La rationalité, c’est quand ça ne tourne pas
Par Antoine B. le dimanche 5 février 2006, 02:36 - Lien permanent
Ce billet est écrit en réaction à un commentaire de Vulgos chez « notes d’un économiste », qui dit être dérangé par l’hypothèse de rationalité faite par la microéconomie standard. L’hypothèse de la rationalité a été et est encore aujourd’hui à l’origine de débats et controverses passionnants en économie. Les questions qu’elles soulève sont vastes. Je ne vais pas les aborder dans leur complexité ici. Je voudrais juste rappeler en quoi consiste la rationalité dans la théorie économique standard (néoclassique, si vous préférez), pour vous montrer que c’est une hypothèse qui n’est pas si forte qu’on pourrait le penser.
La micro économie se veut une théorie des choix. Elle considère que les individus sont tous munis d’une « relation de préférence », c’est à dire d’une capacité à comparer les différents états du monde deux à deux. Entre deux états du monde imaginables, un individu doit être capable de dire qu’il préfère le premier au second, ou le second au premier, ou qu’il les aime autant l’un que l’autre. Un état du monde, c’est très vaste, et pour pouvoir comparer deux états du monde, il faut tenir compte d’une multiplicité de points de vue. Par exemple, si je dois comparer un état du monde A, dans lequel j’habite une très belle maison, mais loin de ma famille et très chère, à un état du monde B dans lequel j’habite un taudis, dont le bas prix me permet d’avoir une vie très riche, et proche de ma famille, les différents points de vue n’iront pas dans le même sens. Du point de vue du confort, je préfèrerai A à B, du point de vue sentimental et du point de vue des loisirs, je préfèrerai
B à A. Avoir une relation de préférence, c’est être capable d’agréger ces différents points de vue, afin de pouvoir comparer globalement A à B, en tenant compte simultanément de tous les points de vue. Qu’est ce qui fait que, finalement, je préfèrerais A à B ou l’inverse ? Tout dépend de mes goûts et de l’importance des différences entre A et B selon les différents points de vue.
L’hypothèse de rationalité, telle qu’elle est formulée par la microéconomie néoclassique, implique que la relation de préférence ait deux propriétés :
la complétude et la transitivité. Qu’est-ce à dire ?
La complétude signifie simplement que je peux toujours comparer deux états du monde, quels qu’ils soient. Encore une fois, comparer peut signifier soit préférer l’un à l’autre, soit être indifférent au choix entre les deux. Ce qui est exclu par la propriété de complétude, ce n’est pas l’indifférence, mais l’incomparabilité. Prenons un exemple simple. On a coutume de dire que la santé n’a pas de prix, et que l’amour non plus. Cela implique que si quelqu’un a le choix entre un état du monde dans lequel il est en bonne santé et un tas d’autres états du monde dans lesquels il est en mauvaise santé, alors il choisira forcément celui où il est en bonne santé, même s’il est multimilliardaire, beau et adulé dans les autres états du monde. Si le même individu doit choisir entre un état du monde dans lequel il est amoureux et un tas d’autres états du monde dans lesquels il ne l’est pas, alors il choisira forcément celui où il amoureux. Problème : s’il a à choisir entre un état du monde dans lequel il est amoureux et en mauvaise santé et un état du monde dans lequel il n’est pas amoureux mais est en bonne santé, comment compare-t-il ces deux états ? S’il considère réellement que la santé et l’amour n’ont pas de prix, alors il ne peut pas les comparer. Cela ne veut pas dire qu’il est indifférent. Il refusera moralement de considérer qu’un état du monde dans lequel il est en mauvaise santé puisse être équivalent à un état du monde dans lequel il est en mauvaise santé. De la même manière, il s’interdira de considérer qu’un monde sans amour puisse être équivalent à un monde avec amour. Il ne préfère pas le premier au second, il ne préfère pas le second au premier, et il n’est pas indifférent entre le second et le premier. Sa relation de préférence n’est donc pas complète, et il n’est pas rationnel au sens néoclassique du terme. Quelqu’un qui, en revanche, même face à ce type de situation, parvient à « peser le pour et le contre » et finalement à établir une comparaison, est bien muni d’une relation de préférence complète.
La transitivité, elle, signifie que si je préfère A à B et B à C, alors je préfère également A à C. Imagine-t-on quelqu’un qui préfère le café au thé, qui préfère le thé à la verveine, et qui préfère la verveine au café ? Si quelqu’un a de telles préférences, comment pourra-t-il faire un choix entre thé, café et verveine ? De telles préférences qui « tournent » (« tiens, je vais prendre une verveine… oh puis non, je préfère prendre un thé… quoi que, je préfère prendre un café… mais je préfère la verveine au café… ») sont dites intransitives. Une relation de préférence intransitive est jugée irrationnelle, au sens néoclassique du terme. Notons que s’il est rare de voir des individus ayant des préférences intransitives, Condorcet avait remarqué que le vote à la majorité peut conduire à des préférences du corps électoral non transitives (et Arrow, plus tard, a démontré que le même problème se pose à toute procédure non-dictatoriale d’élaboration de préférences collectives).
Bilan des courses : pour respecter l’hypothèse de rationalité des modèles néoclassiques, il suffit :
1) D’être toujours capable de dire soit « je préfère A à B », soit « je préfère B à A », soit « je suis indifférent entre A et B »
2) De préférer A à C à chaque fois que je préfère simultanément A à B et B à C
Sont-ce des conditions si drastiques qu’elles doivent conduire à remettre en cause de façon radicale la théorie néoclassique ? J’en doute.
Toutefois, bien sûr, la question de la rationalité soulève d’autres problèmes :
- Les individus connaissent-ils réellement leurs propres préférences ?
- Sont-ils les mieux placés pour savoir ce qui est bon pour eux ?
- Font-ils toujours le choix de ce qu’ils croient bon pour eux ?
- Utilisent-il toujours toute l’information dont ils disposent pour identifier correctement le domaine des possibles ? Dans le cas contraire, leur choix se portera sur ce qu’il y a de mieux parmi tout ce qu’ils croient possible, mais sera peut être moins bon qu’un autre choix qu’ils ne croient pas possible alors qu’il l’est.
- Que penser du fait que le processus économique en lui même peut modifier sa relation de préférence ? Sur quelle base, dans ce cas, doit-on porter un jugement normatif sur une situation économique ?
- Etc., je compte sur les lecteurs d’optimum pour être inventifs en commentaires.


Commentaires
Ton problème “Utilisent-il toujours toute l’information dont ils disposent” devrait, à mon avis, s'écrire en deux temps :
1- Disposent-ils de toute l'information nécessaire, …
2- … et l'utilisent-ils ?
Typiquement, dans le cas des marchés publics (je m'avance sur un post à venir chez moi) :
1- certains acheteurs ne disposent jamais de toute l'information nécessaire,
2- et n'utilisent de surcroît pas toute l'information dont ils disposent
Cela s'illustre très bien avec les investissements de l'Éducation Nationale dans les nouvelles technologies : il manque systématiquement de l'information (sur les logiciels libres) et lorsque cette information est détenue par quelqu'un (les services de documentation, les cellules NTIC éducation…), ce n'est pas cette personne qui décide.
L'exemple déborde un peu du cadre de la microéconomie, je te l'accorde, l'Éduc. Nat. est un acteur collectif, mais le raisonnement se tient quand même.
François : tu as raison, mais ton 1) vise davantage une autre hypothèse qui est la perfection de l'information. Or, c'est une hypothèse qui a été relachée à moindres frais depuis pas mal de temps, y.c. dans un contexte très orthodoxe.
François/phnk: le temps requis pour acquérir toute l'information peut être supérieur à la durée de la validité de l'information à obtenir (base théorique de la méca quantique). Ceci implique notamment que tout marché suffisamment complexe ne sauraitrester en équilibre pour des raisons rationnelles (voir les théories physico-chimiques sur la mécanique des systèmes instables).
Article passionnant : merci
AB: "Sont-ce des conditions si drastiques qu’elles doivent conduire à remettre en cause de façon radicale la théorie néoclassique ? J’en doute."
Au début, je n'en doutais pas. La transivité est régulièrement mise à mal en économie expérimentale et plus largement en psychologie. Mais maintenant je me demande si cela doit remettre en question toute la théorie. J'ai vu qu'il existait des théories économiques à rationnalité limitée (je n'en sais pas plus) mais le problème est que je vois mal la possibilité des modèles mathématiques sans transitivité.
Dans toute cette affaire, j'ai l'impression que l'argument massue en faveur de la théorie néoclassique c'est "et tu proposes quoi à la place?".
Vulgos : « Dans toute cette affaire, j'ai l'impression que l'argument massue en faveur de la théorie néoclassique c'est "et tu proposes quoi à la place?". »
Simon avait distingué la rationalité substantive (=> néoclassique) de la rationalité procédurale. Je suis assez ignorant de ses travaux, mais en gros, et en espérant ne pas faire de confusion : les individus ne connaissent pas bien leurs propres goûts ni le domaine des possibles. Donc ils choisissent un comportement qui leur semble satisfaisant, sans savoir s’il est optimal ou non. A mesure des rencontres, des expériences, des échanges, ils découvrent d’autres possibilités de comportement, qui leur semblent plus appropriés, ce qui les conduit parfois à tenter le changement. Si ça se révèle moins bien, ils reviennent à leur routine précédente. Si c’est mieux, ils adoptent.
Bon, comme je suis vraiment trop ignorant en la matière, je renvoie à l’article de Wikipédia et à ses liens :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Rationalit%C3%A9_limit%C3%A9e
AB: Merci, ça me plait assez bien cette optique, ça me paraît plus réaliste. As-tu des références de travaux appliqués économiques utilisant ce postulat de rationalité limitée ou est-ce que ça en est encore au niveau de la discussion épistémologique?
On peut trouver des cas de préférences non transitives, notamment lorsqu'elles impliquent une part de risque. Mais aussi lorsqu'un choix binaire est remplacé par un choix entre trois possibilités, la troisième possibilité venant "déplacer" les préférences pour les deux autres.
Sinon, dans le débat sur les préférences, il faut ajouter un aspect important. Les gens ne connaissent pas forcément leurs préférences, mais premièrement, lorsqu'ils font un choix, l'hypothèse selon laquelle celui-ci traduit leurs préférences est la plus plausible; et deuxièmement, s'ils ont du mal à identifier leurs préférences, la tâche est carrément impossible pour un regard extérieur.
Pour moi, la rationalité est une hypothèse plausible qui tient à peu près la route, sauf dans deux domaines, le temps et le risque. Cela dit, il est fort possible qu'à terme, la neuro-économie vienne nous pondre un nouveau paradigme. Qui ne serait pas si éloigné de l'économie basique que cela : le fonctionnement de nos cerveaux est essentiellement déterminé par des processus darwiniens, c'est à dire de la théorie des jeux.
bon article:
economist.com/finance/dis...
et pour le john list [$$$]
papers.nber.org/papers/W9...
Pas mal du tout ces articles (une version gratuite est là) :
www.arec.umd.edu/fieldexp...
C'est vrai que cet aspect est important : spontanément, on n'est pas forcément rationnel, on ne fait pas de très bons calculs de probabilités; mais ceux qui sont rationnels et savent calculer les probabilités, en moyenne, sont gagnants quand les autres sont perdants. C'est l'argument hayekien : le mécanisme de marché pousse les gens à être rationnels.
Alexandre: "C'est l'argument hayekien : le mécanisme de marché pousse les gens à être rationnels."
Le risque avec cette façon de voir c'est de juger a posteriori ce qui est rationnel. Si ça a réussi, c'est rationnel, si ça a échoué c'est que ça ne l'était pas. Et donc, on postule que les gens rationnels s'enrichissent (ou survivent) mais ça ne nous dit rien sur ce qu'est l'action rationelle avant d'avoir pû juger des résultats. Donc, ce n'est pas une explication scientifique. Il faut démontrer AVANT que les gens sont rationnels et non pas dire APRES qu'ils sont forcément rationnels car sinon ils auraient perdu (ou n'auraient pas survécu).
Il ne me semble ainsi pas évident du tout de démontrer que les "meilleurs" calculs de probabilité font les plus grandes réussites économiques. Tout au plus peut-on dire qu'un calcul de probabilités parfait (prenant en compte TOUTES les variables en jeu, ce qui est impossible en économie appliquée) serait plus efficace. Mais entre un calcul oubliant une variable et un calcul oubliant deux variables, je ne suis pas sûr que le calcul n'oubliant qu'une variable ("le meilleur") soit plus efficace.
Tout ça se rapproche du débat sur la sélection naturelle que Darwin a repris de la philosophie économique (et non l'inverse).
www.philocours.com/cours/...
C'est bien la peine que Belgo se décarcasse à faire un post expliquant que l'on peut définir a priori ce qui est rationnel, pour s'entendre dire après que la rationalité peut être définie a posteriori. En termes d'attitude face au risque, un comportement rationnel peut être défini. Par exemple supposons qu'un investisseur soit l'objet de "l'endowment effect" c'est à dire qu'il rechigne à vendre ce qu'il a déjà; ou qui, comme pas mal de gens, surestime les petites probabilités. Il est facile de voir qu'il gagnera en moyenne moins que quelqu'un qui calcule correctement les probabilités ou n'hésite pas à vendre.
Alexandre: oui, je ne discute pas cela. Je répondais à l'argument hayekien "le mécanisme de marché pousse les gens à être rationnels". Il y a une nuance entre dire :
1) qu'un comportement rationnel défini au préalable (par exemple, calculer correctement les probabilités) fera en moyenne plus de gains en théorie (c'est-à-dire dans un contexte idéalisé où TOUTES les variables peuvent être prises en compte dans le calcul)
2) et que le marché (réel) pousse les gens à être rationnels (par un mécanisme de sélection) car ici, selon moi, le marché réel est trop complexe pour que TOUTES les variables puissent être prises en compte dans un calcul rationnel. Autrement dit, un calcul de probabilités dans les conditions réelles me semble tout aussi faux, hasardeux, IRRATIONNEL, que pas de calcul du tout.
La critique que j'expose au point 2 est peut-être dénuée de fondement mais il faut y répondre de manière empirique, par exemple en prenant 1000 décisions économiques réelles basées sur des calculs et 1000 décisions faites au hasard et comparer les gains pour ainsi démontrer que le calcul paye en réalité et non seulement en théorie (c'est-à-dire dans des conditions au préalable rationalisées, dont on a limité les variables pour permettre un calcul rationnel). J'ai des doutes sur le résultat que donnerait ce genre d'expérience. Dire que ces calculs rationnels payants existent dans la réalité, cela revient par exemple à dire qu'une martingale existe pour gagner à la bourse. Donc j'ai des doutes.
Merci pour ce post. Est-ce que la rationalite neo classique suppose la coherence de la fonction de preference dans le temps?
Exemple: Je suis au supermarche, et j'ai faim: j'achete une choucroute mais pas un plat minceur de chez XYZ, je rentre chez moi j'ai plus faim (parceque j'ai goifre des chips entre temps). La choucroute me parait bien chere eu rapport au plaisir de la manger, et j'aurais prefere le plat minceur.
Dans ce cas, ma fonction d'utilite est definie a chaque instant, mais change dans le temps, comme le moment de l'achat n'est pas celui de la consommation, je suis eu.
Pour les processus darwiniens, d’accord. Mais que vient faire la théorie des jeux là-dedans ? Y a-t-il des interactions stratégiques entre mon cerveau et lui-même ?
Jck : Merci pour ces articles, très intéressants.
Eric : « Dans ce cas, ma fonction d'utilite est definie a chaque instant, mais change dans le temps, comme le moment de l'achat n'est pas celui de la consommation, je suis eu. »
Il faut distinguer deux choses : la première, c’est l’évolution des préférences. Ce que j’aimais avant ne me plait plus. La seconde, qui est la plus pertinente dans votre exemple, c’est le caractère contingent des biens. Une choucroute à 23 heures n’est pas le même bien qu’une choucroute à 9 heures.
Le problème avec l'argument hayekien, ce sont les mauvais perdants, les pires étant ceux qui n'ont jamais demandé à jouer.
"Sont-ce des conditions si drastiques qu’elles doivent conduire à remettre en cause de façon radicale la théorie néoclassique ? J’en doute."
Une chose qui me chiffonne, justement... est le "j'en doute", concernant les critiques posées envers les fondements mêmes de la théorie néoclassique.
Je suis plutôt du genre foireux, en économie. (D'ailleurs je fais la pub de mon blog à travers ce commentaire :op parmis la "crème" des bloggueurs-économistes de la blogosphère Française. Juste pour chier la honte s'ils passent par mon site. :oD)
Mais néanmoins, un pan de théorie pseudo-scientifique qui se fonde sur des axiomes et postulats faux me gène un peu.
Prenons un exemple très simple : en physique mécanique il existe des postulats, des axiomes très simples.
Mais imaginons qu'un type introduise dans cette science un postulat tel que "lorsqu'une tartine tombe, c'est toujours du côté de la confiture". (Loi de Murphy, ou "loi de l'emmerdement total".)
Cela peut donner ça :
www.courtois.cc/murphy/mu...
Vous voyez où je veux en venir ?
Que les sciences avancent avec des postulats considérés comme véritables jusqu'à ce qu'ils soient faux, cela n'est pas véritablement dérangeant, au premier abord.
Lorsqu'il s'agit de la "science économique", cela peut avoir des effets désastreux étant donné que ce domaine touche la vie de chacun d'entre nous, et qu'actuellement -il me semble-, c'est bel et bien la doctrine/théorie néoclassique qui domine, au sein du champs des sciences économiques.
Par exemple, actuellement nous sommes dans une dynamique "d'ouverture" au monde : libre-échangisme et tout le toutim. Vous pouvez d'ailleurs constater lors des débats sur le CPE que JAMAIS un seul intervenant ne soulève la proposition de protéger un peu plus nos frontières, de plus d'interventionnisme de l'Etat, etc mais se considère -sans le présenter ouvertement, le plus souvent- dans un environnement où chacun doit devenir plus "compétitif" afin de "faire face à la concurrence internationale".
Et de me dire que cette dynamique d'ouverture est amorcée en partie par des théories possédant des postulats aussi dérangés que la rationnalité des individus (Avec le superbe "as if" de Friedman, qui est une merveille de folie pure.), comprenez que cela me fasse un peu peur.
Evidemment, foutre en l'air une grande partie de la "science" économique tout simplement parce que de nombreux postulats sont trop irréalistes, cela serait une grande perte... mais cela n'est pourtant pas une raison pour continuer à soutenir des idées, théories, doctrines, politiques lorsque l'on sait que les axiomes de ces dernières sont aussi discutés.
Amicalement,
AJC
AJC : vous allez donc nous expliquer en quoi postuler la non transitivité de la relation de préférence conduit à des résultats favorables au protectionisme. Puis vous pourrez nous expliquer en quoi postuler sa non-complétude permet de penser que la meilleure solution pour faire passer une douleur au pied est de lui jeter une boule de pétanque dessus.
J e vous conseil un bouquin. Décider dans les organisations: Débat critique entre économie et gestion.
il s'agit d'un collectif de professeurs d'université qui y on travaillé. très bons articles sur les notions de rationnalité...
Glabarrere : merci pour l'info
Débat très intéressant mais je ne crois pas que l'on puisse ramener la rationalité à la simple transitivité (et donc acyclicité) des préférences (et donc des comportements). On peut effectivement très bien envisager avoir des préférences A >B, B>C et C>A, sans que ce soit irrationnel : je peux très bien être rationnel (cad choisir la solution préférée dans tous les cas A contre B, B contre C, C contre A), du moins en théorie. On peut dire que ce n'est pas cohérent... En gros, le débat c'est de savoir si la rationalité implique des contraintes sur les goûts et les couleurs... Il ne me semble pas... C'est plutôt, étant donné ces préférences, toujours agir au mieux. Donc je peux très bien, au moins théoriquement, avoir des préférences incohérentes, sans être irrationnels. Le problème c'est que si on n'a pas transitivité des préférences, alors on n'a pas ce joli théorème de Debreu de représentation des préférences par une fonction d'utilité toute belle, et donc tous les trucs de maximisation tombent à l'eau. Donc, c'est crucial pour des raisons formelles et pour l'économie d'avoir ça...
Après ça pose des problèmes : la pompe à fric (money pump), un malin peut vous mettre face à un ensemble de choix tels que vous êtes sûrs de perdre à la fin. (mais on suppose qu'il n'y a pas de préférences plus globales, ex. qu'il n'y a pas quelque chose comme entre A,B, et C, ensemble je préfère l'un deux). Mais c'est un problème pratique...
@ Eric : Sinon, non, pas directement, la rationalité ne suppose ni la cohérence temporelle, ni la cohérence en fonction du contexte. Mais alors, ça vide la théorie de toute substance, puisque n'importe quel comportement peut être mis en accord avec une suite de choix. Et au plan éco., les ventes de roquefort s'effondre, normal parce que les gens n'aiment plus ça... (c'est un peu faible et tautologique comme explication...). D'une manière générale, si ma fonction d'utilité (qui dans l'éco. math. contemporaine ne fait QUE représenter mes préférences) change dans le temps, alors c'est pareil. Ca donnera toujours une explication ad hoc qui ne sort de nulle part, et qui n'explique rien.
Darwin, Cerveaux, et TDJ : En gros, les défenseurs évolutionnistes de la rationalité disent que ceux qui ont survécu (espèces, ou types de firmes) sont ceux qui sont le plus rationnels. Et l'explication a vaguement à voir avec la théorie des jeux et sa sous-branche de la théorie des jeux évolutionnistes qui montre, pour faire vite, une certaine convergence entre les équilibres de Nash (la "solution rationnelle" du jeu) et les situations stables d'un point de vue évolutionniste. MAIS, c'est un débat loin d'être tranché, ou plutôt tranché vers la non convergence entre adapté à l'évolution et rationel : Ex typique, l'animal (ou l'humain) qui se met à courrir comme un fou à toute berzingue dès qu'il a un doute sur la présence d'un gros tigre dans les parrages (bruits de feuilles par ex.) et celui qui, rationnel, ne le fait qu'à partir d'un certain niveau d'information corroborée. Dans plein de cas, le premier se comporte de manière irrationnelle et pourtant il survit plus que l'autre... Pareil, l'investisseur rationnel qui n'investit jamais pendant les bulles (immobilières, boursières, etc.) gagne beaucoup moins que le gars qui y va au flair... Etc, etc. Y'a pas mal d'articles qui montre qu'il n'y a pas convergence théorique en plus.
@AJC : je dirais pas que la postulation de la non-transitivité des préférences a quoique ce soit à voir avec la défense du protectionnisme. Mais d'une manière générale, l'idée que le laissez-faire conduit à l'optimalité (pour faire vite) est fortement lié au fait que les agents 1) ont des préférences cohérentes et 2) qu'ils sont rationnels. Pourquoi, parce que s'ils ont pas de préférences cohérentes alors il est difficile de dire que la situation est meilleure que d'autres... (voire que toutes les autres...) et 2) comme les agents sont rationnels, ils connaissent leurs préférences, et donc ils feront toujours étant donné leurs contraintes des choix dans leur intérêt... D'où divers théorèmes sur le bien être... Si à l'inverse les agents ont des préférences bidon, mal-formées, qu'il ne connaissent pas bien, alors il y a plein de situations où un planificateur devrait intervenir pour rétablir la situation... Si pareil, les agents ne sont pas rationnels, alors il se peut qu'ils fassent des choix contraire à leurs préférences (ce qui est la définition de l'irrationalité, à mon avis), justifiant l'intervention d'un planificateur/législateur. Ex. la ceinture de sécurité ?