Faut-il supprimer la carte scolaire ?
Par Antoine B. le mercredi 6 septembre 2006, 23:02 - Lien permanent
Les deux candidats à la candidature les plus en vue pour les présidentielles se sont prononcés en faveur d’une suppression de la carte scolaire. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, il a suscité des réactions tièdes dans son camp, tandis que Ségolène Royal a déclanché des réactions franchement hostiles dans le sien. Les accusateurs de la carte scolaire comme ses défenseurs justifient tous leur position par le soucis de promouvoir la mixité sociale. L’objectif est donc le même, c’est sur les moyens que les vues s’opposent diamétralement.
L’idée de supprimer la carte scolaire est-elle bonne ? Elle est, à mon sens, excellente. Mais ceux qui préconisent cette suppression seraient bien inspirés de ne pas en attendre trop de résultats sur le plan de la mixité sociale.
Il est un facteur que l’on tend trop souvent à négliger, quand on débat de mixité sociale, c’est que les individus que l’on souhaite voir se mélanger dans la vraie vie ressemblent comme deux gouttes d’eau à l’homo-oeconomicus adepte de maximisation sous contrainte dont le portrait nous est brossé page après page dans les manuels de microéconomie les plus austères.
Partons de quelques faits simples
- D’abord, la plupart des gens souhaitent que leurs enfants fassent les meilleures études possibles. C’est légitime, surtout quand on sait l’importance de ces études pour l’insertion professionnelle.
- Ensuite, la plupart des gens estiment que, entre autres facteurs, avoir de bons élèves pour camarades de classe améliore, ceteris paribus, les chances de réussir. Ils ont probablement raison.
- Enfin, indépendamment du point précédent, le fait d’être issu d’un milieu social favorisé améliore considérablement les chances de faire de bonnes études.
La prise en compte simultanée de ces trois points permet de comprendre pourquoi beaucoup de parents cherchent, même s’ils rechignent à le formuler de cette manière, à inscrire leur progéniture dans des établissements fréquentés par des riches. Or, ce bien particulier qu’est un établissement fréquenté par des riches est rare, et il est donc cher. Tout comme pour les Ferrari, la cherté des établissements fréquentés par les riches fait que seuls les riches peuvent y accéder. Les établissements fréquentés par des gens un peu moins riches sont un peu moins chers, donc fréquentés par des gens un peu moins riches. La plupart des pauvres ne peuvent se payer mieux que des ZEPs.
L’objection qui doit venir à l’esprit de certains d’entre vous à la lecture du paragraphe précédent est que je parle des inscriptions dans les établissements scolaires comme si elles étaient l’objet d’une tarification régie par les lois du marché, alors que, dans le cas des établissements publics au moins, elle est gratuite. Si elle paraît de bon sens, cette objection n’est pas fondée. Dans les économies soviétiques, certaines marchandises avaient un prix administré si bas qu’elles étaient l’objet de pénurie : l’offre était inférieure à la demande. En contrepartie, ce bas prix avait-il pour conséquence que les chanceux ayant accès à la marchandise rare étaient issus de toutes les classes sociales ? Pas du tout. En présence de pénurie, ce sont les plus riches qui accèdent à la marchandise. Car si le prix de vente est faible, il faut payer des bakchichs pour gagner des place dans la queue ou se résoudre à l’acheter à un prix plus élevé au marché noir. D’une manière générale, pour comprendre comment s’allouent des ressources dont l’offre est inférieure à la demande en raison d’un prix administré trop faible, il faut s’intéresser au prix de tous les petits à côté qui ont une influence sur l’accès aux ressources en question.
Dans le cas des établissements scolaires publics fréquentés par des riches, les petits à-côtés en question prennent souvent la forme d’un appartement dans un centre-ville bourgeois. Est-il besoin de mentionner l’exemple des prix exorbitants des logements dans la carte scolaire du lycée Henri IV ? Loin d’être exceptionnel, cet exemple n’est qu’une version exagérée de ce qui se passe dans la plupart des villes grandes et moyennes.
Bien sûr, si l’on n’est pas dans la carte scolaire, on peut tricher. Que faut-il pour tricher ? Avoir une adresse professionnelle dans la carte scolaire, ce qui n’est pas accessible aux chômeurs, ouvriers, agents d’entretien… Avoir de la famille dans la carte scolaire, ce qui n’est pas très différent du fait d’être issu d’une famille riche. Plus simplement, les parents les mieux informés réclament une option qui n’est disponible que dans l’établissement convoité, comme le russe ou l’ouzbek. Dans ce cas, si l’élève est bon, il sera accepté. Mais ça demande un certain capital social, comme dirait l’autre, que de connaître ce genre d’astuces qui permettent d’alléger la contrainte de la carte scolaire. Et si l’acceptation est conditionnée au fait que l’élève concerné soit doué, ça renforce encore la probabilité que ses parents appartiennent au moins aux classes moyennes. Enfin, si ces choses là ne donnent rien, il reste l’enseignement privé. Loin d’être le privilège des plus riches, celui-ci est bien souvent le refuge des gens juste assez riches pour se le permettre, mais pas assez pour avoir accès aux lycées ultra-bourgeois de centre-ville financés à 100% par l’impôt dans lesquels les élites se reproduisent.
On touche là à ce qui est insupportable dans la carte scolaire : elle joue un rôle très visible, et perçu comme injuste, dans cette ghettoïsation des riches, autant que dans celle des pauvres.
Que se passe-t-il si les parents d’un élève médiocre issu d’une zup violente se présentent dans un lycée public chic de Paris pour l’y inscrire ? Le dialogue suivant n’est pas le plus probable dans ses formes, mais il est conforme aux réalités sociologiques et juridiques :
L’Administration : vous habitez dans le quartier ?
Les Parents : non, c’est beaucoup trop cher pour nous, nous sommes pauvres.
A : si vous n’habitez pas dans le quartier, je n’ai pas le droit de vous inscrire.
P : comment on va faire ?
A : où habitez-vous ?
P : à Villetaneuse.
A : eh bien, inscrivez votre enfant au lycée Amélie Poulain de Villetaneuse !
P : mais il n’y a que des cancres et des délinquants en puissance, issus de familles pauvres qui ne peuvent pas les aider. On ne veut pas que notre enfant devienne délinquant.
A : si vous y habitez, la loi vous y oblige. Vous y habitez ?
P : ben oui, on est pauvres.
A observer le fonctionnement de la carte scolaire, on en vient à se demander comment certains ont pu penser qu’elle allait être un facteur de mixité sociale. On peut commettre une telle erreur en faisant l’hypothèse que la scolarisation des enfants n’intervient pas dans les choix de localisation des ménages. Dans ce cas, on peut être tenté de tracer une frontière incluant différents quartiers de différents niveaux sociaux, et de décréter que tous les enfants habitant à l’intérieur de cette frontière fréquenteront le même établissement. Le problème vient de ce que, même si la règle est parfaitement appliquée, les gens vont déménager en fonction de cette règle. Car la scolarisation des enfants est un facteur très important dans les choix de localisation des ménages. Si la zone d’un même lycée est, au départ, majoritairement habitée par des riches, alors elle va attirer d’autres riches, qui feront monter les prix des logements et chasseront ainsi les pauvres. Si elle est habitée, au départ, majoritairement par des pauvres, alors les riches vont s’enfuir, faisant baisser les loyers, ce qui attirera d’autres pauvres. On peut trouver navrant que les gens agissent de cette manière, mais c’est néanmoins ainsi qu’ils agissent.
Doit-on s’attendre à ce qu’il en aille autrement en l’absence de carte scolaire ? Ce serait bien utopique. Si l’inscription à Henri IV n’est plus restreinte à cause de la carte scolaire, la demande va s’accroître considérablement, mais pas l’offre. Comment se fera la régulation ? Sans doute par sélection des meilleurs, donc sûrement des plus riches. Et il ne faut pas se faire d’illusion sur la portée d’une mesure qui, par exemple, imposerait un quota de pauvres dans l’établissement. Même si l’on parvient à créer une mixité au sein de l’établissement, c’est au niveau de la répartition dans les classes que la ghettoïsation se manifestera. Bac S allemand première langue pour les riches, bac pro pour les pauvres.
En fait, ce n’est pas un argument conséquentialiste qui permet de justifier la suppression de la carte scolaire, mais un argument déontique. La carte scolaire représente une restriction injustifiée à une liberté à laquelle les gens sont attachés. Est-il souhaitable de remplacer une sélection par le quartier par une sélection par le niveau scolaire, sachant que l’effet de ces deux modes de sélection est identique du point de vue de la mixité ? Oui, c’est souhaitable, car en dépit de la force des déterminismes sociaux, on peut être jugé responsable de ses performances scolaires, bien plus que du quartier dans lequel on vit (quand on est un enfant).
Cela dit, si elle est plus juste, une telle sélection n’est pas forcément moins frustrante pour celui qui en est exclu. Au contraire, elle le prive d’une excuse indépendante de sa volonté. La méritocratie, c’est plus juste, mais ça rend l’échec plus difficile à encaisser.
Je termine ce billet par une question angoissante : s’il est si difficile de promouvoir la mixité sociale, est-il pertinent de s’obstiner à la présenter comme un objectif à atteindre ? La question peut sembler cynique, mais il est tellement plus facile de lutter contre les inégalités de revenus (ou contre la pauvreté), qu’il n’est pas absurde de demander s’il ne serait pas plus efficace de ce concentrer sur ce type d’objectifs.


Commentaires
Question faits, on peut en effet difficilement faire plus simple :-) Un ch'tit bug?
Et m**** ! ça marche pas !
Ouf, ça y est !
Vous dites que "ce n’est pas un argument conséquentialiste qui permet de justifier la suppression de la carte scolaire, mais un argument déontique [car] la carte scolaire représente une restriction injustifiée à [la] liberté". Pourquoi est-elle injustifiée? Parce que "l’effet de ces deux modes de sélection est identique du point de vue de la mixité." C'est donc bien "un argument conséquentialiste qui [permettrait] de justifier la suppression de la carte scolaire." Bon, d'accord, j'arrête a tétracapilovectomie. Mais sinon, koikonfai après avoir supprimé la carte? Parce que la lutte contre la pauvreté c'est un beau programme, mais, comment dire, humm...
Je dis qu’il est injuste de restreindre cette liberté car j’estime que, par défaut, aucune liberté ne doit être l’objet de restriction, sauf quand cette restriction procure un gain net positif pour la société. En l’occurrence, ça n’est absolument pas le cas, au contraire : la carte solaire est devenue l’instrument juridique de la ségrégation sociale.
Pour ce qui est de la lutte contre la pauvreté, je ne voudrais pas m’étendre car ce n’est pas l’objet principal de ce billet, mais il existe effectivement des modalités de redistributions qui sont efficaces, tel que l’impôt négatif, qui a les avantages du RMI sans ses inconvénients.
"A observer le fonctionnement de la carte scolaire, on en vient à se demander comment certains ont pu penser qu’elle allait être un facteur de mixité sociale."
Rien à redire sur le fond, mais quand même, quelques détails techniques :
De nos jours (depuis Raffarin/décentralisation), ce sont les conseils généraux qui déterminent la taille et la forme des secteurs de collège. En théorie du moins, les conseils généraux essaient d'attribuer à chaque collège des secteurs de recrutement équilibrés et diversifiés, et peuvent être critiqués de manière éventuellement très virulente par de sales gauchistes quand ils abusent.
Par ailleurs, le thème du destin des collèges de secteur est omniprésent dans les campagnes des élections cantonales (conseillers généraux). Comme il s'agit de surcroit de scrutins uninominaux, les engagements pris devant l'électeur sont difficiles à esquiver.... pour le meilleur et pour le pire parfois.
Enfin, tout cela, c'est juste la loi française : à Paris (et à Paris uniquement), des règles particulières font que tout ce que j'ai précédemment pu dire est faux, mais c'est un autre débat : une énième entaille dans les belles théories sur l'équité des territoires, etc...
Sans vouloir particulièrement défendre l'idée de carte scolaire, je constate que la récente sortie de Ségolène Royal sur le sujet aura pour conséquence de rendre non-évaluable la réforme mi-libérale mi-républicaine portée en son temps par le malheureux Jean-Pierre Raffarin, qui ne me semble pas si sotte.
Pour favoriser la mixité sociale, certains économistes (je crois que c'est un collègue de Piketty qui est à l'origine de cette idée) proposent de donner des incitations aux familles et aux élèves de deux manières.
Premièrement, si dans chaque lycée, 10% des meilleurs ont forcément accès aux filiaires sélectives (prépas aux grandes écoles notamment, mais aussi BTS-IUT), et que chaque filière sélective doit respecter une mixité des lycées d'origine de l'agglomération (50% en banlieue pour Henry IV), les lycées de banlieue deviennent plus attractifs (d'autant qu'il y a un effet multiplicateur, si je puis dire). Ce shéma est évidemment reproductibe avec des zones de plus petite taille, pour les écoles et collèges.
Deuxièmement, au lieu de dépenser beaucoup plus d'argent public dans les lycées de centre-ville (notamment parce qu'il y a beaucoup plus de vieux profs et d'agrégés), un rééquilibrage des dépenses devrait pouvoir permettre d'attirer des enseignants moins débutants en banlieue et une équipe pédagogique stable. Ceci suppose qu'il y ait au minimum les mêmes moyens publics dans chaque établissement. La conséquence est qu'au lieu de considérer qu'une heure de cours de chaque prof de biologie = une heure de cours de tout autre prof de biologie, l'éducation nationale prennent la peine de rémunérer les enseignants autrement qu'en fonction de leur capacité à passer un concours (l'agreg) sans liens avec leurs efforts d'enseignement, qu'en promotion au centre-ville parce qu'ils sont expérimentés, et qu'en fonction de leur âge et de leur capacité à avoir des enfants (cf. le système de mutation). Si les profs qui font du meilleur boulot (notamment conforme au projet pédagogique de l'établissement) étaient mieux payés que les autres, et que les établissements étaient dotés en euros et non en heures de cours, il me semble que les profs qui se sentent proches d'un projet pédagogique conforme à celui d'un établissement de banlieue seraient plus enclin à y rester. En particulier, je ne vois pas pourquoi le fait d'avoir à s'occuper d'une classe plus difficile n'est pas très clairement mieux payé (en salaire, en promotion, en décharges ou en reconnaissance). Du coup, les parents ne ressentiraient pas le fait de mettre leur enfants dans un collège d'une ZEP comme l'obligation de servir systématiquement de terrain d'entrainement aux futurs enseignants d'Henry IV, chacun des établissements devant contribuer au nécessaire renouvellement des profs. En résumé de ce second point, la mixité des profs est probablement un préalable à la mixité sociale.
Les études américaines sur le sujet mettent en évidence une double stratification :
- sélection des meilleurs élèves à chaque niveau (college > high school > dropout)
- classification des établissements entre eux (college de l'Ivy League > college moyen)
(Source : The bell curve, de Murray et Herrnstein)
Première remarque : cette stratification s'est faite selon l'aptitude des élèves, beaucoup plus que selon leur origine sociale. Mais elle est corrélée avec une ségrégation géographique, et peut donc être facilement confondue avec une sélection par l'argent.
Deuxième remarque : cette sélection par l'aptitude scolaire est apparue très nettement pendant les années 1950. En gros : avant, quand on était college graduate on était d'une famille aisée, un peu plus brillant que la moyenne; et quand on était college graduate de l'Ivy League, on était juste aussi brillant que les étudiants des autres colleges, mais plus riche. Mais c'est de moins en moins le cas, ce qui est plutôt rassurant pour la méritocratie du système éducatif.
Rien ne dit que ce phénomène existe en France, mais il faut au moins se poser la question. Si c'est le cas, cela pose un problème. Pour avoir plus de mixité sociale, il faut une discrimination positive à l'égard de certains groupes (géographiques ou sociaux). Le prix à payer sera de barrer l'accès à des étudiants plus brillants, sous prétexte qu'ils ne font pas partie de ces groupes.
La simple suppression de la carte scolaire nécessiterait une sélection accrue dans les établissements très demandés. Antoine a donc raison de dire qu'ils sélectionneront les meilleurs élèves, ce qui ne résoudra pas le problème de la mixité sociale et pourrait même l'accentuer.
Si l'objectif est la mixité sociale, l'affectation aléatoire des élèves dans les établissements à l'échelle d'un bassin est une solution simple et efficace.
Mais veut-on réellement la mixité sociale ? évidemment non. Alors, la question qui se pose immédiatement est plutôt de savoir ce que recherche exactement quiconque propose toute autre approche, status quo inclus.
pas d'accord : http://www.lalettrevolee.net/articl...
L'argument déontique est finalement le seul, celui de ne pas restreindre une liberté si ça ne rapporte rien.
Je ne suis pas sûr que cela soit déontique uniquement, cela me paraît bien utilitariste.
Ensuite, tu pars trop vite de l'idée que la carte scolaire est un échec complet. L'idée que les prix des apparts dans la zone Henri IV seraient extravagants pour la seule raison que c'est la zone Henri IV c'est faux. D'abord les lycées parisiens sont à peu près complètement dézonés, ensuite c'est encore plus cher dans le VIème arrondissement, qui n'est pas zone HIV.
Je pense que certains essaient de contourner la carte scolaire, mais n'y consacrent peut-être pas tous leurs efforts. Enlever la carte, c'est faciliter encore le jeu des classements, des "le collège X est meilleur depuis que le nouveau proviseur génial M. Théodule est arrivé...", qui ne reposent pas sur grand chose.
Je ne vois donc là que démagogie, laisser aller et renoncement à un service public égalitaire, seul moyen de répartition efficace comme l'a bien écrit Thomas Piketty.
Et l'argument des prix non monétaires, à la Kornai, se retourne facilement appliqué à ta conclusion. Tu dis en effet qu'il est plus facile de redistribuer les revenus que de promouvoir la mixité sociale. Mais défendre une école de qualité égale sur tout le territoire, c'est aussi de la redistribution !
Il me semble que ce n'est pas aussi simple que vous l'énoncez.
D'abord il me semble que ce sont les plus avertis (disons les plus riches pour utiliser vos racourcis) qui utilisent au mieux leurs possibilités d'échapper à la carte scolaire (ou de résider dans les endroits les mieux pourvus scolairement).
Les autres, bien que mettant en place des stratégies d'évitement de certaines zones, quand ils le peuvent, "subissent" plus ou moins la carte scolaire. Si bien que, bien que n'ayant pas les effets prévus idéalement (d'une grande mixité), la carte a quand même un effet d'atténuation (de légère mixité), ce qui n'est pas rien. La faire disparaitre serait en ce sens dommageable.*
Après on peut regretter que les mieux pourvus échappent à ses effets.
Une solution, outre celle proposée par le collègue de Piketti mentionnée plus haut, serait de modifier finement la carte régulièrement (annuellement) pour que le coût d'un changement de domicile finisse par être trop grand ou trop hasardeux (puisqu'on n'est pas sûr d'être dans la même zone l'année suivante).
Une autre solution est à trouver dans une plus grande coercition dans l'application de la loi SRU. Des villes comme Rennes, par exemple, installent les nouveaux logements sociaux dans les quartiers du centre ville (et ils ne sont pas en forte concentration).
Enfin, votre raisonnement me semble essentiellement valable dans les zones urbaines. En campagne, les lycées sont assez éloignés les uns des autres et passer d'une zone à l'autre signifie parfois rendre le trajet vers le lieu où les parents travaillent très couteux.
Bien à vous.
*Dans tous les cas, il faudrait disposer de données mesurant ses effets réels, car disserter sur ses effets supposés nuls ou supposés non nuls sans statistiques doit être proche de l'onanisme intellectuel.
Concernant la carte scolaire et la mixité sociale j'ébauche une proposition ici : www.ps-gentilly.org/article-3764149.html
"Une solution, outre celle proposée par le collègue de Piketti mentionnée plus haut, serait de modifier finement la carte régulièrement (annuellement) pour que le coût d'un changement de domicile finisse par être trop grand ou trop hasardeux (puisqu'on n'est pas sûr d'être dans la même zone l'année suivante)."
C'est exactement ce qui se fait dans le monde réel, du moins, lorsque l'administration concernée, généralement locale, est compétente ou souhaite l'être, ce qui n'est, il est vrai, pas toujours le cas.
Le citoyen curieux trouvera donc un indice de la qualité de la gestion de ses élus locaux (communes quand elles sont assez grandes, conseil général et régional) en demandant des informations sur le travail de sectorisation fait par elles. L'argument pourra au servir besoin à l'homme qui accorde plus d'importance à la compétence des élus et de l'administration qu'à l'ancrage idéologique d'icelui.
Merci pour cette analyse,
Egoistement, n'ayant pas encore d'enfants, je n'avait jamais pris conscience de la privation de liberté que constitue la carte scolaire (sauf pour les cadres du parti, comme dans tout bon système soviétique, bien entendu)
Maintenant que j'y pense, ne pas pouvoir choisir l'école de ses enfants, c'est proprement hallucinant!
Sindelaar: Combien êtes-vous prêt à payer cette liberté ? Car, sans surcapacité d'accueil au niveau de l'offre, il n'y a pas de "choix", or, par définition, cette surcapacité coûte : définissez le montant du surcoût et vous aurez un choix d'une largeur exactement égale au surcoût que vous y consacrerez.
Car, en matière d'école, il est assez improbable d'imaginer de valeureux et utiles entrepreneurs risquer leur capital chèrement acquis dans une aventure dans laquelle les perspectives de profit ne sont envisageables qu'à condition de sélectionner la clientèle (cela aussi est envisageable, mais on déborde...)
à noter un (mais je ne crois pas que ce soit leur premier sur la question) billet de Dubet et Duru bellat sur la question dans le Monde. http://www.lemonde.fr/web/article/0... Ils font la même analyse sur la situation actuelle, mais observent qu'elle relève également du fonctionnement de l'éducation nationale. Jospin puis Allègre s'étaient de toute façon déjà cassé les dents sur cette question (notamment sur les affectations des profs).
Petit problème pratique vis-à-vis de la solution de l'aléatoire : devoir expliquer aux enfants vivant sur les zones frontalières entre deux secteurs de la carte scolaire que cette année, non, ils ne retrouveront pas leurs copains parce qu'ils iront dans l'autre collège et l'année prochaine on ne sait... Je doute que les psychologues de l'enfant voient cela d'un bon oeil.
knd: Exact. Ceci dit, en pratique, puisque la question que pose aujourd'hui Ségolène Royal se pose dans l'esprit des professionnels[*] concernés depuis parfois vingt ans, la piste a été explorée un peu plus au dela de ce point tout à fait juste, donc, il y aurait des réponses à fournir, mais ce serait sortir largment du champs de l'article. Notamment, il a été envisagé d'assurer la mixité sociale par des méthodes diversifiées, aux effets s'additionnant les uns aux autres plutôt que par une technique unique. Mais en pratique, il faut aussi rester conscient du fait que la ségrégation sociale par les prix de l'immobilier (le fait qu'au sein d'un "quartier" donné il n'y ait que des pauvres ou que des riches est une technique souvent pratiquée tant à niveau communal que national (cas des "villes nouvelles" de 1977), à des fins par exemple de manipulation des listes électorales ou de flatterie des bas instincts non-avoués de petits bourgeois.
D'une certaine manière, constater que le zonage des territoires, notamment urbains, est une réalité, c'est aussi consacrer le succès du système qui l'a fait être : l'affairisme immobilier ordinaire avec le plus souvent l'appui conscient des conseils municipaux, c'est à dire, l'usage des restrictions à la liberté des citoyens qui est pourtant la norme créées pour assurer l'intérêt collectif à des fins d'enrichissement personnel. Pourquoi consacrer ce succès alors qu'on sait d'expérience que l'immobilier est un marché potentiellement volatif et donc la volatilité entretient le transfert du patrimoine entre générations, le plus souvent à l'insu des propriétaires eux-mêmes ? Redistribution plus indolore que celle-ci je ne connais pas : l'état n'a même pas à se salir les mains !
Mais s'il n'y a rien de bien étonnant à ce que la majorité UMP ignore quelles sont les conséquences des lois qu'elle vote (le système actuellement en place étant celui qu'elle a voté avec la dernière décentralisation), je soupçonne les actuelles manoeuvres au PS d'avoir quelques arrières-pensées politiques. Il est bien évident que le thème est porteur et mobilisateur, tout en aidant à définir l'articulation des relations entre mairie, communautés de communes, conseil général et population : thèmes évidemment sans enjeu à Paris, mais fondamentaux à peu près partout ailleurs que dans les 30 plus grandes métropoles françaises. Dois-je faire allusion au fait que Ségolène Royal a été ministre en charge des affaires scolaires ?
[*] Même s'il s'agit la plupart du temps de fonctionnaires, fonctionnaires des colectivités territoriales ou de constractuels de la fonction publics, je postule ici l'existence d'une technicité particulière à la fonction, comme dans tout back-office.
argumentation imparable si l'on suppose que la carte scolaire est entièrement détournée. Or, elle n'est que partiellement détournée. Sa suppression sans mise en oeuvre d'autres dispositifs conduirait donc à une réduction de la mixité sociale. Pas vraiment pareto-optimal, non?
Dominique de Villepin est intervenu dans le débat sur la carte scolaire en annonçant le lancement prochain d'une concertation avec "tous les acteurs du système éducatif" en vue de parvenir à un "aménagement" du système. Peut etre enfin de l'avencement dans le bon sens ?
Je trouve effectivement assez stupéfiant de voir Dominique de Villepin sortir Ségolène Royal de l'embarras ! Il serait assez logique d'inviter Jean-Pierre Raffarin à ce débat puisque sa longue expérience de président de conseil régional a certainement contribué à la réflexion préalable à la subtile réforme de la carte scolaire faite à l'occasion de la dernière décentralisation.
Quelques réponses :
William : je ne comprend pas non plus pourquoi les incitations ne sont pas beaucoup plus fortes pour enseigner en ZEP. Mais cette question relève sans doute plus de la qualité de l’enseignement dispensé aux élèves défavorisés que de la mixité sociale. Je doute que de bons profs suffisent à attirer beaucoup de riches en ZEP.
Gu si fang : «Pour avoir plus de mixité sociale, il faut une discrimination positive à l'égard de certains groupes (géographiques ou sociaux). »
Ca entraînerait un peu de mixité dans les lycées huppés, mais pas forcément plus dans les ZEP. Si le fait d’introduire 10% de pauvres dans tel lycée chic a pour effet de chasser les 10% de riches les moins doués, ceux-ci se rabattrons sur le privé, mais n’irons pas s’inscrire en ZEP.
Edgar : « Je ne vois donc là que démagogie, laisser aller et renoncement à un service public égalitaire, seul moyen de répartition efficace comme l'a bien écrit Thomas Piketty. »
Je l’admettrais peut-être si j’avais le début de commencement d’une preuve que la carte scolaire contribue en quoi que ce soit à la mixité sociale. Et si la carte scolaire n’était que le symptôme de cette tendance qu’ont certains hommes politique à croire qu’ils ont le pouvoir de régler un problème sociologique complexe par une simple décision administrative ?
« défendre une école de qualité égale sur tout le territoire, c'est aussi de la redistribution »
Bien sûr, c’est pourquoi il est plus important de ce concentrer sur la qualité des enseignements en ZEP que sur un objectif de mixité sociale visiblement si dur à atteindre.
Nathanael : « Une solution, outre celle proposée par le collègue de Piketti mentionnée plus haut, serait de modifier finement la carte régulièrement (annuellement) pour que le coût d'un changement de domicile finisse par être trop grand ou trop hasardeux (puisqu'on n'est pas sûr d'être dans la même zone l'année suivante). »
Oui, mais pour faire accepter aux parents que leurs enfants vont changer d’école chaque année, accrochez-vous. Vous allez avoir chaque année une guerre entre associations de parents et académie, un nombre croissant de gens qui préféreront le privé, qui aura désormais un nouvel avantage sur le public : la stabilité, et au bout du compte, vous n’empêcherez pas la ségrégation interne aux établissements, au niveau de la répartition des élèves par classes.
« Une autre solution est à trouver dans une plus grande coercition dans l'application de la loi SRU. »
Là encore, croire qu’il suffit de décréter qu’on va construire des logements de pauvres dans des quartiers riches pour créer de la mixité sociale, c’est un pari qui paraît voué à un succès très modéré. Encore une fois, le problème vient de ce que les gens veulent vivre à côté de gens aussi riches que possible. Comme la loi SRU ne va pas jusqu’à interdire aux gens de déménager, je ne vois pas ce qu’elle peut changer, en tout cas sur le long terme.
Olivier Bouba-Olga : « argumentation imparable si l'on suppose que la carte scolaire est entièrement détournée. Or, elle n'est que partiellement détournée. Sa suppression sans mise en oeuvre d'autres dispositifs conduirait donc à une réduction de la mixité sociale. Pas vraiment pareto-optimal, non? »
Vous faites l’hypothèse que la carte scolaire est conçue de manière à ce que son application stricte crée de la mixité. Ca n’est évidemment pas le cas. Dans certains cas, c’est précisément l’application de la carte scolaire qui crée de la ghettoïsation.
je ne suis pas sûr que les gens veuillent vivre à côté des riches (rien de pire que le XVIème par exemple, à mon humble et boboïque avis)
j'aurais tendance à penser qu'ils veulent des transports qui marchent et les relient à un centre ville rapidement, des loisirs (équipements publics et privés) sur place, et pouvoir rentrer chez eux à minuit à pied sans trembler. ça n'est pas forcément synonyme de quartier riche.
edgar: si je puis me permettre un énième hors-sujet, vous touchez du doigt une question essentielle : l'actuelle répartition des écoles, collèges, lycées sur les territoires a été conçue à une époque où les transports étaient beaucoup plus difficiles qu'aujourd'hui. Par exemple, une ville type de 60.000 habitants a trois collèges. Les problèmes de carte scolaire proviennent aussi du fait que les établissements sont nombreux, y compris dans les zones denses en population, et donc, qu'un classement s'y établit. Des établissements plus grands auraient divers avantages, dont celui de créer une réelle mixité sociale.
Mais la création, fusion, fermeture de collèges est décidée par le conseil général (les mairies pour les écoles, la région pour les lycées).
M ... vous avez peut-être raison, mais je ne suis pas sûr que l'on gagne à construire des usines à enseigner. Et je crois que les gens accordent une inquiétude démesurée à tout ce qui peut servir à classer les établissements parce qu'ils sont angoissés pour l'avenir de leurs gosses. Et ils sont angoissés parce qu'on leur dit que l'avenir c'est le struggle for life et qu'il n'y a rien à y faire, avec les compliments de la Commission européenne...
Il me semble clair que le discours ambiant de ceux qui s'exonèrent de réformes pour mieux en prescrire aux autres n'aide pas.
Reste que la justification du fait qu'il existe typiquement 5-8 écoles élémentaires pour un collège et deux collèges pour un lycée (trois pour un si on ne compte que les généralistes) me semble difficile à établir à l'ère des transports aisés, de la massification de l'enseignement et de l'espoir de 80% de bacheliers, surtout dès lors que cela contribue à un cloisonnement et un classement supposé contraire à la mixité sociale qu'on prétend rechercher.
Une petite contribution à votre discussion de mon vécu personnel : J’ai du contourner la fameuse carte scolaire 3 fois en déménageant pour permettre à mes enfants un parcours scolaire de qualité. Comme il était hors de question de choisir le privé, trop cher pour ma bourse, je me suis donc informé sur les écoles classées correctes auprès d’amis et d’autres parents. Bien m’en a pris : mes enfants ont réussi et mes efforts immobiliers se sont avérés être de bons placements. J’ai toujours considérée la carte scolaire totalement contreproductif, parce qu’irréaliste et idéologique. Rien n’y personne ne pourra forcer les gens à la respecter s’ils sont la volonté d’offrir à leurs enfants les meilleures chances. Bien au contraire, la ghettoïsation est plutôt accélérée parce que ceux qui n’ont pas la volonté ni les moyens de la contourner se retrouvent ensembles dans des écoles à l’image de leurs quartiers, les autres ayant choisis de partir… Il est certain que si la carte scolaire n’existait plus, on assisterait naturellement à une sélection naturelle vers des écoles à différents niveaux d’excellence, une émulation formidable pour élever le niveau d’instruction de tous, car les critères ne seraient plus le porte monnaie ou la débrouillardise mais les capacités et le travail de chaque enfant.
Idéalement, si le niveau des prestations fournies par les différents établissements scolaires était homogène, ce qu'il n'est à l'évidence pas, la question du besoin de contournement des mécanismes destinés à assurer la mixité sociale ne se poserait que pour cette infime partie de la population qui croira aider ses enfants en leur interdisant de fréquenter des enfants trop différents d'eux. à titre personnel, j'ai tendance à penser que si les conseils d'administration des établissements scolaires choisissaient les directeurs de ces établissements et si ces directeurs pouvaient librement recruter les enseignants qu'ils veulent, on arriverait assez efficacement à niveler par le haut le niveau des prestations offertes, quitte à, dans les zones où les politiques locales, notamment communales, ont créé, laissé se créer ou entretenu d'affreux ghettos, mettre les finances publiques nettement plus à contribution qu'ailleurs.
Mais je suppose que faire du métier d'enseignant un métier comme un autre, ou regarder comment se pratique ailleurs le métier d'enseignant, le recrutement, la qualification, est impensable au sein des partis comportant une importante fraction d'enseignants fonctionnaires en leur sein.
Très cher n°28,
Les professeurs sont globalement équivalents d'un établissement à un autre : il y a des bons et des moins bons dans chaque établissement.
Le problème se pose uniquement dans les établissement les plus sensibles qui pâtissent du fait que ce sont en majorité les plus inexpérimentés qui y sont affectés. Pour les autres c'est kif kif bouricot.
Il peut arriver que par le jeu du hasard des mutations un établissement se retrouve avec une brochette de profs d'exception, mais d'une année à l'autre, toujours à cause des mutations, cela peut changer du tout au tout.
Si certains sont plus courus que d'autres, sur le marché des mutations, ce sont les profs avec le plus d'ancienneté qui s'y trouveront, mais l'ancienneté n'est pas forcément un gage d'excellence de l'enseignement. Il faudrait étudier ça finement mais mon petit doigt me dit que passées les 5 ou 10 premières années - quand les principales ficelles sont acquises - l'enseignement promulgé par un enseignant de 15 ans d'ancienneté peut être largement aussi bon que celui d'un enseignant de 30 ans d'ancienneté.
Non, plutôt qu'ils recherchent de "meilleures prestations", les gens fuient plus la compagnie de la plèbe, qu'ils jugent nuisible, chacun sachant, plus ou moins, qu'il vaut mieux que leur enfant soit dans un établissement constitué d'élus plutôt que dans un établissement constitué de rebut (c'est juste pour rimer avec élus, et provoquer un peu).
Et même les établissements peu côtés mettent en place des systèmes d'options (classe européenne, classe bilingue, etc.) pour que les enfants des classes moyennes ou supérieures ne le fuient pas (et ils auront moins tendance à le fuir sachant que leurs enfants seront dans une classe à la population triée socialement).
Bien évidemment le travail et les capacités des enfants n'ont rien à voir cela, contrairement à ce que peut imaginer vienne, la réussite scolaire étant intimement liée à l'origine sociale (plus précisement : au diplôme acquis par les parents, mais c'est lié) de l'enfant.
Mais, s'il est compréhensible que les parents cherchent pour leurs enfants ce qu'ils imaginent être le meilleur établissement (ou en tout cas qu'ils fuient des établissements qui semblent dégradés), le problème que cela pose est que, globalement, l'homogénéité que cela crée est dommageable pour l'ensemble de la population car, comme chacun ne le sait pas, des classes socialement/scolairement hétérogènes progressent plus en moyenne que les classes socialement/scolairement homogènes (pour simplifier : les bons progressent un peu moins vite dans des classes hétérogènes que dans les classes homogènes, mais les moins bons beaucoup plus - il y a de multiples raisons à cela, mais ce serait trop long à détailler ici), comme l'ont montré plusieurs études.
@ Nathanael Je ne partage absolument pas votre point de vue sur l’origine sociale. Certes au départ cela compte mais à fur et à mesure du parcours scolaire dans un environnement scolaire équilibré les aptitudes des uns et des autres se révèlent. Vous pourriez très bien alors constater qu’un fils de médecin ne sera pas forcément à la hauteur alors qu’un fils d’ouvrier ou d’immigré le sera. Tout dépend de ses possibilités intellectuelles, de sa volonté de travailler et de l’attention des enseignants.
Vouloir à tout prix favoriser la mixité et l’égalité revient à couper les ailes à ceux qui ont la possibilité de faire mieux dans un environnement stimulant au lieu de pousser tout le monde vers une médiocrité égalitariste. Ne vous en déplaise, mais la nature humaine est ainsi faite, nous n’avons pas au départ tous le même bagage intellectuel et dire que c’est à cause du milieu social est hypocritement idéologique.
Je préfère mille fois sauver le plus grand nombre en les laissant aller dans des écoles ambitieuses, que de conduire la totalité vers la médiocrité… La carte scolaire c’est comme les 80 % au Bac… ou comment amener en descendant le niveau une masse de jeunes de 18/20 ans à n’avoir pas de métier, errant et perdant leur temps en encombrant les universités, ou de petit boulot à petit boulot pour finir chômeur.
"Vouloir à tout prix favoriser la mixité et l’égalité revient à couper les ailes à ceux qui ont la possibilité de faire mieux dans un environnement stimulant au lieu de pousser tout le monde vers une médiocrité égalitariste."
Pour cette partie de la population qui croira aider ses enfants en leur interdisant de fréquenter des enfants trop différents d'eux, l'enseignement privé, c'est à dire, l'enseignement choisi pourrait être une solution. Peut-être faudrait-il progresser en direction du chèque éducation pour qu'on puisse effectivement parler de respect des convictions des parents dans ce secteur et de liberté de choix, sans pour autant générer de surcoût contraire à l'intérêt collectif comme le provoquerait immanquablement un libre choix au sens commun des choses.
Cher vienne,
Vous pourrez toujours trouver des fils de ... qui ne réussissent pas (ou des fils de ... qui réussissent) alors qu'ils sont d'une classe sociale supérieure (inférieure), mais, statistiquement, la réussite scolaire est très fortement liée à l'origine sociale.
Ce n'est pas un point de vue, ce sont les faits.
Un article intéressant : http://www.inegalites.fr/spip.php?a...
Et un autre : http://www.inegalites.fr/spip.php?a...
Bravo pour l'approche choisie dans ce billet. Je découvre ainsi que mon comm' sur le blog de jules dd'r va apparaître comme un pâle plagiat.
Trois observations cependant (sans avoir lu la totalité des 34 premiers comm').
1- dire que le choix de l'école (publique) est une "liberté" (sans mentionner l'école libre) a un sens, mais est discutable. L'école est un service public implanté sur le territoire. A-t-on le choix de sa perception des Impôts ? du bureau de Poste où on reçoit ses recommandés ? de sa compagnie d'eau ?
2- l'auteur affirme que "la plupart des gens estiment que, entre autres facteurs, avoir de bons élèves pour camarades de classe améliore, ceteris paribus, les chances de réussir. Ils ont probablement raison." Ça m'intéresserait d'avoir des sources là-dessus. je crois avoir lu (mais ne saurais retrouver les sources, peut-être Piketty justement) l'inverse : en France au moins, ce qui vous fait progresser toutes choses égales par ailleurs, c'est d'être dans la "bonne" partie de la classe. Sans doute (selon l'auteur, dans mon souvenir) parce que la tradition pédagogique française est que le prof fait le cours pour les bons élèves (ce pourquoi, sans doute, nos bons élèves ont le même niveau que les autres bons élèves dans le monde, tandis que nos mauvais élèves sont des cancres au regard de leurs homologues).
Cette hypothèse est intéressante ; elle conduit à penser que les parents, en cherchant un établissement dont le taux de réussite est élevé, font un choix fondé sur une information partielle : 2a) soit ils croient qu'un élève dans une classe de meilleur niveau que lui va progresser mieux toutes choses égales par ailleurs (ce qui est faux) 2b) soit ils ne le croient pas, mais pensent que les bons profs sont ceux qui enseignent dans des établissements aux bons résultats (il y a du vrai mais aussi du faux : les profs jeunes sont plus motivés et mieux formés, et ils enseignent en ZEP, pour caricaturer) 2c) soit ils savent ne pas savoir ce qui fait réussir les élèves, et s'en remettent à la statistique descriptive : si mon enfant est dans une cohorte qui a 90% de taux de succès, alors mon enfant a 90% de chances de réussir.
3- au passage, la méthode proposée par le commentaire 7 pour rééquilibrer les demandes entre établissements - à savoir, attribuer à tous les établissements un même % de places dans les filières sélectives - est maintenant sortie des cercles théoriques : elle fait partie depuis plusieurs mois des propositions politiques de François Bayrou (et peut-être d'autres).
Dernier lien et puis j'arrête : http://www.inegalites.fr/spip.php?a...
En supprimant la carte scolaire , Que se passe t il s'il n'y a plus de place dans l'établissement au bout de ma rue , puis de ma ville ? Devrais-je envoyer mes enfants dans un autre département ou seraient-ils pioritaires pour l'entrée dans ces établissements ?
@Tonion Vous l'inscrivez au CNED ! http://www.cned.fr/ Selon les personalités, il y en a qui suivent mieux ainsi, ça peut de surcroit éviter les mauvaises fréquentations.
PS: c'est "Henri IV", pas "Henry IV" qu'il faut écrire... mais il faut sans doute avoir contourné la carte scolaire pour le savoir?