Comment augmenter vos revenus de 17 % sans peine...
Par Antoine B. le vendredi 15 septembre 2006, 09:57 - Lien permanent
...en buvant de l'alcool dans des bars. C'est en tout cas la découverte économétrique de deux chercheurs libertariens de la fondation reason :
A number of theorists assume that drinking has harmful economic effects,
but data show that
drinking and earnings are positively correlated. We hypothesize that drinking
leads to higher
earnings by increasing social capital. If drinkers have larger social networks,
their earnings should
increase. Examining the General Social Survey, we find that self-reported
drinkers earn 10-14
percent more than abstainers, which replicates results from other data sets. We
then attempt to
differentiate between social and nonsocial drinking by comparing the earnings
of those who
frequent bars at least once per month and those who do not. We find that males
who frequent bars
at least once per month earn an additional 7 percent on top of the 10 percent
drinkers’ premium.
These results suggest that social drinking leads to increased social
capital.
NB : pour augmenter ses gains, il suffit de répondre ‘oui’ à la première partie de « Do you ever have occasion to use any alcoholic beverages such as liquor, wine, or beer, or are you a total abstainer ? ». Rien n’indique que les gains soient proportionnels à la quantité consommée. Vous êtes donc, cela va de soi, invités à la plus grande modération.


Commentaires
C'est curieux, quand même, chez les économistes, cette tendance à débattre de poules et d'oeufs. Voire même de confondre les causes et les effets.
Oui, assez d'accord avec Denys. Parfois cette fâcheuse tendance à vouloir faire passer une corrélation pour une causalité m'amuse, mais parfois on ne voit même plus le second degré, et l'amusement se transforme alors rapidement en agacement ...
Réponse générale : je ne connais pas de discipline en science sociale qui ait développé autant d’outils que l’économie pour distinguer corrélation et causalité (Méthode des variables instrumentales, doubles moindres carrés…)
Réponse particulière : en l’occurrence, dans cet article, ces outils n’ont pas été utilisés, mais je ne vois pas tellement le problème. Le fait de boire est représenté par une variable muette, qui pend la valeur ‘1’ quand on répond par l’affirmative à : “Do you ever have occasion to use any alcoholic beverages such as liquor, wine, or beer, or are you a total abstainer?”. Vous aurez beaucoup de mal à me convaincre que le revenu a une influence significative sur la probabilité de répondre ‘oui’.
Tiens, d’ailleurs, ça mérite un petit edit pour inciter les gens à la modération.
En fait c'est le titre qui est mal choisi :-) Que la propension à boire de l'alcool soit liée à d'autres traits de personnalité susceptibles de favoriser la réussite professionnelle ne me semble pas scandaleux en soi, évidemment. On peut penser que les buveurs seront aussi de bons vivants, plus ouverts, plus chaleureux ... Pourquoi pas ? Mais imaginer que, pour un individu donné, le fait de se mettre à boire de l'alcool conduise à une modification de personnalité susceptible de lui amener argent, chance professionnelle, de ramener sa femme à la maison et de le faire gagner à l'euro-million, me semble ne pas relever du tout de la même logique. Au point de rendre le titre contestable :)
Eric : dit comme ça, je suis d'accord. Mais quand même, le second degrès est assez flagrant non ?
Sur le moment, je ne sais pas, quelque chose a dû mal passer. Peut-être ma cassolette de fruits de mer à midi ... :)
Et l'addendum est encore plus affreux ...
C'est peut-être mon humour qui est calamiteux...
J'ai dû aller voir l'article originel pour comprendre, car une réponse "Oui" a une question du type "A ou B" telle que « Do you ever have occasion to use any alcoholic beverages such as liquor, wine, or beer, or are you a total abstainer ? » n'a pas vraiment de sens pour moi...
Sinon, il me semble que l'étude porte plus sur l'abstinence ou non vis-à-vis de l'alcool, plutôt que sur sa consommation ou non et qu'il est abusif de parler de "drinkers" ici. En effet, le sondage divise l'échantillon en 2 groupes: Les uns très majoritaires ont un comportement très hétérogène vis-à-vis de l'alcool, incluant des alcooliques et d'autres qui n'aiment pas l'alcool mais cèdent à d'amicales pressions une fois par an. Les autres ont fait un choix délibéré de s'abstenir complètement de l'alcool ont donc un comportement très homogène. C'est un peu comme si une étude portait sur les effets de la consommation de viande avec une simple variable dummy. Il me semble que manger de la viande ou boire occasionnellement de l'alcool est le comportement considéré comme "normal" par la société, même aux Etats-Unis. C'est être végétarien ou s'abstenir d'alcool qui relève du comportement à étudier. Ou alors il faudrait utiliser une variable quantitative.
Alors, soyons sérieux : la question n'est pas économique, mais sociologique. C'est parce que l'on dispose d'un capital social particulier que l'on doit satisfaire à certaines obligations sociales, voir par exemple la fameuse histoire des beuveries du salary man japonais après ses heures de travail. Ce n'est donc pas "These results suggest that social drinking leads to increased social capital" qui se passe, mais le contraire. Faute de quoi il faut organiser les séances de recrutement dans les troquets.
Au passage, c'est fréquent chez les économistes d'utiliser cette notion de capital social qui quand même, chez nous, est du pur Boudieu ?
Denys : je ne suis pas certain que la beuverie collective soit toujours, comme dans le cas du salaryman japonais, un signe de capital social élevé :
http://www.youtube.com/watch?v=joXM...
Et plutôt que l'explication par des causes sociologiques (quelle horreur) je pense qu'on peut imaginer des tas d'explication beaucoup plus amusantes à cette corrélation : - l'explication par extravertis-intravertis : je crois avoir vu passer le fait que les extravertis gagnent plus que les intravertis; ils ont peut-être des chances d'être des binge drinkers de bars que des intravertis qui se pochtronnent à la maison. - la théorie du signal, version néodarwinisme : de même que certains attributs physiques pénalisants pour la survie (comme la queue du paon) se développent parce qu'ils facilitent la reproduction, l'ingestion publique d'alcool est peut-être une démonstration de puissance physique favorable à l'individu; - enfin, ma préférée : chacun sait que divorcer fait augmenter le revenu des hommes et baisser celui des femmes qui s'y livrent. Voir : http://www.slate.com/?id=94243 Et si les types qui restent au bar le soir avaient tout simplement plus de chances d'être divorcés?
Sinon, sur le capital social en économie (le concept a été inventé par Jane Jacobs, pompé par Bourdieu au passage) voir : http://econo.free.fr/scripts/notes2...
Yom : « J'ai dû aller voir l'article originel pour comprendre, car une réponse "Oui" a une question du type "A ou B" telle que « Do you ever have occasion to use any alcoholic beverages such as liquor, wine, or beer, or are you a total abstainer ? » n'a pas vraiment de sens pour moi... »
Oui, vous avez raison.
« C'est être végétarien ou s'abstenir d'alcool qui relève du comportement à étudier. Ou alors il faudrait utiliser une variable quantitative. »
Vous avez raison là aussi.
Denys : Si je m’attendais à des commentaires aussi sérieux sur un billet aussi léger ! Bon, je me dois quand même de répondre.
D’abord, cet article est très critiquable, et ne répond pas aux canons des meilleures revues académiques. Il n’a d’ailleurs pas été publié, il émane d’un think tank ultra-libéral à priori défavorable à toute réglementation sur la consommation d’alcool. En plus de ce que dit Yom, son principal défaut est d’être de l’économétrie sans modèle, c’est à dire sans une explication logique de la nature exacte des causalités.
Ceci étant dit, il a quand même le mérite de mettre en lumière une corrélation qui est, pour le moins, inattendue.
Il est vrai que leur explication par le capital social peut être renversée. Mais moi, spontanément, j’aurais plutôt tendance à penser que les gens qui ont un faible capital social sont plus portés sur la boisson, pour palier à des problèmes relationnels. C’est au moins aussi plausible que l’inverse.
Ensuite, même si ce n’est pas tout, il n’est pas absurde d’imaginer que la relation causale qu’ils proposent puisse avoir au moins une part de vérité. Par ses vertus désinhibantes, on peut penser que la consommation d’alcool donne, en tout cas à certains, le petit coup de pouce nécessaire pour consolider une relation sociale.
Encore faut-il préciser que se pochetronner au bar du Hilton bruxellois - à 5 minutes du quartier européen - n'a sans doute pas le même impact sur le "capital social" des individus que la beuverie dans la buvette du club de foot de "Troufignolle les deux Eglises".
PS: oui, cette réponse n'avait comme autres objectifs que:
1/ d'inventer un nom de village le plus ridicule possible
2/ d'augmenter mon capital social en intervenant sur ce blog :o) (un commentaire étant une sorte de "je vous paye une tournée !")
PPS: second degré inside...
Un article de Libé à propos de cette étude:
Qui paie sa tournée s'enrichit Par A. Bo. LIBERATION.FR : Jeudi 14 septembre 2006 - 18:02 http://www.liberation.fr/actualite/...
edit : Yom, je suis désolé, mais cela fait deux foix que votre commentaire est bloqué dans un filtre anti-spam sur lequel je n'ai qu'une emprise limitée. J'essaierai de voir si je peux régler ce problème. Antoine B.
N'étant qu'un sub-économiste de comptoir, je ne vais pas remettre en cause la parole d'individus beaucoup mieux renseignés que moi sur la chose.
Je vais même soutenir cette théorie, en affirmant que mon budget a augmenté de presque 30% pendant une période où j'allais un peu plus au pub. (En même temps, un budget d'étudiant augmenté de 30%, c'est pas si impressionnant. Mais ça reste important comme chiffre.)
Antoine B., tu n'as pas peur qu'un tel article soit pointé du doigt le jour où lors d'une enquête dans les centres de désintoxication d'alcolo, certains se mettent à répondre à la question "quelle est la cause de votre toxicomanie, selon vous ?" : "Ben... je voulais augmenter mes revenus..." ?
Amicalement, AJC
AJC "Antoine B., tu n'as pas peur qu'un tel article soit pointé du doigt le jour où lors d'une enquête dans les centres de désintoxication d'alcolo, certains se mettent à répondre à la question "quelle est la cause de votre toxicomanie, selon vous ?" : "Ben... je voulais augmenter mes revenus..." ?"
Non, je n'en ai pas peur, car j'ai bien précisé qu'il s'agit d'une variable muette, et que donc rien n'indique que boire beaucoup rapporte davantage que boire un peu.
Le débat atteint le NBER!
http://papers.nber.org/papers/w1252...
We estimate the relationship between 10th grade binge drinking in 1990 and labor market outcomes in 2000 among National Educational Longitudinal Survey respondents. For females, adolescent drinking and adult wages are unrelated, and negative employment effects disappear once academic achievement is held constant. For males, negative employment effects and, more strikingly, positive wage effects persist after controlling for achievement as well as background characteristics, educational attainment, and adult binge drinking and family and job characteristics. Accounting for illegal drug use and other problem behaviors in 10th grade eliminates the unemployment effect, but strengthens the wage effect. As the latter is not explicable by the health, income or social capital justifications that are often used for frequently observed positive correlations between adult alcohol use and earnings, we conjecture that binge drinking conveys unobserved social skills that are rewarded by employers.
Un billet sur le sujet chez Andrew Gelman : http://www.stat.columbia.edu/~cook/...
Ca s'applique a la Russie aussi ?