Intermarché et la TQM
Par Antoine B. le lundi 17 octobre 2005, 15:43 - Lien permanent
Billet écrit par VilCoyote
En ce moment passe à la radio une campagne de pub pour Intermarché, "Tous unis contre la vie chère". Au-delà du slogan ridicule se cache une bourde économique de bas étage que les abrutis du service publicité auraient évitée s'ils avaient mieux travaillé à l'école.
En ce moment passe à la radio une campagne de pub pour Intermarché, "Tous unis contre la vie chère". Au-delà du slogan ridicule se cache une bourde économique de bas étage que les abrutis du service publicité auraient évitée s'ils avaient mieux travaillé à l'école.
Au début de chaque spot passe une phrase du genre "tant qu'on ne trouvera pas l'argent sous le sabot d'un cheval", "tant que l'argent ne se reproduira pas", "tant qu'il ne pleuvra pas des billets"... "il y aura toujours Intermarché pour vous aider à lutter contre la vie chère". Les publicitaires pseudo-humoristes auraient mieux fait d'ouvrir un manuel d'économie avant de pondre leur idée : ils y auraient vu que si l'argent tombait du ciel, la vie serait encore plus chère, en vertu de la fameuse équation MV = PT, qui pose que l'augmentation exogène de la masse monétaire n'a pour autre effet que d'augmenter les prix. Sont vraiment cons.
Ca me rappelle l'histoire de Landsburg qui perd un billet de 10$ dans la rue et, comme il courait après, Friedman (fils) l'arrête dans ce geste irrationnel, lui faisant valoir que la baisse de la masse monétaire consécutive à cette perte ferait baisser le niveau général des prix dans le pays, maintenant donc pour tous un pouvoir d'achat égal, toujours parce que MV = PT. Landsburg lui répondit "no bridge, connard", lui colla une bonne mandale et récupéra ses brouzoufs. Et il eut bien raison.


Commentaires
Pourtant, si l'argent tombait en permanence du ciel de manière uniformément répandue sur le territoire, on peut imaginer que chaque individu en obtiendrait à peur près la même quantité, ce qui constituerait un moyen efficace de réduire les inégalités (le ratio entre la fortune des plus riches et des plus pauvres)
Et le fait que les prix montent, ça pose quel problème à qui ?
"People respond to incentive" (c) Friedman.
VilCoyote: Re-bienvenu !
"no bridge", ca se dit aussi pour des erreurs de raisonnement dans le sens macro -> micro ?
De plus, meme sans "no bridge" si qqun ramasse le billet, la masse monetaire ne baisse pas, donc le raisonnement est vraiment foireux.
Gus: Y'a un moyen plus realiste avec les memes effets: la planche a billet, et on donne a chacun la meme somme. A part un effet tres temporaire peut-etre, ca ne reduira pas les inegalites. Explication intuitive: les inegalites sont dus a la capacite a creer de la valeur. Distribuer gratuitement des billets avec des ponts dessines dessus n'y changera rien. S'ils sont distribues sans contre-partie, ceux qui creer reellement de la valeur passerons bien vite a une autre monnaie pour se faire payer.
LSR
LSR: tout à fait d'accord avec le raisonnement : cependant, dans une univers à monnaie stable mais où la concurrence n'est pas parfaite ou où l'information est particulièrement mal répartie, les inégalités de fortune ne proviennent pas nécessairement de la capacité à créer de la valeur, d'où l'intérêt de la méthode. Ceci dit, on peut en réserver l'usage pour le lendemain de l'avènement du grand marché, pour remettre les compteurs à zéro pour tout le monde (et éventuellement accepter le rétablissement d'inégalités découlant, cette fois-ci, de la capacité à créer de la valeur).
Emmanuel : « C'est le fait qu'il n'est pas possible (ou souhaitable) de tirer des conclusions macro à partir de théories ou d'observations micro? »
Oui, c’est d’ailleurs le sens de la baffe à la fin de la parabole de Landsburg/Friedman, dont le sens caché est, comme tu le dis, « une baisse du niveau des prix profitera à tout le monde, tandis qu'il sera le seul à supporter la perte de son billet »
Les exemples classiques du no-bridge sont :
Celui-ci précisément : si la banque centrale me donne un million, elle m’enrichit. Si elle donne un million à chaque européen, elle n’enrichit pas les européens.
Sinon : quand tu accumule des billets de banques sous ton lit, tu épargnes. Si tous les européens accumulent des billets de banque sous leurs lits, ils n’épargnent pas, et ils risquent même de s’appauvrir en créant une crise de débouchés.
Autre exemple : on utilise souvent un agent représentatif en macroéconomie. Cet agent représentatif est censé agir comme l’ensemble des ménages. Mais en tant qu’agent représentatif, il a simplement un revenu qui est égal au revenu national. Or, en fait, ce revenu est réparti de façon inégale entre les individus qu’il « représente ». Pour peu que les riches et les pauvres n’aient pas des choix homothétiques (genre : si je gagne 2 fois plus, je vais consommer exactement deux fois plus de tout ce que je consomme déjà), la répartition entre eux du revenu aura un impact sur leurs comportement macroéconomiques. Or cette effet répartition disparaît quand tu passes à l’agent représentatif.
Dernier exemple : un fermier fait une bonne récolte => il s’enrichit. Tous les fermiers font une bonne récolte=> les prix agricole vont baisser, et selon les cas, les quantités supplémentaires ne compenseront pas forcément la baisse des prix.
Etc.
@ gus : quand il y a de l'inflation, la façon de se protéger est de détenir des actifs dont la valeur suit celle-ci. Les riches qui peuvent se procurer des titres indexés ou des formes de patrimoine préservé plus facilement que les pauvres ne sont donc pas très désavantagés. Par ailleurs plus la part du revenu que l'on consacre à la consommation est grande, plus on est soumis à l'inflation. Donc pas si terrible que cela pour réduire les inégalités.
@Emmanuel : en tant qu'économiste, Landsburg sait que si sa propre perte est exactement compensée par un gain pour les autres, il n'y a aucune raison de la déplorer. Je rappelle par ailleurs que pour le vrai économiste, il n'y a pas de billet par terre, car s'il était là, quelqu'un l'aurait déjà ramassé.
-alexandre: tout à fait exact. Mais vous postulez l'existence d'un marché libre et anonyme de titres dont la valeur s'indexe raisonnablement sur l'inflation réelle (matières premières, par exemple). D'autre part, nombre de ces ressources sont collectivisables (par la force au besoin), voire, régulièrement collectivisables et reprivatisables.
Vous n'ignorez pas la théorie selon laquelle des coûts de transaction spécifiquement locaux et élevés concourrent au fait que les pays pauvres restent pauvres ?
D'accord avec Alexandre : l'expérience montre que l'inflation, et a fortiori l'hyperinflation, a des effets régressifs. Et de toutes façons, « MV = PT » n'est pas une forme réduite...
Quant aux publicitaires d'Intermarché, on ne peut pas leur en vouloir de prendre des raccourcis en matière d'analyse économique. Il leur faut un message simple qui porte auprès du grand public et seul un économiste manchot pourrait endosser un slogan bien racoleur ! D'ailleurs, le raisonnement n'est pas si stupide qu'il ne semble : à preuve, les millions de gens qui jouent à la loterie tous les jours...
GUS: "Et le fait que les prix montent, ça pose quel problème à qui ?"
ça pose probleme au personne qui n'ont pas de sources revenues s'alignant sur l'inflation...
Zilch: en vertu des postulats précédents, il ne saura s'agir que de personnes ne créant pas (assez) de valeur, puisque, si tel était le cas, leurs revenus s'aligneraient sur l'inflation.
Les marchés de changes et l'information imparfaite sont-ils bien pris en compte dans les théories de l'inflation ? Dans le cas de "planche a billet" a grande echelle, ok, mais a echelle moindre, de maniere moins transparente et en refilant la patate chaude a d'autres économies ? (je ne pense pas au dollar :).
Laurent
Gus:
"en vertu des postulats précédents, il ne saura s'agir que de personnes ne créant pas (assez) de valeur, puisque, si tel était le cas, leurs revenus s'aligneraient sur l'inflation."
oui, pensionnaires, etudiants.....
Zilch: Sauf erreur de ma part, les revenus des étudiants sont généralement ceux de leur parents (qui n'ont qu'à créer assez de valeur : personne ne leur a demandé de faire des enfants) et les pensionnés n'avaient qu'à capitaliser avant ou assumer. Ha zut, c'est déjà comme ça avec une inflation maîtrisée : donc, selon vous, une inflation faible garantit quoi, au juste ?
Par ailleurs, rien n'interdit à un état fanatique de la planche à billets d'imprimer, pardon, indexer les pensions et salaires de qui bon lui semble sur ce qui lui semblera bon.
Alors, votre idée, c'est quoi : le libéralisme pour tous, sauf les étudiants, les pensionnés, etc ? Lipsey-Lancaster, ça vous dit quelque chose ?
Gus:
il existe quelques choses que l'on appelle des "economies". plus l'argent perd de sa valeur reel, plus ces "economies" perdent de leur valeur, c'est logique.
un etudiant aillant fait des "economies", un retraite aillant mis de l'argent de cote pour ces vieux jours, aura tendance a voir l'inflation d'un mauvais oeuil.
mon idee? ce n'est pas mon idee, mais la solution preconise par Friedman me semble juste, sauf cas exceptionnels, CAD une croissance continue de la masse monetaire a un taux fixe.
Zilch: Je me pose une question : si, au lieu de faire des économies (ou d'enterrer ses euros dans son jardin), l'étudiant ou le pensionné choisissait d'investir dans le système de création de valeur ? Indirectement, il le fait déjà (par l'intermédiaire de sa banque, qui le fait à son insu, mais peut-être de manière moins efficace que lui).
Alors, quel est le problème ? vous observerez que je ne remets même pas en cause le droit à créer une dette illimitée sur les générations futures (la construction d'un capital), mais on pourrait aussi étudier cette variante là, si vous préférez.
Gus tres bien, mais nous derivons de la question initiale, dans le domaine de l'hypothetique, certes la banque pourrait investir l'argent economise et payer de juteux dividendes, et l'epargnant verrez son pecule tripler de valeur (nominale)... dans le monde reel, l'inflation (pour mes amis argentins en 2002), c'est la perte des 2/3 des economies accumules durant plusieurs annees.
c'est aussi la perte de confiance en l'economie, la panique des investisseurs etrangers...
un peu d'inflation ne nuit pas, 2% est generalement considere comme un plutot bon signe. au dela, il faut commencer a se mefier.
Zilch: excusez-moi, mais je crois que faire de l'économie en "lisant dans les signes" se justifie lorsqu'on a pour fonction d'intimider les marchés (c'est à dire, lorsqu'on travaille dans une banque centrale indépendante, équivalente à un dictateur raisonnant à long terme, comme indiqué plus haut), mais ne se justifie pas du point de vue de l'individu ("no bridge" disions-nous par ailleurs).
Maintenant, comprenez une chose : la foi en tel ou tel dogme économique s'opposera toujours à la perception immédiate de ceux qui souffrent et attribuent à tort ou à raison l'origine de leur souffrance à la mise en oeuvre de tel ou tel dogme.
Mais vous avez touché le point essentiel : nul raisonnement sur quelque monnaie que ce soit ne saurait se tenir indépendamment de la stratégie adoptée par les autres monnaies. Les équilibres de Nash, c'est joli, mais c'est suboptimal, et chaque joueur le sait : Bilan : il est plus rentable à long terme de disposer de capitaux investis dans une monnaire imprévisible et bien gérée que dans une monnaie prévisible et bien gérée. Qui plus est, les équilibres de Nash ne prennent pas en compte les tentations de prédation.
Et maintenant, vous savez que vos placements en euros seront moins rentables que des placements activement gérés dans une grande palette de monnaies à condition de disposer de toutes les informations.
Gus:nous ne sommes pas sur la meme longueur d'ondes, en reponse a votre question au sujet des problemes que peuvent cause l'inflation, je vous presente 2 cas exemplaires.
vous me parler de politiques monetaires.
mon opinion sur la question, c'est qu'une politique deliberemment inflationnaire, sauf cas exceptionnel, sera inevitablement nefaste a la bonne marche du pays, et nuisible a sa population. (voir la stagflation des 70's)
ensuite, ce qu'un individu doue dans le FX peut faire...
Zilch: dans ce cas, je vous propose de créer une monnaie dont l'usage serait réservé aux cas particuliers de votre choix (étudiants et pensionnés, par exemple) et, d'ailleurs, gérée par eux ou l'organisme indépendant de leur choix. Ainsi, libre à ces cas particuliers de gérer leur monnaie comme bon leur semblera.
Gus: Hayek proposait cette idée a une epoque.
Zilch: tout à fait : d'ailleurs, ne trouvez vous pas qu'il y a une très grande similitude entre une action très liquide détenue par un actionnariat dispersé (Air Liquide, p.e.) et une monnaie (dans un contexte à taux de change variable d'une part, et en faisant abstraction des aspects fiscaux et de commerce d'autre part) ? Sauf erreur de ma part, ces conclusions-là d'Hayek ne sont pas contestées.
Le précédent slogan d'intermarché, c'était : "donnons plus à celles qui donnent tant"
ça s'arrange pas.