La bonne vanne !
Par Antoine B. le samedi 15 octobre 2005, 22:47 - Lien permanent
Pourquoi les économistes ne sont pas riches ?
Pour devenir riche, il faut:
- soit accepter un gros risque, et les économistes n’aiment pas les gros risques
- soit travailler énormément, et les économistes n’aiment pas travailler énormément
- soit profiter des déséquilibres des marchés pour réaliser des plus values sans risque et sans travail.
Or les économistes ne sont pas riches, donc les marchés sont toujours à l’équilibre, et les économistes ont raison de le croire. CQFD.
(désolé, je n’ai toujours pas le temps de faire mieux ces temps-ci)


Commentaires
Je voulais répondre chez nous, mais je vais le faire ici : c'est une bonne vanne, je confirme :o)
Je me suis souvent demandé comment les économistes fonctionnaires d'inspiration libérale raisonnaient vis à vis de la notion de coût d'opportunité appliquée à eux-mêmes.
Avec une pointe d'humour noir et à titre d'expérience scientifique, un ministre pourrait remettre sur le marché du travail privé tous les économistes fonctionnaires qui ont dit un jour ou l'autre qu'il fallait plus de flexibilité sur le marché du travail, beaucoup moins d'état et moins d'enseignement gratuit : a priori ces personnes sont tres motivées, qu'en pensez-vous ? :)
Laurent
Guerby : question intéressante. En soi, le renvoi généralisé de toute une catégorie d’employés, assortie d’une flexibilité restreinte à cette catégorie, et sans analyse coût-avantage préalable ne correspond pas à une idée défendue généralement par les économistes. Par contre, avec une petite modification, la question se pose : si dans le cadre d’une flexibilisation générale du marché du travail, le ministère de l’EN décidait d’expertiser ses professeurs d’économie titulaires et de renvoyer tous ceux dont on estime qu’ils coûtent plus que ce qu’ils ne rapportent, comment les profs d'éco en question réagiraient-ils ? La réaction est facile à prévoir : la plupart des réformes font des perdant et des gagnants. Les économistes préconisent généralement d’entreprendre une réforme si les gains globaux excèdent les pertes globales. Mais ils prédisent aussi que les perdants seront mécontents, et qu’ils se mobiliseront pour faire échec à la réforme. A l’évidence, les profs d’éco en question seraient les perdants, et, vraisemblablement, ils se mobiliseraient en tentant de montrer que l’évaluation de ce qu’ils apportent est sous-estimée. Ce faisant, probablement, ils auraient conscience d’agir pour leur intérêt particulier contre l’intérêt général. Mais je te fais remarquer qu’ils ne reprochent pas, en général, aux perdants des réformes qu’ils préconisent de faire connaître leur mécontentement. Ils reprochent aux décideurs politiques d’avoir tendance à prendre souvent parti pour les perdants, même quand il y a un gain net à la clé.
Il est tout à fait possible de penser que la terre est plate, que Dieu a créé le monde en 6 jours pétants, que les entrailles de poulet permettent de lire l'avenir, et d'être extrêmement riche. La connaissance scientifique n'est pas très corrélée avec la fortune.
AB a bien raison avec sa plaisanterie; le meilleur moyen de faire fortune est de disposer d'un avantage spécifique sur une toute petite fraction de l'économie : être assis sur un tas de pétrole, ou disposer d'une connaissance énorme sur un sujet précis (genre les conditions du marché immobilier d'un quartier particulier). C'est d'ailleurs une chose que les économistes savent fort bien : les économies de marché fonctionnent parce que l'information y est décentralisée, que chaque personne ne connaît qu'une toute petite fraction de l'ensemble; et toute tentative de maitriser l'ensemble des informations qui régulent le fonctionnement d'une économie sont vouées à l'échec. Or soit les économistes disposent de compétences spécifiques qui enrichissent (genre finance) soit ils disposent d'une connaissance générale sur les mécanismes qui régulent une économie dans son ensemble - connaissance qui ne sert pas en pratique à grand chose pour faire fortune, précisément parce que les économies de marché sont décentralisées. Le fait que les économistes ne soient pas riches en général va donc dans le sens de la façon dont l'économie fonctionne.
Quant à l'autre aspect, le marché du travail est d'ores et déjà fort compétitif pour les économistes universitaires de bon niveau. Moins en France certes, mais ceci explique certainement cela.
alexandre: Votre explication a le mérite de la franchise. Ceci dit, son acceptation implique que celui qui dispose d'informations privilégiées et peut s'associer les services des économistes disponibles sur le marché peut éventuellement dispose d'un grand avantage concurrentiel sur celui qui dispose également d'informations privilégiées, mais ne peut s'associer les services des économistes disponibles sur le marché.
Il est donc important pour ceux qui ne peuvent s'associer les services des économistes de tout faire pour que les théories économiques soient innapplicables (repenser à l'aventure de Merton & Scholtes, qui illustre très bien cela). Ainsi donc, il est logique que l'opinion ait exactement la même opinion sur les économistes que celle qu'elle peut avoir de n'importe quelle profession qui n'existe qu'au service d'un intérêt particulier, fût-il l'intérêt de l'état.
AB : votre manque de confiance dans le marché privé me surprends :).
D'après la pensée économique dominante le marché privé est absolument toujours partout dans l'univers et sans exception aucune, bien meilleur que l'état ultra-inefficace par nature qu'il convient de réduire, de réduire et de réduire (sans qu'on sache précisemment ou s'arrêter, ou même pourquoi un homme un vote plutot qu'un euro un vote, mais passons).
Donc il n'y a pas besoin d'étude de gain supplémentaire d'un organe central du parti economique, c'est scientifique : les économistes doivent être laissé au marché. Les étudiants avisés choisiront eux même de payer (enfin emprunter pour si papa maman ne sont pas au niveau) pour recevoir des cours d'économie des meilleurs économistes en anticipant un gain de revenu futur grace à ces merveilleuses connaissances, et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Evident, n'est-il pas ?
Laurent
Guerby: "D'après la pensée économique dominante le marché privé est absolument toujours partout dans l'univers et sans exception aucune, bien meilleur que l'état ultra-inefficace par nature qu'il convient de réduire, de réduire et de réduire"
Non. C'est absolument faux
"Les étudiants avisés choisiront eux même de payer (enfin emprunter pour si papa maman ne sont pas au niveau) pour recevoir des cours d'économie des meilleurs économistes en anticipant un gain de revenu futur grace à ces merveilleuses connaissances, et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles."
Il y a une part de vérité là dessous, mais tu négliges, en ne disant que cela, 1) les effets externes de l'éducation, qui font que le rendement social de l'éducation est suppérieur à son rendement privé, et 2) les aspects distributifs : sans un système de prêts aidés et garantis par l'Etat, le marché tel que tu le décris laisserait de côté les plus modestes (note que c'est dans une certaine mesure le cas avec le système etatique actuel)
Par curiosiré perso, je serais preneur d'une référence sur le postulat d'un "rendement social de l'éducation supérieur au rendement privé" (même s'il me semble qu'il faudrait raffiner ici la notion d'éducation)
Gus : Il y a une littérature assez importante sur le sujet. Au pif, je tombe sur : http://www.ifau.se/upload/pdf/se/2005/wp05-10.pdf
Antoine Belgodere : Moi aussi je trouve que c'est une bonne vanne. Mais ce qui m'a fait le plus rire ce sont les façons de s'enrichir que tu décris: prendre des risques, beaucoup bosser... T'es ricain ou quoi? :)
Salut,
La vanne est bonne mais si les déséquilibres financiers sont des opportunités de plus values, encore faut-il savoir les saisir et donc ne pas flipper à la moindre prise de risque. Pour le travail oui ça demande pas forcément d'être une force de travail... plutôt un métier de bourrin je dirais même...
ENfin pour finir: tu veux gagner du pognon sur les marchés alors il faut en avoir rien à foutre... plus t'en as rien à foutre et plus tes chances d'être foutrement riche s'apprécieront!
Arthur: "encore faut-il savoir les saisir et donc ne pas flipper à la moindre prise de risque."
T'es dans le métier? Je dis ça parce que j'ai connu quelques courtiers et quand ils me parlaient des risques encourus avec les millions virtuels qu'ils plaçaient, je leur demandais à chaque fois: et tu risques quoi au juste à part de te faire virer (et encore, c'est même pas un vrai risque vu que la reconversion est aisée)? Et ils étaient étonnés, presque comme s'ils prenaient conscience (c'est l'impression que j'ai eu) qu'effectivement le risque se réduisait à ça.