si vous tenez compte à la fois de l’effet revenu et de ce que sont réellement les taux marginaux après déductions de tout ce qui est déductible, il est peu probable que l’effet soit si important.
LB : Ce qui rend cet échange un peu lamentable, c’est précisément que ça n’a pas beaucoup de sens de se demander si c’est un impôt sur la production ou sur la consommation.
Tijl : en fait, j’ai l’impression que Piketty a quand même abordé cette question, au moins en filigrane (il faudrait que je réécoute), mais il est vrai qu’elle est pertinente.
@Antoine B.: "Ce qui rend cet échange un peu lamentable, c’est précisément que ça n’a pas beaucoup de sens de se demander si c’est un impôt sur la production ou sur la consommation."
Savoir s'il faut qualifier la TVA d'impôt sur la production ou sur la consommation n'a en effet qu'un intérêt terminologique. On peut adopter le terminologie qu'on veut, l'essentiel est de se comprendre.
Mais la question de savoir si la TVA est un impôt sur le revenu (ou sur la production, ou sur la somme des valeurs ajoutées, ou ... peu importe la terminologie) ou un véritable impôt sur la consommation (ou à la consommation, ou n'importe quelle terminologie pour autant qu'on se comprenne) est une question cruciale.
Un impôt sur la consommation favorise en effet beaucoup plus les investissements qu'un impôt sur le revenu (certains économistes sérieux recommande de remplacer l'impôt sur le revenu par un impôt sur la consommation précisément pour cette raison).
Après quelques réflexions et quelques lectures rapides, il me semble que la plupart des pays qui ont adopté la TVA, dont la France, excluent les biens d'investissement (ou ce qui revient au même permettent aux entreprises de déduire les biens d'investissement de l'assiette de l'impôt, c'est-à-dire traitent les biens d'investissement comme de la consommation intermédiaire).
Il me semble donc que la TVA est bien un impôt sur la consommation, que Madelin a eu tort de dire qu'il s'agissait d'un impôt sur la production, et que la question n'est pas que terminologique mais reflète un problème de fond, qui est de savoir s'il faut taxer les revenus ou la consommation.
@L'ami du laissez-faire: la TVA me semble être un véritable impôt sur la consommation (voir ci-dessus). Est-ce que Pascal Salin affirme le contraire dans son livre sur l'arbitraire fiscal ?
LB : j'entends bien, mais précisément, ce qu'il aurait fallu faire, à ce stade du débat, c'était parler des vertus/défauts de la TVA par rapport à d'autres impôts (en particulier la TVA sociale, puisque c'était d'elle qu'il s'agissait), plutôt que de s'envoyer des noms d'oiseaux sur le thème "c'est un impôt sur la production, espèce d'analphabète".
@Antoine B.: Tout à fait d'accord avec vous sur ce point.
@LB « la TVA me semble être un véritable impôt sur la consommation (voir ci-dessus). Est-ce que Pascal Salin affirme le contraire dans son livre sur? »
Votre remarque précédente sur la photocopieuse est pertinente, mais vous oubliez dans votre raisonnement tous les investissements des particuliers. Notamment immobilier, voitures, travaux d’améliorations et d’entretien associé.
Ce point rapproche bien plus la TVA de l’IRPP qui lui-même est affecté d’une liste interminable de niches et exonérations. C’est le propos de Pascal Salin dans son livre « l'arbitraire fiscal ».
@LB « Mais la question de savoir si la TVA est un impôt sur le revenu … est une question cruciale. Un impôt sur la consommation favorise en effet beaucoup plus les investissements qu'un impôt sur le revenu (certains économistes sérieux recommandent de remplacer l'impôt sur le revenu par un impôt sur la consommation précisément pour cette raison). »
Presque complètement d’accord, à un détail plus que sémantique près, c’est l’impôt sur le revenu qui surtaxe le capital, il frappe à la fois l’argent qui sert à le constituer et le flux de revenu qui en découle. C’est l’Impôt sur la Dépense Globale (comme le nome Pascal Salin) qui est neutre dans l’arbitrage consommation contre investissement.
On trouve l’ l’Impôt sur la Dépense Globale chez Fisher http://www.blackwell-synergy.com/li... « Fisher thought that the DOUBLE taxation of saving under an income tax was extremely harmful to the economy and he therefore proposed a "spendings" tax or what he referred to as a "real income" tax. »
Chez Kaldor http://www.amazon.fr/Expenditure-Ta...
Salin le détail longuement, son assiette est : Dépense globale = revenu + emprunts + dons + ventes d’actifs – épargne – amortissement de la dette – dons effectués.
Le seul ouvrage en français encore en vente (semble-t-il) qui en parle à ma connaissance est « Action ou Taxation » de Philippe Lacoude et Frédéric Sautet deux thésards du Pr. Pascal Salin. http://www.fnac.com/Shelf/article.a... C’est en fait de là que j’ai recopié les exemples très clairs. http://patrick-madrolle.laissez-fai...
@ L'ami du laissez-faire: Merci pour vos remarques. J'ai réussi à me procurer l'ouvrage de Pascal Salin. Je vais le lire attentivement; ça semble assez polémique, ce qui n'est pas pour me déplaire.
J'ai fait une autre analyse de cette même conférence (http://libertesreelles.ifastnet.com...) en voulant mettre en avant que ce qui était intéressant, c'était que les justifications n'étaient pas des manières de penser mais venaient ex-post.