Qui a dit...
Par Antoine B. le jeudi 20 juillet 2006, 23:24 - Lien permanent
Comme François Briatte et Olivier Bouba-Olga, je me prends au jeu des devinettes.
Quel est donc le gauchiste qui a prononcé cette virulente critique de l'inégalitarisme du système scolaire américain :
I don't see how we can maintain a decent society if we have a world
split into haves and have-nots, with the haves subsidizing the have-nots. In
our current educational system, close to 30 percent of the youngsters who start
high school never finish. They are condemned to low-income jobs. They are
condemned to a situation in which they are going to be at the bottom. That
leads in turn to a divisive society; it leads to a stratified society rather
than one of general cooperation and general understanding. The effective
literacy rate in the United States today is almost surely less than it was 100
years ago. Before (...), the majority of youngsters were schooled, literate,
and able to learn. It is a disgrace that in a country like the United States,
30 percent of youngsters never graduate from high school. And I haven't even
mentioned those who drop out in elementary school. It's a disgrace that there
are so many people who can't read and write. It's hard for me to see how we can
continue to maintain a decent and free society if a large subsection of that
society is condemned to poverty and to handouts.
Bien sûr, si vous regardez sur Google, vous n'avez pas le droit de répondre (attention, je vois tout).
Question bonus : que préconise-t-il pour remédier à cette situation ?
Réponse le 22 juillet à 14h50 : Il s'agit, comme l'a trouvé Elessar sans le dire vraiment, de Milton Friedman. Le point ne lui sera pas compté, car il a forcément zieuté sur google, sans quoi comment aurait-il su que j'avais zappé une partie importante du texte ? La partie en question, je la restitue :
Before government had any involvement in education, the majority of
youngsters were schooled, literate, and able to learn.
Forcément, si j'avais laissé ça ("une belle connerie" d'après LSR),
le jeu eût été bien plus simple. Ce qui m'a intrigué, dans ce propos, de la
part d'un ultra-libéral comme Friedman, c'est cette idée selon laquelle une
société inégalitaire ne peut pas être décente et libre
. La liberté
individuelle ne suffit donc pas.
Son remède, naturellement, est le chèque-éducation, qui consiste à donner à chaque famille une subvention lui permettant d'inscrire ses enfants dans une école privée de son choix :
If you want to subsidize the production of a product, there are two
ways you can do it. You can subsidize the producer or you can subsidize the
consumer. In education, we subsidize the producer—the school. If you subsidize
the student instead—the consumer—you will have competition. The student could
choose the school he attends and that would force schools to improve and to
meet the demands of their students.


Commentaires
Trîîîîîîîîcheueueueur ! T'as coupé pile ou il fallait :-) Mmmmh, qu'est ce qui vient après le "Before" du milieu de texte ? Par ailleurs, c'est une belle connerie ce tu as coupé. Typique de l'auteur ...
La solution, ça va être les "school vouchers", non ? Débat interessant d'ailleurs. Les Américains sont toujours étonnés d'apprendre que la plupart des pays Européens les ont déjà (et souvent depuis toujours) sous une forme ou une autre.
Ce que je n'ai jamais compris, c'est en quoi les parents feront des meilleurs choix que l'Etat. Certes, un marché satisfera mieux la demande, mais si cette demande consiste en une école de tarés intégristes qui nient la science, en quoi l'intérêt de l'enfant sera-t-il mieux servi ?
Evidemment, un compromis serait de controler les écoles privés (dans le style "sous contrat") et d'intervenir quand le programme de bio ou d'éducation sexuelle devient du n'importe quoi nocif, mais ça, je n'ai jamais réussi à le faire comprendre à un Americain, même ouvert, ayant grandi dans le mythe de la liberté de religion-qu'il-ne-faut-pas-juger ...
J'ai toujours trouvé la question de l'école un des points les plus faibles des libertariens. Si mes parents me mettent dans une école de tarés intégristes, comment puis-je être responsable de mon sort après ? Si "tout se joue avant 6 ans", période où je ne suis clairement pas responsable des choix éducatifs de mes parents, peut-on encore être libertarien ?
LSR
Au fait, ça avance, ta thèse ?
LSR
The effective literacy rate in the United States today is almost surely less than it was 100 years ago
Huh?
@LSR : Le vrai paradoxe, c'est de discuter de school vouchers, d'enseignement, de contenus, etc. alors que je ne connais personne de sérieux qui soit capable d'expliquer exactement ce que l'école apporte. Dans ce domaine, il faut reconnaître qu'on ne sait pas grand-chose; mon intuition personnelle est que l'école n'a d'influence que dans la mesure ou elle constitue une composante du groupe de pairs des enfants, mais guère plus. Bref. Sinon, l'objection présentée n'est pas un obstacle envers le système des vouchers. Une grande université ne recrutera que difficilement des élèves d'écoles dans lesquelles on enseigne des conneries. Dans un tel système, les parents idiots auront des enfants pénalisés, mais c'est déjà le cas dans un système pseudo-égalitariste dans lequel en choisissant judicieusement ou l'on habite, on fait un choix en pratique.
Il existe deux types d'explication à la pauvreté : les pauvres sont pauvres par manque de chance, les pauvres sont pauvres en raison de leurs caractéristiques intrinsèques. Un système de vouchers est fait pour la première explication : il vise à permettre aux parents pauvres mais sans moyens d'aider leurs enfants à progresser. Si les pauvres sont pauvres à cause de ce qu'ils sont, un système de vouchers ne changera rien. Je vais passer pour un gros méchant, mais c'est pour cela que je pense qu'un système de vouchers ne change pas grand-chose.
LSR : de même que les auto-écoles privées ne peuvent pas enseigner n'importe quoi, on peut parfaitement envisager un système de chèques-éducation qui ne puissent être dépensés que dans des écoles agréées, n'enseignant pas l'astrologie ou le créationisme. Note que pou échapper au créationisme, le contrôle de l'Etat ne semble pas, actuellement aux USA, une garantie bien forte.
Quant à savoir si les parents feraient de meilleurs choix que l'Etat, disons que c'est rien de moins que la grosse question économique depuis des lustres, et il me semble qu'un vague consensus se dégage en faveur des solutions décentralisées.
La thèse ? Si elle avance ? Mouais...
@ AD : les pauvres sont souvent pauvres en raison d'un mélange, variable de l'un à l'autre, entre leur compétence et pas de chance.
@Belgo: On peut l'envisager, je suis tout à fait d'accord. D'ailleurs, c'est ce qu'on fait en France (et dans beaucoup d'autres pays). Le pb aux US, c'est que pour eux, ce n'est pas envisageable. Le raisonnement "les vouchers, d'accord, mais seulement pour les écoles qui enseigne la science comme il faut", pourtant simple et évident (à mon sens), est inentendable là-bas: ça reviendrait pour eux à remettre en question la liberté religieuse. Donc le débat sur les vouchers s'en trouve singulièrement réduit: soit pas de vouchers du tout, soit des vouchers pour tous, y compris ceux qui mettent leurs enfants dans des écoles intégristes. Et là, je ne suis pas sur du tout d'être pour les vouchers ...
Autre point. Qu'il y ait aujourd'hui un "vague consensus" en faveur des solutions décentralisées, c'est clair. Néanmoins, ça ne veut pas dire que la solution de "marché éducatif" soit la bonne. Ce n'est pas parce que ça marche assez bien pour les shampoings (en tout cas, bien mieux que l'alternative: la planification centrale) que ça marche pour l'école. Je ne dis pas ça par idéologie (du style "l'école n'est pas une marchandise") mais par scepticisme: veut-on vraiment satisfaire une demande ?
Si initialement on a rendu l'école non seulement gratuite mais aussi obligatoire, c'est que même gratuit, on ne faisait pas confiance aux parents pour envoyer leurs gamins à l'école. C'est tellement pratique d'avoir le gamin sous le bras pour garder les vaches etc ... Que ça limite les perspectives d'avenir du môme, les parents ne s'en rendent pas forcément compte, ou alors s'en fichent (ils discountent trop le futur, quoi :-) ). En somme, un "marché de l'école" revient à faire dépendre l'offre éducative de ce que les parents demandent pour leur enfant, et donc de leurs connaissances du monde et leur capacité à se projeter dans l'avenir. Je suis loin d'être convaincu que les parents savent ce qui est bon pour l'enfant, et je soupçonne ce marché de figer les classes sociales encore plus que ne le fait un système étatique, certes imparfait, en pratique.
LSR
@ Alexandre: OK, le système pénalise déjà les enfants de parents idiots. Mais il y a aussi les parents passifs, méconnaissant la valeur d'une éducation formelle, ignorant le fonctionnement du système scolaire, incapable de se projeter dans l'avenir (taux de discount trop haut: une des causes de la pauvreté ?) etc. L'idéal (la pratique en est très loin, je suis sans illusions) d'un système éducatif public, c'est de former et donner leur chance à tous les enfants, indépendemment des parents. Dans ce raisonnemlent, il faut donc donner à ces parents justement le *moins* de choix possible.
Je ne suis pas sur que le débat sur la pauvreté se résume à "pas de bol" vs. "qualités intrinsèques". Un manque de qualités "intrinsèques" pour un adulte peut très bien être du à un manque de chance dans l'enfance. Beaucoup de capital humain "psychologique" (volonté, capacité d'abnégation dans le court terme, confiance en soi, capacité de s'affirmer sans violence etc etc.) se construit au plus jeune age ou jamais (cf. travaux récents de Heckman, et surement aussi d'un milliard de psychologues), et dépend évidemment grandement des "adultes référents", dont les parents et (dans une moindre mesure) les enseignants. Dans un monde parfait, des parents forcément rationnels choisiront les meilleurs enseignants pour leurs enfants, tout en étant eux-mêmes de bons pourvoyeurs de ce "capital humain psychologique". Vive les vouchers ! En vrai, un enfant né de parents pauvres en capital humain psychologique partira avec un retard considérable. Un enseignant compétent pourrait-être sa seule (demi-)chance. Un système de vouchers qui laisse le choix de l'école à ces mêmes parents la lui prendrait à coup sur amha.
LSR
LSR : tu dirais donc qu’un système plus libéral ne passerait pas au prétexte qu’il ne serait pas assez libéral ? Ca paraît douteux… tu connais la société américaine mieux que moi, mais je me demande si le problème, actuellement, ne vient pas tout bêtement du fait que le créationnisme plaît à un nombre important de personnes. Je crois comprendre qu’il existe déjà un débat vif sur la question, il n’est pas douteux qu’un tel débat perdurerait avec un système de vouchers, mais as-tu de bonnes raisons de penser qu’il gagnerait en intensité ? D’ailleurs, un système étatique ne risque-t-il pas, à terme, étant donné ce contexte, d’imposer le créationnisme dans tous les programmes ?
Plus généralement, j’ai un petit biais culturel, en matière d’économie de l’éducation, c’est ma référence prioritaire à ce que je connais : le système français. Son organisation concentrée et dirigiste me semble si désastreuse que ça biaise systématiquement mon jugement en faveur de tout système moins centralisé. Le meilleur exemple de ce qui coince en France, ce sont les zeps : des profs qui n’ont pas envie d’être là font cours à des élèves dont les parents préfèreraient qu’ils soient ailleurs, contre une rémunération relativement faible, conforme à une grille uniforme, dans l’attente de progresser sur la liste interminable des mutations inter et/ou intra académiques. En fait, la vraie question est de comprendre pourquoi un plus grand nombre de ménages modestes n’investissent pas dans une éducation privée, dont le coût n’est finalement pas si prohibitif que ça, en tout cas dans le cas des établissements sous contrat.
@Belgo : Il existe en effet un débat vif sur l’introduction du créationnisme dans les cours de biologie des écoles publiques. La religion sous toutes ses formes est en principe interdite à l’école publique (séparation églises-Etat), donc il s’agit pour les fanatiques de déguiser le créationnisme comme une théorie scientifique (appelée « intelligent design ») alternative à la théorie de l’évolution, puis de plaider l’ « ouverture d’esprit » en exigeant qu’on enseigne toutes les théories (dont la leur bien entendu). Il n’y pas de raison qu’on censure les élèves en ne leur présentant que la théorie de l’évolution chère à l’intelligentsia cosmopolite de la côte nord-est , n’est-ce pas ? (bizarrement, c’est aussi un thème cher à une certaine gauche dite post-moderne).
Le pb dans tout ça est que le programme des lycées est établi par une commission élue, et ce plus ou moins ville par ville (ça dépend un peu des états, cf. Tocqueville pour l’obsession des Américains à vouloir élire tous leurs fonctionnaires, y compris le responsable de la fourrière (si si !)). Donc dans une ville (du sud évidemment) où suffisamment de ces élus sont fondamentalistes chrétiens, hop du créationnisme (pardon, intelligent design) au menu de tous les cours de bio. Il y a récemment eu un procès en Pennsylvanie ou les créationnistes ont subi une lourde défaite, leur nouveau programme (bien que voté par des élus) ayant été considéré comme anticonstitutionnel car enfreignant la séparation des églises et de l’Etat.
C’est d’ailleurs un des obstacles législatifs majeurs aux vouchers : comme il s’agit d’argent public, il n’est pas clair que des vouchers pouvant servir à financer une scolarité dans une école religieuse soit constitutionnels. Et (là, avis personnel) ce n’est pas clair non plus que ce soit souhaitable pour l’intérêt de l’enfant.
Si les vouchers deviennent un sujet de discussion fédéral (pas impossible si victoire républicaine en 2008), le créationnisme reviendra forcément au devant de la scène amha, puisque les républicains, favorables aux vouchers, sont très dépendants des fondamentalistes pour gagner leurs élections, et seront donc très peu enclins à introduire des vouchers limités à des écoles privées dont le programme scientifique est certifié conforme non religieux (style écoles sous contrat en France.) Et, c’est ce que je trouve le plus étonnant, beaucoup d’Américains de tout bord sont très suspicieux d’une administration qui jugerait ce qui est scientifique et ce qui est de l’ordre le la croyance religieuse. Une illustration de leur paranoïa de tout ce qui est l’Etat.
Je suis mille fois d’accord avec ta critique de l’EN ceci dit. Je suis un ancien de l’EN d’ailleurs (vacataire qui plus est), donc j’ai pu vivre la salle des profs de l’intérieur pendant un an. J’ai essayé d’expliquer que « y’a qu’à payer les enseignants en ZEP le double, et que là on aurait le choix des profs pour y aller ». Et de préférence en partie au résultat ! Ri-gou-reu-se-ment impossible (sauf quelques exceptions bien sur) de faire passer ce point de vue. Ce serait paraît-il injuste pour ceux qui ne sont pas en Zep (ben oui, c’est le but, on veut les bons pour y aller !), puis ensuite j’ai droit à un trip LSD où on m’illustre, à l’aide d’exemples plus farfelus les uns que les autres, l’injustice d’une rémunération au mérite. Bref, pas plus têtu qu’un mammouth. Et ceci venant de gens remarquablement dévoués à leur métier (lycée technique) ayant une lecture fine et intelligent de leurs élèves et leur background. Jamais tu ne m’entendras dire, après cette année, que les profs ne f**tent rien. Mais aligner les incitations, ça, même en SES, ils ne connaissent pas. Et l’insulte néolibérale n’est jamais bien loin.
Pour ce qui est des ménages modestes et l’enseignement privé, amha l’explication est sociologique plus qu'économique (cf. ma réponse à Alexande Delaigue). Ils ne connaissent pas le système ni la valeur économique des études universitaires qui, malgré ce que montre le journal télévisé, ne mènent pas droit à l’ANPE.
LSR
@LSR : "... dépend évidemment grandement des "adultes référents", dont les parents et (dans une moindre mesure) les enseignants" Probablement pas. Le rôle des parents dans la formation de la personnalité des futurs adultes est largement surestimé; celui des enseignants, au jeune âge, est inconnu. D'ailleurs c'est selon moi la principale objection à faire aux vouchers, c'est de partir de l'idée que si les pauvres sont pauvres, c'est qu'ils n'ont pas été dans de bonnes écoles. C'est certainement faux, parce qu'il y a toute une série d'autres déterminismes, sociologiques et psychologiques. Etre dans la mauvaise classe sociale, ce n'est pas un "coup de malchance", mais bien souvent le produit d'une trappe d'où on ne sait pas comment on sort. Pour le reste, la vraie question des vouchers, c'est "qui cherche-t-on à favoriser ou défavoriser"? Un système unifié et élitiste comme le système français à l'ancienne favorisait les riches et les classes moyennes; les évolutions récentes ont tendu à dualiser le système, avec les riches qui s'isolent, et des avantages fournis aux pauvres (qui ont plus de chances d'avoir le bac désormais par exemple) au détriment des classes moyennes. A mon avis, les vouchers rétabliraient la situation antérieure, en permettant aux "moyens" de se rapprocher des "riches" (dans tout cela, richesse s'entend au sens large, incluant le capital humain). C'est un choix, mais qui n'est pas forcément mauvais, dès lors qu'il est assumé. C'est ce qui est critiquable dans la citation de MF : il est je trouve assez hypocrite.
@Alexandre : moi qui n'y connais rien, je vois des choses qui me surprennent dans ce que vous dites :
D'abord, vous semblez dire que les adultes côtoyés par les enfants n’ont pas d’influence sur eux, parce que d’autres facteurs interviennent. D’accord, mais il est légitime de parler de ce sur quoi on peut agir. Il est douteux que le milieu intellectuel dans lequel ils évoluent n’ait pas une influence très forte sur leurs résultats scolaires.
Ensuite, vous dites que le système français « à l’ancienne » favorisait les classes moyennes alors que celui d’aujourd’hui favoriserait les pauvres. Spontanément, j’aurais dit que l’ancien favorisait tout le monde, alors que l’actuel ne favorise que les riches. L’ancien favorisait les classes moyennes, comme vous le dites, car il leur permettait de progresser. Mais il me semble assez clair qu’il favorisait également beaucoup les pauvres, non tant parce que tel ou tel anomalie statistique est passée de la campagne profonde et illettrée à une situation d’élite, mais parce que le capital humain des campagnes a très fortement bénéficié de l’école de la troisième république (c’est en tout cas l’idée que je m’en fais).
Le système actuel tend à ne plus promouvoir le progrès des classes moyennes, mais il me semble carrément catastrophique pour les pauvres. Concentrés dans des zeps, ils baignent dans un milieu peu propice à une activité culturelle soutenue, et ils sont souvent (pas toujours) confrontés à des enseignants qui leur font croire, pour les amadouer, que le rap est de la culture au même titre que Mozart (s’ils le croient, ils sont sûrs de ne jamais réussir un concours administratif). Ils ont le bac plus facilement qu’avant ? Le résultat est qu’ils sont obligés de l’avoir, ce qui leur coûte 5 ans d’études en plus, alors que la valeur de ces bacs est très très faible.
Enfin, Vous sous-entendez que les vouchers reviennent à privilégier le système à l’ancienne. Pourquoi ? Ils permettraient juste de créer de meilleures incitations et d’aider les pauvres à quitter le ghetto des ZEPs.
@LSR <i>Ce que je n'ai jamais compris, c'est en quoi les parents feront des meilleurs choix que l'Etat. Certes, un marché satisfera mieux la demande, mais si cette demande consiste en une école de tarés intégristes qui nient la science, en quoi l'intérêt de l'enfant sera-t-il mieux servi ?</i>
Milton Friedman explique plutot bien le fonctionnement du systeme dan Capitalism and Freedom, l'etat defini un cursus general, les ecoles privé peuvent alors suivre ce cursus et les school vouchers seront rembousés, ou pas, auquel cas, le cout de l'education sera pris en charge par les parents.
<i>Ils permettraient juste de créer de meilleures incitations et d’aider les pauvres à quitter le ghetto des ZEPs.</i>
d'ailleurs The Economist avait fait un article sur ce fait dans les ecoles de Floride, evidemment les profs du public ont tout fait pour le saboter et ont reussit.
http://www.economist.com/displaysto...
@Zilch: The Economist n'est plus ce qu'il était il y a dix ans ... L'article est particulièrement mauvais, et illustre bien la dérive idéologique du "desk Etats-Unis" (d'autres sections restent excellentes).
L'inculpation des syndicats par exemple est complètement infondée. Et le pire, c'est que l'auteur de l'article ne prend même pas la peine d'essayer une justification. L'égoïsme et la perfidie des syndicats de profs sont apparement une vérité révélée qui ne demande pas plus d'argumentation que ça. Dérive idéologique, quand tu nous tiens ...
En fait, les écoles publiques aux Etats-Unis sont financées localement, avec très peu de péréquation entre les villes. Donc quartier riche = école publique riche et vice-versa. Il y a de bonnes écoles publiques aux Etats-Unis, il suffit de vivre dans un quartier riche. Et il se trouve que ces bonnes écoles publiques ont le même taux de syndicalisation que les mauvaises écoles. Bizarre, bizarre. Et sans bien connaitre la Finlande (en tête du fameux classement PISA), je suis prêt à parier que leurs écoles aussi ont de très fort taux de syndicalisation. De plus en plus bizarre ...
Quant à la phrase (je ne prends que la pire) "For Justice Pariente and her colleagues, however, what matters is not that public schools be any good, but that they should remain a monopoly.", je ne comprends pas comment elle a pu passer la barrière de l'editor. La séparation info/opinion est sacro-sainte chez les Anglo-saxons. Bref, l'article n'informe pas, c'est un mélande d'idéologie et de colère (l'auteur semble sincèrement affligé par le sort des élèves concernés) qui n'a pas sa place dans un journal de qualité.
Pour revenir à Milton Friedman, ce que j'essayais de dire dans mes posts précédents, c'est que le débat de se pose pas dans ces termes aux Etats-Unis. Pour faire passer les school vouchers, il va falloir s'allier aux religieux obscurantistes qui veulent les vouchers pour financer leurs écoles. Donc toute forme de "cursus général" devra inclure le créationisme et devra rester silencieux sur les méthodes de prévention des MST et des grossesses autre que l'abstinence, pour ne prendre que deux exemples.
Ce que je reproche aux libertariens, ce n'est pas tant de faire cette alliance que leur hypocrisie. Ils continuent à décrire un système de vouchers idéalisé sachant fort bien que ce ne sera pas celui que les réalités politiques permettront d'émerger. Ce que j'aurai vraiment aimé, c'est lire pourquoi un mauvais système de vouchers reste meilleur que pas de système du tout (et avec des arguments plus percutants que l' "Etat, c'est mauvais") et en quoi la liberté de futurs adultes est servie en laissant leurs parents choisir leur école en fonction de croyances moyen-âgeuses.
LSR
Elessar : Je ne comprends pas bien ton propos. Tu m’accorderas qu’on peut parfaitement réfléchir, en théorie, à un système ou à une politique, quelle que soit la possibilité de la mettre effectivement en œuvre. Ce sont deux choses différentes. Après tout, si, à force d’en parler, les partisans des Vouchers parviennent à convaincre une large majorité de personnes du bien-fondé de ce système, il deviendra peut être possible de parvenir à le mettre en place avec des conditions sur le contenu scientifique des enseignements.
« Ce que j'aurai vraiment aimé, c'est lire pourquoi un mauvais système de vouchers reste meilleur que pas de système du tout (et avec des arguments plus percutants que l' "Etat, c'est mauvais") et en quoi la liberté de futurs adultes est servie en laissant leurs parents choisir leur école en fonction de croyances moyen-âgeuses. »
C’est moins une question de choix que d’incitations. Il ne s’agit pas de dire que les parents savent mieux que l’Etat ce qui est bon pour leurs enfants. Dans un système centralisé, l’Etat ne choisit pas grand chose, à part les programmes. Il lui est difficile d’évaluer le sérieux des enseignants de l’école Paul Cézanne à Trifouilli les Glaouis, et de toutes manières, il n’est pas très incité à le faire puisque la carte scolaire garantit que chaque école aura un nombre suffisant d’élèves. Bon, encore une fois, je me réfère au système français, le seul que je connaisse. Existe-t-il l’équivalent de la carte scolaire pour les écoles publiques aux USA ?
@Belgo: Je te l'accorde: il est parfaitement légitime de réfléchir, à haute voix si on le souhaite, aux différentes possibiltés de financement de l'éducation des enfants, vouchers y compris. Chercher à convaincre les gens du bien fondé de son plan préféré aussi d'ailleurs.
Ce qui me gêne dans le discours de beaucoup de libertariens, c'est de dire "un plan de vouchers idéal est comme ceci, et c'est très bien" donc "il faut toujours et partout être en faveur des vouchers". Ben non amha. Même si dans l'idéal les vouchers peuvent être une option souhaitable (ce qui est un autre débat), il faut regarder l'option qui est politiquement faisable, pas celle qui est revée.
Oui, la carte scolaire existe aux USA, et comment. C'est d'ailleurs super-compliqué à cause des quotas raciaux, y'a des gamins qui font des heures de bus tous les jours (les fameux bus jaunes) parce que l'école de leur quartier était trop "noire" ou trop "blanche".
Et je suis d'accord avec ton analyse du problème des incitations. Je suis loin d'être un défenseur du status quo (en France comme aux USA), mais très dubitatif devant les vouchers tels qu'il s'implémenteraient aux USA dans le contexte politique actuel.