Un homme, une voix, une fois
Par Antoine B. le vendredi 29 septembre 2006, 11:09 - Lien permanent
Une proposition figurant dans le programme de Nicolas Sarkozy est passée inaperçue, et c’est bien dommage, étant donnée sa gravité. Elle prévoit l’organisation en 2010 d’un référendum qui, en cas de victoire du oui, ferait de Nicolas Sarkozy le président à vie de la république française. Alors, bien sûr, me rétorqueront les plus optimistes, si une telle perspective est effrayante, le peuple n’a qu’à la rejeter. Mais c’est faire là l’impasse sur la campagne médiatique qui entourera la campagne référendaire. Il se dit que Nicolas Sarkozy a pour projet de s’attribuer une émission de télévision hebdomadaire sur France 2, qui s’appellerait « Monsieur le Président », grâce à laquelle il pourrait encore amplifier son omniprésence médiatique. Sans compter qu’il pourrait prendre la sécurité nationale comme prétexte pour faire passer une loi interdisant aux médias dont il n’aurait pas le contrôle de propager des idées « antipatriotiques ». Effrayant, non ?
Mais non ! Rassurez vous : rien de tout cela n’est vrai. Non pas qu’un tel projet n’existe pas, mais il n’est pas celui de Sarkozy, l’infâme atlantiste, mais de Hugo Chavez, l’ami de tous les démocrates (Ahmadinedjad, Loukachenko, El Assad, Castro…). Comment pourrait-ce être effrayant, alors que Karl Zéro lui-même a dit qu’il était super sympa ?
add à 22h40 Précisions : il semble qu'il y ait en fait une ambiguïté sur le sens des déclarations de Chavez. S'agit-il de créer une présidence à vie, ou seulement de supprimer la limite du nombre de mandats successifs ? Face aux interrogations suscitées par ses déclarations, nul doute qu'il précisera sa pensée, je ferai amende honorable si besoin. Je n'arrive pas à trouver sa déclaration in extenso. Elle contient quand même le passage suivant :
"Entre 2007 et 2021, nous aurons 14 années pour installer, approfondir et étendre la révolution dans tous les domaines afin que le Venezuela devienne la République Socialiste Bolivarienne pour une véritable égalité, une pleine liberté et une profonde démocratie"
qui semble confirmer qu'il se voit chef de l'Etat à long terme. Affaire à suivre.
re-add à 23h00 Je pense avoir trouvé ici :
"Yo mismo voy a convocar el referendum al menos con dos preguntas. La primera de ellas será más o menos así: ¿Está usted de acuerdo en que Hugo Chávez siga siendo Presidente de Venezuela? Sí o No. El pueblo responderá. Segunda pregunta: Si su respuesta anterior es postiva ¿Está usted de acuerdo en que Hugo Chávez vuelva a reelegirse para el próximo período? Sí o No. Ese referendo lo voy a convocar para comienzos de 2010. Si la mayoría del pueblo dice que No, pues yo me voy. Pero si la mayoría dice que Sí, entonces habría que modificar la Constitución para que la reelección del Presidente sea indefinida.."Ce qui est donc au moins un projet intermédiaire : le référendum de 2010 ferait de lui le président jusqu'en 2021. Ce qu'on ne passerait évidemment pas à d'autres. Quant à la dernière phrase, force est de reconnaître qu'elle est pour le moins ambigue.


Commentaires
Tain, le teaser : chuis monté à 20 d'tension, au moins !
Je vous propose un jeu : citer cinq chefs d'état en poste aujourd'hui qu'on puisse indéniablement qualifier de démocrates.
@... : euh... Michelle Bachelet, Romano Prodi, Tony Blair, Jun'ichirō Koizumi (bon, il n'est plus en poste depuis très peu de temps), José Luis Zapatero, par exemple.
@ Antoine B.: Dans ta liste, seul Bachelet est chef d'état.
LSR
Argh, le sexisme me guette ! Evidemment, je voulais dire "seulE Bachelet" ...
LSR
Tony Blair ? Lui qui a tant menti à ses électeurs, un démocrate ? (pour le reste, ok....)
@LSR : je pense que '...' voulait parler des chefs d'executifs.
@... : Sans entrer dans la polémique sur Blair, je suis frappé par la complaisance que suscite Chavez. Le but de ce billet était d'illustrer le fait qu'on ne passerait pas ce genre de comportements à n'importe qui d'autre. Supposons qu'effectivement, un dirigeant français ait ce type de projet de référendum. Tout le monde crierait, à juste titre, au scandale, et il ne viendrait à l'idée de personne de relativiser en disant : "bah, nul n'est parfait, tous les chefs d'Etats ont leurs petits travers." Dans le cas de Chavez, en revanche, rien n'est grave. Selon moi, cette complaisance s'explique par le fait qu'il est le premier dirigeant de gauche radicale (disons, en gros, marxiste) à ne pas avoir commis de crimes après plusieurs années au pouvoir (j'exclus Allende, qui n'est pas resté très longtemps au pouvoir, et dont j'ignore si l'on peut vraiment le qualifier de radical)
Antoine, connais-tu le paysage médiatique venezuelien ? Par exemple as-tu simplement regardé des échantillons des télés locales ?
Laurent, désolé, mais ça aussi, c'est de la complaisance incompréhensible. Tu prends (et tu n'es pas le seul) le pretexte d'un problème bien réel de parti pris des médias dominants au vénezuela pour justifier n'importe quel acte aberrant de Chavez. Quel rapport entre ce problème, qui peut parfaitement être traité par la mise en place d'une instance de régulation type CSA, et son projet référendaire clairement anti-démocratique ?
Hé, je posais juste une question.
Le CSA au venezuela ça va être trivial à négocier et c'est d'ailleurs totalement réaliste de le faire fonctionner (la justice dans ce pays c'est nickel a accessible a tous, c'est bien connu). Je te conseilles de regarder attentivement la liste des personnes qui ont signées l'abolition de la constitution lors du coup d'état de 2002 et de croiser avec certains milieux. Tu peux aussi te demander pourquoi ces personnes qui ont fait le coup ne sont pas en prison ou guillotinées avec un dictateur sanguinaire qui mange les petits enfants comme Hugo Chavez, un sujet intéressant qui permets de comprendre une petite partie du personnage.
Personnellement je ne vois pas trop la différence entre un CSA qui demande aux N tele privees X% de temps de parole au president en place avec un systeme juridico-socio-administratif complexe (lire : corrompu, voir un pays que je ne nommerai pas :) par dessus pour tout vérifier, et le president en place qui prends Y% (>X) d'une chaine financée par le gouvernement pour s'exprimer directement, et les N chaines privées font 100% ce qu'elles veulent (en pratique vomir sur le président élu 100% du temps entre les pubs et les feuilletons).
Ensuite, sur la proposition de Chavez, elle n'est absolument pas ambigue et affichée clairement sur les sites gouvernementaux du venezuela. A ta décharge les "journalistes" de bloomberg couvrant l'amérique du sud font des efforts considérables pour que l'information soit comprise de travers (enfin, c'est quand même mieux que les bidonnages purs et simples qui restent fréquents, les elections approchant et le pétrole excitant les esprits des sponsors traditionnels des médias USA).
La situation au venezuela ne se resume pas aux caricatures faites dans divers médias (de tous les bords d'ailleurs), c'est vraiment dommage que tu portes des jugements tranchés sans visiblement faire un minimum de recherche.
Le personnage a beau être bizarre, lui et son parti ont gagné 5 elections d'affilée avec 45 a 60% des voix (pas 99.8%), elections sur lesquelles ne pesent aucun doute d'apres les organismes internationaux, et la constitution de 1999 a ete approuvée a 74%. Bémol, l'abstention est entre 45 et 74% - pour les dernieres législatives l'opposition ne s'est pas présentée au vu des sondages. L'absence d'opposition crédible, c'est a dire détachée de la kleptocratie passée et un tantinet moins vulgaire, est souvent notée dans les interviews, et désole jusqu'aux partisans d'Hugo Chavez (c'est pas tres bon pour l'avenir du pays je te l'accorde).
Laurent : as-tu lu mes addenda avant de poster ce commentaire ? Rien de ce que tu dis (dont je ne conteste pas la véracité) ne justifie son attitude.
Antoine, il s'agit simplement de modifer (ou passer outre la forme n'est pas précisée dans ce que j'ai lu) l'article 230 de la constitution qui limite un président a deux mandats de 6 ans, donc de passer d'un systeme type USA a un systeme type France.
http://www.venezuelanalysis.com/new...
"Chavez also reiterated his proposal for a referendum in 2010 to change the Venezuelan constitution to allow for unlimited re-election of the president. “I don’t have personal plans [for the Constitutional change], but the issue is in the streets,” announced Chavez, “The decision corresponds to the people… The decision would not be mine.”"
Voir aussi en plus détaillé (et biaisé :) :
http://www.zmag.org/content/showart...
Ou une depeche moins "alambiquée" de bloomberg 8 jours apres la premiere :
http://www.bloomberg.com/apps/news?...
Si Chavez gagne les elections de decembre, 2010 sera sa mi-mandat de son deuxieme mandat (et dernier sous la constitution en vigueur). Les venezueliens peuvent aussi a ce moment la petitionner (20% de signataires) pour demander un referendum pour le forcer a refaire des elections, comme c'est arrivé en 2004 (mais il a gagné le referendum a 59% avec 70% de participation).
Qu'en penses-tu au vu de ces informations ?
Laurent : je ne suis pas un hispanisant hors pair, mais si je comprends bien la phrase « ¿Está usted de acuerdo en que Hugo Chávez vuelva a reelegirse para el próximo período? », il s’agit de remplacer les élections de 2013 par un référendum en 2010. C'est donc autrement problématique que d'autoriser un président à briguer un troisième mandat ou plus.
La prochaine periode, ca fait reference a 2013-2019. On demande par referendum en 2010, vers mi mandat 2006-2013, si on doit changer la constitution (ou un truc du genre) pour permettre a Chavez de se representer une troisieme fois, ca me parait clair.
As-tu lu la deuxième dépeche de bloomberg ?
Sur news.google.com, cherches "hugo chavez" si tu en veux d'autre dans le genre.
Qu'en penses-tu ? Chavez president a vie en une seule election ?
Un point de vue amusant (et décalé :) du Christian Science Monitor au passsage :
http://www.csmonitor.com/2006/0926/...
Je ne veux pas être affirmatif. Par contre, je suis surpris que Znet traduise "¿Está usted de acuerdo en que Hugo Chávez vuelva a reelegirse para el próximo período?" par "are you in agreement that Hugo Chavez can be reelected for the next electoral period?". Je ne vois pas à quoi correspond ce "can". Si un hispanisant peut m'éclaircir sur ce point. Moi, ce que je comprend, c'est, en français : "êtes vous d'accord pour que Hugo Chavez soit réelu à la prochaine période".
La dépêche de bloomberg (l'autre) dit seulement que Chavez veut faire disparaître la limite au nombre de mandats successifs. Je ne dis pas qu'il ne s'agit pas de ça, je dis qu'il me semble qu'il ne s'agit pas que de ça. En tout cas, c'est une déclaration qui jette le doute. Et pourquoi parle-t-il de la période 2007-2021, qui ne correspond à aucun multiple de 6 ?
Il y a une dizaine de sites qui donnent la même interprétation, si tu doutes encore libre a toi d'interpréter tout seul dans ton coin, mais l'incompréhensible ça sera ton attitude :)
Une dépeche AFP reprise sur deux sites :
http://www.news.com.au/story/0,2359... http://www.thepeninsulaqatar.com/Di...
Je ne sais pas pourquoi Chavez parle de 2021, c'est peut-être un de ces projets qui est planifié jusqu'en 2021, j'ai trouvé quelques liens sur un plan anti-pauvreté, eg ici :
http://english.eluniversal.com/2006...
Qu'en penses-tu ?
Antoine B.: Je comprends votre lecture et dans une certaine schizophrénie, je l'approuve sans y adhérer. Je veux dire que le nominalisme se prête notoirement mal à l'analyse de constats qu'à priori chacun peut faire.
Je postule notamment que les citoyens ne sont point sots. Malgré et peut-être un peu à cause de leurs trois heures de télévision quotidienne de la confusion dans laquelle on ressort d'une telle épreuve. Je veux dire que, vu d'Europe du moins, le pays de Chavez est si très lointain, si profondément amalgamé dans cette vaste zone grise et fantasmée de mondialisation sauvage, dans laquelle les luttes sont farouches, les hommes libres sont rudes ou morts, et la défense d'une certaine vision sociale de l'état un acte de résistance, et notamment, de résistance au comportement qu'on ne qualifiera que très difficilement en europe de fraternel et compassionné des USA dans la zone, toutes considérations sur la manière dont les USA se représentent leurs motivations à agir ainsi mises sans doute à tort de côté, OK.
Par ailleurs, evitons les fastidieux inventaires de détail : regardez ce que valent comme démocrates les chefs des états siégeant au Conseil de Sécurité de l'ONU. Kofi Annan n'aura jamais eu à craindre l'un ou l'autre pour se poser en défenseur des grands principes humanistes et démocrates. Le citoyen lambda peut-il en tirer une autre conclusion que celle selon laquelle les fins honorables ne semblent pas pouvoir être défendues par des moyens honorables ?
Et donc, que se restreindre aux moyens honorables, c'est offrir sa gorge aux bouchers. Et donc, que, bon, les juges et les lois, c'est comme le papier peint : ça lisse les murs, ça permet de faie bon figure, mais, au fond, on peut toujours en changer même si tout le monde sait qu'il en faut.
C'est pourquoi, paradoxalement, je pense qu'il faut commencer par savoir prendre la défense des citoyens des états-unis d'amérique, c'est à dire, savoir les critiquer en exposant en quoi leurs représentations diffèrent des nôtres, pour révéler comment leurs intentions souvent honorables dans leur esprit se traduisent, à nos yeux, en actes criminels, image qu'exploiteront toujours les plus habiles politiciens de ce monde, indépendamment de leurs propres motivations, pour obtenir un soutien inconditionnel en europe là où celui du parrain régional est évidemment plus incertain.
Laurent : « qu’en penses-tu ? »
1)Que le lien que je donne dans le second addendum correspond bien aux propos de Chavez, puisqu’il contient son enregistrement audio.
2) Que ce discours contient les trois points suivants :
a- La première question du référendum de 2010 concernera son maintien au pouvoir jusqu’à la fin du mandat en 2013
b- La seconde question, « ¿Está usted de acuerdo en que Hugo Chávez vuelva a reelegirse para el próximo período? » signifie « êtes vous d’accord pour que Hugo Chavez soit à nouveau réélu pour le prochain mandat ».
c- Une réponse positive à la seconde question impliquerait une réforme de la constitution afin de supprimer la limite au nombre de mandats consécutifs.
Or, la dizaine de liens que tu me proposes, et que j’avais pour la plupart trouvés en préparant ce billet ou ses addenda, ne mentionnent que les points a et c, qui ne sont, j’en conviens, absolument pas problématiques (encore que je préfèrerais voir la France adopter ce genre de limites de mandats plutôt que le Venezuela s’en défaire), mais qui ne me contredisent en rien. Ce qui a fait scandale, et à juste titre, c’est le point b. Sa langue a-t-elle fourché ? Est-ce une provocation maîtrisée ? A-t-il changé d’avis depuis ? Toujours est-il qu’il a bien prononcé ces paroles, et qu’il n’a pas dit depuis qu’il s’était trompé en les prononçant.
… : « regardez ce que valent comme démocrates les chefs des états siégeant au Conseil de Sécurité de l'ONU. Kofi Annan n'aura jamais eu à craindre l'un ou l'autre pour se poser en défenseur des grands principes humanistes et démocrates.»
Désolé, mais je ne suis pas près d’être convaincu par ces arguments relativistes. Je ne sais pas si Reagan est méchant, mais ça ne rend pas ceaucescu gentil.
Alors, je vous fais une promesse. Quand l'europe et/ou la france daigneront examiner le bilan de Vladimir Poutine (choix fait au hasard, pour faciliter le consensus), je vous promets de réfléchir aux intentions d'Hugo Chavez. En attendant, que les chiens s'entredévorent.
... : C’est peut être un point sur lequel nous serons d’accord : je n’ai pas plus de sympathie pour Poutine que pour Chavez. La différence est que Poutine semble faire plus ou moins l’unanimité contre lui en France. Par contre, Chavez est l’objet d’une adulation béate de la part de gens qui se cherchent une icône vivante pour succéder au Che Guevara dans l’imagerie révolutionnaire.
Alors, au risque de sembler horriblement cynique, je crois que l'école n'est pas le seul lieu où le vécu s'acquiert par procuration. Le spectacle de ce qui se passe à "l'étranger" (chacun mettant ce que bon lui semble derrière ce terme), c'est à dire, de lieux et des gens envers lesquels nous ne voulons finalement faire preuve que d'une solidarité limitée, est tout aussi instructif : les espoirs que nous portons au spectacle d'expériences "étrangères", le bilan que nous tirons des politiques intérieures "étrangères", le tout mis en scène par les professionnels du spectacle, a, ici aussi, d'indéniables vertus pédagogiques. Chavez a été choisi par des citoyens bien assez libres pour que nous puissions considérer que ces citoyens prétendent pouvoir assumer eux-mêmes toutes les conséquences à venir de leurs choix, quelles qu'elles soient.
Pour d'autres, il est possible de faire des bilans. Donc, de juger des faits, et non pas des intentions, des espoirs, émis consciemment par des hommes bien assez libres pour ça. L'échec de Chavez n'est pas assuré. La fauillite de Poutine, et de quelques autres, avérée.
Laissons les hommes libres rêver. Le rêve n'est pas une ressource fossile : qu'il puisse servir de substitut à d'autres !
… : Ah mais… je rêve énormément, moi. Je rêve d’un monde assurant liberté et prospérité à chacun, à un monde où l’expression est libre, où les individus sont assez instruits pour avoir un débat public de qualité, etc. Il se trouve que les pays qui se rapprochent le plus de ces rêves (je dis bien se rapprochent), ce sont les démocraties libérales dans lesquelles nous vivons. La contrepartie de ces rêves, ce sont des cauchemars : des sociétés sclérosées, pauvres, sans débat, sans liberté d’expression, etc. Entre autres, la Biélorussie et l’Iran sont assez proches de ces cauchemars, et comprenez que je m’étonne de ce que certains portent aux nues quelqu’un qui fonde sa diplomatie sur sa proximité avec les tyrans qui dirigent ces pays.
Ceci étant dit, il y a quand même autre chose que du rêve dans l’admiration suscitée par Chavez, c’est qu’il apparaît comme une revanche historique. A la fin du siècle passé, force était de constater qu’il n’avait existé aucun régime communiste conforme à l’utopie. Tous avaient plus ou moins déçu. Les marxistes en étaient à se rattacher à des héros qui ont été évincés aux portes du pouvoir (le Che, Allende, Trotski…), faute de pouvoir admirer Pol Pot Staline, Ceaucescu ou Mao. Or, justement, Chavez est en place depuis maintenant assez longtemps, il n’a commis aucun massacre, et il utilise une partie ses recettes pétrolières pour aider les pauvres, tout en tenant un discours clairement révolutionnaire. Il a donc tout pour devenir une nouvelle icône. D’où la tentation de ne pas voir ce qu’il peut y avoir de détestable chez lui. D’un autre côté, il est vrai qu’il déstabilise les gens qui avaient fini par s’habituer à discréditer le marxisme uniquement en invoquant les massacres commis en son nom. D’où, sans doute, la tentation pour certains de vouloir le diaboliser plus qu’il ne le mérite.
J'imagine, peut-être à tort, que le parcours de Chavez incarne un espoir humaniste aussi honorable que le vôtre ou le mien dans l'esprit de ceux ses partisans, comme vous et moi, qui, simples citoyens, n'avons pas tant d'arrières pensées ou d'intérêts bien compris que ça, non ?
Mais l'économiste que vous êtes ne peut ignorer que les démocraties libérales, approximation de cet idéal social que vous vantez, ne sauraient actuellement survivre sans prélever des ressources diverses dans ces régions du monde, cet altruisme objectif du reste du monde à notre égard ne s'obtenant certainement pas en laissant libe cours au débat ou aux idées dans ces régions généreuses. Une fois ce constat admis pour tout ce qu'il implique, la question est de savoir comment sortir par le haut de cette situation. Si vous avez une réponse, ou même une simple intuition, démarche, qu'importe, par pitié, parlez ! Vous savez bien que nous n'en resterons pas éternellement là ? non ?
C'est pourquoi à mes yeux toutes les expériences, aussi étranges soient-elles, sont intéressantes dès lors qu'elles ne constituent pas une régression (comme, par exemple, la Bielorussie actuelle, le Népal, l'Afghanistant depuis 1980, l'Iraq depuis 2002, le Liban depuis 1980, l'Iran disons de 1991 à 2005 en gros). Or, à vue de nez au pifomètre, les vénézuéliens, pour l'instant, ont un sort plutôt meilleur depuis Chavez qu'avant, même si, OK, Chavez n'est pas la cause première de cela.
Toute fausse naïveté mise à part, je vous avouerais ne pas voir de profondes différences entre ce qu'est aujourd'hui Singapour (état qu'on ne peut que très difficilement qualifier de pro-marxiste) et ce que pourrait rapidement être le Venezuela de Chavez : ça reste du capitalisme dans lequel l'état n'est pas l'organisateur de l'économie, mais son associé objectif, la collusion intime de l'intérêt de l'état et de l'intérêt des capitalistes locaux étant le préalable à la "liberté" du capitaliste. Pol Pot, Ceaucescu et même Mao n'ont, eux, par contre, jamais laissé l'économie s'organiser. D'ailleurs, ils n'ont jamais cherché à faire illusion à l'étranger, là où Chavez a le mérite d'un discours homogène en politique intérieure ou extéieure, à la différence de Poutine, qui, pourtant, mène une politique économique semblable à celle de Chavez, avec une certaine "Russian touch", j'admets.
Chavez surfe, à l'évidence, sur les symboles d'une certaine nostalgie du communisme, tout en adoptant, dans les faits, les comportements et stratégies d'un chef de Corp. . Comme je le disais plus tôt, les deux choses n'ont rien d'irréconciliable dans les faits, même si les discours le sont, de prime abord. Quand à savoir ce que pense Chavez exactement, je ne suis même pas convaincu qu'il soit tout à fait conscient de simplement moderniser les recettes du léninisme, qui, à mes yeux du moins, est quand même très différent du marxisme-léninimes stalinien ou du maoïsme, non ?
Antoine, tu oublies dans ta liste : a été élu lors d'elections multiples, pluralistes, et validées par des instances internationales, on est donc tres loin des "marxismes" et "trotskismes" d'operette tels que tu aimes les décrire ou la prise du pouvoir et la rhétorique associée ne laissent aucune chance a ce type d'elections.
Et tu n'as pas répondu a ma question sur le pourquoi des putshistes qui ne sont pas en prison et toujours présents à la télé. Est-ce une nouvelle théorie marxiste ?
… : « Une fois ce constat admis… »
Non seulement je ne partage pas ce constat, mais vous peinerez beaucoup à trouver un économiste vivant pour prétendre que le développement du « nord » puisse avoir la moindre responsabilité dans le non-développement du « sud ».
Laurent : on s’éloigne un peu du sujet là. Je n’ai jamais nié que Chavez soit populaire dans son pays et qu’il ait remporté des élections (chose qui historiquement, n’a d’ailleurs jamais été une garantie). Je n’ai pas non plus prétendu qu’il enfermait ou torturait ses opposants. Je dis même le contraire : c’est parce qu’il est beaucoup plus fréquentable (pour ces raisons là) que les personnes précitées qu’il est l’objet de tant d’admiration.
Dans ce paragraphe (developpement du nord/non-developpement du sud), je parlais de politique : pas d'économie. Si nous parlions d'économie, vous savez ce que dit la théorie : nous nous enrichirions en ouvrant nos frontières aux produits des pays du sud et eux s'enrichiraient alors en ouvrant leurs frontières aux nôtres dès que leurs institutions permettraient le fonctionnement d'une économie de marché. Or, nous n'ouvrons nos frontières ni à leurs marchandises, ni à leurs services, ni à leurs citoyens. CQFD
Antoine, j'ai demandé a un natif et effectivement les deux phrases de Chavez ont chacune deux significations possibles : "indefinida" veut dire soit pour toujours, soit autant de foi que le vote, et "reelegirse" s'elire soi meme soit se faire elire.
Ceci dit, personne a part indirectement la première dépêche de bloomberg (et toi :) ne prennent les deux termes dans leur sens établissement d'une dictature permanente apres un seul vote. Même l'opposition venezuelienne n'a pas l'air de crier a la dictature institutionnelle. Comme c'est le début de la campagne présidentielle, on en entendra probablement plus dans les mois qui viennent.
J'ai dit clairement ce que je trouvais intéressant dans les effets de la politique de Chavez : une solution qui a l'air de marcher (maintien d'un démocratie fonctionnelle) a la "ressource curse", en tout cas bien mieux que ce qu'on pu proposer les économistes du FMI (voir le bon élève Mugabe en 1990 et le résultat en 2006). Ca me suffit personnellement comme résultat pour classer Chavez un cran au dessus du reste des dirigeants dans une situation comparable. En dehors des discours, les politiques qu'il mène ne sont pas très éloignées de celles des démocraties occidentales (en particulier il va visiter en ami presque autant d'assassins que nos respectables chefs d'état, malheureusement).
Trois petits points, tu es très proche de ce que dit (et répète) l'économiste Dean Baker, voir ici par exemple :
http://www.prospect.org/deanbaker/2...
Et au passage, sur les conseils du FMI un billet amusant :
http://www.prospect.org/deanbaker/2...
Monsieur Belgodère, Pourquoi dépenser vainement tant d'énergie pour convaincre les sympathisants de la gauche à la française (celle qui donne 25% aux trotskistes et assimilés) que Chavez est vraiment un personnage peu recommandable ? Dites le. Cela suffira à convaincre ceux qui sont ouverts. Bonne continuation.
@ … : C’est quand même vous qui avez écrit :
« Mais l'économiste que vous êtes ne peut ignorer que les démocraties libérales, approximation de cet idéal social que vous vantez, ne sauraient actuellement survivre sans prélever des ressources diverses dans ces régions du monde, cet altruisme objectif du reste du monde à notre égard ne s'obtenant certainement pas en laissant libre cours au débat ou aux idées dans ces régions généreuses. »
Non ?
@ Laurent : merci pour ces précisions. J’ajoute juste une petite chose : mon interprétation n’est pas partagée que par bloomberg. J’avais entendu parler de l’affaire il y a deux semaines environ sur France Culture (dans ces termes là : référendum sur la présidence à vie), puis j’ai lu cette dépêche de latin reporter :
http://fr.news.yahoo.com/28092006/334/bresil-lula-sera-reelu-president-pour-la-derniere-fois-et.html
qui, avec le recul, est un peu floue, mais qui m’avais semblé donner la même interprétation que moi à ses propos. En cherchant, j’ai trouvé d’autres sites partageant la même interprétation, mais ces sites étaient visiblement très orientés, je ne m’y suis donc pas fié. J’ai trouvé, à contrario, des sites virulemment pro-Chavez qui dénonçaient la popularité de cette interprétation chez ses opposants.
@ Odieux fasciste : navré, mais c’est un blog de débat et non de propagande. C’est plus difficile, mais plus enrichissant aussi. (PS : je crois reconnaître votre IP. Dans ce cas, c’est un troll)
Hmm... bon : essayons de trouver le consensus : mon postulat est que les *actuelles* démocraties libérales s'avèrent *aujourd'hui*, dans leur très grande majorité, incapable de fonctionner sans pour autant commercer, et notamment, importer d'immenses quantités de matières premières à faible coût de pays qui ne sont pas des démocraties libérales. Par exemple, il me semble que le débat autour de la privatisation de GDF est perturbé par l'existence de contrats de fourniture à des conditions préférentielles à GDF de gaz algérien. Pour autant, je ne prétends pas que ce serait impossible : j'ai simplement tendance à croire que les démocraties libérales, dans leur ensemble, agissent par intérêt de sorte à nuire au developpement des pays en voie de developpement. N'est-il pas par exemple frappant, comme le souligne Laurent Guerby, que l'Argentine, le Brésil, mais aussi le Venezuela améliorent plus rapidement le niveau de vie moyen de leurs citoyens en définissant eux-mêmes leur politique économique plutôt qu'en se fiant aux bienveillants conseils des institutions qui n'existent en théorie qu'à ces fins ? Dès lors, je ne vois pas de raison de reprocher à un chef d'état démocratiquement élu, ayant un bilan en matière de droits de l'homme moins terne que celle des USA, de parvenir à enrichir ses concitoyens.... puisque manifestement, nous nous refusons à considérer notre intérêt comme solidaire de celui de ces gens-là ! Vous pourriez dire, à juste titre, qu'on pourrait peut-ête faire mieux avec une autre méthode, orthodoxe ou hétérodoxe qu'importe. Je constate que Chavez présente un bilan[*] et propose un projet, ce que j'aimerais voir... en France, par exemple !
[*] Même si, OK, rien ne dit que le hasard ou l'intention soient l'un ou l'autre ou ne soient pas à l'origine des bons ou mauvais éléments du bilan.
Antoine, ok merci !
Celui a qui j'ai demandé la traduction a finalement fait un billet "Hugo Chavez: A lesson in Spanish grammar" (:
http://www.eurotrib.com/story/2006/...
Une des remarques est qu'il y a divergence sur l'usage de l'espagnol en amérique du sud et en Espagne. Comme le dit l'auteur
"I really hope this diary can beat DoDo's for the distinction of most boring diary ever posted on ET. " Wouarf.
Si tu cherches des infos sur les réalisations du gouvernement Chavez, un blog collectif de suédois au venezuela est pas mal :
http://oilwars.blogspot.com/
Un des posts en particulier m'a pas mal surpris :
http://oilwars.blogspot.com/2006/03...
Un autre que j'ai trouvé tres drole :
http://oilwars.blogspot.com/2006/09...
Surtout le "Some in the opposition used to belittle Barrio Adentro saying that all it did was dispense aspirins. Those sure were some sophisticated aspirin dispensing machines we just saw weren’t they." après les photos :).
D'après ce que je lis le principal echec du gouvernement Chavez (en dehors des visites douteuses à l'étranger) est la lutte contre la criminalité de tous les jours. Les blogs de l'opposition en font le constat mais après pleurent que les idées de leurs propres candidats sur le sujet sont inéfficaces et que ce n'est pas un thème central comme cela devrait l'être.
Je trouve le reste impressionnant pour un pays d'amérique du Sud, quand on voit ce que les autres font de leur richesses nationales. Mais bon, tu n'es visiblement pas du même avis :).
Dans l'intérêt de l'enrichissement du débat, je me permets de signaler l'existence d'une opinion (que je n'approuve pas particulièrement pour autant) à mon avis ni libérale, ni chaviste sur le sujet :
http://lipietz.net/?page=blog&i...
"....Je rappelle que la nouvelle division internationale du travail (les activités de direction technologique et financière au Nord, la production manufacturière et agricole au Sud) implique comme réponse progressiste l’abandon du nationalisme (qui reste évidemment justifié dans le cas de la récupération des ressources minières) et un combat multilatéraliste pour des règles planétaires communes, sociales et environnementales, s’imposant au-dessus des lois du libre-échange international. J’explique qu’en tant que président de la délégation pour la Communauté andine, j’ai toujours refusé, aux présidents de ces pays, leurs demandes d’accords directs entre leurs pays et l’Union européenne : nous n’approuverons qu’un accord d’association entre l’Union européenne et la Communauté andine elle-même (idem pour le Mercosur, pour l’Afrique etc)...."