Julien Dray sans concession avec les banquiers
Par Antoine B. le mardi 22 août 2006, 13:11 - Lien permanent
Décidément, dette publique et propos de comptoir forment un couple fatal. En général, il s’agit d’expliquer que les français sont au bord du surendettement, et qu’il faut donc faire des efforts. Julien Dray a fait récemment la démonstration qu’on pouvait faire aussi bien dans le sens contraire :
« La réduction de la dette est-elle une priorité pour le PS ?
Entre le pouvoir d'achat de nos concitoyens et le sourire des grands banquiers, mon choix est simple, il faut d'abord s'occuper des premiers en relançant une vraie politique de redistribution. »
(source)
Ah… ça oui que c’est de gauche ! L’image qu’évoque cette phrase, c’est celle d’un brave père de famille ayant un découvert de 3500 euros, et devant faire un choix : soit il comblera sont découvert, soulageant ainsi l’angoisse de son banquier, soit il donnera à manger à ses enfants. Etre de droite, c’est laisser les enfants crever de faim, être de gauche, c’est nourrir ses enfants, quitte à déplaire au banquier.
Le seul problème, c’est que cette image ne colle pas du tout avec la situation de l’Etat français. La différence est que contrairement à ce pauvre père de famille, l’Etat français n’est pas un mauvais payeur. Il paye toujours ses dettes, intérêt et capital, selon le calendrier et le taux prévu. Le service de la dette est bel et bien budgétisé, chaque année, comme peuvent en témoigner tous les porteurs d’OAT, qui sont d’ailleurs si peu stressés par la perspective d’un défaut de paiement qu’ils acceptent un taux d’intérêt somme toute assez modeste. Les banquiers, eux, ils s’en foutent. Et à la limite, plus il y a de dette, plus il y a d’OAT à vendre à leurs clients épargnants. En fait, la dette, c’est le métier des banquiers. Penser qu’ils puissent être heureux de voir baisser la dette d’un bon payeur, c’est comme penser qu’un luthier puisse rêver d’un monde sans musique.
Quant à l’arbitrage entre baisse de la dette et redistribution, il est assez peu contraignant. Si Julien Dray souhaite augmenter les dépenses sociales de 4 points de PIB sans faire augmenter la dette, c’est très simple : il peut tout simplement augmenter de 5 points de PIB les prélèvements obligatoires. En fait, si ça lui tient à cœur, il peut même se payer le luxe de faire augmenter la dette pour financer ces dépenses : un certain Ricardo est allé jusqu’à prétendre que c’était équivalent.

